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Romains 11

    • 1 Le rejet partiel et temporaire d'Isra√ęl est l'occasion de la conversion des gentils.

      Chapitre 11.

      1 à 10 Dieu n'a pas rejeté son peuple : un reste est parvenu au salut.

      Dans les chap 9 et 10, l'ap√ītre a examin√© le douloureux probl√®me de l'incr√©dulit√© d'Isra√ęl.

      Il a affirm√©, d'abord, que Dieu restait souverainement libre dans ses rapports avec le peuple qu'il avait √©lu¬†; ensuite, que ce peuple, en rejetant le salut, qui lui √©tait offert en J√©sus Christ, s'√©tait attir√© le ch√Ętiment qui le frappe.

      Il aborde maintenant le troisi√®me point de sa d√©monstration, le c√īt√© lumineux du sujet¬†: une minorit√© d'Isra√ęl est parvenue √† la foi¬†; le rejet de la majorit√© a eu pour cons√©quence le salut des gentils, son endurcissement ne durera pas toujours, tout Isra√ęl sera sauv√©.

      "L'ap√ītre cherche √† consoler ceux qui jettent un regard plein de douleur vers J√©rusalem. Les d√©veloppements pr√©c√©dents ont pr√©par√© ce r√©sultat, mais ne l'ont pas encore atteint. Ils ont r√©duit au silence les accusations contre Dieu et ont √©tabli √† leur place l'accusation contre Isra√ęl, en r√©v√©lant sa r√©sistance √† Dieu et son aveugle inintelligence. Mais ce n'est pas encore l√† une consolation. Paul nous a fait descendre dans l'ab√ģme, maintenant il nous en fait remonter et nous invite √† contempler dans le jugement de Dieu sa mis√©ricorde et l'Ňďuvre b√©nie qu'elle accomplira." Schlatter.

      - Je dis donc : Dieu a-t-il rejeté son peuple ? Est-ce la conclusion qu'il faut tirer de l'exposé précédent ? Paul pose la question dans des termes empruntés à Psaumes 94.14. Il répond par un énergique : Non certes ! (grec qu'ainsi n'advienne !) Il est lui-même la preuve (car) du contraire, lui, Israélite pur sang, descendant d'Abraham, membre de la tribu de Benjamin, la plus fidèle, avec Juda, des douze tribus, (comparez Philippiens 3.5) qui n'en a pas moins saisi le salut qui lui était offert en Jésus-Christ.

      La conversion par laquelle l'ancien persécuteur de l'enlise, l'un des chefs les plus ardents de l'opposition à l'Evangile avait été transformé en un instrument dé choix, pour porter le nom du Seigneur devant les gentils, (Actes 9.15) était bien la démonstration éclatante que ce peuple n'était pas, comme tel et dans sa totalité, voué à un endurcissement irrémédiable et définitif.

      - D'autres interprètes insistent sur le fait que Paul ne mentionne pas sa conversion au christianisme et sur la répétition, à verset 2, de sa dénégation : "Dieu n'a pas rejeté son peuple ;" ils considèrent les mots : Car moi aussi, je suis Israélite, etc., comme une parenthèse qui explique la vivacité avec laquelle Paul repousse l'idée que Dieu aurait rejeté son peuple : je ne puis supporter cette idée, car moi-même je suis un membre de ce peuple.

      2 L'ap√ītre r√©p√®te, ou plut√īt r√©torque sous forme de n√©gation, son interrogation de verset 1.

      Aux mots de Psaumes 94.14, Dieu n'a pas rejeté son peuple, il ajoute : qu'il a préconnu.

      Cette adjonction n'a pas un sens restrictif¬†: Dieu n'a pas rejet√© la portion d'Isra√ęl qu'il avait pr√©connue et qui est son seul vrai peuple.

      D'apr√®s verset 26 "tout Isra√ęl sera sauv√©¬†!" Le sens n'est pas non plus¬†: Dieu choisit ce peuple quoiqu'il l'e√Ľt connu d'avance comme un peuple rebelle.

      Ici, comme Romains 8.29 (voir la note), pr√©conna√ģtre signifie¬†: reconna√ģtre comme sien, c'est l'acte divin qui pr√©c√®de et conditionne l'√©lection.

      Comparer Amos 3.2, o√Ļ le texte h√©breu et la version des Septante portent¬†: "Je vous ai connus, vous seuls parmi toutes les familles de la terre."

      - Dieu n'abandonne pas tout entier, ni pour toujours, le peuple qu'il a choisi ; c'est ce que prouve l'expérience d'Elie.

      Grec¬†: ce que l'Ecriture dit en Elie, c'est-√†-dire dans le passage o√Ļ se trouve l'histoire d'Elie.

      Comment il porte plainte, grec il se pr√©sente devant Dieu, il interc√®de aupr√®s de Dieu, contre Isra√ęl.

      Irrit√© par l'endurcissement d'Isra√ęl apr√®s la grande sc√®ne du Carmel et la d√©faite des proph√®tes de Baal, d√©courag√© par les menaces de J√©zabel, croyant qu'il est rest√© seul fid√®le √† l'Eternel, Elie appelle le ch√Ętiment de Dieu sur son peuple qui s'obstine dans l'idol√Ętrie.

      3 1Rois 19.10, cit√©, pour l'essentiel, d'apr√®s les Septante. Paul retranche le commencement¬†: "les fils d'Isra√ęl ont abandonn√©" (Heb¬†: "ont abandonn√© ton alliance") qui ne trouve pas son application √† la conduite actuelle d'Isra√ęl¬†; puis il intervertit les deux propositions¬†: "ils ont renvers√© les autels," et "ils ont tu√© les proph√®tes".
      4 La réponse divine ; grec l'oracle. Ce substantif ne se trouve qu'ici dans le Nouveau Testament, mais le verbe se rencontre plusieurs fois. (Romains 7.3 ; Matthieu 2.1 ; Luc 2.6 ; Actes 10.22, etc.)

      La r√©ponse de Dieu est cit√©e dans les termes de 1Rois 19.18. Le sens en est l√©g√®rement modifi√©. Aux ex√©cutions annonc√©es, et qui seront faites par Haza√ęl, J√©hu et Elis√©e, l'Eternel apporte cette restriction¬†: "Je laisserai en Isra√ęl sept mille hommes..."

      Paul écrit (grec) : J'ai laissé pour moi-même. Ce complément : pour moi-même, ne se lit ni dans le texte original, ni dans les Septante.

