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Romains 8

    • 1 La vie nouvelle en J√©sus-Christ, affranchie de la chair sous le r√©gime de l'Esprit, est le signe de notre adoption et le gage de notre glorification future, de notre victoire d√©finitive.

      Chapitre 8.

      1 à 11 La vie en Christ, soumise à l'Esprit, dans son opposition à la vie selon la chair, Christ en nous, principe de victoire sur la mort.

      Paul reprend le sujet de l'affranchissement du p√©ch√©, qu'il avait commenc√© d'exposer √† Romains 6. Les interpr√®tes h√©sitent pour d√©signer l'id√©e √† laquelle se rattache le donc qui introduit ce nouveau d√©veloppement. Quelques-uns pensent que Paul pr√©sente ce qu'il va dire de l'affranchissement du chr√©tien comme la conclusion de l'exclamation (Romains 7.25) "Gr√Ęces soient rendues √† Dieu¬†!"

      D'autres pensent que l'ap√ītre, se reportant par del√† le morceau Romains 7.7-25, relie sa pens√©e √† ce qu'il avait dit (Romains 7.1-6) de l'affranchissement de la loi. Mais la saisissante description de la lutte de l'homme sous la loi n'√©tait pas une simple digression. Plusieurs estiment que notre proposition est plut√īt la conclusion de Romains 7.25 (25b) "Moi m√™me, moi, tel que je suis sans Christ, r√©duit √† mes propres forces, je suis esclave, par l'entendement, de la loi de Dieu, mais, par la chair, de la loi du p√©ch√©." Il en r√©sulte que, en J√©sus-Christ, je suis affranchi de cet esclavage du p√©ch√©. Cette conclusion, sans doute, ne s'impose pas rigoureusement¬†; mais c'est ici, comme le dit Schlatter, "la logique de la foi" Et l'on peut dire, √† ce point de vue, que les affirmations de l'ap√ītre sur l'affranchissement du chr√©tien en Christ sont la conclusion hardie qu'il tire de la situation d√©sesp√©r√©e o√Ļ se trouve l'homme luttant par ses seules forces contre la chair. Cette relation entre Romains 8 et ce qui pr√©c√®de subsiste donc, m√™me si Romains 7.25 La fin du verset doit √™tre consid√©r√© comme une interpolation.

      Dans Romains 8, Paul décrit les conséquences magnifiques de la délivrance en Christ : le renouvellement complet de la nature humaine, et même de toute la création ; et enfin il célèbre, dans un vrai chant de triomphe, l'assurance du salut fondée sur l'éternel et immuable amour de Dieu en Christ.

      - Maintenant qu'ils ne sont plus sous la loi, à laquelle ils sont morts, (Romains 7.6) ceux qui sont en Christ, c'est-à-dire ceux qui vivent dans une communion réelle et intime avec lui, n'ont plus à redouter aucune condamnation.

      Le terme aucune condamnation embrasse tous les effets du p√©ch√© qui en sont le ch√Ętiment¬†: la culpabilit√© qu'il fait peser sur nous et dont nous sommes affranchis par la justification, la domination du p√©ch√© en nous qui entra√ģne notre mort spirituelle et physique, et dont nous sommes affranchis par la sanctification.

      En Jésus Christ, notre garant en présence de la justice divine, par notre union avec lui, nous sommes délivrés graduellement de toutes ces funestes conséquences du péché.

      - Le texte re√ßu porte¬†: "pour ceux qui, en J√©sus-Christ, marchent non selon la chair, mais selon l'Esprit." C'est une glose de pr√©caution contre la gratuit√© du salut. Ces mots ont √©t√© transport√©s ici du verset 4, o√Ļ ils sont √† leur place.

      2 Sin., B, etc., portent : t'a affranchi ; si c'est la leçon authentique, il faut admettre que Paul fait appel à ses lecteurs et à leur expérience de rachetés. Il oppose celle-ci aux douloureuses expériences de l'esclave du péché, dont il avait parlé à la première personne. (Romains 7.7-25)

      - Ces paroles expliquent et motivent (en effet) la consolante affirmation du verset 1. Elles renferment la réponse à la question désespérée que se posait l'homme charnel, impuissant à accomplir la loi. (Romains 7.24)

      - L'Esprit n'est pas l'élément spirituel qui élève l'homme au-dessus de la brute mais, comme l'indique le complément de vie, c'est l'Esprit de Dieu qui crée la vie et qui la communique au croyant.

