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Genèse 10

    • 2

      10.2-5 Les descendants de Japheth

      A Japheth se rattachent quatorze noms, dont sept appartiennent à la première et sept à la seconde génération ; mais ces sept derniers ne descendent que de deux des fils de Japheth. Comparez le tableau.

      Les sept fils de Japheth

      Gomer. Ce nom revient dans Ez√©chiel 38.6 o√Ļ il d√©signe un peuple du Nord alli√© de Gog dans sa grande exp√©dition future contre le peuple de Dieu. Il se retrouve dans les inscriptions assyriennes, √† partir du 7¬į si√®cle avant JC, sous la forme de Gimirrai, nom de peuple, et de Gimir, nom de pays. La contr√©e d√©sign√©e ainsi par les inscriptions est, selon toute probabilit√©, la Cappadoce, partie centrale de l'Asie-Mineure, que les Arm√©niens appelaient Gamir.

      Le nom grec Kimmerioi (Cimm√©riens) doit aussi √™tre le m√™me mot¬†; il d√©signe un peuple qui habitait primitivement au nord de la mer Noire et qui a laiss√© son nom au d√©troit reliant cette mer √† la mer d'Azof (Bosphore Cimm√©rien), mais qui, au 7¬į si√®cle avant JC, fut refoul√© par les Scythes et passa en Asie-Mineure, o√Ļ il s'empara du royaume de Lydie. Cependant cette race para√ģt s'√™tre √©tendue bien au-del√† de ces contr√©es. Ainsi, d'apr√®s les historiens anciens, les Thraces, comme d'autres peuples d'Asie-Mineure descendus d'eux, √©taient Cimm√©riens. Pour Hom√®re (Odyss√©e 11.14), les Cimm√©riens sont un peuple plus ou moins fabuleux qui habite √† l'extr√™me Occident

      De m√™me, dans diverses contr√©es, on retrouve chez les anciens des noms qui rappellent Gomer et Kimmerioi : par exemple les Garam√©ens, avec Gomara comme capitale, en Assyrie¬†; les Comares, avec la ville de Comara sur les bords de l'Oxus¬†; les Cumri ou Cymry (Cambriens), peuple celtique habitant le pays de Galles, qui a gard√© dans ses traditions le souvenir d'un temps o√Ļ il habitait les bords de la mer Noire.

      Strabon et Plutarque identifient m√™me toute la race celtique, qui habitait l'Europe occidentale, avec les Cimm√©riens. Quelques savants vont plus loin encore et pensent que la tribu germaine des Cimbres √©tait aussi un rameau de cette race. Il n'est donc pas possible de fixer avec une enti√®re certitude la position g√©ographique de Gomer. Il est probable que ce peuple, parti du berceau primitif de la race humaine, se dirigea vers le Nord, s'√©tablit sur la c√īte septentrionale de la mer Noire, et envoya de l√† ses ramifications vers le Sud et vers l'Ouest.

      Magog doit vraisemblablement être cherché entre Gomer et les Mèdes. Dans Ezéchiel 38.2,6,15 ; 39.2, c'est le nom d'un pays du Nord habité par Gog ; Gog domine sur Tubal et Mésec, et à lui se joignent Gomer et Thogarma pour envahir les contrées du Sud.

      Comme il est probable que cette prophétie est en relation avec la grande invasion des Scythes qui venait d'avoir lieu et avait laissé une impression profonde dans l'Asie occidentale, on identifie Magog avec ce peuple, quoiqu'il n'y ait aucune relation entre les deux noms. Il est donc probable que nous devons chercher Magog dans les contrées qui s'étendent à l'ouest de la mer Caspienne, et de là vers le Nord jusque dans les steppes de l'Oural.

      Mada√Į d√©signe, d'un accord unanime, les M√®des, peuple habitant le plateau de l'Iran au sud du lac Caspien et qui appara√ģt pour la premi√®re fois dans l'histoire biblique 2Rois 17.6, vers l'an 722, comme soumis an roi d'Assyrie. Ils portent exactement le m√™me nom dans les inscriptions assyriennes, o√Ļ ils sont souvent mentionn√©s.

      D'apr√®s cela, Gomer, Magog et Mada√Į formeraient une ligne continue allant du Nord-Ouest au Sud-Est.

      Javan commence une nouvelle ligne de l'Ouest √† l'Est. Ce nom est, dans toutes les langues orientales, celui des Grecs et correspond au mot grec Ia√īnes, ou Ioniens, nom qui, avant de s'appliquer √† une branche sp√©ciale de la race hell√©nique, a servi, selon le t√©moignage d'anciens historiens grecs, √† d√©signer la race tout enti√®re.

      Les Grecs n'occupaient pas seulement la Gr√®ce et les √ģles de l'Archipel, mais encore la c√īte occidentale et m√©ridionale de l'Asie-Mineure. La Bible les mentionne souvent : comparez Jo√ęl 3.6¬†; Esa√Įe 66.19¬†; Ez√©chiel 27.13¬†; Daniel 8.21¬†; Zacharie 9.13, etc.

      Tubal et Mésec sont presque toujours réunis dans l'Ancien Testament, de même que chez les Grecs (Moskoi et Tibarênoi), dans les inscriptions assyriennes (Tabal et Muski) et même dans les hiéroglyphes égyptiens (Tuirasch et Maskouasch). Ce sont les Tibaréniens et les Mosques qui, au temps de l'historien grec Hérodote, habitaient au nord de l'Arménie, entre la mer Noire, le Caucase et la mer Caspienne. Comparez Ezéchiel 27.13 ; 38.2

      D'autre part, d'apr√®s des inscriptions assyriennes datant des 8¬į et 9¬į si√®cles avant JC, Tubal √©tait un peuple consid√©rable qui poss√©dait une grande partie de l'Asie-Mineure, et dont les fronti√®res touchaient √† la Cilicie. Il est donc probable que ce peuple, puissant d'abord, a √©t√© refoul√© ensuite dans la partie septentrionale de son territoire par les descendants de Gomer. (Voir √† ce nom)

      Thiras. Ce nom ne se retrouvant nulle part ailleurs, nous sommes r√©duits √† des conjectures sur le peuple qu'il d√©signe. Longtemps on a pens√© que c'√©taient les Thraces. tribu puissante de la presqu'√ģle hell√©nique. Mais, comme nous l'avons vu, ce peuple appartenait √† la race cimm√©rienne. Il est plus probable qu'il faut penser aux Tyrrh√©niens, les anc√™tres des Etrusques, dans la Toscane actuelle. Ce peuple, dont les origines sont encore myst√©rieuses, pr√©sentait quelque affinit√© avec les Grecs.

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      Les trois fils de Gomer

      Ask√©naz. Ce nom se retrouve dans J√©r√©mie 51.27, o√Ļ il d√©signe une contr√©e voisine de la mer Noire et de l'Arm√©nie occidentale. Le nom tout semblable d'Ascagne se retrouve plusieurs fois en Asie-Mineure¬†; il sert √† d√©signer deux lacs de Phrygie, une localit√© de Bithynie et un port (le port Ascanien) sur la mer Eg√©e¬†; il est m√™me probable que la mer Noire portait primitivement le nom de mer d'Ascagne.

      Rappelons encore que, dans l'histoire de la guerre de Troie, Homère mentionne parmi les alliés de Priam un Ascagne conduisant les Phrygiens venus de la lointaine Ascanie, et que dans l'Enéide le fils du Troyen Enée s'appelle Ascagne. D'après toutes ces données, Askénaz doit être cherché au centre et au Nord-Ouest de l'Asie-Mineure.

      Chose singulière, les Juifs n'ont pas d'autre nom qu'Askénaz pour désigner les Allemands. Plusieurs savants, s'appuyant sur ce fait, ont pensé trouver une assonance entre Askénaz, Saxons et Scandinaves. Quelques traits des traditions primitives de ces peuples seraient favorables à cette supposition.

      Riphath. Ce nom ne revient nulle part dans l'Ancien Testament. Jos√®phe pense √† la Paphlagonie, pays montagneux au sud de la mer Noire, o√Ļ se trouvait un fleuve du nom de Rh√©bas et un canton appel√© Rh√©bantia. D'autres interpr√®tes ont rapproch√© ce nom de celui des monts Rip√©ens, probablement les Carpathes, qui formaient pour les anciens la limite septentrionale du monde connu. Comme les autres descendants de Gomer qui nous sont indiqu√©s habitaient tous au sud de la mer Noire, il faut plut√īt donner raison √† Jos√®phe. Mais il est possible qu'un rameau de ce peuple ait pass√© plus tard en Europe et donn√© son nom aux monts Rip√©ens.

      Thogarma. Ce nom repara√ģt dans Ez√©chiel 27.14 et 38.6. Dans le premier de ces passages, il d√©signe un pays riche en chevaux et en mulets¬†; or l'Arm√©nie √©tait renomm√©e dans l'antiquit√© pour ce genre de commerce¬†; puis surtout, les Arm√©niens se disaient descendus d'un anc√™tre nomm√© Thorgom, nom qui se rapproche √©videmment de Thogarma.

      On a supposé aussi que les Turcs descendaient de Thogarma, mais c'est bien peu probable.

      Ensuite des r√©sultats auxquels nous sommes arriv√©s sur Gomer et ses descendants, nous pouvons supposer que cette branche des Japh√©thites, √©tablie au nord de la mer Noire, a envoy√© ses rameaux vers le sud., en Asie-Mineure et en Arm√©nie. Cependant, comme Gomer reste mentionn√© √† c√īt√© de ses descendants, il est probable que quelques-uns d'entre eux seulement sont indiqu√©s ici. Les autres n'ont √©t√© connus des Isra√©lites que sous leur nom g√©n√©rique de Gomer (Cimm√©riens)¬†; ils sont rest√©s √©tablis au nord de la mer Noire, d'o√Ļ leurs rameaux se sont probablement r√©pandus vers l'Ouest., pour peupler une partie de l'Europe centrale.

      Les descendants de Magog et de Mada√Į ne sont pas indiqu√©s¬†; il en sera de m√™me de ceux de Tubal, M√©sec et Thiras. Il y a deux raisons possibles de ce silence : ou bien ces peuples habitaient aux limites du monde connu de l'auteur, d'o√Ļ leurs descendants se sont r√©pandus plus loin encore¬†; c'est le cas de Magog, Mada√Į et peut-√™tre Thiras¬†; ou bien, comme Tubal et M√©sec, ils ont √©t√© entour√©s par d'autres peuples qui ne leur ont pas permis de s'√©tendre et de donner naissance √† des rameaux consid√©rables.