      La r√©ponse a ainsi plus directement le sens que l'ap√ītre veut lui donner¬†: Dieu s'est r√©serv√© √† lui-m√™me, en les emp√™chant de tomber dans l'idol√Ętrie, sept mille hommes, qui n'ont point fl√©chi le genou devant Baal.

      Baal (seigneur) est la divinit√© canan√©enne au culte de laquelle les Isra√©lites se laiss√®rent souvent entra√ģner.

      Baal est habituellement considéré comme masculin. Dans notre passage, et dans quelques passages des Septante, il est précédé de l'article au féminin. On a expliqué ce fait en disant que Baal était à la fois des deux sexes, ayant comme représentants le soleil et la lune. Mais une explication plus naturelle est que les Juifs évitaient, en lisant les Ecritures, de prononcer le nom de Baal, et lui substituaient : "la honte." L'article la avertissait le lecteur de cette substitution à faire.

      5 Application de cet exemple historique au temps présent.

      De même : les deux situations sont semblables ; donc, on doit conclure que ce qui se passa alors se passe aussi dans le temps présent.

      - Il y a un reste selon l'√©lection de gr√Ęce. Ce reste, c'est la petite minorit√© des Juifs qui a reconnu en J√©sus le Messie, et croit en lui. (Romains 9.27) Le mot reste, en grec, d√©rive du verbe¬†: "j'ai laiss√©." (verset 4)

      Il existe un reste (verbe au parfait¬†: il est devenu et il est l√†), c'est-√†-dire¬†: il "est demeur√©," ou "s'est constitu√©," selon l'√©lection de gr√Ęce.

      Selon les uns, le reste "est demeur√©," a subsist√© conform√©ment √† l'√©lection de gr√Ęce, dont le peuple d'Isra√ęl, comme peuple, avait √©t√© l'objet de la part de Dieu¬†; son existence prouve que l'√©lection n'avait pas √©t√© annul√©e Suivant les autres, le reste "s'est constitu√©," s'est form√©, par l'application du principe de l'√©lection de gr√Ęce, Dieu choisissant, du milieu du peuple qui persistait dans l'incr√©dulit√©, ceux qui parvenaient √† la foi et qui formaient ainsi un peuple nouveau.

      On objecte à cette dernière explication que, dans les chapitres 9-11, il n'est question que de l'élection des peuples et non de celle des individus.

      Mais à verset 7, l'élection désigne bien les individus élus, qui constituent le reste, et qui sont opposés "aux autres" qui "ont été endurcis." La réflexion incidente de verset 6 s'entend aussi mieux de l'élection individuelle que de l'élection nationale.

      6 Si les Juifs parvenus √† la foi chr√©tienne ont √©t√© √©lus par gr√Ęce, ils n'ont √† cela aucun m√©rite¬†; ce ne sont pas leurs Ňďuvres qui leur ont valu cette faveur autrement la gr√Ęce ne serait plus une gr√Ęce. Comparer Romains 4.4,5¬†; Galates 5.4¬†; Eph√©siens 2.8,9.

      - B ajoute¬†: or, si c'est par les Ňďuvres, ce n'est plus une gr√Ęce¬†; puisque l'Ňďuvre n'est plus une gr√Ęce.

      Dans les autres t√©moins du texte qui portent cette adjonction, on lit la derni√®re proposition ainsi¬†: autrement, l'Ňďuvre n'est plus une Ňďuvre.

      La plupart des critiques estiment que toute la phrase est une note marginale, √©crite par un lecteur qui a trouv√© int√©ressant de retourner le raisonnement de l'ap√ītre. Elle n'ajoute rien √† la pens√©e et alourdit l'argumentation.

      7 Dans versets 7-10, l'ap√ītre expose ce qui est arriv√© √† la masse du peuple. Elle n'a pas obtenu les biens messianiques¬†; seuls les √©lus, qui forment "le reste," y ont eu part. Quoi donc¬†? que s'est il donc pass√© pour Isra√ęl dans son ensemble pour la majorit√© du peuple¬†? Le principe non par les Ňďuvres mais par la gr√Ęce s'est retourn√© contre eux.

      Ce qu'Isra√ęl cherche, la justice valable devant Dieu, l'accomplissement des promesses les biens qui constituent le salut, il ne l'a pas obtenu, parce qu'il le cherche par les Ňďuvres¬†; mais l'√©lection (les √©lus) l'a obtenu, comme une gr√Ęce¬†; (verset 6) tandis que les autres, la grande majorit√© du peuple, ont √©t√© endurcis. Le verbe est au passif¬†; il est inexact de le rendre par¬†: "se sont endurcis".

      Leur endurcissement est l'Ňďuvre de Dieu, qui punit ainsi l'incr√©dulit√© et la r√©volte volontaires des Isra√©lites. (Romains 9.17,18, note) Cette action divine ne s'est du reste pas tant exerc√©e sur les consciences individuelles que sur l'√©tat g√©n√©ral du peuple, sur l'√Ęme juive, comme nous dirions aujourd'hui.

      Les chefs d'Isra√ęl se sont aveugl√©s eux-m√™mes et ont √©t√© frapp√©s d'un aveuglement qui fut la cons√©quence et la punition de toute leur attitude pr√©c√©dente¬†; et ils ont entra√ģn√© la masse du peuple apr√®s eux (Zahn). L'id√©e que le peuple Juif n'a pu recevoir le t√©moignage de J√©sus et de ses ap√ītres, parce qu'il √©tait endurci et aveugl√© par un jugement de Dieu, se retrouve dans Matthieu 13.10-15 et dans Jean 12.37-43.

      8 L'ap√ītre introduit la premi√®re citation par la formule g√©n√©rale¬†: il est √©crit sans dire o√Ļ, parce qu'il compose cette citation de deux passages. Dieu leur a donn√© un esprit d'assoupissement est tir√© d'Esa√Įe, (Esa√Įe 29.10) le reste de la citation provient de Deut√©ronome 29.4. La m√™me pens√©e se retrouve dans Esa√Įe 6.9.

      Le mot stupeur, torpeur, d√©rive d'un verbe (Actes 2.37) qui signifie piquer, percer, causer une vive douleur, dont l'effet peut √™tre d'amener √† un √©tat d'insensibilit√©. Quelques-uns traduisent par assoupissement, ce qui est le sens du mot h√©breu dans Esa√Įe 29.10.

