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Hébreux 2

    • 1 Chapitre 2.

      1 à 4 Responsabilité de ceux qui entendent le message salutaire du Fils.

      Grec¬†: De peur que nous ne coulions √† c√īt√©, "comme un vaisseau qui, au moment d'aborder, est emport√© plus loin par le courant et entra√ģn√© √† sa perte." Luther.

      Le port, c'est le salut. (Hébreux 1.14 ; 2.3) Cette sérieuse exhortation est une conclusion tirée de la grandeur de Jésus-Christ (c'est pourquoi...), démontrée au chapitre précédent. Dans ce qui suit, (Hébreux 2.2 et suiv) l'auteur motive son avertissement en signalant la responsabilité encourue par ceux qui négligent les vérités salutaires.

      2 Le terme la parole, au singulier, désigne la Loi (Hébreux 1.4, note ; comparez Actes 7.53 ; Galates 3.19), qui fut, d'après une tradition juive, que les Septante ont introduite dans Deutéronome 33.2, (comparez Actes 7.53, note) promulguée par l'entremise des anges.

      - Grec : est devenue ferme : sa certitude et sa crédibilité se sont démontrées au cours de l'histoire, par l'accomplissement de la promesse, (Romains 4.16) comme de la menace. (Romains 3.4)

      Comparer Hébreux 10.28,29.

      Suivant les uns, la transgression serait la violation d'une défense et constituerait un péché de commission, la désobéissance désignerait la négligence d'un ordre, un péché d'omission.

      D'autres, avec plus de raison, estiment que les deux termes unis étroitement par toute, qui n'est pas répété devant le second, s'appliquent à des fautes de même ordre, le premier les caractérisant comme des violations de la loi, le second ajoutant que ces violations sont intentionnelles. Les péchés commis par négligence ou par faiblesse n'étaient pas punis irrémissiblement, ils pouvaient être expiés par un sacrifice. (Lévitique 4,5)

      3 Au ch√Ętiment, (H√©breux 2.2) √† la condamnation.

      Ce grand salut, si grand en lui m√™me, l'est encore parce que, annonc√© d'abord par le Seigneur J√©sus, il nous a √©t√© confirm√© par ceux qui l'entendirent, par ses ap√ītres, destin√©s √† lui servir de t√©moins.

      6 Luther, Calvin, et la plupart des interpr√®tes, ont conclu de ces paroles, non sans raison, que notre √©p√ģtre ne peut pas avoir √©t√© √©crite par Paul, qui affirme avoir re√ßu l'Evangile directement du Seigneur lui-m√™me. (Galates 1.1,11,12¬†; 1Corinthiens 9.1¬†; 15.8-11)

      4 Dieu accompagnait les premiers témoins de l'Evangile ; il ajoutait son témoignage au leur et le confirmait par des signes et des prodiges.

      Les deux termes signes et prodiges s'appliquent aux m√™mes faits¬†; le premier indique leur haute signification, le second leur caract√®re extraordinaire, surnaturel. J√©sus pr√©sentait de m√™me ses Ňďuvres comme des signes, des preuves de sa mission divine. (Jean 5.36¬†; 10.25,37,38¬†; 14.10,11¬†; 15.24)

      Le troisième terme et divers miracles ne mentionne pas une nouvelle catégorie de faits, mais désigne les signes et les prodiges au point de vue de leur origine ; ils sont des miracles, c'est-à-dire, suivant l'étymologie, des puissances, des manifestations de la puissance divine.

      - Les trois termes : signes, prodiges, miracles sont associés de même Actes 2.22 ; 2Corinthiens 12.12.

      - Tous ces actes miraculeux s'accomplissaient en vertu de communications ou distributions que Dieu faisait de l'Esprit Saint, (1Corinthiens 12) selon sa volonté. La volonté divine reste le régulateur de ces communications et de l'activité qu'elles produisent. C'est la condition pour que celle-ci soit un témoignage rendu par Dieu. (Comparer 2Thessaloniciens 2.9)

      5 5 à 9 Le Fils, pour un temps au-dessous des anges, élevé par la croix à la gloire.