      En parlant de la loi de l'Esprit de vie, qu'il oppose √† la loi du p√©ch√© et de la mort, l'ap√ītre emploie ce mot de loi dans le sens de puissance r√©gl√©e, de r√©gime qui s'impose √† la volont√©. (comparez Romains 7.21,23)

      On pourrait faire dépendre les mots : de la mort directement du verbe : m'a affranchi, mais il est plus naturel de les rattacher au complément de la loi, comme les mots du péché, qui précèdent immédiatement.

      Plusieurs rapportent le complément : en Jésus-Christ, au verbe : m'a affranchi ; mais, ainsi construite, la proposition ne serait qu'une répétition de l'idée exprimée à verset 1.

      Il vaut donc mieux considérer comme une seule locution les mots : la loi de l'Esprit de vie en JésusChrist. C'est en Jésus-Christ que la loi de l'Esprit de vie a été manifestée au sein de notre humanité ; c'est par lui qu'elle est devenue le moyen d'affranchir l'homme de la loi du péché et de la mort.

      La loi du p√©ch√©, c'est la puissance que le p√©ch√© exerce sur celui qui est son esclave. (Romains 7.21,23, notes) C'est √† tort que l'on a appliqu√© cette expression √† la loi mosa√Įque, en se fondant sur Romains 7.9-13.

      3 Les versets versets 3,4 prouvent et expliquent (car) l'affirmation de verset 2, en montrant comment la loi de l'Esprit de la vie en Jésus-Christ nous a affranchis de la loi du péché et de la mort.

      Chose impossible √† la loi, (grec) en ce qu'elle √©tait faible par le fait de la chair¬†; on a propos√© aussi de traduire¬†: tandis que (aussi longtemps que) elle √©tait faible¬†; ou encore¬†: l'Ňďuvre impossible √† la loi, en laquelle Ňďuvre la loi √©tait faible par le fait de la chair, et de la r√©sistance que la chair opposait √† l'action de la loi.

      - Quelle √©tait cette Ňďuvre que la loi √©tait incapable d'accomplir¬†? L'ap√ītre l'indique dans la proposition principale¬†: Dieu a condamn√© le p√©ch√© dans la chair.

      La chair¬†: ce terme est pris dans son acception la plus g√©n√©rale¬†; c'est la chair de l'homme, le domaine dans lequel le p√©ch√© a √©tabli son si√®ge principal. Cette chair, corrompue par le p√©ch√©, dominant sur l'esprit au lieu de lui ob√©ir, entra√ģne l'homme √† la mort. (verset 6)

      Condamner le péché dans la chair, c'est établir que le péché n'a aucun droit à régner dans la chair, et, par suite, l'expulser de ce domaine dont il s'est emparé, mettre fin à son empire.

      Cette Ňďuvre, la loi n'a pu l'accomplir, parce qu'elle √©tait faible par le fait de la chair. Elle rencontrait une r√©sistance invincible dans cette chair qui aspire √† jouir et redoute de souffrir, qui paralyse la volont√© de l'homme d√©sireux d'ob√©ir √† la loi, et l'entra√ģne √† m√©conna√ģtre m√™me les conditions de son vrai bonheur.

      La faiblesse de la loi par le fait de la chair, l'ap√ītre l'a abondamment prouv√©e au chapitre pr√©c√©dent. Or, ce que la loi n'a pu faire, Dieu l'a fait¬†: en envoyant son propre Fils dans une chair semblable √† celle du p√©ch√© et pour le p√©ch√©, il a condamn√© le p√©ch√© dans la chair.

      La formule par laquelle Paul exprime le fait de l'incarnation du Fils de Dieu¬†: (grec) en ressemblance de chair de p√©ch√©, est remarquable. Elle √©vite √©galement de n'attribuer √† J√©sus que l'apparence d'une chair humaine (ce qui serait le cas si l'ap√ītre avait √©crit¬†: "dans une ressemblance de chair"), et de le rendre participant de la nature corrompue de l'homme p√©cheur (ce qui r√©sulterait de l'expression¬†: "dans une chair de p√©ch√©").

      En disant¬†: en ressemblance de chair de p√©ch√©, l'ap√ītre enseigne que le Fils de Dieu a vraiment pris notre chair, avec ses besoins multiples, ses infirmit√©s diverses, sa sensibilit√©, sa capacit√© de souffrir et de mourir. Cette sensibilit√©, qui est le propre de la chair, n'est pas mauvaise en soi. J√©sus a constamment maintenu sa chair sous la domination de l'Esprit.