      Ces passages ne sont pas invoqués comme des prophéties qui n'auraient eu leur accomplissement qu'au temps de Jésus. Ils décrivent l'état du peuple à l'époque du prophète.

      L'ap√ītre les cite pour marquer la ressemblance des deux √©poques et montrer que le ch√Ętiment de la g√©n√©ration contemporaine n'est pas inou√Į ni excessif¬†; il est semblable √† celui qui a frapp√© ses p√®res¬†; ou plut√īt, c'est un seul et m√™me jugement qui prolonge ses effets jusqu'√† ce jour.

      9 Psaumes 69.23,24. Pour le psalmiste, l'image de la table qui devient un filet, etc., signifiait qu'à une situation prospère pleine de jouissances matérielles se substituent le malheur et la ruine.

      Pour Paul la table figure la s√©curit√© puis√©e dans les Ňďuvres de la propre justice¬†; le filet, etc., l'orgueil et l'endurcissement moral avec leurs funestes cons√©quences pour le salut.

      Des termes destin√©s √† repr√©senter le ch√Ętiment, le premier signifie filet, lacs¬†; le second, que Paul introduit dans la citation de Psaumes 69 en l'empruntant au Psaumes 35.8 (version des Septante), d√©signe la chasse, puis tout moyen employ√© pour chasser¬†: ici le pi√®ge du chasseur.

      Il faut remarquer encore que Paul renverse l'ordre des deux derniers termes qui, dans l'hébreu et dans les Septante, se suivent ainsi : une rétribution et une occasion de chute (grec un scandale, tout moyen de faire tomber).

      En r√©servant le mot r√©tribution pour la fin, Paul accentue l'id√©e que la ruine des Juifs est le ch√Ętiment de leur obstination √† chercher le salut dans les voies de la propre justice. Le verset

      10 verset 10 est reproduit textuellement d'après les Septante.

      Des yeux obscurcis pour ne point voir sont le jugement fréquemment prononcé par Dieu contre l'orgueil et l'incrédulité.

      Courber leur dos √† perp√©tuit√© sous un joug √©tranger, sous un fardeau √©crasant, sera le juste ch√Ętiment de leur r√©volte contre Dieu.

      L'ap√ītre ne veut pas dire que les Juifs subissent ce ch√Ętiment pour avoir rejet√© le Messie, mais au contraire qu'ils sont rest√©s insensibles aux appels de J√©sus, parce qu'ils √©taient d√©j√† sous le coup de cet endurcissement, punition de leur attitude morale ant√©rieure.

      11 11 √† 24 Caract√®re temporel du rejet d'Isra√ęl.

      Grec : Ont-ils bronché afin qu'ils tombassent ?

      Le sujet, ce sont les Israélites, dans leur majorité, qui se sont endurcis. Leur chute est-elle définitive, irrévocable ? Non, certes ! (grec qu'ainsi n'advienne !)

      Mais, par leur faute (par le fait même et par ses conséquences qui subsistent) le salut est parvenu, a été accordé (le verbe est sous-entendu) aux gentils, afin de (grec) exciter à jalousie eux, c'est-à-dire les Israélites.

      Tel est le but de la dispensation divine et le résultat qu'elle obtiendra un jour (verset 25 et suivants, comparez Romains 10.19, note).

      12 Paul passe aux perspectives lumineuses qu'ouvre devant ses yeux ce salut qui est parvenu aux gentils par la chute des Israélites.

      Leur faute a √©t√© la richesse du monde. Leur amoindrissement ou "√©tat d'inf√©riorit√©" (l'oppos√© de leur pl√©nitude future) est devenu la richesse des gentils, des nations pa√Įennes.

      Comment cela¬†? La parabole des vignerons infid√®les nous l'apprend. "Le royaume vous sera √īt√©, dit J√©sus aux chefs du peuple juif, et il sera donn√© √† une nation qui en rendra les fruits." (Matthieu 21.43) Et les ap√ītres, conform√©ment √† ce dessein de Dieu, d√©clarent aux Juifs incr√©dules¬†: "C'est √† vous premi√®rement qu'il fallait annoncer la parole de Dieu¬†; mais puisque vous la rejetez et que vous ne vous jugez pas dignes de la vie √©ternelle, voici nous nous tournons vers les gentils." (Actes 13.46¬†; comparez Actes 18.6).

      Et, dans un sens plus profond, c'est bien la faute d'Isra√ęl, avec sa cons√©quence, le crucifiement du Saint et du Juste, qui a fait la richesse du monde.

      Si donc le rejet du Sauveur par les Juifs, qui eut pour effet leur amoindrissement, leur exclusion temporaire de l'alliance de gr√Ęce, et qui semblait devoir an√©antir les desseins de la mis√©ricorde de Dieu, m√™me envers le monde pa√Įen, a pourtant fait la richesse de celui-ci, combien plus leur conversion comme peuple, leur pl√©nitude, sera-t-elle une immense b√©n√©diction pour l'humanit√©¬†! (Comparer Zacharie 8.13,20,23¬†; Esa√Įe 2.2,3¬†; 60.1 et suivants¬†; versets 15,25)

      Plusieurs interpr√®tes prennent le mot que nous rendons par amoindrissement dans le sens de¬†: "un petit nombre" ou de¬†: "r√©duction √† un plus petit nombre," et entendent par l√† soit l'√©tat d'Isra√ęl apr√®s que les convertis au christianisme se sont s√©par√©s de leur peuple et l'ont diminu√© num√©riquement d'autant, soit "le petit nombre," "le reste," la minorit√© des Juifs gagn√©s √† l'Evangile.

      Si ce "petit nombre" (tel serait alors le raisonnement de l'ap√ītre) a fait la richesse des gentils, que sera ce de la pl√©nitude, c'est √† dire du retour des Isra√©lites √† leur nombre complet de la conversion du peuple en son entier¬†!

      On peut objecter à cette interprétation que, prendre les termes d'amoindrissement et de plénitude au sens quantitatif seulement, ce n'est peut être pas les saisir dans leur signification profonde.

      Le langage dont Paul se sert nous place sur le terrain de la vie religieuse et morale¬†: il parle de la faute d'Isra√ęl, de son "rejet," (verset 15, o√Ļ se trouve le m√™me contraste qu'ici) de son "retranchement," (verset 17) de son "endurcissement." (verset 25)

      Enfin le mot m√™me rendu par amoindrissement a toujours un sens f√Ęcheux comme "d√©faite," "perte d'une bataille ou d'un proc√®s¬†;" l'ap√ītre ne l'emploierait certainement pas pour d√©signer le petit nombre des Juifs convertis au christianisme.