      Apr√®s avoir expos√© la sup√©riorit√© infinie du Fils de Dieu sur les anges (H√©breux 1.4-14) l'auteur parle de l'√©tat d'humiliation et de souffrances dans lequel Christ a paru sur cette terre, mais c'est pour mettre en lumi√®re une v√©rit√© bien propre √† affermir la confiance des lecteurs de l'√©p√ģtre¬†: J√©sus a √©t√© √©lev√© dans la gloire par ses souffrances m√™mes, et il y √©l√®ve avec lui l'homme qu'il a rachet√© et qu'il peut secourir dans ses combats (H√©breux 2.10 et suivants) Ce d√©veloppement nouveau est rattach√© √† la pens√©e de H√©breux 2.4¬†: Dieu a confirm√© la pr√©dication de l'Evangile par des signes extraordinaires.

      Il le fallait, car ce n'est pas √† des anges qu'il a soumis le monde √† venir, ce n'est pas par des √™tres c√©lestes, rev√™tus de tout l'√©clat de leur origine, que le royaume des cieux doit √™tre √©tabli, mais par le Fils de l'homme, que son abaissement m√™me pouvait faire m√©conna√ģtre. La destin√©e de ce Roi qui a d√Ľ passer par la croix pour s'√©lever sur le tr√īne et acqu√©rir la domination universelle, l'auteur la trouve d√©crite proph√©tiquement dans Psaumes 8. (Comparer H√©breux 2.9, note.)

      8 Psaumes 8.5-7. Le passage est cité exactement d'après la version grecque des Septante qui, (Hébreux 2.7) comme dans Hébreux 1.6, traduit Elohim (Dieu) par anges.

      Il faut remarquer encore que les mots du Psaume¬†: "Tu l'as √©tabli sur les Ňďuvres de tes mains," n'ont pas √©t√© cit√©s par l'auteur de notre √©p√ģtre. Ils se lisent, il est vrai, dans Sin., A, C, D, mais ils manquent dans B. Itala, et il est probable qu'ils ont √©t√© ajout√©s par quelque copiste qui a cru devoir compl√©ter la citation.

      9 L'auteur de Psaumes 8, apr√®s avoir contempl√© la grandeur des Ňďuvres de Dieu dans l'√©tendue des cieux, reporte sa pens√©e sur l'homme, sur sa petitesse et sa mis√®re, et il s'√©tonne que Dieu se souvienne de lui et prenne garde √† lui.

      Et toutefois, l'homme poss√®de une intelligence pour conna√ģtre Dieu, un cŇďur pour l'aimer, une volont√© pour lui ob√©ir. Ces facult√©s l'√©l√®vent bien audessus des mondes qui resplendissent au firmament, et le rendent peu inf√©rieur aux √™tres c√©lestes eux-m√™mes. Dieu l'a ainsi couronn√© de gloire et d'honneur¬†; et dans l'intention premi√®re de son Cr√©ateur, il devait √™tre infiniment plus grand encore. Fait √† l'image de Dieu, il devait soumettre la cr√©ation √† sa volont√©, (Gen√®se 1.26-31) et se d√©velopper librement, comme roi de cette cr√©ation, jusqu'√† ce qu'il f√Ľt consomm√© et glorifi√© dans sa ressemblance avec Dieu.

      Mais d'o√Ļ vient que l'√©tat actuel de l'homme r√©ponde si peu √† sa destination¬†? C'est le p√©ch√© qui en est la cause. Par suite du p√©ch√©, celui qui devait r√©gner n'a plus √©t√© qu'un roi d√©chu, tomb√© sous la domination de la chair, de la nature et du monde qu'il devait s'assujettir. C'est ce que remarque l'auteur de l'√©p√ģtre. (H√©breux 2.8) Il se demande comment il se fait que les d√©clarations de Psaumes 8 soient si peu r√©alis√©es¬†; comment, lorsque Dieu a tout assujetti √† l'homme, tout sans exception, cependant nous ne voyons nullement l'homme dominer sur tout, mais n'√™tre le plus souvent qu'un malheureux esclave.