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      Les quatre fils de Javan

      Ces quatre fils sont groupés en deux paires : Elisa et Tharsis, Kittim et Dodanim.

      Elisa. Comme, d'apr√®s Ez√©chiel 27.7, les Ph√©niciens tiraient des √©toffes de pourpre des √ģles d'Elisa et comme les c√ītes de la Laconie et les √ģles voisines √©taient connues dans l'antiquit√© pour leur pourpre, on a appliqu√© le terme d'Elisa au P√©lopon√®se, o√Ļ se trouvait la province nomm√©e Elis. Mais il est probable qu'il ne faut pas restreindre ce nom √† cette contr√©e et que la Sicile et l'Italie m√©ridionale, qui portaient le nom de Grande Gr√®ce, doivent aussi √™tre comprises dans Elisa. Ces pays fournissaient aussi de la pourpre.

      Tharsis. Ce mot, souvent employé dans l'Ancien Testament, est le correspondant du grec Tartessos et désigne sans doute l'Espagne. D'après Jérémie 10.9 et Ezéchiel 27.12, Tharsis fournissait en abondance de l'or, de l'argent, du fer, de l'étain et du plomb. Or, on sait que les vaisseaux phéniciens allaient chercher ces métaux en Espagne.

      Le nom de Tharsis s'est conservé dans celui d'un peuple transporté par Annibal d'Espagne en Afrique les Thersites, et dans celui de leur ville Tharseion. Comparez le nom de Tortose en Catalogne.

      Plusieurs auteurs ont pensé à Tarse en Cilicie ; mais ce n'est pas un port de mer, et cette contrée n'est pas connue par ses mines.

      La seconde paire des fils de Javan, Kittim et Dodanim, doit √™tre cherch√©e plus pr√®s du berceau de la famille ionienne. Kittim d√©signe l'√ģle de Chypre, o√Ļ se trouvait la ville de Cittium (Esa√Įe 23.1)¬†; par extension, ce nom s'√©tendit √† d'autres √ģles, probablement celles de l'Archipel (J√©r√©mie 11.10¬†; Ez√©chiel 27.6).

      Dans des temps plus r√©cents, ce nom re√ßut une nouvelle extension et s'appliqua √† toutes les c√ītes de la M√©diterran√©e orientale¬†; en effet, dans 1Maccab√©es 1.1 et 8.5, Philippe et Alexandre de Mac√©doine sont d√©sign√©s comme rois de Kittim.

      On a voulu √©tendre cette d√©signation plus loin encore et l'appliquer m√™me √† l'Italie, en s'appuyant sur Daniel 11.30, qui parle de vaisseaux romains comme vaisseaux de Kittim. Mais il est possible que, dans ce passage les vaisseaux romains soient consid√©r√©s comme partant de Kittim, o√Ļ ils s'√©taient arr√™t√©s quelque temps.

      Nombres 24.24 parle aussi de vaisseaux de Kittim qui viendront humilier les Assyriens et les Hébreux.

      Cittium √©tait, il est vrai, une colonie ph√©nicienne (Esa√Įe 23.4, note)¬†; mais le d√©chiffrement de plusieurs inscriptions anciennes trouv√©es dans l'√ģle a prouv√© que sa population √©tait de race hell√©nique.

      Dodanim. On a voulu appliquer ce nom √† Dodone, petite ville de la Gr√®ce septentrionale, ou aux Dardaniens, ancien nom des Troyens. Mais Dodone n'√©tait pas habit√©e par un peuple sp√©cial, et les Troyens n'√©taient pas de race hell√©nique. Aussi pr√©f√©rons-nous lire Rhodanim, en adoptant une variante qui se trouve dans 1Chroniques 1.7, et qu'ont d√©j√† suivie les LXX et le texte samaritain. Les lettres d et r sont tr√®s semblables en h√©breu. Sous cette forme, ce nom d√©signe √©videmment l'√ģle de Rhodes, peut-√™tre avec les √ģles qui l'entourent imm√©diatement.

      Rhodes est l'une des premi√®res √ģles de l'Archipel dont l'histoire fasse mention¬†; dans Hom√®re, elle appara√ģt comme l'un des principaux Etats hell√©niques, et les colonies des Rhodiens dans la M√©diterran√©e occidentale sont parmi les premi√®res fond√©es.

      Nous arrivons ainsi au m√™me r√©sultat pour Javan que pour Gomer¬†; la race primitive s'est √©tablie en un point central, la Gr√®ce, d'o√Ļ elle a envoy√© ses rameaux dans diverses directions (les √ģles de l'Archipel, l'Italie m√©ridionale et l'Espagne).

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      C'est d'eux... : de Javan et de ses fils, non de tous les Japh√©thites, car les autres branches de cette race se sont plut√īt √©tablies dans des contr√©es continentales.

      Les √ģles des nations. Le mot h√©breu que nous traduisons par √ģles signifie proprement : un pays de c√ītes qui ne peut √™tre atteint que par mer. Aussi l'expression les √ģles des nations d√©signe-t-elle √† la fois les c√ītes et les √ģles de la M√©diterran√©e

      Dans leurs divers pays, chacun selon sa langue. La division des langues est envisag√©e comme co√Įncidant avec la r√©partition g√©ographique des peuples. Comparez le r√©cit de la tour de Babel.

      Selon leurs familles, en leurs nations. Ces mots indiquent la marche qu'a suivie le développement de l'humanité : les familles en s'étendant sont devenues des nations. Selon indique la norme, et en le résultat.

      En comparant ce verset avec les versets 20 et 31, on pourrait supposer que les mots : Ce sont là les fils de Japheth, ont été omis devant dans leurs divers pays... Mais il est possible aussi que l'auteur ait voulu parler spécialement de Javan et de ses fils comme des descendants les plus importants de Japheth.

      Cette premi√®re partie du tableau nous montre la post√©rit√© de Japheth se partageant en quatre courants : l'un, Gomer, tourne la mer Noire par le Nord et se r√©pand de l√† en Asie-Mineure et probablement dans l'Europe centrale¬†; un autre, Javan, passe au sud de la mer Noire et s'en va occuper les pays riverains de la M√©diterran√©e¬†; un troisi√®me, Magog, se dirige directement au Nord¬†; le quatri√®me enfin, Mada√Į, se dirige vers l'Est.

      Un coup d'Ňďil jet√© sur cette ligne non interrompue de peuples japh√©thiques, de la mer Caspienne √† l'Espagne, montre bien l'accomplissement de la parole de No√© : Que Dieu donne de l'espace √† Japheth. (9.27)

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      6-20 Les descendants de Cham

      A Cham se rattachent vingt-neuf noms, dont quatre appartiennent à la première génération, vingt-trois à la seconde et deux à la troisième.

      6 Les quatre fils de Cham

      Cusch : en √©gyptien : Casch, Cisch ou Cesch¬†; dans les inscriptions assyriennes : Casou. Chez ces deux peuples, comme chez les H√©breux (Esa√Įe 18.1, note), ce nom d√©signait un peuple de couleur fonc√©e habitant au sud de l'Egypte, dans la Nubie et l'Abyssinie actuelles.

      Cependant ce mot se trouve aussi dans les inscriptions assyriennes sous une forme un peu diff√©rente (Casch ou Caschou), pour d√©signer la population primitive de la Babylonie¬†; comparez Gen√®se 2.13, note. Il est donc probable que les Cuschites ont habit√© d'abord les plaines de la Babylonie, d'o√Ļ ils se sont avanc√©s peu √† peu le long des c√ītes d'Arabie, pour passer enfin le d√©troit de Bab-el-Mandeb et se fixer en Ethiopie. Leurs migrations se sont-elles arr√™t√©es l√†¬†? Nous n'avons l√†-dessus aucune donn√©e, mais il est probable que les habitants des contr√©es plus √©loign√©es, dans les parties orientales et m√©ridionales de l'Afrique, sont des rejetons de ces Cuschites.

      Mitsra√Įm d√©signe, dans tout l'Ancien Testament et chez les autres peuples s√©mitiques, les Egyptiens et leur pays. Dans les inscriptions assyriennes, ce nom apppara√ģt sous la forme de Mousour ou Mousourou¬†; bien souvent aussi les noms Casou et Mousourou se trouvent r√©unis dans ces inscriptions, comme en h√©breu Cusch et Mitsra√Įm.

      Ce nom de Mitsra√Įm a la forme d'un duel et signifie selon quelques savants : les deux retranchements, selon d'autres : les deux pays. Il peut difficilement avoir d√©sign√© primitivement un individu¬†; c'est probablement la d√©nomination g√©ographique de la Haute et de la Basse-Egypte r√©unies.

      Ce nom a donc d'abord désigné la contrée et ses habitants, et on l'a reporté plus tard à l'ancêtre de la race, dont le nom s'était perdu. Les noms pluriels en im que nous avons déjà rencontrés, comme Kittim et Dodanim, et tous ceux que nous trouverons dans la suite, sont sans doute aussi des noms de peuples, ce qui fait supposer qu'il en est de même pour tous les noms de ce chapitre ; voir cependant nos restrictions versets 8 et 24.

      Put est souvent nomm√© dans l'Ancien Testament √† c√īt√© de Cusch, de Mitsra√Įm, des Libyens et des Lydiens. (Nahum 3.9¬†; J√©r√©mie 46.9¬†; Ez√©chiel 27.10¬†; 30.5¬†; 38.5)

      D'apr√®s J√©r√©mie 46.9 et Ez√©chiel 30.5, ce peuple servait dans l'arm√©e √©gyptienne. Les anciens, de leur c√īt√©, parlent d'un fleuve nomm√© Phout dans la Mauritanie (les pays de l'Atlas, au nord de l'Afrique)¬†; de plus, en langue copte, le district qui touche l'Egypte √† l'ouest s'appelle Pha√Įat, en grec Phout√™. D'apr√®s ces indices, nous devons chercher Put le long de la c√īte septentrionale de l'Afrique, √† l'ouest de l'Egypte. Comparez encore Esa√Įe 66.19, note.

      Les LXX, qui √©taient bien au courant de tout ce qui concerne l'Egypte, ont rendu ce nom par Libyens. Nous les avons suivis dans la traduction de J√©r√©mie et d'Ez√©chiel. Cependant il ne faudrait pas identifier Put avec les Libyens¬†; car ceux-ci sont nomm√©s √† part au verset 13 (Lehabim), et √† c√īt√© de Put dans Nahum 3.9. Mais peu √† peu le nom des Libyens, le peuple le plus rapproch√© de l'Egypte, s'√©tait √©tendu √† tous les peuples du nord de l'Afrique et comprenait ainsi Put, qui habitait plus √† l'Ouest. Toute cette r√©gion n'est en effet connue des Grecs que sous le nom de Libye.

