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Luc 18

    • 1 Chapitre 18.

      1 à 8 La parabole du juge inique.

      2 En ces termes, grec disant.

      Cette parabole se trouve dans un rapport intime avec le discours prophétique qui précède. C'est ce que Luc indique par l'expression qui lui est familière : Il leur disait aussi.

      De plus la n√©cessit√© de la pri√®re, de la pri√®re pers√©v√©rante et sans d√©couragement, r√©sulte des dangers qui environneront l'Eglise et chaque √Ęme individuelle dans le dernier combat qui pr√©c√©dera l'av√®nement du Sauveur.

      La position des chrétiens dans le monde leur fait du reste éprouver en tout temps ce pressant besoin de la prière ; sans elle chacun d'eux serait semblable à cette pauvre veuve, opprimée et destituée de toute protection. (verset 3)

      3 Ainsi, d'une part, un juge qui n'a aucune crainte de Dieu et aucun √©gard pour aucun homme, qui, par cons√©quent, sera sans conscience et sans cŇďur dans ses proc√©d√©s¬†; d'autre part, une pauvre veuve afflig√©e dans ses affections les plus intimes, et, en outre, opprim√©e par sa partie adverse, tels sont les personnages en pr√©sence.

      Ce que la veuve demande, ayant le droit de l'attendre d'un juge, ce n'est pas une vengeance, comme le disent nos anciennes versions et même celle de Lausanne, mais (grec) sa délivrance par la justice. (Il en est de même aux versets 7,8)

      Et l'évangéliste, en mettant le verbe à l'imparfait : elle venait à lui, indique qu'elle avait réitéré souvent et longtemps sa prière. (verset 4) Ce fut là le moyen de sa délivrance. (verset 5)

      5 Grec : me frapper sous les yeux.

      Ce mot se retrouve une seule fois encore dans le Nouveau Testament, (1Corinthiens 9.27) dans le sens général de traiter rudement. Les interprètes modernes prennent le mot au propre et supposent que le juge exprime ironiquement la crainte qu'elle ne finisse par se livrer à des voies de fait.

      Il est pourtant plus naturel de l'entendre au figuré : me tourmenter, me rompre la tête.

      On peut traduire aussi : qu'elle ne vienne jusqu'à la fin.

      Le motif √©go√Įste invoqu√© par le juge est bien en harmonie avec son cynisme¬†: il avoue n'avoir ni crainte de Dieu, ni √©gard pour personne.

      7 Ecoutez¬†! faites attention¬†: ce juge injuste (grec juge de l'injustice, comparez Luc 16.8), dans son √©go√Įsme, a pourtant fini par accorder √† la veuve ce qu'elle demandait.

      Et Dieu ! le Dieu juste et miséricordieux, fera-t-il moins pour ses élus, ses enfants bienaimés, qui, du sein de l'oppression, crient à lui jour et nuit ! Tel est le point de comparaison qu'il faut bien saisir pour comprendre la parabole.

      Ici, comme dans d'autres similitudes, Jésus enseigne, non par analogie, mais par contraste. (Luc 11.5 et suivants ; Luc 16.1 et suivants) Aussi la conclusion ressort-elle d'autant plus vive par un raisonnement à fortiori : à plus forte raison...

      Cette dernière phrase, qui ajoute une idée nouvelle à la question précédente, présente quelques difficultés. Le texte le plus autorisé (Sin., A, B, D) porte : use-t-il de patience à leur égard ? La plupart des commentateurs modernes font de cette phrase une question indépendante de la précédente et donnent au verbe le sens d'agir avec lenteur : tarde-t-il à leur égard ?

      Le verbe au présent ne convient guère dans cette explication et la signification tarder n'est pas suffisamment établie. Il est plus naturel de rattacher étroitement cette proposition à la précédente et de la faire dépendre de la négation de celle-ci : et n'use-t-il pas de longanimité, n'est-il pas rempli de bonté à leur égard ? (J. Weiss)

      Si cette traduction ne paraissait pas admissible, il faudrait, avec M. Godet, reconna√ģtre que la le√ßon des principaux manuscrits ne pr√©sente aucun sens convenable et revenir √† celle du texte re√ßu¬†: lors m√™me qu'il use de patience (diff√®re) √† leur √©gard.