      13 Or... D et les documents du texte occidental ont car.

      Paul s'adresse √† ses lecteurs d'origine pa√Įenne pour faire ressortir encore sp√©cialement √† leurs yeux les avantages que les nations retireront de la conversion finale d'Isra√ęl, (versets 11-12) et pour leur dire dans quelle pens√©e il accomplit, lui, Juif, son apostolat aupr√®s d'eux, gentils. Il y a deux mani√®res de comprendre ce mobile de son activit√©.

      1¬į Si je travaille avec ardeur √† la conversion des pa√Įens, c'est pour exciter √† jalousie mes compatriotes les Juifs et en sauver quelques-uns.

      2¬į En tant qu'ap√ītre des gentils, je cherche √† sauver les Juifs en les excitant √† jalousie, parce que la conversion d'Isra√ęl dans sa totalit√© am√®nera la consommation du salut pour les nations aussi, (verset 15) en d'autres termes si, comme Juif, je souhaite la conversion d'Isra√ęl, je la souhaite plus encore en tant qu'ap√ītre des gentils.

      Cette dernière explication, quoique moins simple, à première vue, établit une meilleure liaison entre versets 11,12 et verset 15 ; elle n'oblige pas à considérer les versets 13,14 comme une parenthèse.

      On comprend aussi mieux que ce soit en tant qu'ap√ītre des gentils que Paul invoque ce motif, puisque c'est l'int√©r√™t des gentils qu'il a finalement et surtout en vue. Sur l'apostolat de Paul parmi les gentils, comparer¬†: Romains 1.5¬†; Actes 9.16¬†; 22.21¬†; Galates 1.16¬†; 2.7¬†; Eph√©siens 3.8.

      - Je glorifie mon minist√®re (grec mon service), non en le vantant par des paroles (1Corinthiens 15.9,10) ce qui e√Ľt √©t√© de peu d'effet sur les Juifs, mais en le remplissant d'une mani√®re fid√®le et efficace. Le but et le r√©sultat de l'apostolat que Paul exerce parmi les gentils, c'est, dit-il, d'exciter √† jalousie (verset 11 et Romains 10.19) ceux de ma race et de sauver quelques-uns d'entre eux (grec si, en quelque mani√®re, j'existerai √† jalousie ma chair et sauverai quelques-uns d'entre eux).

      Quelques-uns : ce n'est que dans les derniers temps qu'ils se convertiront tous.

      15 Ce verset répète et développe la pensée de verset 12, exprimant, en termes propres, ce que celui-ci disait au figuré.

      Leur rejet, c'est leur exclusion par Dieu de l'alliance de gr√Ęce, et non la faute dont ils se sont rendus coupables en rejetant l'Evangile. De m√™me, le terme oppos√© d√©signe leur adjonction par Dieu √† l'Eglise form√©e des gentils et de l'√©lite d'Isra√ęl, leur r√©int√©gration dans l'alliance, et non "l'accueil" qu'ils feront √† l'Evangile, leur acceptation du salut.

      Le rejet d'Isra√ęl a √©t√© la r√©conciliation du monde, parce qu'il a valu aux nations la pr√©dication de l'Evangile, qui est le message de cette r√©conciliation. (Romains 5.11¬†; 2Corinthiens 5.18-21)

      - L'adjonction d'Isra√ęl sera une vie d'entre les morts. L'ap√ītre ne dit pas comment. Les interpr√®tes √©mettent des opinions diverses √† ce sujet¬†; la r√©ponse demeurera douteuse jusqu'√† l'accomplissement de cette proph√©tie.

      L'expression¬†: une vie d'entre les morts rappelle l'admirable description symbolique de Ez√©chiel 37.1 et suivants Elle est expliqu√©e par quelques uns dans le sens d'une r√©novation spirituelle qui s'op√©rerait au sein de la chr√©tient√© d'origine pa√Įenne, par l'effet de la r√©int√©gration d'Isra√ęl.

      Mais verset 25 semble annoncer que la conversion de tous les gentils, leur "pl√©nitude," pr√©c√©dera la conversion de tout Isra√ęl¬†; et puis, si cette vie d'entre les morts √©tait une r√©novation spirituelle, cette expression d√©signerait un effet semblable √† celui qu'√©non√ßait le terme de r√©conciliation, or, l'opposition du rejet et de l'adjonction d'Isra√ęl fait attendre une manifestation plus √©clatante et glorieuse de la gr√Ęce divine.

      Aussi la plupart des interpr√®tes voient-ils dans cette vie d'entre les morts la vie parfaite des rachet√©s, affranchis pour toujours du p√©ch√© et de la mort. La conversion d'Isra√ęl sera le dernier acte du d√©veloppement du r√®gne de Dieu, elle en consommera le triomphe. Elle sera suivie de la r√©surrection des morts et de la fin de l'√©conomie pr√©sente. (Matthieu 24.14)

      16 La r√©int√©gration d'Isra√ęl dans l'alliance de gr√Ęce, sa conversion totale, que l'ap√ītre vient d'annoncer, (versets 11-15) est conforme √† la cons√©cration de ce peuple √† Dieu, qui r√©sultait de l'√©lection dont ses p√®res avaient √©t√© l'objet.

      L'ap√ītre part de ce fait de l'√©lection d'Isra√ęl pour exhorter les gentils √† respecter ce peuple, m√™me dans sa d√©ch√©ance (versets 17,18) et √† veiller sur euxm√™mes, de peur qu'un ch√Ętiment semblable ne les atteigne. (versets 19-21)

      Consid√©rant la bont√© de Dieu, il montre ensuite la possibilit√© de la r√©habilitation d'Isra√ęl, s'il ne s'obstine pas dans son incr√©dulit√©. (versets 22-24)

      - Les pr√©mices, dont il est question ici, √©taient une portion que l'Isra√©lite devait pr√©lever sur la p√Ęte confectionn√©e avec la premi√®re mouture de l'ann√©e. Il en faisait un g√Ęteau qui √©tait consacr√© √† l'Eternel et mis √† l√† disposition des sacrificateurs. (Nombres 15.17-21¬†; L√©vitique 23.15-17)

      Ces pr√©mices √©taient par l√† m√™me saintes et rendaient sainte toute la masse de la p√Ęte, tout le pain dont se nourrissait le peuple de Dieu.