      Le but de Dieu en le cr√©ant ne serait-il pas atteint¬†? Le verset H√©breux 2.9 donne la solution pleine et glorieuse du probl√®me. Un second Adam, J√©sus, le fils de l'homme, la souche d'une humanit√© nouvelle, nous appara√ģt couronn√© de gloire et d'honneur, apr√®s avoir √©t√© lui-m√™me, comme tous les hommes ses fr√®res, fait quelque peu inf√©rieur aux anges.

      Et pour quelle cause a-t-il √©t√© couronn√© de gloire et d'honneur¬†? A cause de la mort qu'il a soufferte. Et pourquoi l'a-t-il soufferte¬†? Afin que, par la gr√Ęce de Dieu (par l'effet de son amour), il go√Ľt√Ęt la mort pour tout homme.

      Ce grand but de sa venue sur la terre est la raison pour laquelle il a d√Ľ, dans sa vie humaine, √™tre fait quelque peu inf√©rieur aux anges. En lui et par lui "les fils de Dieu sont ramen√©s √† la gloire," (H√©breux 2.10) et le monde √† venir leur est de nouveau assujetti. (H√©breux 2.5) Ce monde √† venir, qui est la terre et le ciel glorifi√©s, les p√©cheurs rachet√©s le poss√®dent en leur chef J√©sus Christ. (Comparer 1Corinthiens 15.25-28)

      - Telle est l'interpr√©tation que donnent de notre passage Th. de B√®ze, Ebrard, Delitzsch, Hofmann, Keil, K√ľbel, et que d√©tendaient nos pr√©c√©dentes √©ditions. Elle pr√©sente une grosse difficult√©, qui la fait rejeter par la plupart des interpr√®tes¬†: c'est le terme qu'elle sous-entend comme antith√®se √† la n√©gation du H√©breux 2.5 "le monde √† venir n'a pas √©t√© soumis √† des anges,.." mais √† l'homme. Rien dans le contexte ne fait penser √† l'homme. L'auteur aurait d√Ľ le nommer, d'autant plus que son id√©e avait quelque chose d'√©trange¬†: le monde √† venir soumis √† l'homme¬†! Dieu avait dit √† Adam et √† Eve¬†: "Remplissez la terre et l'assujettissez," (Gen√®se 1.28) mais non le monde √† venir. Il est vrai que cette expression d√©signe moins le ciel dans son opposition √† la terre, que le r√®gne de Dieu fond√© ici-bas d√©j√† par le Messie¬†; mais l'id√©e de ce r√®gne n'implique pas directement celle de la royaut√© de l'homme.

      Et quand, de plus, l'auteur dit¬†: (H√©breux 2.5) "le monde √† venir dont nous parlons," il est impossible de ne pas penser √† tout ce qu'il vient de dire (H√©breux 1.2,3,8,13) de la position souveraine du Fils dans les cieux. Il n'y a donc qu'une r√©ponse admissible √† la question que pose H√©breux 2.5¬†: √† qui Dieu a-t-il soumis le monde √† venir puisque ce n'est pas √† des anges¬†? - Au Fils. Et d√®s lors, Il faut reconna√ģtre que l'auteur cite Psaumes 8 en le d√©tournant de son sens premier, en l'appliquant, non √† l'homme, mais au Messie.

      - Les interpr√®tes qui appliquent toute la citation au Messie se divisent √† leur tour. Les uns pensent qu'elle est destin√©e √† relever sa grandeur¬†: qu'il est grand, puisque tu te souviens de lui¬†! Les autres estiment qu'elle d√©crit son abaissement¬†; et c'est ainsi qu'il nous para√ģt plus naturel de l'entendre. Dans la premi√®re application, le Psaume est par trop d√©tourn√© de son sens propre.