      Notre chapitre n'indique pas les descendants de Put. Cette race s'est sans doute répandue dans les contrées septentrionales et occidentales de l'Afrique ; mais ces ramifications lointaines n'ont pu être connues de l'auteur.

      Canaan. Ce nom d√©signe ici l'ensemble du peuple, form√© par les tribus que mentionnent les versets 15 √† 18. Dans d'autres passages (Gen√®se 15.21¬†; Deut√©ronome 7.1¬†; Josu√© 3.10¬†; 24.11), le nom de Canan√©ens est pris dans un sens plus restreint et d√©signe l'une de ces tribus en particulier. Les Canan√©ens, dans ce second sens, √©taient ceux qui habitaient les parties basses de la Palestine, c'est-√†-dire la c√īte de la M√©diterran√©e et la vall√©e du Jourdain (Nombres 13.29¬†; Josu√© 11.3).

      On a expliqu√© par cette circonstance le nom de Canaan, qui parait signifier¬†; r√©gion basse, et qui aurait dans ce cas pass√©, comme Mitsra√Įm, du pays au peuple et du peuple √† l'anc√™tre. Mais il serait difficile dans cette supposition d'expliquer l'emploi que fait No√© du nom de Canaan, 9.25¬†; √† moins d'admettre que ce nom a √©t√© plac√© par anticipation dans la bouche du patriarche au lieu du nom r√©el de son petit-fils.

      Du fait qu'Abraham, et plus tard les Israélites, comprenaient la langue des Cananéens, on a conclu que ces derniers devaient appartenir à la race sémitique et que c'est par haine nationale que notre auteur les range parmi les Chamites. Mais on doit se souvenir qu'il n'est pas possible de conclure de la langue à la nationalité, et il est reconnu aujourd'hui que les Cananéens, bien loin d'être venus du nord, comme ce serait le cas s'ils étaient sémites, sont arrivés du sud et que leur culture et leur religion présentaient de grands rapports avec celles d'autres peuples chamitiques, tels que les Egyptiens.

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      Les descendants de Cusch. Ils sont au nombre de sept, dont cinq fils et deux petits-fils.

      S√©ba. Dans Esa√Įe 43.3 et 45.14 S√©ba est nomm√© √† c√īt√© de Mitsra√Įm et de Cusch. De plus la comparaison d'Esa√Įe 45.14 avec 18.2, 7 montre que S√©ba et Cusch devaient appartenir √† la m√™me race. Nous sommes donc conduits √† placer S√©ba dans le voisinage de Mitsra√Įm (l'Egypte) et de Cusch (l'Abyssinie).

      Cette conclusion s'accorde avec le rapport de Jos√®phe, qui dit que S√©ba √©tait la capitale de l'antique empire de M√©ro√©¬†; or M√©ro√© √©tait le Sennaar actuel, situ√© entre l'Egypte et l'Abyssinie. Il est probable que ce peuple s'√©tendait √† l'Est jusqu'√† la c√īte de la mer Rouge, car le g√©ographe Strabon (premier si√®cle apr√®s JC) mentionne un golfe et une ville du nom de S√©ba sur la c√īte africaine de cette mer.

      Havila. Ce peuple a sans doute quitt√© de bonne heure les c√ītes du golfe Persique, o√Ļ il s'√©tait primitivement √©tabli (voir 2.11 note), pour s'avancer vers le Sud-Ouest. On a trouv√© en effet sur la c√īte orientale de la mer Rouge, un peu au nord du d√©troit de Bab-el-Mandeb, un endroit du nom de Haulan, nom qui rappelle celui de Havila.

      Il est m√™me probable que ce peuple avait travers√© la mer Rouge et pass√© en Afrique car le g√©ographe Ptol√©m√©e (deuxi√®me si√®cle apr√®s JC) parle d'un golfe Avalite et d'un peuple du m√™me nom sur la c√īte africaine au sud du d√©troit de Bab-el-Mandeb.

      Sab√©tha doit √™tre cherch√©, selon toute probabilit√©, dans la partie m√©ridionale de l'Arabie, o√Ļ se trouvait la ville appel√©e par Strabon et Ptol√©m√©e Sabatha et par Pline Sabota, centre du commerce de l'encens.

      Raama. Voir Ezéchiel 27.22, note. Ptolémée indique une ville de Regma ou Régama, au fond d'une baie du golfe persique.

      Sabth√©ca doit √™tre plac√©, selon toute probabilit√©, sur la c√īte orientale du golfe Persique, o√Ļ les anciens connaissaient une ville et un fleuve nomm√©s Samudak√©. Le m et le b sont des sons tr√®s voisins, employ√©s souvent l'un pour l'autre.

      Sch√©ba para√ģt partout dans l'Ancien Testament comme un pays tr√®s riche et tr√®s commer√ßant. C'est de l√† que vint √† J√©rusalem au temps de Salomon la fameuse reine de Sch√©ba, apportant en pr√©sent √† ce roi des aromates, de l'or et des pierres pr√©cieuses (1Rois 10.1 et suivants).

      L'or de Sch√©ba √©tait renomm√© comme celui d'Ophir (Psaumes 72.15). Le peuple qui portait ce nom faisait par caravanes le commerce de l'or, de l'encens et des pierres pr√©cieuses (Job 6.19¬†; Esa√Įe 60.6¬†; J√©r√©mie 6.20¬†; Ez√©chiel 27.22). D'apr√®s Job 1.15 et Jo√ęl 3.8, c'√©tait une tribu belliqueuse et pillarde qui faisait le commerce des esclaves.

      Toutes ces donn√©es bibliques sont d'accord avec les rapports des g√©ographes anciens, qui parlent fort souvent d'un peuple appel√© les Sab√©ens, fix√© dans l'Arabie Heureuse au sud-ouest de la presqu'√ģle. On retrouve aussi des indices de leur habitation plus √† l'Est, jusque dans le pays d'Oman, ce qui les rapproche de Raama, la souche d'o√Ļ ils sont sortis.

      D'après les inscriptions assyriennes, ils se seraient même étendus jusque dans l'Arabie septentrionale. Les géographes anciens rapportent que les Sabéens faisaient un commerce fort étendu, transportant les produits de l'Inde et de l'Ethiopie jusqu'en Syrie et en Mésopotamie. Ils étaient le centre de toute une civilisation qui a laissé après elle d'importants monuments et de nombreuses inscriptions.

      Il para√ģt cependant que cette tribu consid√©rable n'appartenait pas exclusivement √† la race cuschite, mais √©tait plut√īt le r√©sultat du m√©lange de plusieurs races. Au verset 28, en effet, nous retrouvons une tribu du nom de Sch√©ba qui descend du S√©mite Joktan, et dans 25.3 une tribu du m√™me nom parmi les descendants d'Abraham et de K√©tura. C'est probablement la r√©union de ces trois tribus qui a form√© la grande et c√©l√®bre nation sab√©enne.

      D√©dan appara√ģt dans la Bible comme un peuple faisant le commerce par caravanes¬†; il est nomm√© comme tel tant√īt seul (Ez√©chiel 27.15-20), tant√īt √† c√īt√© de Sch√©ba (Ez√©chiel 38.13), tant√īt √† c√īt√© de tribus s√©mitiques de l'Arabie septentrionale (Esa√Įe 21.13¬†; J√©r√©mie 25.23). Cette derni√®re donn√©e s'accorde avec J√©r√©mie 49.8 et Ez√©chiel 25.13, o√Ļ D√©dan est rapproch√© du pays d'Edom.

      Peut-√™tre faut-il distinguer deux D√©dan, l'un habitant au nord de l'Arabie, qui serait le descendant d'Abraham et de K√©tura mentionn√© Gen√®se 25.3 et qui a laiss√© son nom √† la ville de Da√Įdan, dont on a retrouv√© les ruines dans l'Arabie septentrionale¬†; l'autre, le D√©dan cuschite, qui aurait habit√© les bords du golfe Persique et aurait laiss√© son nom √† Daden, l'une des √ģles de l'archipel Bahrein situ√© dans ce golfe.

      D'apr√®s toutes ces donn√©es, les Cuschites dont il a √©t√© parl√© jusqu'ici √©taient une population tr√®s commer√ßante, r√©pandue le long des c√ītes et dans l'int√©rieur de l'Arabie, et jusqu'en Afrique. Nous allons voir une autre branche de la famille cuschite fonder les grands empires assyrien et babylonien.

      8

      8-12 Nimrod et son empire.

      Ce morceau interrompt la liste des peuples pour raconter les fondations accomplies dans ces temps primitifs par un individu remarquable. C'est, selon toute probabilité, une notice tirée d'un autre document et intercalée ici par le rédacteur.

      Cusch engendra Nimrod. Il n'est pas n√©cessaire de prendre ces mots au pied de la lettre, ils peuvent signifier que Nimrod √©tait un descendant de Cusch √† une g√©n√©ration quelconque. Comparez l'expression de fils de David pour d√©signer le Messie. Si Nimrod √©tait fils de Cusch au sens propre, on ne comprendrait pas pourquoi il ne serait pas nomm√© en son rang parmi ses fr√®res. La place √† part qu'il occupe dans ce tableau montre bien qu'il s'agit d'un individu issu d'une des tribus cuschites, qui se distingua par sa force, ses conqu√™tes et ses fondations, et joua ainsi un r√īle √©minent dans cette p√©riode primitive.

      En h√©breu, le mot nimrod signifie : Nous nous r√©volterons. La l√©gende s'est servi de ce sens d√©favorable de son nom pour amplifier les donn√©es si sobres du texte biblique. Jos√®phe, par exemple, le d√©peint comme un homme violent, un despote r√©volt√© contre Dieu, et √† l'instigation duquel les hommes commenc√®rent √† construire la tour de Babel. Mais la forme compl√®tement h√©bra√Įque de ce nom ne permet gu√®re de penser qu'il soit le nom primitif de ce personnage de race cuschite.

      Les inscriptions babyloniennes parlent d'un héros tout semblable, grand chasseur comme Nimrod, et qui, comme lui (voir verset 10), s'établit à Erec. Son nom n'a pas encore pu être déchiffré, mais on est convenu de l'appeler Izdhubar ; c'est le même auquel Hasisatra fait le récit du déluge.

      Un homme puissant, en hébreu guibbor, un héros (même mot que 6.4). D'après les versets suivants, ce fut un homme extraordinaire non seulement par ses exploits à la chasse, mais surtout par ses fondations politiques.