      Jamais les d√©sirs de la chair ne l'ont entra√ģn√© hors de la voie du devoir de l'ob√©issance √† Dieu, de la saintet√©. Il n'a particip√©, √† aucun degr√©, √† la corruption de la nature humaine, au p√©ch√© qui, depuis Adam, se transmet d'homme √† homme, comme un funeste h√©ritage.

      A ce point de vue, Paul peut affirmer que le Fils de Dieu n'a été "qu'en ressemblance de chair de péché." C'est sur le complément : chair de péché que porte proprement le terme de ressemblance : il exclut l'identification complète de la chair de Jésus-Christ et de notre chair. Que, dans la pensée de Paul, Jésus ait été exempt de tout péché, cela ressort avec évidence de 2Corinthiens 5.21.

      - L'ap√ītre indique le motif de l'envoi du Fils de Dieu en ressemblance de chair de p√©ch√©, quand il ajoute¬†: et √† cause du p√©ch√© (grec pour ou touchant le p√©ch√©) pour effacer le p√©ch√© et r√©parer le mal caus√© par le p√©ch√© dans tous les domaines.

      Cette locution pour le péché désigne quelquefois dans la version grecque de l'Ancien Testament une classe de sacrifices : "les sacrifices pour le péché" (Lévitique 7.37 ; Psaumes 40.7, cité Hébreux 10.6). Il n'est pas probable que Paul l'ait prise dans ce sens très spécial, qui n'est pas indiqué par notre contexte. En effet, l'acte par lequel Dieu a condamné le péché n'est pas, comme l'ont pensé beaucoup d'interprètes, le sacrifice de la croix.

      Pour attribuer cette pens√©e √† l'ap√ītre, on est oblig√© de consid√©rer le participe¬†: en envoyant, comme d√©signant un fait ant√©rieur √† celui que mentionne la proposition principale¬†: Dieu a condamn√© le p√©ch√©. Cela serait peu conforme √† la syntaxe grecque. Il faut voir plut√īt, dans l'acte exprim√© par le participe, le moyen par lequel s'accomplit l'acte exprim√© par le verbe. D'ailleurs, s'il n'en √©tait pas ainsi, l'ap√ītre ne dirait pas par quel moyen Dieu a condamn√© le p√©ch√©, il faudrait sousentendre cette id√©e essentielle¬†: en livrant son Fils pour nous √† la mort de la croix.

      Sans doute, la condamnation du p√©ch√©, dont parle l'ap√ītre, fait penser √† la "d√©monstration" de la justice divine en celui que Dieu "a expos√© comme moyen de propitiation dans son sang par la foi." (Romains 3.25) Mais il n'est pas probable que Paul revienne ici sur ce sujet de la r√©demption par la mort de Christ pour nous. Il parle de la sanctification et de notre entier affranchissement du p√©ch√©.

      L'expression : "Dieu a condamné le péché dans la chair," doit être prise au sens large : comme le terme de "condamnation" à verset 1, elle implique la réparation de toutes les conséquences du péché.

      Dès lors, il est plus indiqué de considérer la condamnation du péché dans la chair comme un effet de l'incarnation du Fils de Dieu. Dieu a condamné le péché, en envoyant son Fils dans une chair semblable à celle du péché, car il a ainsi mis ce Fils en mesure de réaliser la sainteté parfaite dans une vie humaine, de montrer qu'il est possible de vivre sans péché dans la chair, de triompher de toutes les tentations dont la chair est la source ou l'occasion. (Hébreux 4.15)

      En fournissant aux hommes cette démonstration, dans la vie terrestre de son Fils, Dieu a condamné le péché dans la chair, d'une manière plus éclatante et plus efficace qu'il ne l'avait fait par la loi, dont la lettre morte ne présentait qu'un idéal abstrait. Il a établi aux yeux de tous que le péché n'a pas de droit à régner dans la chair, qu'il n'est pas une nécessité inhérente à la nature de l'homme.

      Ce grand fait moral d'une vie humaine sainte s'impose dès lors, comme leur idéal, à ceux qui sont en Christ, et se réalise en eux à mesure que la loi de l'Esprit de vie en Jésus-Christ les affranchit de la loi du péché et de la mort.