      La soumission de l'univers au Fils r√©sulte de sa qualit√© "d'h√©ritier de toutes choses." (H√©breux 1.2) Elle √©tait proclam√©e d√©j√† dans le Psaume. (Psaumes 8.7) Or nous voyons que ce Fils, loin de dominer, est profond√©ment abaiss√©¬†: "Nous ne voyons pas encore maintenant que toutes choses lui soient soumises." (H√©breux 2.8) Contradiction troublante, que l'auteur r√©sout par l'explication qu'il va donner de la mort de J√©sus¬†: (H√©breux 2.9) cette mort, dernier degr√© de son abaissement, a √©t√© le moyen m√™me de son triomphe¬†; par elle, il a fond√© son r√®gne¬†; par la croix, il s'est √©lev√© au tr√īne.

      Nous voyons maintenant, par le regard de la foi, ce J√©sus, qui a √©t√© abaiss√© pour un peu de temps au-dessous des anges, couronn√© de gloire et d'honneur, √† cause de la mort qu'il a soufferte. C'est sur ces derniers mots que porte l'accent de la phrase grecque. Cette mort soufferte par J√©sus, qui emp√™chait beaucoup de Juifs de reconna√ģtre en lui le Messie, a √©t√© pr√©cis√©ment la cause de son √©l√©vation. Celle-ci est pr√©sent√©e comme la r√©compense de l'ob√©issance que J√©sus a montr√©e dans ses souffrances (Comparer Philippiens 2.8,9)

      Enfin le but qui devait √™tre atteint par les souffrances et la mort de J√©sus, est indiqu√© en ces mots¬†: afin que, par la gr√Ęce de Dieu, il go√Ľt√Ęt la mort pour tout homme. La mort du R√©dempteur est destin√©e √† procurer le salut √† tout homme qui met en elle sa confiance¬†; et il en est ainsi en vertu d'une dispensation de la gr√Ęce de Dieu, cause premi√®re de toute l'Ňďuvre de la r√©demption.

      M. Weiss objecte que, dans notre √©p√ģtre, la gr√Ęce de Dieu n'est pas, comme dans les √©p√ģtres de Paul, le principe du salut, mais sa cons√©quence, la faveur divine rendue au p√©cheur ensuite de l'expiation op√©r√©e par Christ. Il pr√©f√®re, pour cette raison, une le√ßon qui ne se lit que dans un seul majuscules et quelques versions, mais qu'Orig√®ne indique comme la plus r√©pandue de son temps, et qui porte sans Dieu, au lieu de¬†: par la gr√Ęce de Dieu. L'auteur ferait allusion, d'apr√®s M. Weiss, √† l'abandon de Dieu que J√©sus √©prouva sur la croix et qui marqua le point culminant de ses souffrances. (Marc 15.34)

      Les nestoriens interpr√©taient cette le√ßon en disant que J√©sus "go√Ľta la mort, sans participation de sa nature divine¬†;" Orig√®ne y trouvait ce sens¬†: "afin qu'il go√Ľt√Ęt la mort pour tout √™tre, except√© Dieu."

      La plupart des exégètes modernes s'en tiennent à la leçon du texte reçu et lui donnent le sens que nous avons indiqué plus haut.

      Notre auteur emploie si rarement le terme de gr√Ęce, qu'on ne saurait fixer avec certitude la signification qu'il lui attribue, ni affirmer qu'il ne lui donne jamais le m√™me sens que Paul. Le sens paulinien du terme pourrait √™tre revendiqu√© pour H√©breux 10.29 et H√©breux 13.9

      10 10 à 18 La convenance divine et le but des souffrances du Fils.

      Bien loin donc que les Hébreux ébranlés dans leur foi dussent voir un sujet de scandale dans les souffrances et la mort du Sauveur, ils devaient y trouver une divine convenance, y voir un fait qui, de toutes manières, glorifie Dieu lui même au plus haut degré.