      8 C'est la réponse à la question du verset précédent. L'idée d'un prompt retour de Christ pour la délivrance des élus est exprimée en divers endroits des Ecritures dans les mêmes termes. (Romains 16.20 ; Apocalypse 1.1 ; 3.11 ; 22.20, etc.)

      Si de telles déclarations semblent au premier abord n'avoir pas été réalisées par l'événement, nous devons nous souvenir, d'une part, que ce temps d'attente et d'épreuve qui parait très long à ceux qui souffrent, est pourtant très court aux yeux de Celui pour qui "mille ans sont comme un jour" et qui veut accomplir les desseins de sa miséricorde envers tous ses élus ; (2Pierre 3.8,9) d'autre part, que cette promesse d'une prompte délivrance s'applique, non seulement à l'Eglise dans son ensemble, mais à chacun des élus, pour qui l'heure de la mort est aussi l'heure de la délivrance. C'est dans cette vue que saint Paul pouvait appeler "légère" l'affliction actuelle des chrétiens, qui produit en eux une gloire éternelle. (2Corinthiens 4.17)

      La promesse de Dieu est certaine, infaillible ; seulement ses enfants sauront-ils tous "persévérer jusqu'à la fin" en gardant la foi, la vraie foi qui seule peut les maintenir en communion avec le Sauveur ?

      C'est avec tristesse, et pour donner un avertissement à ses disciples, que Jésus pose cette question. Il vient de dire dans quel état d'oubli de Dieu se trouvera le monde à sa venue, (Luc 17.26-29) et quant à ses disciples eux-mêmes, il a prédit ailleurs (Matthieu 24.12) qu'au sein des tribulations des derniers temps, "la charité du grand nombre se refroidira."

      Cependant, la question ne signifie pas qu'il ne trouvera plus de foi sur la terre ; car dans ce sens absolu elle serait en contradiction avec la promesse de délivrance qu'il vient de faire à ses élus. (versets 7,8)

      - Il est remarquable que Jésus, même en parlant de son apparition dans la gloire, se désigne comme le fils de l'homme. (Voir, sur ce terme, Matthieu 8.20, note.)

      9 Enseignements divers.

      9 à 14 Parabole du pharisien et du péager.

      Cette parabole, particulière à Luc, comme la précédente, est sans relation apparente avec l'enseignement renfermé dans celle-ci. Elle fut provoquée sans doute par quelque manifestation de propre justice qui attira l'attention du Sauveur et de son entourage.

      Il est inutile de se demander qui √©taient ces quelques-uns √† qui J√©sus l'adresse plus sp√©cialement. Luc ne le dit pas. Ce n'√©taient pas les pharisiens du Luc 17.20, qui paraissent s'√™tre √©loign√©s, tandis que J√©sus s'adressait aux disciples. (verset 22) Il est peu probable que J√©sus e√Ľt mis en sc√®ne l'un des leurs en leur pr√©sence.

      Mais si les hommes dont il s'agit n'√©taient pas des pharisiens, ils √©taient remplis de sentiments pharisa√Įques. Ils se persuadaient qu'ils √©taient justes (ou suivant une autre traduction¬†: ils se confiaient en eux-m√™mes, pensant √™tre justes) et m√©prisaient les autres.

      L'orgueilleuse propre justice était l'esprit même de la secte. L'homme est toujours disposé envers ses semblables selon qu'il l'est envers Dieu : humble et repentant "il les estime plus excellents que lui-même ;" (Philippiens 2.3) propre juste, il les méprise.

      10 Voir, sur les pharisiens, Matthieu 3.7, note, et, sur les péagers, Matthieu 5.46, note.

      J√©sus met en pr√©sence ces deux hommes dont les dispositions morales sont aux deux p√īles extr√™mes de la vie religieuse, et leur fait exprimer clairement leurs pens√©es.

      En aucune occasion l'homme ne r√©v√®le plus distinctement ce qui remplit son cŇďur que dans la pri√®re.