      4 Le but de Dieu, en condamnant le p√©ch√© dans la chair par la vie sainte de J√©sus-Christ, (verset 3) est √©nonc√© en ces termes¬†: (grec) afin que la juste ordonnance de la loi, c'est-√†-dire tout ce que la loi ordonne, avec justice, fut accomplie en nous (l'ap√ītre ne dit pas¬†: "par nous"), qui marchons non selon la chair, mais selon l'Esprit.

      La loi est accomplie dans la vie nouvelle, victorieuse des passions de la chair et sainte, que l'Esprit crée en nous ; cette vie satisfait seule aux exigences de la loi, qui "est spirituelle ;" (Romains 7.14) en elle est reproduit le modèle parfait que nous offre la vie du Christ. (Romains 8.29 ; Jean 17.19 ; 2Corinthiens 3.18)

      L'Esprit est le Saint-Esprit, l'Esprit du Christ glorifi√©, et non l'esprit de l'homme. Le premier seul est la norme infaillible de notre marche¬†; mais l'Esprit divin est pr√©sent√© par l'ap√ītre comme s'unissant √©troitement √† l'esprit de l'homme, comme habitant en lui et inspirant ses d√©sirs et toute sa vie.

      5 Paul vient d'affirmer que "le juste droit de la loi" (verset 4) s'accomplit en ceux qui triomphent de la chair par la puissance de l'Esprit de Christ habitant en eux.

      Il prouve (car) cette affirmation, en montrant que la prédominance de la chair ou celle de l'Esprit détermine les dispositions habituelles de l'homme, ses aspirations constantes, par là même tout son état moral et ses rapports avec Dieu.

      A cet effet, il trace, dans les versets 5-8, un parallèle entre ceux qui (grec) sont selon la chair et ceux qui sont selon l'Esprit.

      Pour bien comprendre ce parall√®le et tout le d√©veloppement qui suit, il faut remonter √† la description que l'ap√ītre a faites √† Romains 6, de notre affranchissement du p√©ch√© dans la communion avec Christ mort et ressuscit√©. Comparer aussi les paroles de J√©sus dans son entretien avec Nicod√®me. (Jean 3)

      Les termes par lesquels Paul caractérise l'état moral de l'homme naturel : "marcher selon la chair," (verset 4) "s'affectionner aux choses de la chair," (verset 5) "l'affection à la chair," (versets 6,7) "être dans la chair," (verset 9) "être redevable à la chair," (verset 12) "vivre selon la chair," (verset 13) sont synonymes de ceux qu'emploie Jésus quand il dit de l'homme irrégénéré : "ce qui est né de la chair est chair".

      Et les termes opposés du parallèle : "marcher selon l'Esprit, s'affectionner aux choses de l'Esprit," etc., correspondent à la déclaration : "ce qui est né de l'Esprit est esprit".

      Il est de la plus haute importance de bien saisir ce point de départ de la vie chrétienne et de la sanctification, qui est le même chez tous les hommes quels que soient leurs antécédents.

      "Si le chr√©tien cherche √† am√©liorer ou √† purifier en lui le vieil homme avant d'avoir pass√© par la nouvelle naissance, il n'entreprend pas seulement une Ňďuvre vaine et irr√©alisable, mais il court le danger, toujours renaissant, de retomber sous le joug de la loi, comme les Galates¬†; son entreprise m√™me est d√©j√† la n√©gation de la gr√Ęce. Le vieil homme ne peut pas √™tre sanctifi√©, il faut qu'il soit crucifi√©, (comparez Romains 6.6) c'est √† dire livr√© √† la mort par le renoncement √† soi. L'Esprit doit donc soutenir une lutte perp√©tuelle contre la chair et ses convoitises, et cette lutte n'est que le c√īt√© n√©gatif de la vie du r√©g√©n√©r√©¬†: le c√īt√© positif, l'activit√© qui d√©veloppe en lui la vie nouvelle, consiste √† entretenir une relation constante avec celui qui est l'auteur et la source de cette vie, √† recevoir toujours de nouveau l'Esprit d'en haut. R√©g√©n√©r√© par la gr√Ęce, il vit et croit dans la gr√Ęce et par elle." Olshausen.