      Il convenait que Christ souffrit, puisque c'est Dieu lui-même, Celui par qui et pour qui sont toutes choses, qui l'a voulu ainsi dans son insondable sagesse. (Matthieu 26.42)

      Cela convenait, puisque Dieu, dans son éternelle miséricorde, voulait conduire plusieurs fils à la gloire, et que pour eux, comme pour le prince de leur salut, il n'y a point d'autre chemin qui mène à la gloire que celui des humiliations et des souffrances.

      C'est pourquoi le Sauveur est appelé ici le prince, ou le chef du salut, (Hébreux 12.2 ; 5.9) car il a frayé la voie à ceux qui sont sauvés, au travers du monde, du péché, de la douleur, de la mort, de tous les ennemis, et par sa victoire il a rendu possible la victoire des siens.

      - Quant à la signification de cette parole "élever à la perfection (grec perfectionner) par des souffrances," appliquée au Sauveur, voir Hébreux 5.9, note.

      11 Celui qui sanctifie, J√©sus-Christ, et ceux qui sont sanctifi√©s, ses rachet√©s, sont, par l'Ňďuvre de la r√©demption, fils d'un seul et m√™me P√®re, soit quant √† leur origine, soit en vertu de la seconde naissance qui rend les p√©cheurs participants de l'Esprit que le Sauveur poss√©dait dans sa pl√©nitude¬†; ce que le Fr√®re a√ģn√© poss√®de de toute √©ternit√©, il le partage avec ceux qu'il n'a point honte d'appeler ses fr√®res. (H√©breux 2.12¬†; Jean 20.17)

      - Quand on rapproche ce verset du pr√©c√®dent, on voit que le Sauveur sanctifie les siens au moyen de ses souffrances et de sa mort, par lesquelles il √īte leur p√©ch√©, leur fait part de sa justice et les rend capables de le suivre dans cette m√™me voie du renoncement et d'une sainte ob√©issance.

      Cette pens√©e revient souvent dans notre √©p√ģtre. (H√©breux 9.13,14¬†; 10.10,14-29¬†; 13.12¬†; comparez Jean 17.19)

      12 Ces paroles sont tir√©es de Psaumes 22.31. Dans la premi√®re partie de ce Psaume, le proph√®te chante les douleurs du Messie¬†: "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as tu abandonn√©¬†?" Mais bient√īt il entrevoit la victoire, et son cantique devient un chant de triomphe.

      C'est alors que le vainqueur voit une grande assemblée de rachetés qu'il appelle ses frères (exactement comme Jean 20.17), et auxquels désormais il annoncera le nom de Dieu, et il le célébrera par des hymnes de louange.

      La citation répond donc parfaitement au but de notre auteur, qui est de justifier le titre glorieux de fils de Dieu et de frères du Seigneur donné aux rachetés, et en même temps de rappeler, par l'Ecriture, le moyen de leur délivrance.

      13 On a vu dans ces mots une citation de Psaumes 18.2, ou plut√īt de 2Samuel 22.3, o√Ļ le Psaume est reproduit et o√Ļ la version des Septante est exactement conforme √† notre texte. D'autres font d√©river cette citation d'Esa√Įe Esa√Įe 8.17. La parole qui est cit√©e aussit√īt apr√®s rend cette opinion plus probable.

      Les Septante ont au commencement de √Čsa√Įe 8¬†:17 Et il dira. Ce verbe au futur, qui manque dans l'h√©breu, a amen√© les Juifs √† donner un sens messianique aux paroles d'Esa√Įe. (Voir la note suivante.)

      Quoique fils de Dieu, il a fallu que, dans son abaissement et ses souffrances, le Sauveur mit en Dieu sa confiance, comme un faible mortel. En cela aussi, il a été "fait semblable à ses frères." (Hébreux 2.17)

      Esa√Įe 8.18. Cette citation encore est destin√©e √† justifier aux yeux des lecteurs de l'√©p√ģtre la grande pens√©e de ces "fils amen√©s √† la gloire" (H√©breux 2.10) par Celui qui est devenu semblable √† eux C'est de lui-m√™me et de ses propres fils que parlait Esa√Įe.