      11 Debout, avec assurance, la tête haute, tout l'opposé du péager. (verset 13)

      - Grec : Il priait ces choses à lui-même. Ses pensées, s'arrêtant avec complaisance sur lui-même ne s'élevaient pas jusqu'à Dieu.

      Les mots à lui-même manquent dans Sin. et l'Itala. La Peschito traduit : se tenant à part (pour lui-même). L'ordre des mots dans A, D, majuscules favoriserait cette traduction, mais les commentateurs nient qu'on puisse donner ce sens à la préposition grecque, et les éditeurs du texte préfèrent en général la leçon de B, qui rattache les mots à lui-même au verbe il priait.

      Le pharisien, voulant se juger, prend pour mesure, non pas la loi de Dieu, mais le reste des hommes ; et ces hommes, il exagère leurs vices jusqu'à la calomnie, car ils ne sont pas tous comme il les décrit. Enfin, son dernier mot trahit un profond mépris (verset 9) pour le péager.

      "Le pharisien fait deux classes d'hommes : dans l'une il jette tout le genre humain ; l'autre, la meilleure, il l'occupe tout seul." Bengel.

      12 Je√Ľner deux fois la semaine (le lundi et le jeudi), et donner la d√ģme de tous ses revenus, tel √©tait le devoir de tout Isra√©lite.

      Le pharisien le remplissait, mais il s'en fait ici un titre de propre justice devant Dieu et de gloire devant les hommes. Il √©tait mont√© au temple pour prier et il n'a rien demand√©. Sa pri√®re consiste √† √©num√©rer d'abord le mal qu'il ne fait pas, puis le bien qu'il fait¬†; mais tout cela consid√©r√© dans des actes purement ext√©rieurs, dans lesquels ni la conscience ni le cŇďur n'ont de part.

      13 Tout, dans ce péager, dénote la plus profonde repentance de ses péchés, son attitude aussi bien que ses paroles.

      Il se tient à distance du sanctuaire ; il n'ose pas même lever ses regards vers le ciel, de peur d'y rencontrer son Juge ; il se frappe la poitrine, en signe de profonde douleur.

      Quant √† sa pri√®re, elle est une humble confession et une ardente supplication. Elle n'use pas de beaucoup de paroles, elle est un cri de l'√Ęme.

      - Le mot que nous traduisons par sois apaisé signifie sois réconcilié ou propice, dans le sens que nous attachons au mot propitiation. C'est l'idée du pardon complet, accordé par la miséricorde de Dieu.

      14 Le mot justifié doit être entendu dans le sens que Paul lui donne toujours : être déclaré juste, tenu pour juste de la part de Dieu.

      Le p√©ager, en s'en retournant, emporta dans son cŇďur la douce assurance du pardon de tous ses p√©ch√©s, avec la paix de Dieu.

      Nous voyons par ce passage que la grande v√©rit√© de la justification du p√©cheur sans les Ňďuvres de la loi n'√©tait point exclusivement propre √† l'ap√ītre Paul. J√©sus la r√©v√®le clairement ici¬†; bien plus, elle √©tait connue aux fid√®les de l'Ancien Testament. (Gen√®se 15.6¬†; Esa√Įe 53.11¬†; J√©r√©mie 23.6)

      - Le mot traduit par plut√īt que celui-l√†, pr√©sente dans les manuscrits trois variantes qui toutes signifie que le pharisien ne fut pas justifi√©.

      "C'est une tournure h√©bra√Įque, √©quivalant √† une n√©gation, comme Psaumes 118.8. Il est bon de se confier en l'Eternel plut√īt que dans l'homme, plut√īt que dans les princes, c'est-√†-dire qu'il n'est pas bon de se confier en l'homme, dans les princes." Luther.

      Voir Matthieu 23.12 ; Luc 14.11, notes.

      15 15 à 17 Jésus bénit les petits enfants.

      Voir, sur ce récit, Matthieu 19.13-15 ; Marc 10.13-16, notes.

      C'est ici que Luc rejoint la narration de Matthieu et de Marc, après avoir suivi son récit du voyage de Jésus depuis le Luc 9.51 (voir la note). Jésus se trouve encore dans la Pérée, s'avançant vers Jérusalem.