      6 Paul confirme et explique (car) l'opposition irr√©ductible des deux affections mentionn√©es √† verset 5, en montrant les buts oppos√©s auxquels elles tendent, et les r√©sultats contraires auxquels elles aboutissent¬†: la mort d'un c√īt√©, la vie et la paix de l'autre. (comparez Galates 6.8)

      L'affection de la chair, l'affection de l'Esprit : nous conservons ce terme faute d'un plus exact ; on pourrait être tenté de traduire : la "pensée" de la chair, la "pensée" de l'Esprit, si ce mot n'éveillait l'idée d'une activité purement intellectuelle, tandis que le mot grec désigne aussi une faculté morale, c'est à la fois le penser et le vouloir.

      De l√† vient que l'ap√ītre parlant au point de vue absolu de la r√©g√©n√©ration (voir la note pr√©c√©dente) ne dit pas seulement que l'affection de la chair "donne" la mort, mais qu'elle est d√©j√† la mort, la mort spirituelle, qui devient d√©finitive, si celui qu'elle atteint n'est pas r√©veill√© de ce funeste sommeil, de m√™me, l'affection de l'Esprit ne "produit" pas seulement la vie et la paix, elle est d√©j√† la vie et la paix, la vie imp√©rissable dans la communion de Dieu, la paix qui na√ģt du r√©tablissement de nos relations normales avec Dieu et du plein √©panouissement, du fonctionnement harmonique de toutes nos facult√©s.

      7 Comparer Romains 5.10 ; Colossiens 1.21 ; Jacques 4.4.

      L'affection de la chair est inimitié contre Dieu, dans son essence, parce que l'homme dominé par elle rapporte tout à sa propre satisfaction et ne veut rien donner à Dieu.

      Il hait Dieu, parce que Dieu est en droit de tout exiger de lui. Il ne se soumet pas √† la loi de Dieu. Cette loi est spirituelle. elle est accomplie ou viol√©e dans le cŇďur avant tout, elle suppose que l'homme aime la volont√© de Dieu, or, comment l'homme pourrait-il se soumettre √† cette loi tant que la disposition dominante de son cŇďur est l'inimiti√© contre Dieu¬†? L'ap√ītre en a montr√© l'impossibilit√©.

      8 Etre dans la chair, en son pouvoir exprime une déchéance plus grande que : "être selon la chair." (verset 6) La chair n'est plus seulement la règle de la vie elle la constitue tout entière. A l'inimitié de l'homme charnel contre Dieu, répond la désapprobation le déplaisir de Dieu, conséquence dernière de l'esclavage de la chair.
      9 Paul admet sans hésiter que les frères auxquels il écrit ne sont plus dans la chair.

      Mais, afin de pr√©venir de dangereuses illusions, il rappelle d'abord positivement¬†: si vraiment..., puis n√©gativement¬†: mais si quelqu'un n'a pas...la condition indispensable ou plut√īt la cause efficiente de cet affranchissement de la chair, savoir la pr√©sence, l'habitation de l'Esprit de Dieu, de l'Esprit de Christ dans l'homme r√©g√©n√©r√©. (comparez 1Corinthiens 3.1,16)

      L'ap√ītre d√©signe le Saint-Esprit √† la fois comme Esprit de Dieu et Esprit de Christ. En effet, Christ nous l'a acquis par son sacrifice, (Galates 3.13,14) aussi Paul le nomme-t-il fr√©quemment l'Esprit de Christ. (Galates 4.6¬†; Philippiens 1.19)

      Cette identification de l'Esprit de Dieu et de l'Esprit de Christ, qui se retrouve aussi dans les discours de J√©sus dans la chambre haute, (Jean 14.16-26¬†; 15.1-8,26) nous instruit de la nature et des effets de notre communion avec le Christ glorifi√© et vivant. Parce que cette communion est la communion avec Dieu lui-m√™me, elle est puissante pour accomplir l'Ňďuvre de notre affranchissement et de notre sanctification, pour cr√©er nous la vie nouvelle, qui est la vie de Christ lui-m√™me. (comparez Matthieu 28.19¬†; 2Corinthiens 13.13¬†; Galates 2.20)

      10 Christ en nous, vivant en nous par son Esprit, est la source de la vie spirituelle actuelle, et sera l'agent de la résurrection de notre corps au dernier jour. (verset 11)

      Le péché, introduit dans le monde par la faute d'Adam, (Romains 5.12) est la cause de la mort du corps ; de même, la justice qui vient de Dieu, la justification saisie par la foi, est la cause de la vie de l'esprit, c'est à dire de l'organe par lequel l'homme entre en rapport avec Dieu et s'approprie la vie divine.

      L'antith√®se des termes mort, vie, est absolue, parce que l'ap√ītre pr√©sente les choses telles qu'elles sont aux yeux de Dieu.

