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Matthieu 28

    • 1 Chapitre 28. La r√©surrection

      1 à 10 Apparition d'un ange. Apparition de Jésus.

      Grec : Tard du sabbat, le jour (ou l'heure) commençant à luire vers le premier jour de la semaine.

      Cette indication assez obscure a donné lieu a des interprétations diverses. Les premiers mots ne peuvent être rendus, comme ils le sont dans la plupart de nos versions, par après le sabbat.

      Employé comme préposition le mot grec ne peut signifier que longtemps après. (Weiss.) Il faut le considérer comme un adverbe et traduire "sur le tard dans la journée du sabbat," ou comme le sabbat finissait.

      Matthieu divise ici les jours selon l'usage ordinaire et non selon la manière de compter des Juifs, qui faisaient finir le sabbat à six heures du soir. Pour lui, la nuit du samedi au dimanche rentre encore en partie dans le sabbat ; c'est ce que montrent les mots "le jour (ou l'heure) commençant à luire vers le premier jour de la semaine."

      Quelques commentateurs ont vu dans cette derni√®re expression la d√©signation du moment o√Ļ, le sabbat pass√©, on allumait les lumi√®res dans les maisons, et ont pens√© que Matthieu pla√ßait toute la sc√®ne de la r√©surrection dans la soir√©e du samedi. Mais il est tr√®s peu probable que notre √©vang√©liste se soit ainsi mis en contradiction avec la tradition unanime.

      Comparer Matthieu 27.56.

      - Jean Jean 20.1 ne mentionne en premier lieu que Marie-Magdelaine ; ici, nous la voyons accompagnée de l'autre Marie ; (comparez Matthieu 27.56, note)

      - Marc Marc 16.1 lui donne deux compagnes ;

      - Luc, enfin, (Luc 24.10) constate la présence de quelques autres femmes. (Comparer Luc 24.1, note.)

      Dans l'histoire de la résurrection de Jésus, plus qu'ailleurs, les relations des évangélistes, vraies dans leurs données générales, présentent des divergences de détail qu'on ne peut toujours concilier.

      On conçoit très bien que, dans les scènes multipliées et rapides de ce grand événement, au milieu de la surprise, de la crainte, de la joie qu'en éprouvèrent les disciples, chacun rapporta ce qu'il avait vu ou ce qui lui avait été dit par d'autres, et que les traditions qui se formèrent ainsi varièrent suivant les contrées et les Eglises.

      2 Nos versions ordinaires portent ici, d'après le texte reçu : "roula la pierre de l'entrée du sépulcre."

      Ces derniers mots se lisent dans A, C et les majuscules plus récents. Mais leur adjonction s'explique mieux que leur retranchement.

      La version de Lausanne, avec quelques interprètes, met tous les verbes au plus-que-parfait : il y avait eu un grand tremblement de terre, un ange était venu, avait roulé la pierre, etc., pour faire comprendre que ces miracles s'accomplirent, non en la présence des femmes, mais avant leur arrivée.

      D'après les autres évangiles, il semble qu'il en fut ainsi ; (Marc 16.4 ; Luc 24.2) mais le texte de Matthieu n'admet pas une telle traduction.

      Notre évangéliste, comme toujours, au lieu d'entrer dans les détails et de rapporter textuellement les récits des témoins oculaires, raconte l'événement d'une manière plus générale.

      Luc (Luc 24.4, note) mentionne deux anges ;

      Matthieu et Marc ne parlent que de celui qui adressa la parole aux femmes.

      3 Comparer sur ces images Marc 9.3 ; Luc 9.29.
      4 Moins ces soldats romains comprirent les ph√©nom√®nes qui se passaient autour d'eux, plus, dans leur superstition de pa√Įens, ils √©prouv√®rent de terreur.
      7 Chaque mot, dans ce discours de l'ange, est propre √† consoler les femmes √©plor√©es¬†: Vous (par opposition aux gardes effray√©s), ne craignez point¬†; vous cherchez avec amour, je le sais, ce J√©sus que vous avez vu mourir sur la croix. Il n'est plus ici parmi les morts, il est ressuscit√©, sa parole est accomplie. Approchez, voyez ce tombeau vide o√Ļ il √©tait couch√©. (Le texte re√ßu avec A, C, D dit¬†: o√Ļ le Seigneur √©tait couch√©.)

      Maintenant, les femmes, consolées, réjouies, doivent être les promptes messagères de cette bonne nouvelle pour les disciples ; elles doivent aussi leur annoncer qu'il les précède en Galilée, et que là ils le verront, selon sa promesse. (Matthieu 26.32 ; comparez ci-dessous verset 10, note.)