      Mais on doit considérer les circonstances dans lesquelles ces fils lui naquirent, et les noms dont il dut les appeler par l'ordre de l'Eternel pour qu'ils devinssent des "signes et des présages," annonçant d'affreuses calamités sous Achaz, puis la délivrance de la nation.

      On conçoit alors que l'auteur, selon la manière allégorique d'appliquer l'Ancien Testament, voie, dans le prophète devenu le sauveur de son peuple, une image du grand Libérateur qui présente à Dieu "ceux que le Père lui a donnés"

      14 Les enfants prophétiques dont l'auteur vient de parler, et en général les enfants des hommes dont le Sauveur fait des "fils de Dieu." (Hébreux 2.10) Il ne s'agit point ici des petits enfants en particulier.

      C'est-à-dire à la nature humaine, faible, infirme, mortelle, sujette à la douleur, à la mort, à toutes les suites de la chute de l'homme. (Comparer Jean 1.14, note ; Romains 1.3,4, note.)

      15 Ces paroles, qui indiquent clairement la cause et de l'incarnation et de la mort de J√©sus-Christ, se rattachent encore √† H√©breux 2.10, et expliquent, ainsi que les versets suivants, pourquoi "il convenait" que l'auteur du salut f√Ľt "consomm√© par la souffrance."

      Il a d√Ľ participer √† notre nature afin que, par sa mort, il an√©antit celui qui a la puissance de la mort¬†; voil√† la r√©demption objective accomplie sur la croix. Par l√†, il d√©livre tous les jours encore ceux qui trouvent dans la crainte de la mort une affreuse servitude¬†; voil√† la r√©demption subjective, personnelle, accomplie dans tous les croyants.

      Ce n'est pas seulement la mort que le Sauveur devait détruire par sa victoire, mais celui qui a la puissance de la mort, le diable. Satan est le prince de la mort, car par lui "le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort." (Romains 5.12) Jésus-Christ enseigne la même vérité. (Jean 8.44)

      La mort n'est point seulement la destruction du corps, mais la ruine de l'√Ęme. (Comparer Romains 1.32, note¬†; Romains 5¬†; 12, 2e note.) Satan est l'auteur de la mort temporelle et √©ternelle¬†; en lui le royaume des t√©n√®bres trouve son unit√© et son chef.

      Tant qu'il reste sous la domination du p√©ch√©, l'homme est toute sa vie assujetti √† la crainte de la mort et de la condamnation, comme √† une servitude tyrannique. Si cette crainte ne se manifeste pas en tous √©galement, si, √† force de l√©g√®ret√©, de distractions mondaines, d'oubli de Dieu et d'euxm√™mes, beaucoup d'hommes parviennent √† s'y soustraire pendant un temps, ce n'est que pour se pr√©parer un r√©veil d'autant plus terrible, et leur vie sans Dieu est un effet indirect de la servitude dont parle ici l'ap√ītre.

      C'est d'un tel état que Jésus-Christ a délivré les croyants. Par sa mort, il a expié leurs péchés, il les a réconciliés avec Dieu, et leur a rouvert les sources du pardon ; et par sa résurrection, en triomphant de la mort, en devenant les prémices de leur propre résurrection, de leur vie éternelle, il a pleinement accompli leur délivrance. Ils peuvent mourir avec lui, ressusciter avec lui, marcher avec lui dans une vie nouvelle, et rien ne saurait plus leur nuire. (Comparer les notes sur Romains 5.6-10 ; 6.4-6 ; 8.1 ; 2Corinthiens 5.19-21 ; Ephésiens 2.14,15)

      16 C'est ici, en d'autres termes, la vérité déjà exprimée à Hébreux 2.5, et dont la suite n'a été que le développement profond. Le monde à venir, la participation à la gloire de Christ, la rédemption, qui seule peut y conduire, tout ce que le Sauveur a été et a fait, ne concerne point des anges, mais l'homme pécheur.