      L'ap√ītre applique cette image aux anc√™tres d'Isra√ęl dans leur relation avec ce peuple. Il en aper√ßoit aussit√īt une autre, qui lui para√ģt plus propre encore √† rendre sa pens√©e parce qu'elle lui permet de distinguer entre les Isra√©lites fid√®les et ceux qui ne le sont plus, c'est la comparaison de l'olivier, dont les branches participent de la nature de sa racine. Il d√©veloppera cette derni√®re image dans les versets suivants.

      Les pr√©mices, la racine, ce sont les patriarches d'Isra√ęl. Dieu les avait √©lus¬†; (Gen√®se 17.7) il avait jur√©, en leur faveur, son alliance¬†; (Luc 1.73) il leur avait destin√© le pays de Canaan et leur avait fait toutes les promesses spirituelles attach√©es √† sa possession. Leur b√©n√©diction repose sur le peuple, (Deut√©ronome 7.6-8) m√™me apr√®s que la masse est d√©chue.

      Un arbre peut avoir des branches st√©riles qui ne l'emp√™chent pas de porter encore du fruit (versets 23,28¬†; comparez Esa√Įe 6.13). Paul retrouve ainsi son affirmation de versets 1,11¬†: Dieu n'a pas rejet√© son peuple, Isra√ęl n'est pas tomb√© sans retour.

      17 Il ne vient à la pensée de personne d'enter un rameau d'olivier sauvage sur un olivier franc.

      L'ap√ītre se sert de cette image (comparez J√©r√©mie 11.16) pour montrer d'une mani√®re frappante que l'admission des gentils au salut, semblable √† cette op√©ration contre nature, (verset 24) n'√©tait due qu'√† la libre et souveraine gr√Ęce de Dieu.

      Tu as été enté à leur place. Le grec porte : en elles, ce qui peut s'interpréter : à la place qu'elles occupaient.

      Si cette interpr√©tation para√ģt trop libre et si l'on estime que la traduction parmi elles s'impose, il faut supposer que l'ap√ītre pensait aux branches qui √©taient rest√©es sur l'olivier.

      De la racine de la sève est la leçon de Sin., B, C. Les autres documents présentent deux variantes qui semblent des corrections. A, Majusc., portent : "de la racine et de la sève." D, Majusc., omettent de la racine.

      La racine est l'organe par lequel l'olivier tire du sol sa sève.

      Le mot traduit par sève signifie proprement graisse, parce que l'olivier produit un fruit oléagineux. (Juges 9.9)

      Par cette image de la graisse ou de la s√®ve de l'olivier franc, √† laquelle participe l'olivier sauvage, l'ap√ītre d√©signe la b√©n√©diction d'Abraham, qui s'accomplit pour les gentils en J√©sus-Christ. (Galates 3.14)

      L'id√©e de l'agr√©gation des gentils √† Isra√ęl est commune √† Paul et aux douze. Elle √©tait indiqu√©e d√©j√† par J√©sus. (Jean 10.16) Paul la rel√®ve afin de pr√©munir les chr√©tiens convertis du paganisme contre toute pens√©e d'orgueil. (1Corinthiens 4.7) Ils pouvaient √™tre tent√©s de m√©priser les Juifs incr√©dules et rejet√©s de Dieu.

      Ce que nous appelons l'antis√©mitisme se manifestait d√©j√† dans la soci√©t√© pa√Įenne du premier si√®cle. Ce d√©dain est tellement naturel au cŇďur du gentil, que Paul n'a pas grand espoir d'√™tre ob√©i. Il ajoute en effet¬†: mais si, malgr√© tout ce que je puis te dire, tu te glorifies quand m√™me, le fait n'en demeure pas moins¬†: ce n'est pas toi qui portes la racine, mais c'est la racine qui te porte. "Le salut vient des Juif" (Jean 4.22)

      19 Tu diras donc,...l'objection est tirée de l'idée même sur laquelle Paul vient d'insister que les Juifs appartiennent à l'olivier et méritent, comme tels, des égards particuliers.

      Des branches ont été retranchées pour me faire place ; l'honneur que Dieu me fait ainsi en est plus éclatant.

      20 Cela est vrai (grec bien !).

      Paul concède le fait, mais son assentiment n'est pas sans quelque ironie, car il repousse toute conclusion dont les gentils pourraient tirer orgueil.

      C'est l'incrédulité des Juifs qui a été cause de leur retranchement ; et toi, gentil, tu subsistes (grec tu es debout) à cause de ta foi. (Romains 4.16) Ne t'enorgueillis donc point, mais crains (grec ne pense pas des choses élevées).

      Le premier effet que doit produire sur le croyant la vue d'un s√©v√®re jugement de Dieu, c'est la crainte¬†; car quiconque professe de n'√™tre sauv√© que par la foi, sans les Ňďuvres de la loi, reconna√ģt par l√† m√™me qu'il est un mis√©rable p√©cheur et qu'il ne subsiste que par la gr√Ęce toute gratuite de son Dieu.

      Or, le moindre mouvement d'orgueil, par lequel un tel homme s'√©l√®ve au-dessus de ses fr√®res, l'expose au p√©ril le plus redoutable, puisque, par cette complaisance en lui-m√™me, il abandonne le seul terrain sur lequel il peut avoir quelque s√©curit√©, la gr√Ęce de son Dieu.

      Ainsi, même devant les manifestations les plus éclatantes de l'amour de Dieu, le chrétien ne doit se réjouir qu'avec tremblement, se rappelant que seul celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé. (1Corinthiens 10.12,Philippiens 2.12 ; Colossiens 1.23)

      - Au lieu de : il ne t'épargnera pas non plus, D, Majusc., versions Syr. portent : crains...que, de quelque manière, il ne t'épargne pas non plus.

      22 Avec ce verset, Paul aborde une sorte de conclusion (donc) fond√©e sur la vue de la bont√© et de la s√©v√©rit√© de Dieu¬†: celles-ci sont invoqu√©es comme motifs d'une exhortation √† la vigilance, adress√©e aux gentils, (verset 22) puis l'ap√ītre exprime l'espoir de la r√©int√©gration des Juifs. (versets 23,24)

      - Grec :, d'après Sin., B, A, C, etc. : vois donc la bonté et la sévérité de Dieu : envers ceux qui sont tombés, il y a sévérité ; mais envers toi, bonté de Dieu. Quelques témoins du texte omettent le complément de Dieu.