      En effet, le message dont l'ange charge les femmes pour les disciples s'étend jusqu'à ces mots : c'est là que vous le verrez, car les femmes elles-mêmes allaient le voir dans un instant. (verset 9)

      - Le dernier mot de l'ange : Voici, je vous l'ai dit, exprime la parfaite certitude de tout ce qu'il annonce.

      9 Grec : réjouissez-vous ! C'était là la belle formule de salutation usitée chez les Grecs et qui, en ce moment, dans la bouche de Jésus ressuscité, se revêtait d'une signification profonde. (Comparer verset 8)

      Le texte reçu, avec A, C, la Peschito, fait précéder notre verset 9 de ces mots : Mais comme elles allaient pour le leur annoncer, qui ne se trouvent pas dans Sin. B, D, la plupart des versions.

      - Cette apparition de Jésus aux femmes avait été précédée d'une autre à Marie-Magdelaine seule, (Marc 16.9 ; Jean 20.11) à moins qu'on ne puisse, selon l'opinion de quelques exégètes, identifier ces deux apparitions, en supposant que Jésus apparut à Marie de Magdala seule, après que ses compagnes furent retournées à la ville. Le récit de Matthieu serait celui de Jean généralisé.

      La crainte, la joie, (verset 8) le bonheur de retrouver leur Sauveur se confondent dans ce mouvement d'adoration, par lequel les femmes veulent s'assurer que c'est bien lui, et en quelque sorte le retenir. Ce trait nous explique la parole remarquable de Jésus à Marie-Magdelaine, (Jean 20.17) et c'est là encore un indice qu'il s'agit dans les deux récits d'un seul et même fait.

      10 Jésus ne donne à ses disciples ce beau et doux nom de frères qu'après sa résurrection. (Jean 20.17 ; comparez Matthieu 12.50)

      - Ces dernières paroles de Jésus : c'est là qu'ils me verront, sont conformes à celles de l'ange ; (verset 7) elles prouvent que Matthieu n'a point en vue d'autres apparitions de Jésus ressuscité que celles qui eurent lieu en Galilée. (verset 16)

      C'est là que le Sauveur avait le plus de disciples, parce qu'il y avait constamment séjourné et annoncé le règne de Dieu. Il pouvait, dans cette province reculée et montagneuse, réunir sans bruit tous ceux qui avaient cru en lui, afin de leur donner les preuves les plus certaines de sa résurrection. (Jean 21.1 et suivants ; 1Corinthiens 15.6).

      Matthieu ne rapporte pas les autres apparitions de Jésus à Jérusalem, que Luc et Jean nous ont racontées en détail. Il s'était formé, dans la tradition apostolique, deux courants parallèles.

      Les faits rapport√©s par cette double tradition ne s'excluent pas. Il est au contraire naturel que J√©sus soit apparu √† ses disciples d'abord √† J√©rusalem, o√Ļ ils √©taient r√©unis au lendemain de sa mort, puis dans la Galil√©e, leur patrie, o√Ļ tout les rappelait et qu'il les ait enfin ramen√©s √† J√©rusalem aux approches de la Pentec√īte.

      11 11 à 15 Le témoignage des gardes.
      12 Grec : suffisamment d'argent.

      - On a révoqué en doute cette grossière tentative de corruption faite, après délibération, par le sanhédrin.

      Mais comment la trouver étrange, après la transaction de ce même corps avec Judas ? Quand l'aveuglement de la passion et l'endurcissement de la conscience sont arrivés à leur comble, tous les moyens paraissent bons ; l'homme, privé du secours de Dieu, livré à la puissance du péché, ne recule devant aucun expédient.

      14 Grec : nous le persuaderons (pour qu'il ne vous inflige pas la punition méritée), et nous vous tirerons de toute inquiétude.

      Le mensonge qu'ils insinuaient aux soldats, ils le savaient, n'était pas sans danger. (Voir sur les objections qu'on fait au sujet de ce récit Matthieu 27.66, note.)

      15 Ce bruit (grec cette parole) ne désigne pas l'histoire de cette transaction entre les membres du sanhédrin et les soldats, mais la déclaration mensongère de ces derniers que les disciples avaient enlevé le corps de Jésus. (verset 13)
      16 16 à 20 1pparition de Jésus aux onze en Galilée.

      Matthieu 26.32¬†; 28.10. Il parait qu'en ordonnant √† ses disciples de se rendre en Galil√©e apr√®s sa r√©surrection, il leur avait en m√™me temps d√©sign√© une montagne o√Ļ ils le rencontreraient.

      Quelle était cette montagne ? le texte ne le dit pas, et toutes les suppositions qu'on a faites à cet égard sont inutiles. Mais ce qu'il y a de remarquable, c'est que les plus grands événements de la vie du Seigneur, tels que le discours par lequel il inaugurait son royaume comme Messie (ch. 5 à 7), la manifestation de sa gloire par sa transfiguration, (Matthieu 17.1 et suivants) et, ici, son solennel discours d'adieu, ont lieu sur des montagnes.