      - L'expression de Luc : on lui présentait même les petits enfants (grec les nourrissons), montre qu'alors l'influence de Jésus était telle, que des parents, après avoir reçu de lui de grandes bénédictions, désiraient qu'elles s'étendissent jusqu'à leurs petits enfants.

      Le verbe à l'imparfait, comme dans Marc, semblerait indiquer que ce fait se produisit plus d'une fois.

      18 Voir, sur ce trait, Matthieu 19.16-22, notes ;

      Marc 10.17-22, notes.

      20 18 à 30 Le jeune homme riche. Danger des richesses. La récompense.

      Le septième commandement est cité avant le sixième. La même interversion se trouve dans Marc 10.19 ; Romains 13.9. L'ordre habituel est suivi dans Matthieu 19.18.

      Dans Exode 20.13-15, quelques manuscrits des Septante portent les commandements dans l'ordre suivant : 7e, 8e, 6e.

      22 Grec : il te reste encore une chose (à faire).

      Cette manière de parler ne signifie pas que Jésus approuve son interlocuteur quand il se vante d'avoir gardé tous les commandements de Dieu ; (verset 21) il n'entre point en discussion avec lui sur ce point ; il se contente de lui proposer la seule chose nécessaire : le suivre, en renonçant à tout. Cet ordre sera l'épreuve qui fera tomber ses illusions.

      23 Matthieu et Marc disent : il s'en alla tout triste.

      En effet, le riche n'√©tait s√Ľrement plus pr√©sent quand J√©sus pronon√ßa le discours qui va suivre.

      24 Voir, sur ce discours, Matthieu 19.23-26 ; Marc 10.23-27, notes.

      Une variante de Sin., B supprime les mots : qu'il était devenu tout triste, et porte simplement : Jésus, le voyant.

      28 Voir, sur cet entretien, Matthieu 19.27-29 ; Marc 10.28-30, notes.

      Le texte reçu porte ici : nous avons tout quitté et nous t'avons suivi ; correction par laquelle on a voulu conformer les termes de Luc à ceux des deux premiers évangiles.

      29 Tel est l'ordre de cette énumération dans Sin., B.

      Le texte reçu porte : ou parents ou frères ou femme.

      31 Voir, sur cette annonce des souffrances de Jésus, Matthieu 20.17-19 ; Marc 10.32-34, notes.

      C'est la troisième fois que Jésus prédit à ses disciples ce qui va lui arriver. (Luc 9.22,44,45)

      Les mots : Voici, nous montons à Jérusalem indiquent que le Sauveur et ses disciples, qu'il avait pris à part pour leur faire cette douloureuse confidence, s'acheminaient alors définitivement vers la ville sainte. Ils en étaient même déjà assez rapprochés. (verset 35)

      La fin du verset est susceptible de deux constructions : "les choses écrites pour le fils de l'homme seront accomplies" ou "les choses écrites seront accomplies pour le fils de l'homme."

      34 Luc exprime ici en termes plus forts encore qu'ailleurs (comparez Luc 9.45) l'inintelligence des disciples, qui se refusaient √† entrer dans la pens√©e des souffrances et de la mort de leur Ma√ģtre.

      Ils ne pouvaient pas ne pas comprendre le sens littéral de ces paroles ; mais c'est précisément ce sens littéral qu'ils ne voulaient ni croire ni admettre, parce qu'il confondait toutes leurs idées et leurs espérances terrestres. Ils cherchaient donc probablement quelque signification symbolique à la déclaration de Jésus, comme si elle eut été une parabole, et ils n'en trouvaient point.

      35 Jéricho.

      35 à 43 L'aveugle guérit à Jéricho.

      36 Voir, sur la guérison de cet aveugle, Matthieu 20.29-34 ; Marc 10.46-52, notes.

      Sur Jéricho, voir Luc 19.1, note.

      43 Cette double remarque, que l'aveugle guéri glorifiait Dieu et que tout le peuple, témoin de cette scène admirable, se joignait à lui pour donner louange à Dieu, est particulière à Luc.
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