      9

      Puissant chasseur. Les bas-reliefs assyriens présentent constamment la chasse comme l'occupation favorite des rois assyriens et babyloniens et même de leurs dieux.

      Devant l'Eternel. Cette expression est une sorte de superlatif. Comparez Jonas 3.3 et Actes 7.20. Il était puissant aux yeux de l'Eternel lui-même. La fin du verset est un proverbe populaire dont l'auteur tient à indiquer l'origine.

      10

      Le commencement de son empire. Ce passage nous fait assister à la fondation du plus ancien Etat connu. Il n'est pas dit que Nimrod ait construit ces villes ; il est possible qu'elles aient existé avant lui et qu'il n'ait fait que les agrandir, les fortifier et les réunir en un empire unique.

      Babel. La ville de Babylone. Pour la fondation de cette ville et le sens de son nom, voir à 11.9.

      Erec, dans les inscriptions assyriennes Uruk, plus tard Warka, très ancienne ville dont les ruines témoignent d'une haute culture. Elle était située sur la rive gauche de l'Euphrate, au sud-est de Babylone.

      Accad. Ce nom n'a pas √©t√© retrouv√© comme nom de ville¬†; mais on le retrouve √† chaque instant dans les inscriptions, o√Ļ il d√©signe, selon toute probabilit√©, une ancienne province au nord de Babylone.

      Caln√©. Comparez Esa√Įe 10.9¬†; Amos 6.2. On n'a pas retrouv√© ce nom dans les inscriptions¬†; les anciens commentateurs juifs et les P√®res de l'Eglise croient qu'il s'applique √† la ville de Ct√©siphon, dont les ruines se trouvent sur la rive orientale du Tigre, √† vingt lieues au nord-est. de celles de Babylone.

      Au pays de Sinéar. Ce nom est probablement le même que celui de Sumir qui, dans les inscriptions babyloniennes, désigne la plaine fertile qui s'étend de Babylone au golfe Persique. Sumir et Accad désignent dans ces inscriptions l'empire babylonien dans son ensemble. Mais pour les Hébreux, le mot de Sinéar avait pris un sens plus général et désignait toute la contrée arrosée par les deux fleuves, puisque, d'après notre verset, Acad, au nord de Babylone, y est aussi compris.

      Il résulte de ce passage deux choses :

      1. La population primitive de la Babylonie était de race chamitique et non sémitique
      2. La puissance de Babylone a précédé celle de l'Assyrie et de Ninive
      On a longtemps dout√© de ces deux faits¬†; mais ils ont √©t√© confirm√©s d'une mani√®re √©clatante par les d√©couvertes faites r√©cemment dans le domaine de l'assyriologie. Sur le premier point, voir 2.13, note. Quant au second point, il est maintenant historiquement prouv√© que toute la culture assyrienne, √©criture, art, religion, etc., est d'origine babylonienne et que la puissance politique a √©t√© entre les mains de Babylone jusqu'au moment o√Ļ Ninive s'est s√©par√©e d'elle et l'a pour un temps √©clips√©e en force et en richesse.

      11

      Toutes les anciennes versions et quelques commentateurs traduisent : Assur, √©tant sorti de ce pays-l√†, b√Ętit Ninive. Grammaticalement cette traduction peut se soutenir¬†; mais elle cr√©e plusieurs difficult√©s : d'abord les mots le commencement de son empire (verset 10) font attendre l'indication subs√©quente d'un accroissement, qui ne se trouverait nulle part, si le verset 11 avait Assur pour sujet¬†; puis le pays o√Ļ alla Assur ne serait pas indiqu√©¬†; enfin, d'apr√®s le verset 22, Assur √©tait s√©mite et non chamite.

      Voici donc le vrai sens du passage : Le Cuschite Nimrod, après avoir assis son empire à Babylone et dans les contrées environnantes, s'avance vers le Nord et arrive dans le pays qui portait déjà le nom d'Assur et qui était habité par un peuple sémitique ; il en fait la conquête et jette les fondements de la grande ville de Ninive.

      Ninive. Sur la situation et l'étendue de cette ville, voir Jonas 1.2 ; 3.3, notes. Des trois agglomérations qui composaient la ville au temps des prophètes, deux seulement sont indiquées ici, Ninive, la ville proprement dite, et Calach. La troisième ville, la ville septentrionale, nommée dans les inscriptions Dur-Sarrukin, n'existait pas encore ; elle n'a été construite qu'en 707 par Sargon, ce qui explique pourquoi elle n'est pas mentionnée ici. Quant aux deux premières, les inscriptions confirment leur ancienneté.

      D√©j√† au 15¬įsi√®cle avant JC, Ninive √©tait la r√©sidence de monarques assyriens, qui ont √©ternis√© leur m√©moire par la construction de temples dont on retrouve aujourd'hui les ruines. La fondation de Calach est attribu√©e √† Salmanasar l'ancien (vers 1300 avant JC)¬†; mais il se peut qu'elle ait d√©j√† exist√© avant lui et qu'il n'ait fait que lui donner une plus grande extension.

      Outre ces deux quartiers de la grande ville assyrienne, notre passage en mentionne encore deux autres qui sont passés sous silence dans les inscriptions : Rehoboth-Ir et Résen. D'après notre passage, cette dernière était située entre Ninive et Calach ; or, la contrée qui s'étend entre ces deux points, est encore aujourd'hui couverte de ruines. Quant à Rehoboth-Ir, c'est là un nom hébreu qui signifie les larges places de la ville ; il désignait donc probablement les faubourgs, en opposition aux villes proprement dites, qui étaient entourées de murailles.

      C'est la grande ville. Ces mots se rapportent à tout le complexe des villes qui viennent d'être indiquées et qui furent, dès le temps de Sanchérib (705-681), réunies en une seule ville sous le nom de Ninive qui avait été celui de l'une d'elles.

      13

      13-14 Les descendants de Mitsra√Įm

      Ici encore, comme pour Kittim et Dodanim, nous avons affaire √† des noms au pluriel, qui doivent d√©signer des peuples plut√īt que des individus. Sur la plupart de ces noms r√®gne encore une grande obscurit√©.

      Les Ludim ne doivent pas √™tre confondus avec le Lud du verset 22 qui appartient √† la race s√©mitique. Ils apparaissent dans l'Ancien Testament comme habiles tireurs d'arc employ√©s dans les arm√©es √©gyptiennes et tyriennes (J√©r√©mie 46.9¬†; Ez√©chiel 27.10¬†; 30.5). Comme ils sont souvent, nomm√©s √† c√īt√© de Cusch et de Mitsra√Įm, ils doivent sans doute √™tre cherch√©s dans les contr√©es √† l'occident de l'Egypte. On a essay√© de les identifier avec la tribu berb√®re des Lewata, sur les rives de la Grande Syrte¬†; mais cette tribu n'est mentionn√©e qu'√† partir du 6¬į si√®cle apr√®s JC.

      Les Anamim. Ce nom ne se retrouve nulle part ailleurs. On l'a rapproché du mot égyptien Anamou, qui désignait des bouviers nomades d'origine asiatique établis pendant, un temps sur les rives de l'un des grands bras du Nil (embouchure de Damiette).

      Les Lehabim : les Libyens, le peuple qui est nomm√© Lubim dans Nahum 3.9, √† c√īt√© de Put. Sur la position respective de Put et des Libyens, voir verset 6.

      Les Naphthuchim. Ce nom, qui ne se retrouve nulle part comme nom de peuple, a été rapproché par les égyptologues du mot Naptah : ceux de Ptah, c'est-à-dire les habitants de Memphis, siège principal du culte de ce dieu. Ce peuple aurait donc habité la moyenne Egypte. D'autres rapprochent ce nom de celui de Napata, ancienne capitale de l'Ethiopie. Mais, dans ce cas, les Naphthuchim seraient sans doute nommés parmi les Cuschites.

      14

      Les Pathrusim : les habitants de la Haute-Egypte, appel√©e par les proph√®tes Pathros (Esa√Įe 11.11¬†; J√©r√©mie 44.1,15¬†; Ez√©chiel 29.14¬†; 30.14)

      Les Casluchim. On ne retrouve nulle part un nom exactement semblable. Plusieurs ont pens√© √† la Colchide, dont la population venait d'Egypte. Mais, m√™me en admettant cette opinion, on doit toujours chercher en Egypte la race qui a form√© cette colonie. On est en g√©n√©ral d'accord pour placer les Casluchim sur la c√īte qui s'√©tend de l'embouchure orientale du Nil √† l'angle form√© plus √† l'est par la M√©diterran√©e. Ptol√©m√©e fait de cette c√īte une province de l'Egypte et l'appelle Kasi√ītis¬†; c'est aussi l√† que se trouvait le mont Casius.

      C'est de l√† que sont sortis les Philistins. Cette notice, comme celle qui concerne Nimrod (verset 8), interrompt l'√©num√©ration. Elle n'indique pas que les Philistins sont descendus des Casluchim, mais seulement qu'ils sont sortis du pays habit√© par ceux-ci. Notre passage ne nous apprend donc rien sur la race √† laquelle appartenait ce peuple des Philistins, qui a jou√© un si grand r√īle dans l'histoire juive.

      Les savants ne sont pas d'accord sur ce point. La supposition la plus simple est qu'ils provinrent de la fusion de divers peuples. Ce fut peut-√™tre l'arriv√©e des Casluchim qui les obligea √† √©migrer. Il est probable qu'ils se divis√®rent en deux courants¬†; l'un, suivant les c√ītes de la M√©diterran√©e, arriva dans les contr√©es m√©ridionales de la Palestine. Plusieurs savants ont retrouv√© des traces de cette premi√®re √©migration dans l'histoire √©gyptienne et la placent trois si√®cles et demi avant le moment o√Ļ les Isra√©lites sont sortis d'Egypte. Cette branche des Philistins existait seule au temps des patriarches (Gen√®se 26.1)¬†; elle habitait √† Gu√©rar, au sud du pays. C'est la seule que connaisse notre chapitre, puisqu'au verset 19 il fait aller le pays des Canan√©ens jusqu'√† Gaza, laissant en dehors Gu√©rar et son territoire. L'autre courant parti d'Egypte, du pays des Casluchim, se dirigea probablement au Nord, vers l'√ģle de Cr√®te (Caphthor), et apporta un √©l√©ment nouveau √† la population grecque de cette √ģle. Plus tard, une partie de ces Philistins de Cr√®te rejoignirent leurs fr√®res de Palestine¬†; et ce fut alors que fut fond√©e cette conf√©d√©ration des cinq villes philistines qui donna tant √† faire aux Isra√©lites durant les temps des Juges et des Rois.