      Paul invite les gentils, objets de la bonté de Dieu, à persévérer dans cette bonté s'ils ne veulent pas, eux aussi, être retranchés.

      Cette exhortation, et la menace sur laquelle elle s'appuie, prouvent que, si l'élection divine donne l'assurance du salut, elle n'en laisse pas moins subsister la responsabilité de l'homme, à tous les degrés de la vie chrétienne.

      Quand il s'agit de r√©veiller les √Ęmes et de leur inspirer une crainte salutaire, Paul ne se laisse pas arr√™ter par les conclusions que l'on peut tirer de sa doctrine de l'√©lection, (Romains 8.29-39) par ce que l'on a appel√© l'inadmissibilit√© de la gr√Ęce. S'il para√ģt se mettre ainsi en contradiction avec lui-m√™me, il compte sur l'exp√©rience chr√©tienne pour r√©duire √† l'unit√© cette antinomie. (Philippiens 1.12,13)

      23 L'incrédulité, (comparez verset 20) telle est, dans l'homme, la cause unique de la perdition.

      Comment s'accordent la libre volont√© de l'homme et la souveraine gr√Ęce de Dieu, c'est le secret de Dieu qui, un jour, nous sera r√©v√©l√©. Ce que nous savons d√®s maintenant, c'est que Dieu est puissant pour accomplir l'Ňďuvre de sa mis√©ricorde, pour enter de nouveau ceux qui ont √©t√© retranch√©s √† cause de leur incr√©dulit√©.

      24 Ce que Dieu a fait pour les branches de l'olivier sauvage, il le fera plus certainement (combien plut√īt) pour (grec) ceux qui sont par nature, sous-entendu¬†: des branches, des branches de l'olivier franc.

      Cette restauration d'Isra√ęl dans l'alliance de gr√Ęce, dont l'ap√ītre a d√©montr√© par son argumentation la possibilit√© et la probabilit√©, il la pr√©dit, dans versets 25-32, comme une dispensation certaine de la mis√©ricorde de Dieu.

      25 25 √† 32 Tout Isra√ęl sauv√©. La mis√©ricorde de Dieu √©gale pour tous, triomphe.

      Paul introduit, avec solennité, par une allocution directe, destinée à en marquer l'importance (frères, je ne veux pas que vous ignoriez), l'énoncé d'un fait à venir qu'il qualifie de mystère.

      Cet enseignement confirme (car) ses déductions précédentes.

      Un myst√®re, dans le langage de Paul, n'est pas un fait ou une v√©rit√© incompr√©hensibles de leur nature. Ce terme sert √† d√©signer tout ce que l'homme ne peut conna√ģtre que par une r√©v√©lation sp√©ciale de Dieu mais qui, une fois r√©v√©l√©, est accessible √† l'intelligence humaine¬†: ainsi, la vocation des gentils¬†; (Romains 16.25¬†; Eph√©siens 3.3) de m√™me ici, la conversion de tout Isra√ęl. (comparez Colossiens 2.2¬†; 1Corinthiens 15.51¬†; 1Thessaloniciens 4.15¬†; 1Timoth√©e 3.16)

      L'ap√ītre parle, avec une autorit√© proph√©tique et une grande assurance, de ces myst√®res que l'Esprit de Dieu a d√©voil√©s √† l'Eglise. Il ne dit pas, comme dans Eph√©siens 3.3, que ce soit √† lui personnellement que ce myst√®re a √©t√© r√©v√©l√©. Il semble plut√īt communiquer aux Romains une r√©v√©lation d√©j√† re√ßue par d'autres. Peut-√™tre cette r√©v√©lation remonte-t-elle √† quelque proph√©tie de J√©sus lui-m√™me.

      - Paul communique ce myst√®re aux Romains, afin, leur dit-il, que vous ne soyez pas sages √† vos propres yeux, ou, suivant la variante de B, A,¬†: en vous-m√™mes¬†; en d'autres termes, que vous ne pr√©sumiez pas de votre sagesse, ou que vous ne cherchiez point √† d√©couvrir la v√©rit√© par les simples r√©flexions de votre intelligence, en vous livrant √† des sp√©culations oiseuses. Il n'est pas probable que l'ap√ītre fasse encore allusion √† l'orgueil qui portait les gentils √† m√©priser les Juifs. (verset 18 et suiv¬†:)

      - Le myst√®re r√©v√©l√©, c'est que l'endurcissement a atteint (grec est arriv√© √†) une partie d'Isra√ęl, jusqu'√† ce que la pl√©nitude des gentils soit entr√©e.

      Le terme d'endurcissement désigne une action que Paul attribue à Dieu. (verset 7, note)

      - Ce qu'il a expos√© dans versets 1-10, montre dans quel sens cet endurcissement a atteint (grec) en partie Isra√ęl. Il durera jusqu'√† ce que la pl√©nitude des gentils soit entr√©e.

      La pl√©nitude des gentils, c'est leur nombre plein, complet, toutes les nations du monde, et, sinon tous leurs repr√©sentants individuels sans exception, du moins leur grande masse. Il est arbitraire de limiter cette pl√©nitude au nombre total des √©lus¬†; notre passage ne renferme aucune allusion √† l'√©lection individuelle. Cette pl√©nitude des nations doit entrer dans l'Eglise, dans l'alliance de gr√Ęce.

      26 Et ainsi, cette condition √©tant remplie, et par l'effet m√™me de la pl√©nitude des nations, qui excite √† jalousie le peuple √©lu, (versets 11,14) tout Isra√ęl sera sauv√©, le peuple dans son ensemble se convertira √† l'Evangile, en reconnaissant dans un √©lan collectif, J√©sus de Nazareth comme le Messie.

      Ici encore, rien dans le texte n'indique qu'il faille limiter tout Isra√ęl √† ceux des Isra√©lites qui sont √©lus. Les r√©sistances individuelles restent sans doute possibles, car Dieu ne contraint personne au salut¬†; mais, si l'on ne peut presser les termes de pl√©nitude des gentils et de tout Isra√ęl jusqu'√† leur faire signifier tous les individus des deux groupes, il faut se garder de restreindre arbitrairement le sens de ces expressions, par pr√©jug√© dogmatique, comme le faisaient les r√©formateurs, ou par antipathie contre les Juifs, ou encore par incr√©dulit√©, comme cela n'arrive que trop souvent.