      - Matthieu ne mentionne que les onze disciples de J√©sus, c'est-√†-dire ses ap√ītres, r√©duits √† ce nombre par la mort de Judas. (Matthieu 27.5)

      Mais comme J√©sus avait en Galil√©e beaucoup de disciples qui, sans aucun doute, s'empress√®rent de s'assembler en apprenant, par les ap√ītres revenus de J√©rusalem, la grande nouvelle de sa r√©surrection, plusieurs interpr√®tes pensent que les onze n'√©taient pas seuls lors de cette solennelle entrevue sur la montagne, et identifient cette apparition avec celle o√Ļ J√©sus, au t√©moignage de Paul, fut vu par plus de cinq cents fr√®res en une seule fois. (1Corinthiens 15.6) Il leur parait plus facile d'expliquer, dans cette supposition, les doutes mentionn√©s. (verset 17)

      Cela est assez vraisemblable¬†: il faut reconna√ģtre cependant que ces doutes se produisirent aussi dans le cercle des ap√ītres. (Luc 24.41¬†; Jean 20.24¬†; 21.4)

      Et dans notre récit il n'y a pas d'indices clairs de la présence d'autres personnes que les onze. (verset 16)

      Matthieu passe entièrement sous silence les apparitions de Jésus à ses disciples en Judée et les entretiens qu'il avait eus là avec eux. Mais pouvait-il les ignorer ? Lui-même ne rapporte-t-il pas la rencontre de Jésus avec les femmes près du tombeau, et les paroles qu'il leur adressa ? (verset 9) Et tout ce qui s'était passé à Jérusalem entre Jésus ressuscité et ses disciples (Luc 24 et Jean 20) ne fut-il pas immédiatement connu de tous ?

      Ces raisons porteraient √† croire que l'√©vang√©liste ne pr√©tend pas raconter la premi√®re entrevue de J√©sus avec ses disciples, mais seulement ce solennel rendez-vous qu'il leur avait d'avance assign√© et o√Ļ il devait les investir de leur mission.

      17 La foi en la divinit√© du Fils de Dieu, encore incertaine et faible dans le cŇďur de plusieurs, se r√©veille victorieuse √† la vue du Sauveur triomphant de la mort. (Jean 20.28)

      - Une variante, dans Sin. B, D, retranche ici l'objet du verbe (le) et dit simplement : ils adorèrent. Le sens reste le même.

      18 Tout pouvoir ou toute autorité, dans le ciel et sur la terre.

      Jusqu'ici, Jésus était sur la terre, dans son état d'humiliation, sous sa forme de serviteur. (Philippiens 2.7)

      Maintenant, par sa r√©surrection, par son retour dans le ciel, au sein de sa gloire, (Jean 17.5) il entre en plein dans sa royaut√© divine, o√Ļ toutes choses lui sont soumises. (Eph√©siens 1.20-23¬†; Philippiens 2.9-11)

      Cette puissance et cette autorité divines sont le fondement et le garant de la mission qu'il va donner aux disciples, et dont l'impossibilité les aurait effrayés sans cette assurance-là. (Voir aussi le dernier mot de ce discours, verset 20)

      19 Dans cet ordre supr√™me de J√©sus √† ses ap√ītres et √† son Eglise, chaque mot doit √™tre pes√©.

      - Allez, dit-il (le texte re√ßu ajoute le mot donc, qui se lit dans B, l'Itala, la vulgate, la version syr., et qui est maintenu par Lachmann, Westcott et Hort, B. Weiss, etc¬†; il rend en tout cas bien le rapport du verset pr√©c√©dent avec l'ordre ici donn√©)¬†; les disciples de J√©sus doivent aller et ne point attendre que les nations viennent √† eux, ce qui n'arriverait jamais. Et comme cet ordre est permanent, il est la charte de l'Ňďuvre des missions.

      - Instruisez toutes les nations. (Grec : faites disciples toutes les nations.)

      Tel est le dessein de la miséricorde de Dieu, qui est sans limites à l'égard de notre pauvre humanité déchue. Cet ordre est donc en même temps une promesse. (Matthieu 24.14)

      - Mais comment faire disciples les nations ? Par ces trois moyens : l'instruction, le baptême et l'obligation morale de mettre en pratique tout l'enseignement du Sauveur. (v 20.)

      L'instruction est adressée à toutes les nations : le baptême est administré à ceux qui, d'entre ces nations, ont été faits disciples. (Le pronom baptisez-les, au masculin, ne se rapporte pas aux nations, mais aux disciples.)