      Ainsi s'expliquent les différents passages relatifs à ce peuple, tels que Deutéronome 2.23 ; Jérémie 47.4 ; Amos 9.7 d'après lesquels les Philistins seraient venus de Caphthor. Cette dernière émigration doit avoir eu lieu avant l'époque de Josué ; car dans Josué 13.3 et Juges 3.3, les Philistins sont nommés parmi les peuples qu'il faut déposséder, tandis qu'au temps d'Abraham leur pays, beaucoup plus restreint, ne fait point partie du territoire promis à la postérité du patriarche (Genèse 15.18-21).

      Le nom de Philistins est, probablement en rapport avec le mot √©thiopien falasa, √©tranger, √©migrant¬†; c'est ainsi que l'ont compris les LXX qui, √† partir du livre des Juges, le rendent par allophuloi, √©trangers. On l'a mis aussi en relation avec le nom de P√©lages. Ce seraient dans ce cas des √©migrants venus de Gr√®ce, qui auraient colonis√© d'abord les c√ītes d'Egypte, puis de l√† pass√© en Asie. C'est du mot Pelischtim (Philistins) qu'est venu le nom de Palestine, qui se trouve d√©j√† chez H√©rodote et dans une inscription assyrienne (Palastav).

      Les Caphthorim. Ce mot termine l'√©num√©ration (les peuples √©gyptiens, interrompue par la notice sur les Philistins. D'apr√®s J√©r√©mie 47.4, Caphthor, la patrie des Philistins, est une √ģle. Or, dans plusieurs passages (1Samuel 30.14¬†; Ez√©chiel 25.16¬†; Sophonie 2.5), les habitants de la Philistie sont d√©sign√©s par le mot Cr√©tim (Cr√©tois). Caphthor doit donc √™tre l'√ģle de Cr√®te. Sur la probabilit√© d'un √©tablissement ant√©rieur des Caphthorim sur le continent, voir la note pr√©c√©dente. Un savant √©gyptologue croit discerner la m√™me racine c(g)pt √† la base des trois noms Caphthor, Egypte et Copte.

      15

      15-20 Les descendants de Canaan

      Voir carte

      C'est, avec les Joktanides, la liste la plus détaillée qui nous soit donnée dans ce chapitre, ce qui montre que cette branche de la race chamitique était la mieux connue de l'auteur. Sidon et Heth désignent à la fois l'ancêtre et le peuple sorti de lui ; les neuf autres noms sont des dénominations de peuples.

      Sidon vient d'une racine qui signifie p√™cher. C'est le nom de la plus ancienne ville des Ph√©niciens qui primitivement se nommaient Sidoniens. Hom√®re ne les conna√ģt encore que sous ce nom. Comparez aussi dans l'Ancien Testament Deut√©ronome 3.9; Juges 3.3¬†; 1Rois 11.1,5,33¬†; 16.31. La ville et le pays de Sidounou sont aussi mentionn√©s fr√©quemment dans les inscriptions assyriennes.

      Heth (terreur). C'est le nom de la tribu cananéenne avec laquelle Abraham fut en relation à Hébron (Genèse 23.3 ; 25.9 etc.). D'après Juges 1.26, elle occupait aussi les environs de Béthel et d'après Josué 1.4, son nom désignait quelquefois tous les Cananéens. Selon d'autres passages (2Samuel 11.3 ; 1Rois 10.29 ; 11.3 ; 2Rois 7.6), les Héthiens étaient un peuple considérable formant plusieurs Etats dans la Syrie actuelle.

      Les noms semblables de Khiti chez les Egyptiens et de Chatti chez les Assyriens d√©signent √©videmment un peuple habitant la m√™me contr√©e. Les monuments √©gyptiens portent une quantit√© d'inscriptions racontant les guerres des Pharaons de la 18¬į et de la 19¬į dynastie (temps de la servitude d'Egypte) avec cet Etat puissant qui leur barrait le chemin de la Babylonie. Ces donn√©es ont √©t√© confirm√©es par la d√©couverte faite en Syrie et jusqu'en Asie-Mineure de nombreux monuments appartenant √† une civilisation diff√©rente de celles des Egyptiens et des Babyloniens et qui ne peut √™tre attribu√©e qu'√† ce peuple.

      D'apr√®s toutes ces donn√©es, les H√©thiens √©taient probablement une tribu canan√©enne consid√©rable qui avait pr√©c√©d√© les populations s√©mitiques en Syrie et dont une colonie existait au milieu des tribus du sud. Chez les peuples √©trangers, comme quelquefois chez les Isra√©lites, ce nom servait √† d√©signer l'ensemble des tribus canan√©ennes. Notre chapitre et le Pentateuque en g√©n√©ral ne conna√ģt encore que la tribu h√©thienne du sud. L'ordre suivi (H√©thiens, J√©busiens, Amorrh√©ens) co√Įncide, en effet, avec celui de Nombres 13.29. Or, dans ce passage, les espions √©num√®rent ces peuples dans l'ordre dans lequel ils les avaient rencontr√©s, en venant du Sud.

      16

      Le Jébusien. L'article a le sens collectif. Cette tribu habitait dans la montagne, c'est-à-dire sur le plateau qui s'étend entre la plaine maritime et la vallée du Jourdain (Nombres 13.29 ; Josué 11.3). D'après Josué 18.27 ; Juges 1.21 ; 19.10 et 2Samuel 5.6, Jébus, sa capitale, était la ville qui reçut après la conquête le nom de Jérusalem.

      L'Amorrh√©en. On a rapproch√© ce nom du mot amir, sommet (Esa√Įe 17.9)¬†; il signifierait ainsi l'habitant des montagnes. Et en effet, au temps de la conqu√™te, cette tribu, l'une des plus puissantes et des plus belliqueuses du pays, habitait les plateaux d'Ephra√Įm et de Juda (Nombres 13.29¬†; Josu√© 11.3). Cependant, dans ce m√™me temps, elle s'√©tendait bien au-del√†, car Sihon, qui r√©gnait √† l'est du Jourdain entre l'Amon et le Jabbok, √©tait roi des Amorrh√©ens (Nombres 21.21 et suivants). Og, roi de Basan, √©galement √† l'est du Jourdain, mais plus au Nord, est aussi d√©sign√© comme roi des Amorrh√©ens (Deut√©ronome 3.8¬†; 4.47¬†; Josu√© 2.10, etc.).

      D'apr√®s Josu√© 5.1¬†; 7.7¬†; 10.5 etc., toutes les tribus habitant dans la montagne du Midi sont comprises sous ce nom, par opposition aux Canan√©ens, qui habitaient la plaine. Il serait m√™me possible que dans les deux derniers de ces passages ce nom d√©sign√Ęt toutes les tribus canan√©ennes. Au temps des patriarches cette tribu est d√©j√† mentionn√©e comme habitant les environs d'H√©bron (Gen√®se 14.7,13¬†; 15.16) et de Sichem (Gen√®se 48.22¬†; comparez 33.19 et 34.25). Les Amorrh√©ens reparaissent encore au temps de Salomon (1Rois 9.20) comme gens de corv√©e avec les H√©thiens, les Ph√©r√©ziens, les H√©viens et les J√©busiens.

      Le Guirgasien. Nous ne savons rien sur ce peuple, sinon qu'il habitait à l'occident du Jourdain (Josué 24.11). Il faut probablement le chercher au nord des Amorrhéens, car notre chapitre énumère les tribus en allant du Sud au Nord.

      17

      Le Hévien ; probablement de havva, bourg ; ce nom désignerait ainsi un peuple bien établi et bien organisé, ce qui est conforme aux données de Josué 9.11. D'après Genèse 34.2, Sichem, et d'après Josué 9.7, Gabaon, appartenaient à cette tribu. D'après Josué 11.3, les Héviens habitaient aussi plus au Nord, au pied de l'Hermon, et d'après Juges 3.3, dans toute la montagne du Liban, de l'Hermon à l'entrée de Hamath.

      Outre ces six peuplades qu'Isra√ęl devait d√©poss√©der, d'autres passages, tels que Deut√©ronome 7.1¬†; Josu√© 3.10¬†; 24.11, en nomment encore une septi√®me, les Ph√©r√©ziens. Voir √† 13.7

      L'Arkien. Avec ce nom, nous revenons aux populations phéniciennes, dont Sidon faisait déjà partie. Le nom d'Arké ou Arka se retrouve chez les historiens anciens et aussi dans les inscriptions assyriennes ; il désigne une ville située au pied du Liban, à cinq lieues environ au nord de Tripoli. Au temps des Croisades c'était encore une ville forte, en même temps que le siège d'un évêque chrétien ; elle est maintenant en ruines.

      Le Sinien, probablement dans la m√™me contr√©e, J√©r√īme mentionne les ruines d'une ville de Sin, non loin d'Arka, et Strabon parle d'une forteresse de Sinn√Ęn dans le Liban. Un voyageur du quinzi√®me si√®cle parle aussi d'un village de Sin, situ√© pr√®s d'Arka.

      18

      L'Arvadien. Ce nom se retrouve dans Ez√©chiel 27.8, o√Ļ il d√©signe un peuple fournissant d'habiles navigateurs. Ce doit √™tre le peuple mentionn√© souvent √† c√īt√© des Tyriens et des Sidoniens chez les auteurs anciens sous le nom d'Aradiens et dans les inscriptions assyriennes sous celui d'Arvada. Ils subsist√®rent apr√®s la chute de Tyr et de Sidon et occup√®rent pendant un temps toute la c√īte de la Ph√©nicie¬†; voir encore Ez√©chiel 27.8, note.

      Le Ts√©marien. Les √©crivains anciens parlent d'une forteresse nomm√©e Simura, situ√©e au pied du Liban, au sud-est d'Arad. Une ville de Simir se trouve souvent mentionn√©e dans les inscriptions assyriennes √† c√īt√© d'Arka.

      Le Hamathien. Le pays et la ville de Hamath sont souvent mentionn√©s dans l'Ancien Testament. C'√©tait la fronti√®re normale des Isra√©lites du c√īt√© du Nord. (Nombres 34.8¬†; Josu√© 13.5¬†; Juges 3.3) mais cette fronti√®re ne fut atteinte que sous Salomon et J√©roboam II. (Voir Esa√Įe 10.9¬†; Amos 6.2¬†; Zacharie 9.2, notes)

      Les familles des Cananéens s'étendirent : localement, par des colonies ou des conquêtes. Il est fort probable que les Cananéens, quoique venant du Sud ou du Sud-Est (comparez la note sur Canaan, verset 6), sont, comme Abraham, entrés dans le pays par le Nord ; c'était, en effet, la route habituellement suivie pour éviter le désert de Syrie.