      Laissons ces magnifiques promesses de Dieu nous révéler toutes les richesses de sa miséricorde !

      - Cette conversion de tout Isra√ęl √©tait annonc√©e, aux yeux de Paul, dans Esa√Įe 59.20,21, qu'il cite librement. De Sion signifie du sein du peuple juif, dont J√©rusalem √©tait le centre. Le texte h√©breu porte¬†: "√† Sion," ou "pour Sion¬†;" les Septante¬†: "√† cause de Sion".

      Le changement, que l'ap√ītre fait √† ce texte, lui √©tait inspir√© par d'autres passages de l'Ecriture, comme Psaumes 14.7¬†; 110.2.

      Les mots¬†: il √©loignera de Jacob les impi√©t√©s, sont tir√©s des Septante¬†; l'h√©breu porte¬†: "pour ceux qui se convertiront de l'impi√©t√© en Jacob." Voir la suite de ce beau passage, qui annonce l'immutabilit√© du dessein de Dieu envers son peuple¬†; il √©tait sans doute tout entier pr√©sent √† l'esprit de l'ap√ītre, quoique les premiers mots seuls soient cit√©s.

      Puis Paul ajoute cette parole emprunt√©e √† Esa√Įe¬†: (Esa√Įe 27.9) lorsque j'√īterai leurs p√©ch√©s. C'est en √ītant les p√©ch√©s de son peuple, que Dieu affermit son alliance avec lui. (Comp J√©r√©mie 31.33,34)

      28 Grec : Selon l'Evangile...selon l'élection.

      Selon l'Evangile, si l'on juge leur situation d'après cet Evangile qu'ils ont rejeté en mettant à mort le Saint et le Juste, ils sont des ennemis, ce mot exprime les dispositions de Dieu envers eux, et non leurs dispositions envers Dieu ; (Romains 5.10, note) il est mis en contraste avec : ils sont des bien-aimés, évidemment : bien-aimés de Dieu.

      Dieu aime encore ce peuple, comme tel, selon l'√©lection de sa gr√Ęce et √† cause du petit nombre des Isra√©lites qui toujours rest√®rent fid√®les, et qui, au temps de Paul, avaient re√ßu l'Evangile.

      Un second contraste se trouve entre ces deux compléments : à cause de vous, à cause des pères.

      Le sens du second est clair¬†: les p√®res du peuple d'Isra√ęl, les patriarches, furent les premiers objets de l'amour de Dieu, de son √©lection, c'est √† eux et √† leur post√©rit√© qu'il a fait la promesse¬†; et il reporte cet amour sur leurs enfants.

      Le sens du premier complément : à cause de vous est moins évident ; comment les Juifs peuvent-ils être ennemis à cause des gentils ?

      Nous retrouvons ici la pens√©e de versets 11-15,19,31, √† savoir que Dieu, dans son immense amour, voulant avoir sur cette terre un peuple de rachet√©s de toute nation, de toute langue, a, en quelque sorte, suspendu les effets de son alliance avec Isra√ęl, devenu infid√®le, pour appeler √† cette destination "un peuple qui n'√©tait point son peuple," et pour "se laisser trouver de ceux qui ne le cherchaient point." (Romains 10.20,21)

      29 Irrévocables ou "sans repentir," sans retour ; le même mot se trouve 2Corinthiens 7.10.

      Ce verset donne la raison (car) de l'affirmation qui précède. (verset 28)

      Les dons de Dieu sont les privil√®ges qu'il a accord√©s √† Isra√ęl pour qu'il devint le porteur du salut¬†; l'ap√ītre les a √©num√©r√©s Romains 9.4,5.

      L'appel de Dieu, c'est l'action par laquelle i1 a amen√© Isra√ęl √† sa connaissance et a fait de lui son peuple. Ces dons et cet appel ne sont point (grec) sujets √† repentir, √† r√©vocation de la part de Dieu¬†; les dispositions de Dieu ne changent pas.

      Des membres du peuple √©lu peuvent d√©choir sans an√©antir le dessein de la mis√©ricorde divine, tout comme un arbre n'est pas d√©truit parce que des branches st√©riles ou s√®ches en sont retranch√©es. (verset 17 et suivants) Tel sera Isra√ęl comme nation, jusqu'√† la fin de l'√©conomie pr√©sente¬†; toutes les promesses que Dieu lui a faites seront accomplies par sa conversion et par les b√©n√©dictions dont il sera encore la source pour l'humanit√©.

      30 L'ap√ītre termine son expos√© par une vue g√©n√©rale du plan de Dieu, (versets 30-32) o√Ļ il met en parall√®le les destin√©es divergentes et pourtant analogues des gentils et d'Isra√ęl.

      La d√©sob√©issance, ou r√©bellion, est le p√©ch√© principal des pa√Įens qui ne se soucient pas de conna√ģtre Dieu (Romains 1.28, suivants¬†; Eph√©siens 2.2¬†; 5.6).

      Comment la désobéissance des Israélites a été le moyen, pour les gentils, d'obtenir miséricorde, c'est ce qui a été indiqué plusieurs fois déjà. (versets 11,12,15,28, notes)

      31 Il y a deux mani√®res de construire ce verset. La plus conforme √† la disposition de la phrase en grec est de rattacher le compl√©ment¬†: par la mis√©ricorde qui vous a √©t√© faite, √† ce qui pr√©c√®de¬†; il indiquerait la cause de la d√©sob√©issance d'Isra√ęl.

      Ce peuple orgueilleux n'a pas voulu croire √† un salut tout gratuit, auquel les pa√Įens √©taient admis au m√™me titre que lui¬†; le message √©vang√©lique a √©t√© sa pierre d'achoppement, l'occasion principale de sa chute.

      Mais la plupart des commentateurs actuels, pour maintenir le parallélisme avec verset 30, rattachent le complément à la proposition suivante : afin que, par la miséricorde qui vous a été faite, eux aussi obtiennent miséricorde maintenant (B, D).

      Nous retrouvons la pens√©e de verset 11 et suivants¬†: le salut obtenu par les gentils provoquera la Jalousie des Juifs, et les am√®nera a la repentance et √† la foi, qui permettront √† Dieu de leur faire mis√©ricorde √† eux aussi. C'est le but final (afin que), que Dieu poursuit et qu'il atteindra en d√©pit de la d√©sob√©issance d'Isra√ęl.