      Enfin, c'est √† ces disciples baptis√©s que les ap√ītres doivent enseigner √† garder tout ce que le Ma√ģtre a command√©.

      On ne peut pas cependant conclure de ces paroles que tout doive toujours se passer dans ce même ordre ; car la tournure grecque de la phrase : faites disciples en les baptisant, est loin d'établir cette succession uniforme. Il y a même une variante qu'il faudrait traduire : faites disciples après les avoir baptisés. Elle se trouve dans B et D : Tregelles l'admet dans le texte, Westcott et Hort en marge, B. Weiss la préfère.

      M√™me sans admettre cette le√ßon, il est certain qu'ici comme en toutes choses, le Seigneur laisse une grande libert√© √† ses disciples. Aussi voyons-nous les ap√ītres faire souvent usage de cette libert√© en exigeant pour le bapt√™me, non une instruction religieuse compl√®te, mais simplement la confession des p√©ch√©s et la foi en J√©sus comme Sauveur. (Actes 2.38,41¬†; 8.12¬†; 16.33¬†; 19.5)

      - Baptiser au nom (grec pour le nom, ou dans le nom, ou en vue de ce nom, selon une particule qui marque la direction, le but o√Ļ l'on tend¬†: Romains 6.3¬†; 1Corinthiens 10.2), ne signifie pas seulement baptiser par l'ordre, sur l'autorit√© de l'Etre dont il s'agit¬†; mais comme son nom exprime son essence m√™me, toutes ses perfections, et que baptiser signifie plonger, c'est introduire le n√©ophyte dans une communion vivante avec Dieu.

      Ainsi baptiser au nom du P√®re, du Fils et du Saint-Esprit, c'est baptiser avec l'assurance que toutes les gr√Ęces dont le Dieu trois fois saint est la source seront communiqu√©es au croyant, qu'il est re√ßu par le bapt√™me dans la communion du P√®re, source √©ternelle de tout amour, de toute vie¬†; dans la communion du Fils, qui l'a rachet√© et qui fait de lui un membre vivant de son propre corps¬†; dans la communion du Saint-Esprit, qui l'√©claire et le sanctifie.

      Telle est la riche et profonde signification du baptême chrétien, qui a pour fruit la purification et la régénération par le Saint Esprit. (Jean 3.5 ; 3.5)

      - Nous trouvons ainsi dans cette solennelle parole de J√©sus-Christ une r√©v√©lation compl√®te de Dieu, tel que l'Eglise le conna√ģt et l'adore et tel qu'il r√©pond seul aux profonds besoins de notre √Ęme. L'Ecriture, en effet, ne pr√©sente pas les rapports de ces trois Etres de l'essence divine comme objets de sp√©culation, mais comme la source de toutes les gr√Ęces qui sont indispensables √† la vie spirituelle. (Comparer 2Corinthiens 13.13)

      Otez √† la foi l'un de ces noms divins, avec les dons qu'il nous garantit, et aussit√īt le chr√©tien sentira une diminution dans sa foi, dans sa vie ou dans son esp√©rance.

      20 Les deux premiers moyens par lesquels les hommes deviennent disciples de Jésus, l'instruction et le baptême (voir la note précédente), doivent produire immédiatement en eux une vie nouvelle qui se manifeste par l'obéissance à la parole de Jésus.

      Garder, pratiquer tout ce qu'il a commandé, (Matthieu 7.24-28) telle est désormais la règle suprême de leur vie. Ici encore, comme au verset 18, Jésus parle avec une autorité souveraine : il ne conseille pas, il commande.

      Ces dernières paroles sont la sanction divine de l'ordre que Jésus vient de donner à ses disciples et à l'Eglise ; ce qui seul en rend possible l'accomplissement, c'est cette solennelle promesse qu'il leur fait d'être avec eux tous les jours, les assistant de sa présence divine, agissant en eux et par eux, par la puissance de son Esprit. Cette précieuse promesse qui est elle-même une nouvelle preuve de son éternelle divinité, a été visiblement accomplie depuis dix-neuf siècles, et elle le sera jusqu'à la consommation du temps.

      Cette expression (comparez Matthieu 24.3, note) d√©signe la fin de l'√©conomie pr√©sente, o√Ļ Christ reviendra dans sa gloire, rassemblera ses rachet√©s, et √©l√®vera son r√®gne √† la perfection.

      - Cette derni√®re sc√®ne de l'√©vangile de Matthieu couronne dignement tout son livre, dont le but √©tait de prouver au peuple d'Isra√ęl la dignit√© messianique, la royaut√© √©ternelle de J√©sus. Du premier mot jusqu'au dernier, tous les actes et tous les discours du Sauveur rapport√©s dans ce livre fournissent cette preuve dans une grande et vivante unit√©.

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