      Etablis d'abord dans les environs de Sidon, le premier nom indiqu√© dans notre liste, ils auront rayonn√© de l√† vers le Nord et vers le Sud et se seront fix√©s chacun dans la position g√©ographique o√Ļ nous les trouvons dans les temps historiques. Le verset suivant indique le r√©sultat de ce mouvement pour la branche m√©ridionale de ce peuple qui int√©ressait surtout l'auteur, puisque son territoire devait devenir celui des Isra√©lites.

      19

      Guérar, la ville la plus considérable des Philistins et leur premier établissement ; comparez verset 14.

      Gaza, autre ville des Philistins, au nord de Guérar.

      Sodome... Voir 19.28

      L√©scha. Ce nom ne se retrouve nulle part ailleurs. Les anciens commentateurs juifs et J√©r√īme y voient Kallirho√©, ancienne ville de bains sur la c√īte orientale de la mer Morte. Quoi qu'il en soit, Gaza et la mer Morte sont envisag√©s ici comme indiquant la fronti√®re m√©ridionale du territoire des Canan√©ens et Sidon comme marquant sa fronti√®re septentrionale.

      20

      Sous une forme un peu différente, ce verset exprime la même idée que le verset 5 : la filiation et la langue ont été les bases de la division des peuples, tels qu'ils se sont établis et constitués dans les divers pays du monde.

      21

      21-31 Les descendants de Sem

      A Sem se rattachent vingt-six noms, dont cinq appartiennent à la première génération, cinq à la seconde, un à la troisième, deux à la quatrième et treize à la cinquième. Nous avons déjà constaté que l'auteur, dans son énumération, avait en vue la race de Sem. L'ordre suivi dans la généalogie des Sémites eux-mêmes va nous montrer que tout dans ce chapitre tend à Abraham.

      En effet, apr√®s avoir √©num√©r√© les cinq fils de Sem, l'auteur indique d'abord les descendants du dernier d'entre eux, pour s'arr√™ter ensuite au troisi√®me, Arpacsad, qui est l'anc√™tre direct d'Abraham, par S√©lah et H√©ber. Arriv√© √† H√©ber, il √©num√®re d'abord tous les descendants de son second fils, Joktan, se r√©servant d'indiquer ceux de son fils a√ģn√©, P√©leg, quand il voudra commencer l'histoire d'Abraham (11.18 et suivants).

      Père de tous les fils d'Héber. Pour l'auteur, les fils d'Héber sont les Sémites par excellence. Et en effet, ils comprennent tous les Arabes (Joktanides, verset 25 et suivants, Kéturiens 25.1 et suivants, et Ismaélites 25.12 et suivants), les Ammonites et les Moabites (19.37-38), les Edomites (chapitre 36) et surtout les Israélites. Cette parole répond en quelque sorte à celle de 9.18 : Cham était père de Canaan. Comme Canaan était aux yeux de l'auteur le descendant principal de Cham, Héber était le descendant principal de Sem.

      Fr√®re a√ģn√© de Japheth. Sur l'ordre de filiation des trois fils de No√©, voir √† 9.21, note. Le but de cette remarque est de rappeler que, lors m√™me que Sem a √©t√© plac√© le dernier dans ce tableau, il n'en est pas moins l'a√ģn√©.

      22

      Les cinq fils de Sem.

      L'√©num√©ration va du Sud au Nord, puis de l'Est √† l'Ouest. En effet, un coup d'Ňďil jet√© sur la carte nous montre les tribus s√©mitiques √©tablies comme en demi-cercle autour de la plaine de Babylone : √† l'Est, Elam¬†; au Nord, Assur et Arpacsad¬†; au Nord-Ouest, Lud¬†; √† l'Ouest, Aram, au Sud, les Jotkanides.

      Elam. Voir Jérémie 49.3, note. Ce mot dérive du verbe ala, monter, et signifie haut pays. Ce nom, comme tant d'autres, a donc passé du pays au peuple, puis du peuple à l'ancêtre. Dans les inscriptions assyriennes, cette contrée s'appelle Ilamtou.

      Assur. Voir verset 11 et 2.4, notes.

      Arpacsad. Un vestige de ce mot parait se trouver dans le nom d'Arrapachitis, que les Grecs donnaient à une contrée située sur le versant méridional de l'Arménie et arrosée par le Zab, qui sejette dans le Tigre près de Ninive. Plusieurs savants ont aussi été frappés de la grande ressemblance qui existe entre la fin du mot (csad) et le mot Casdim (Chaldéens), et ont cru pouvoir traduire Arpacsad par forteresse ou haut pays ou encore territoire des Chaldéens.

      Cette √©tymologie co√Įncide avec le rapport de Jos√®phe, qui fait d'Arpacsad le p√®re des Chald√©ens. Or nous trouvons les Chald√©ens √©tablis au temps d'Abraham pr√®s de l'embouchure de l'Euphrate (voir √† 11.28). Il faut donc admettre, si cette √©tymologie est fond√©e, que ce peuple, √©tabli d'abord sur le versant sud de l'Arm√©nie, a √©migr√© vers le Sud et est arriv√© jusque dans la Babylonie m√©ridionale.

      Lud ne doit pas être confondu avec les Ludim, peuple égyptien mentionné au verset 43 et dont il est plusieurs fois question dans l'Ancien Testament. Ce nom désigne ici les Lydiens qui, au temps des Grecs, occupaient la partie occidentale de l'Asie-Mineure.

      De nombreux traits communs à leurs traditions et à celles des Assyriens et des Babyloniens prouvent leur origine sémitique : d'après Hérodote, par exemple, leur premier roi était, fils de Ninus et petit-fils de Bel, héros mythiques de la vallée de l'Euphrate. Il est probable qu'au moment de la composition de notre chapitre, les Lydiens s'étendaient à l'Est jusqu'à Assur et Arpacsad, car jusqu'ici nous n'avons constaté l'existence d'aucun peuple dans la partie méridionale de l'Asie-Mineure.

      Aram signifie probablement haut pays¬†; mais ce nom perdit de bonne heure son sens √©tymologique et servit √† d√©signer une race consid√©rable qui occupait tout le territoire compris entre la M√©diterran√©e √† l'Ouest, le pays de Canaan et le d√©sert syrien au Sud, le Tigre √† l'Est et la cha√ģne du Taurus au Nord.

      L'Ancien Testament conna√ģt plusieurs pays de ce nom : ainsi les expressions Aram-Nahara√Įm (Aram des deux fleuves, Gen√®se 25.10) et Paddan-Aram (champ ou plaine d'Aram, Gen√®se 25.20¬†; 28.2, etc.) servent √† d√©signer la M√©sopotamie¬†; ailleurs il est question d'Aram de Damas (2Samuel 8.6), d'Aram de Beth-Rehob et d'Aram de Tsoba (2Samuel 10.6), trois royaumes syriens en relation avec les Isra√©lites.

      Cependant. le mot Aram est le plus souvent employ√© seul et d√©signe alors la Syrie proprement dite, ou Aram de Damas, au nord de la Palestine. La langue aram√©enne, tr√®s voisine de l'h√©breu, √©tait comprise aussi bien des Assyriens et des Babyloniens que des Isra√©lites et √©tait la langue internationale de l'Orient. Comparez Esa√Įe 26.11¬†; Esdras 4.7¬†; Daniel 2.4, note.

      L'auteur n'indique pas les descendants d'Elam, d'Assur et de Lud, et se borne à ceux d'Arpacsad et d'Aram, qui ont une importance particulière dans l'histoire qui suivra.

      23

      Les quatre fils d'Aram

      Uts. Nous retrouvons ce mot comme nom de pays dans Job 1.1¬†; J√©r√©mie 25.20¬†; Lamentations 4.21¬†; d'apr√®s ce dernier passage, il doit d√©signer une contr√©e situ√©e au Nord-Est d'Edom. Ce m√™me nom se trouve aussi Gen√®se 22.24, o√Ļ il d√©signe le fils a√ģn√© de Nachor, et 36.28, parmi les noms des descendants d'Esa√ľ.

      Hul. On ne trouve pas d'autre trace de ce nom que le mot Hulé, qui sert encore aujourd'hui à désigner le lac Mérom, formé par le Jourdain un peu au-dessous de ses sources.

      Guéther. Les savants ont indiqué en Syrie et en Mésopotamie plusieurs noms qui rappellent celui-là, mais aucun de ces rapprochements n'est concluant.

      Mas. Ce nom se rapproche de celui du mont Masius, au nord de la Mésopotamie, sur la frontière de l'Arménie.

      24

      24-30 Les descendants d'Arpacsad

      Les noms indiqu√©s dans les versets 24 e t 25 d√©signent √©videmment des individus et non des peuples ou des pays. Il semble que l'auteur ait eu des renseignements plus pr√©cis sur les cha√ģnons primitifs de cette race. Comparez 11.10 et suivants. Cela n'emp√™che pas que les noms indiques n'aient √©t√© form√©s que plus tard par la tradition. en souvenir d'√©v√©nements qui s'√©taient pass√©s du vivant, de ces hommes et dont on voulait marquer l'√©poque.

      S√©lah d√©rive du verbe schalach, envoyer, √©tendre¬†; ce nom parait rappeler le moment o√Ļ les Chald√©ens commenc√®rent √† √©migrer vers le Sud.

      H√©ber, de abar, traverser. D'apr√®s plusieurs commentateurs, ce nom signifierait : Ceux qui sont venus d'au-del√†, et se serait form√© en Canaan pour d√©signer la famille d'Abraham (les H√©breux), venue d'au-del√† de l'Euphrate. Comparez 14.13. Mais la famille d'Abraham n'est qu'une branche isol√©e des descendants d'H√©ber. Aussi voyons-nous plut√īt dans ce nom un monument de l'√©poque o√Ļ une partie des descendants d'Arpacsad pass√®rent le fleuve qui leur servait de fronti√®re m√©ridionale, c'est-√†-dire le Tigre, puisqu'ils se dirigeaient vers la Babylonie¬†; comparez verset 22, note sur Arpacsad.

      25

      Péleg, de palag, partager. Le motif de ce nom est indiqué dans les mots suivants.

      La terre √©tait partag√©e. Cette traduction rend seule le vrai sens du temps h√©breu¬†; la traduction habituelle : fut partag√©e, est inexacte. P√©leg ne repr√©sente donc pas le moment o√Ļ la dispersion eut lieu et o√Ļ chaque peuple se dirigea vers le territoire qu'il occupa plus tard, mais bien celui o√Ļ la r√©partition des peuples dans le monde alors connu √©tait un fait accompli. Ce qui confirme ce sens, c'est qu'apr√®s les descendants de Joktan, fr√®re de P√©leg, aucune ramification de l'humanit√© n'est plus indiqu√©e.