      32 Paul explique et confirme ainsi (car) l'idée que gentils et Juifs sont dans la même position vis-à-vis du salut : également coupables par leur désobéissance, et également les objets de la miséricorde divine. (versets 30-31)

      En m√™me temps, il conclut cette partie de son √©p√ģtre (Ro. 9-11), consacr√©e √† la th√©odic√©e, √† la justification de Dieu et de sa conduite envers les hommes p√©cheurs.

      Enfin, il r√©sume tout l'expos√© dogmatique de son √©p√ģtre¬†: il a prouv√© √† tous, tant Juifs que gentils qu'ils sont assujettis au p√©ch√©, que Dieu les a tous enferm√©s dans la d√©sob√©issance comme dans une prison, qu'il les a forc√©s √† reconna√ģtre leur mis√®re et √† en g√©mir, afin de pouvoir faire mis√©ricorde √† tous, c'est-√†-dire par pure gr√Ęce et au moyen de la foi, sans distinction de nationalit√©¬†; car il n'y a pour tous qu'un m√™me Sauveur et un m√™me salut.

      - Cette interpr√©tation de notre verset est rendue √©vidente par le contexte, o√Ļ l'ap√ītre parle des dispensations de Dieu envers les Juifs et les gentils, consid√©r√©s comme groupements ethniques, et non du sort des individus.

      L'expression dont il se sert, et qui est imparfaitement rendue par : tous les hommes (grec les tous), désigne toutes les sortes d'hommes, qu'ils soient Juifs ou gentils. (comparez 1Corinthiens 9.22) On n'est donc pas fondé d'invoquer ce passage en faveur du salut final de tous les individus.

      Dans Galates 3.22, o√Ļ Paul √©nonce une pens√©e analogue¬†: "l'Ecriture a tout enferm√© sous le p√©ch√©," il ajoute¬†: "afin que ce qui avait √©t√© promis f√Ľt donn√©, par la foi en J√©sus-Christ, √† ceux qui croient." Cette voie de la foi demeure, dans tous les cas, l'unique voie du salut.

      - "Jamais coup d'Ňďil plus vaste ne fut jet√© sur le plan divin de l'histoire du monde. D'abord l'√©poque de l'unit√© primitive, dans laquelle la famille humaine ne forme encore qu'une totalit√© indivise¬†; puis l'antagonisme entre les deux fractions religieuses de l'humanit√© cr√©√©s par la vocation d'Abraham¬†: les Juifs demeurant dans la maison paternelle du monoth√©isme, mais avec un esprit l√©gal et servile, et les pa√Įens livr√©s √† leurs propres voies. Au terme de cette p√©riode, l'apparition du Christ d√©cidant la rentr√©e de ceux-ci au foyer domestique, mais en m√™me temps la sortie de ceux-l√†. Enfin les Juifs, c√©dant aux sollicitations divines et au spectacle du salut dont jouissent les pa√Įens graci√©s¬†; et l'universalisme final, dans lequel se r√©solvent toutes les dissonances ant√©rieures, rempla√ßant, sous une forme infiniment sup√©rieure, l'unit√© primitive et faisant contempler √† l'univers la famille de Dieu pleinement constitu√©e." Godet.

      33 33 à 36 Doxologie finale.

      Le plan de Dieu pour le salut des p√©cheurs, qui s'est d√©roul√© de degr√© en degr√© aux yeux de l'ap√ītre, p√©n√®tre tellement son cŇďur d'√©tonnement et d'adoration, qu'il est contraint de donner essor √† ses sentiments.

      Il le fait dans un chant de louanges, dont les sublimes accents embrassent les hauteurs des cieux et les profondeurs de l'essence divine. Son regard plonge dans un ab√ģme¬†; √ī profondeur¬†! Il d√©couvre d'abord la richesse de Dieu, c'est-√†-dire, probablement, l'abondance des moyens qu'il a d'atteindre son but¬†: le salut de l'homme d√©chu¬†; puis la sagesse de Dieu qui con√ßut le plan de la r√©demption, (1Corinthiens 2.7) enfin la connaissance qui lui permet de discerner les conditions de son ex√©cution et d√©termine √† l'avance les voies et les moyens de l'ex√©cuter.

      Quelques-uns considèrent le mot richesse comme un complément qualificatif de profondeur : O profondeur de richesse, c'est-à-dire : "O profondes richesses," et de la sagesse et de la connaissance.

      Pour admettre cette construction, il faudrait pouvoir regarder comme inauthentique le et devant de la sagesse (plusieurs témoins occidentaux du texte l'omettent). Si on le maintient, la coordination des trois compléments : richesse, sagesse, connaissance, semble s'imposer.

      - Les jugements de Dieu, qu'il exerce m√™me sur les siens pour les √©prouver et les m√Ľrir en vue de la vie √©ternelle, sont insondables. ils pr√©sentent souvent √† l'esprit born√© de l'homme des myst√®res qu'il ne peut scruter jusqu'au fond.

      Ses voies enfin, par les quelles il conduit l'humanité et poursuit l'exécution de ses desseins, sont incompréhensibles, impénétrables (grec on n'en peut suivre les traces.)

      34 L'ap√ītre confirme (car) ce qu'il vient de dire du caract√®re insondable des voies de Dieu, en posant deux questions, dont les termes sont emprunt√©s √† l'Ecriture, mais qu'il n'introduit cependant pas par une formule de citation.

      La question de verset 34 est tir√©e d'Esa√Įe, (Esa√Įe 40.13) cit√© presque textuellement d'apr√®s les Septante¬†; celle de verset 35 est tir√©e de Job 41.2. Dans ce dernier passage, c'est Dieu lui-m√™me qui d√©fie l'homme¬†: "Qui m'a pr√©venu pour que je le lui rende¬†?" L'ap√ītre pose lui-m√™me cette question au nom de Dieu.

      36 L'ap√ītre motive la r√©ponse n√©gative que l'on doit faire √† la question pos√©e¬†: parce que c'est de lui et par lui et pour lui que sont toutes choses¬†; il les a cr√©√©es, il les produit incessamment, il les dirige toutes, il est leur but supr√™me¬†: ou, si l'on pr√©f√®re limiter le sens de ces expressions √† l'Ňďuvre du salut dans l'homme et dans l'humanit√©, il en a pris l'initiative, il la r√©git et l'ex√©cute, il en est la fin derni√®re.
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