      Cette r√©flexion est une confirmation (car) de la n√©cessit√© o√Ļ se trouvait le Sauveur de "participer au sang et √† la chair." Il devait d√©livrer non des anges, mais des hommes, donc il devait √™tre homme.

      - Si l'auteur dit ici la post√©rit√© d'Abraham, quand, d'apr√®s le contexte, on aurait attendu la post√©rit√© d'Adam, c'est parce qu'il parle √† des descendants du patriarche, sans que pour cela il exclue les pa√Įens.

      18 L'auteur √©nonce une cons√©quence du fait que le Fils porte secours √† des hommes faibles et malheureux¬†: il devait √™tre rendu semblable √† ses fr√®res en toutes choses, afin qu'il p√Ľt devenir compatissant et se pr√©senter √† eux comme un souverain sacrificateur fid√®le.

      C'est sous cette forme si consolante et si vraie que l'auteur introduit pour la premi√®re fois l'id√©e de la sacrificature de J√©sus, qui occupe une si grande place dans son √©p√ģtre.

      Il ne faudrait pas conclure de cette parole que J√©sus-Christ ne f√Ľt pas compatissant avant d'√™tre devenu semblable aux hommes¬†; c'est sa compassion infinie qui l'a port√© √† na√ģtre au sein de notre humanit√© pour nous sauver. Mais s'il n'avait connu par lui-m√™me l'infirmit√© de notre nature et ses tentations, il n'aurait pu √©prouver de sympathie humaine pour de pauvres p√©cheurs souffrants et tent√©s, il n'aurait pu √™tre ce Sacrificateur qui interc√®de pour ses fr√®res dans un sentiment personnel de leurs besoins.

      Mais, quand nous le voyons souffrir, combattre, prier, pleurer avec ses fr√®res, et accomplir son Ňďuvre de Sacrificateur aupr√®s de Dieu en √©puisant jusqu'√† la mort la coupe des douleurs que le p√©ch√© a enfant√©es sur la terre, nous reprenons courage et confiance en lui. (H√©breux 4.15-16)

      C'est ainsi que nous devons le contempler (grec) faisant la propitiation pour les péchés du peuple. (Voir sur ce grand fait de l'expiation et de la sacrificature de Christ, les chapitres Hébreux 7,Hébreux 8,Hébreux 9,Hébreux 10, qui sont consacrés à ce sujet.)

      Ici l'auteur n'a pas seulement en vue le sacrifice d'expiation, accompli une fois pour toutes sur la croix, mais encore l'intercession du Sauveur qui fait prévaloir auprès de Dieu l'efficace perpétuelle de ce sacrifice en faveur de tout pécheur repentant. (Hébreux 4.16 ; 7.25 ; 9.24 ; 10.19 et suivants ; comparez Romains 8.34 ; 1Jean 2.1)

      De même, quand il ajoute, (Hébreux 2.18) comme un motif de l'obligation qui incombait au Fils de devenir semblable à ses frères : car, parce qu'il a souffert, ayant été tenté, il a en vue, non seulement la mort de Jésus, mais toutes les souffrances que le Sauveur a endurées, et il les envisage moins en elles-mêmes que comme des moyens par lesquels le Fils fut lui-même tenté, exercé à l'obéissance envers Dieu (Hébreux 5.8) et élevé ainsi à la perfection. (Hébreux 2.10)

      Et parce qu'il s'est ainsi "sanctifi√© lui m√™me" pour les hommes, (Jean 17.19) le Fils peut, d'une part, expier leurs p√©ch√©s, (H√©breux 2.17) car sa saintet√© parfaite fait la haute valeur morale de son Ňďuvre expiatoire¬†; et d'autre part, il peut secourir ceux qui sont tent√©s, (H√©breux 2.18) les soutenir de sa sympathie, les faire participer √† sa victoire, (Jean 16.33) les d√©livrer de cette crainte de la mort (H√©breux 2.15) qui risque de les rendre infid√®les √† leur profession. Cette pens√©e sert de transition √† l'exhortation suivante.

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