      Joktan est le même personnage que Kahtan, qui, dans les généalogies arabes, désigne l'ancêtre des Arabes proprement dits, par opposition aux habitants primitifs du pays, qui étaient probablement cuschites (comparez verset 7), et aux Ismaélites du Nord. Le fait que les Joktanides, en arrivant en Arabie, y trouvèrent des Cuschites déjà établis, prouve évidemment que la dispersion des peuples racontée au chapitre 9 (tour de Babel) avait précédé de beaucoup l'époque de Péleg et de Joktan. Le nom de Kahtan désigne encore aujourd'hui une contrée de la partie septentrionale du Yémen.

      26

      26-30 Les Joktanides

      Almodad. Ce nom est composé de al, l'article arabe, et de modad, qui se retrouve comme nom d'homme sous la forme de Mawaddad dans les inscriptions sabéennes, et comme nom de ville (Madudi) dans l'Hadramaut (Arabie méridionale). D'autres interprètes, changeant le premier d en r (comparez Dodanim et Rhodanim, verset 4), lisent Almorad, nom d'une tribu des montagnes du Yémen.

      Séleph, même nom que Salif ou Sulaf, qui désigne une tribu du Yémen, au sud-ouest de Sana. (Pour la position de Sana, voir plus loin la note sur Uzal.) Ptolémée parle d'une tribu appelée les Salapènes, qui habitait dans l'intérieur de l'Arabie.

      Hatsarmareth : portique de la mort. Ce nom se retrouve dans les inscriptions sab√©ennes et s'est conserv√© jusqu'√† nos jours dans le mot Hadramaut, qui d√©signe une contr√©e tr√®s insalubre, situ√©e sur la c√īte m√©ridionale de l'Arabie √† l'Est du Y√©men. Strabon parle des Hatramotites comme d'une des quatre tribus principales de l'Arabie m√©ridionale. Leur capitale √©tait Sabbatha (ville cuschite), centre du commerce de l'encens. Comparez la note sur Sab√©tha au verset 7. Il y a probablement eu l√† un m√©lange de Cuschites et de Joktanides.

      J√©rach, mot h√©breu qui signifie lune. Le culte de la lune √©tait tr√®s r√©pandu chez les Arabes, de sorte que ce nom se retrouve souvent comme d√©signation g√©ographique dans l'Arabie m√©ridionale : c√īte de la Lune, montagne de la Lune, Fils de la nouvelle lune, etc.

      27

      Hadoram. On n'a donn√© de ce nom aucune explication satisfaisante. Plusieurs y voient les Adramites dont parle Ptol√©m√©e¬†; mais cette tribu rentre plut√īt dans Hatsarmaveth.

      Uzal √©tait, d'apr√®s les traditions arabes, le nom primitif de Sana, la capitale du Y√©men. Au 6¬į si√®cle apr√®s JC, un √©crivain syriaque nomme encore les Auzaliens parmi les tribus du Y√©men.

      Dikla est inconnu. D'après l'étymologie, ce nom doit indiquer un pays riche en palmiers.

      28

      Obal et Abima√ęl sont aussi compl√®tement inconnus.

      Schéba ; voir verset 7, note.

      29

      Ophir. Mentionné comme il l'est parmi les Joktanides, dont les limites sont indiquées au verset 30, ce pays ne peut être cherché qu'en Arabie. Il est vrai que d'autres données paraissent contredire cette manière de voir. D'après 1Rois 9.28 et 10.11-22, les flottes de Salomon, réunies à celles d'Hiram, roi de Tyr, entreprenaient des voyages de trois ans, pour aller chercher à Ophir de l'or, de l'argent, des pierres précieuses, de l'ivoire, du bois de santal, des singes et des paons.

      Un voyage aussi long n'√©tant pas n√©cessaire pour atteindre l'Arabie, et les produits indiqu√©s ne s'y trouvant pas tous, on a cherch√© Ophir dans des contr√©es plus √©loign√©es¬†; quelques savants ont m√™me pens√© aux √ģles de la Sonde ou au P√©rou. Les deux seuls pays en faveur desquels on ait donn√© des raisons valables sont l'Inde et la c√īte de Sofala en Afrique.

      En faveur de l'Inde, on all√®gue que les objets rapport√©s par les flottes de Salomon proviennent en grande partie de ce pays, que leurs noms s'expliquent presque tous par le sanscrit et qu'enfin le nom de Soupara, mentionn√© par Ptol√©m√©e sur la c√īte de Malabar, et celui de Sophir, qui servait √† d√©signer l'Inde chez les anciens Egyptiens, sont en rapport √©troit avec le nom d'Ophir.

      Pour la cote de Sofala, on ne peut guère invoquer que l'analogie assez éloignée du nom de cette contrée avec celui d'Ophir et le rapport d'un voyageur portugais, mentionnant dans ce pays une montagne d'Afura qui contenait des filons d'or. De plus, quelques-uns des produits cherchés au pays d'Ophir, l'ivoire et les singes en particulier, pouvaient certainement venir d'Afrique.

      Mais le nom de Sofala est plut√īt en rapport avec le mot scheph√©la, plaine maritime¬†; et les autres indices sont peu d√©cisifs. Quant √† l'Inde, ni la ressemblance des noms, ni les raisons tir√©es des produits du pays et de leurs noms, ne peuvent contrebalancer le sens clair de notre verset 30. Comme il y avait des relations tr√®s actives entre l'Inde et l'Arabie, les produits de la premi√®re pouvaient arriver par mer dans les ports de la seconde, et Ophir √©tait sans doute l'un de ces ports servant d'entrep√īts pour ce commerce. On comprend donc ais√©ment que les produits de l'Inde fussent cherch√©s √† Ophir.

      Quant aux trois ans de travers√©e, on sait que la navigation √©tait tr√®s lente chez les anciens. Au temps de J√©r√īme (5¬į si√®cle apr√®s JC), un navire employait encore six mois pour faire le trajet de l'isthme de Suez au d√©troit de Bab-el-Mandeb. A supposer donc, qu'un navire f√Ľt parti en juillet du port d'Ezion-Gu√©ber, au fond de la mer Rouge, (c'√©tait le moment le plus favorable pour s'embarquer sur cette mer), pouss√© par la mousson du Nord-Ouest, il arrivait √† Ophir vers la fin de l'ann√©e. L√†, il attendait les navires indiens, qui ne pouvaient arriver que vers la fin de juin, pouss√©s par la mousson du Sud-Est, (de janvier √† juin). Aussit√īt, la mousson du Nord-Ouest recommen√ßait √† souffler, jusqu'en d√©cembre, de sorte que ce n'est qu'en janvier de la troisi√®me ann√©e qu'on pouvait se remettre en route, pour rentrer chez soi plus de six mois apr√®s.

      Rien ne nous oblige donc à chercher Ophir en dehors de l'Arabie. Mais comme aucun nom analogue ne nous a été conservé, nous ne pouvons fixer exactement sa position.

      Havila. Voir verset 7 et 2.11

      Jobab est tout à fait inconnu.

      30

      La montagne d'Orient. Ces mots désignent vraisemblablement le plateau qui occupe le sud-est de l'Arabie.

      Mésa est probablement la même localité que Méséné, située au nord du golfe Persique.

      S√©phar, ancienne ville des Sab√©ens, √† l'angle sud-ouest. de l'Arabie. Ainsi, les Joktanides occupaient toute la portion de l'Arabie situ√©e au sud-est d'une ligne allant de l'extr√©mit√© septentrionale du golfe Persique au d√©troit de Bab-el-Mandeb. D'autres interpr√®tes, M. Segond, par exemple, traduisent : Ils habit√®rent depuis M√©sa du c√īt√© de S√©phar jusqu'√† la montagne de l'Orient. Dans ce sens, il faut identifier M√©sa avec une localit√© du nom de Mouza, situ√©e sur le d√©troit de Bab-el-Mandeb, et S√©phar avec Saphar, ancien port de mer sur la c√īte m√©ridionale de l'Arabie. La montagne de l'Orient serait une montagne situ√©e au-del√† de cette ville et connue des anciens sous le nom de montagne de l'encens.

      Mais de cette mani√®re, les Joktanides n'auraient occup√© qu'une ligne de c√ītes au sud de l'Arabie¬†; or nous avons trouv√© des traces de plusieurs de leurs tribus dans l'int√©rieur, de sorte que notre traduction nous semble pr√©f√©rable.

      Conclusions

      Résumons brièvement les résultats auxquels nous a conduits l'étude de ce chapitre.

      • Le domaine de Japheth comprend, de l'Est √† l'Ouest, la Perse septentrionale (Mada√Į), l'Arm√©nie, l'Asie-Mineure, la Gr√®ce, l'Italie, l'Espagne, puis probablement tout le nord de l'Asie et de l'Europe.
      • Le domaine de Cham comprend la Babylonie, l'Arabie (en partie), la Palestine, l'Egypte, l'Abyssinie, la Libye, et probablement tout le reste du continent africain.
      • Dans le domaine de Sem rentrent la Perse m√©ridionale (Elam), l'Assyrie, la Syrie et l'Arabie (en partie). Par leur position centrale, les S√©mites semblent destin√©s √† devenir un jour le lien entre les deux autres branches de l'humanit√©, comme le fait entendre la proph√©tie de No√© (9.25-27).

      Il nous reste à traiter quelques questions relatives à ce chapitre dans son ensemble.

      1. Le nombre soixante-dix

      En comptant les noms de tous les descendants des fils de Noé mentionnés dans ce chapitre, on arrive au nombre soixante et onze, qui se réduit à soixante-dix, si l'on retranche Nimrod, dont l'histoire ne rentre évidemment pas dans le cadre primitif de ce morceau et ne se rapporte point à l'origine d'un peuple particulier. Les rabbins juifs, comme nous le voyons dans le Talmud, avaient tiré de là l'idée que l'humanité se composait de soixante-dix nations parlant soixante-dix langues diverses et protégées par soixante-dix anges. Plusieurs commentateurs modernes, d'autre part, s'appuyant sur le caractère symbolique du nombre soixante-dix, ont prêté à l'auteur l'intention arrêtée d'arriver à ce nombre et mis en doute, par cette raison, la valeur historique de ce morceau. Mais nulle part l'auteur ne fait remarquer que les noms indiqués forment cette somme. Et d'ailleurs, s'il y a soixante-dix noms, il est arbitraire de compter soixante-dix peuples.

      En effet, les quatre noms des descendants d'Arpacsad mentionn√©s dans les versets 24 et 25 repr√©sentent des cha√ģnons d'une m√™me famille et non des familles diff√©rentes¬†; de plus, Sch√©ba et Havila, mentionn√©s √† la fois parmi les Chamites et parmi les S√©mites, forment en r√©alit√© chacun un seul peuple, tandis que, dans la liste de Gen√®se 10 ils comptent chacun pour deux.

      Enfin, il est évident que dans les énumérations détaillées, telles que celles des Cananéens, des Egyptiens et des Joktanides, nous avons affaire non à des peuples entiers, mais à des fractions de peuples ; il n'est pas possible, en effet, de mettre une de ces petites tribus sur la même ligne qu'Assur ou Elam. Nous voyons, d'après cela, que l'auteur n'a pas pu songer à donner au nombre soixante-dix une valeur symbolique ; ce sont les rabbins qui lui ont prêté cette intention.

      2. Principe de classification

      Nous avons admis plus haut que ce chapitre pr√©sente l'arbre g√©n√©alogique r√©el des peuples descendus de No√©. Mais plusieurs commentateurs ont pens√© que l'auteur avait ob√©i dans cette √©num√©ration √† un tout autre principe que celui de la filiation. Selon les uns, il classerait les peuples d'apr√®s le type physique, en particulier d'apr√®s la couleur de la peau. Mais il serait fort difficile de constater une diff√©rence de couleur entre S√©mites et Japh√©thites, de m√™me qu'entre S√©mites et Chamites en Arabie, o√Ļ les deux races sont m√©lang√©es. De plus, il est √©tabli par l'histoire et par les monuments que, si une partie des Chamites √©taient de couleur fonc√©e, d'autres, tels que les Ph√©niciens, avaient le teint blanc.

      D'autres commentateurs pensent que les peuples sont classés d'après les affinités de langage. Sans doute, dans les temps qui suivirent la dispersion, les peuples se groupèrent selon leurs langues, et l'auteur l'indique lui-même dans les versets 5, 20 et 31 : Dans leurs divers pays, chacun selon sa langue. Mais cet état ne fut pas assez stable pour fournir à l'auteur son principe de classification. Il est reconnu, en effet, que, parmi les caractères distinctifs d'un peuple, la langue est l'un des plus fugitifs. Combien, en effet, ne voit-on pas de peuples adopter la langue de leurs conquérants, ou plus souvent encore celle des pays qu'ils envahissent ? Pour nous en tenir aux peuples mentionnés dans ce chapitre, il est reconnu aujourd'hui que les Cananéens et les Phéniciens parlaient une langue sémitique, tout en étant d'origine chamitique.

      On pourrait supposer aussi, avec plusieurs interpr√®tes, que l'auteur s'est plac√© au point de vue g√©ographique. C'est ce que semblent indiquer ces m√™mes versets 5, 20 et 31. Si l'on prend les choses en grand, cette opinion peut √™tre soutenue : d'une mani√®re g√©n√©rale, les Japh√©thites occupent la zone septentrionale, les S√©mites une zone moyenne et les Chamites la zone m√©ridionale. Mais si nous entrons dans les d√©tails, nous trouvons en Asie-Mineure des Japh√©thites et des S√©mites c√īte √† c√īte, et en Arabie, les S√©mites et les Chamites sont tellement m√™l√©s que sur plusieurs points ils se sont fusionn√©s.

      Toutes ces tentatives de classification étant démontrées infructueuses, nous sommes ramenés au principe énoncé en commençant : l'auteur a été guidé par une tradition solide sur la parenté réelle des peuples. C'est le principe énoncé au verset 5 : selon leurs familles, en leurs nations. Mais si le mode général de classification est historique, cela n'empêche pas qu'en dedans de chaque groupe l'auteur n'ait suivi un ordre géographique.

      3. Les sources de Genèse 10

      On a cru longtemps que ce morceau formait un tout unique, √©crit d'un jet par son auteur. Une √©tude plus attentive a montr√© que l'auteur avait eu devant lui au moins deux sources. En effet, dans les versets 24 et 25, sont √©num√©r√©es quatre g√©n√©rations de descendants de Sem. Les m√™mes indications se retrouvent chapitre 11 versets 12 √† 19. Or, le passage du chapitre 11 porte avec √©vidence les caract√®res du document √©lohiste, tandis que les termes de l'autre, 10.24-25, rappellent le mode de narration du document j√©hoviste. Cette observation nous porte √† attribuer aussi √† ce dernier document les passages suivants : versets 8, 13, 15 et 21, qui pr√©sentent la m√™me forme : Un tel engendra un tel, au lieu de la forme : Les fils d'un tel furent..., qui se trouve versets 2, 3, 4, 6, 7, 22, 23. De l√† il para√ģt r√©sulter que la notice sur Nimrod (10.8-12) et les listes des descendants de Mitsra√Įm (10.13-14), de Canaan (10.15-19) et de Joktan (10.26-30) appartenaient au document j√©hoviste. Si maintenant nous enlevons ces morceaux intercal√©s dans le cadre form√© par les morceaux de l'autre s√©rie, il reste un tout bien ordonn√© et bien proportionn√©, une g√©n√©alogie qui, sauf un seul cas (Sch√©ba et D√©dan), ne d√©passe nulle part la seconde g√©n√©ration. C'est l√† la partie √©lohiste du chapitre, qui comprend versets 1 √† 7, 20, 22, 23, 31, 32. Il suffira de relire s√©par√©ment ces deux s√©ries de morceaux pour √™tre frapp√© de la diff√©rence qui existe entre eux.

      Le rédacteur de la Genèse a donc eu ici, comme pour les chapitres précédents, deux sources à sa disposition : le document élohiste et le document jéhoviste. Mais les auteurs de ces documents doivent avoir employé des sources spéciales dont plusieurs indices trahissent la haute antiquité. Ainsi les Perses ne sont pas nommés, ce qui serait incompréhensible si, comme quelques-uns le pensent, ce tableau avait été dressé d'après les données d'Ezéchiel, au temps de l'exil.

      Un autre trait nous fait reculer plus haut encore, avant le 7¬į si√®cle avant JC. C'est le fait que le nom de Ninive n'est donn√© qu'√† l'un des quartiers de la grande ville et ne comprend pas encore, comme plus tard, l'ensemble des agglom√©rations dont elle s'est form√©e. L'absence du nom de Tyr nous transporte √©galement dans les temps ant√©rieurs √† David (11¬į si√®cle avant JC), puisque, sous le r√®gne de ce roi, les Tyriens √©taient un peuple puissant qui entretenait des rapports suivis avec les Isra√©lites. La ville de Tyr existait m√™me longtemps avant David, d√®s l'√©poque de la conqu√™te de Canaan par les Isra√©lites (Josu√© 19.29). Nous devons donc conclure du silence total de ce chapitre √† l'√©gard de Tyr que les renseignements qu'il renferme sur les tribus ph√©niciennes sont ant√©rieurs √† ce moment-l√†¬†; car, si Tyr avait exist√©, cette ville aurait certainement √©t√© mentionn√©e avec Sidon √† c√īt√© des Arkiens, des Siniens et des Ts√©mariens, populations bien moins importantes que celle de Tyr.

      Les limites assign√©es aux Canan√©ens (verset 19) prouvent √©galement que, au moment o√Ļ nous transporte notre chapitre les Philistins n'occupaient encore que le district de Gu√©rar¬†; par cons√©quent, la seconde immigration de ce peuple n'avait pas encore eu lieu (comparez verset 14). Enfin, l'ordre dans lequel sont mentionn√©es les tribus canan√©ennes montre que l'auteur qui a dress√© cette liste connaissait exactement leur situation au temps de la conqu√™te (comparez versets 15-16).

      Il r√©sulte du caract√®re sp√©cial de certaines listes que l'auteur devait poss√©der des renseignements tr√®s s√Ľrs et tr√®s d√©taill√©s sur les habitants de l'Egypte, de l'Arabie et du pays de Canaan, trois pays avec lesquels le peuple d'Isra√ęl a eu des relations toutes particuli√®res dans les premiers si√®cles de son existence. Dans tous les cas, quels que soient le caract√®re et l'√Ęge des sources auxquelles a puis√© le r√©dacteur de la Gen√®se, son but a certainement √©t√©, de nous pr√©senter dans ce tableau l'ensemble des nations au sujet desquelles l'Eternel va parler √† Abraham en lui disant : Toutes les familles de la terre seront b√©nies en toi. (Gen√®se 12.3).

      Cette intention ressort des deux faits suivants : la place assign√©e √† ce tableau pr√©cis√©ment au moment o√Ļ l'auteur va passer de l'histoire g√©n√©rale de l'humanit√© primitive √† l'histoire particuli√®re du peuple √©lu, puis la circonstance significative qu'aucun des cha√ģnons indiqu√©s dans ces g√©n√©alogies ne descend plus bas qu'Abraham.

      4. Comparaison de notre tableau avec les essais analogues des autres peuples

      D'autres peuples anciens ont essayé, comme les descendants d'Abraham, de dresser le tableau des nations qu'ils connaissaient. Chez plusieurs, tels que les Egyptiens, les Iraniens et les Babyloniens., on trouve une division de l'humanité en trois branches qui correspondent aux familles issues de Sem, de Cham et de Japheth. Les Egyptiens divisaient, il est vrai, l'humanité en quatre branches, mais comme ils prétendaient former à eux seuls la première branche, leur division se ramène à trois.

      Mais ces peuples ne se préoccupent guère des étrangers : ils se considèrent chacun comme le centre du monde, et les nations qu'ils jugent dignes de figurer dans leurs listes sont celles qui entretiennent avec eux des relations commerciales ou celles qui leur sont soumises. Le plus souvent, les étrangers ne sont à leurs yeux que des barbares méprisables.

      Un tout autre esprit règne dans notre chapitre : aucun peuple n'y occupe une position centrale ; l'humanité primitive tout entière nous y est présentée sur le même plan. Tous les hommes, tous les peuples ont une commune origine, sont égaux en dignité et marchent vers une même destination : c'est pour eux tous que va être préparé le salut dont l'histoire commence au chapitre 12 avec la vocation d'Abraham.

      Remarquons m√™me que, tandis que tous les autres peuples se consid√®rent comme n√©s sur leur propre sol et comme la premi√®re nation constitu√©e, le peuple d'Isra√ęl, au sein duquel ce document a vu le jour, reconna√ģt la haute antiquit√© des autres nations qui l'entourent et se pr√©sente modestement comme le plus jeune d'entre les peuples.

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