      Le corps est mort d√©j√†, parce qu'il porte en lui la sentence et le germe de sa destruction, il est "adjug√© et vou√© √† la mort", comme dit Bengel. Mais, ajoute l'ap√ītre, afin de confirmer ce qu'il dit au verset 6, l'esprit est vie, et un jour Dieu, qui vous communique d√®s ici-bas cette vie imp√©rissable, vivifiera aussi votre corps, afin d'arracher au p√©ch√© ce dernier troph√©e de sa victoire (verset 11, comparez Jean 6.54,57).

      La seconde affirmation¬†: l'esprit est vie, n'est pas moins absolue que la premi√®re, et il ne faut pas l'affaiblir en traduisant¬†: "l'esprit est vivant," ce qui pourrait s'entendre de son existence naturelle actuelle, tandis que l'ap√ītre veut dire que nous poss√©dons la vie divine √† cause de la justice de Christ.

      Le croyant a été revêtu de cette justice qui permet à l'Esprit divin de s'unir à notre esprit pour lui communiquer la vie éternelle.

      D'autres pensent que la justice désigne ici la sainteté communiquée au croyant ; cette interprétation renverse l'ordre des faits, la sainteté n'est pas la cause, elle est le fruit de la vie de l'Esprit.

      On a proposé aussi d'entendre les mots : le corps est mort, dans un sens moral, de la mort au péché, comme dans Romains 6.2,11 ; mais le verset suivant, qui parle de résurrection, dans le sens propre du mot, ne permet pas cette interprétation.

      11 L'ap√ītre pr√©sente la doctrine de la r√©surrection dans un rapport intime et vivant avec le renouvellement spirituel qui s'op√®re d√®s ici-bas dans le croyant. J√©sus lui-m√™me a √©t√© "d√©clar√© Fils de Dieu avec puissance selon l'Esprit de saintet√© par sa r√©surrection d'entre les morts." (Romains 1.4, comparez 1Pierre 3.18¬†; 1Timoth√©e 3.16).

      Cet Esprit de saintet√© et de vie, qui √©tait en lui, a vaincu la mort, salaire du p√©ch√©. Il n'√©tait pas possible que le Saint f√Ľt retenu par elle. (Actes 2.24)

      Or ceux qui lui sont unis par une foi vivante, sont faits participants du même Esprit, de l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts, et ils possèdent ainsi le gage assuré d'une résurrection semblable, bien plus, ils ont déjà la vie qui triomphera même de la mort du corps, quand le Créateur tout-puissant donnera à cette vie son plein développement, quand il vivifiera vos corps mortels.

      Telle est la source de la résurrection d'entre les morts. (1Corinthiens 6.13,14 ; 2Corinthiens 4.14 ; comparez Jean 5.21-29 ; 6.54)

      - Jésus-Christ est la leçon de Sin., A, C, D. - B porte Christ.

      - Les derniers mots du verset sont, d'après B, D, majuscules, versions : à cause de son Esprit ; Sin., A, C, portent : par le moyen de son Esprit...

      La première leçon se recommande par le fait qu'elle sauvegarde la conformité avec les expressions du verset précédent, qui est intentionnelle : à cause du péché, la mort ; à cause de la justice, la vie, à cause de l'Esprit en nous, la résurrection.

      12 12 à 17 Affranchis de la chair, mortifiant le corps, les chrétiens sont fils et héritiers de Dieu.

      Les versets versets 12,13 paraissent au premier abord interrompre la description des gr√Ęces que l'Esprit de Dieu et de Christ apporte a ceux en qui il habite. Cette description, commenc√©e √† versets 10,11, sera reprise au verset 14.

      Avant de parler du supr√™me privil√®ge du chr√©tien, celui d'√™tre fils et h√©ritier de Dieu, l'ap√ītre rappelle que la vie de l'Esprit se d√©veloppe seulement chez celui qui, par une ob√©issance constante √† la direction de cet Esprit, se soustrait √† l'action de la chair.

      Il présente cet affranchissement sous forme d'exhortation indirecte : puisque nous avons été affranchis par l'Esprit de la domination de la chair, (verset 3 et suiv) et puisque le corps même est destitué à être arraché à la puissance du péché et de la mort, nous avons une obligation qui est non de vivre encore selon la chair, mais de faire mourir par l'Esprit les actions du corps. (verset 13)

      L'espérance de la résurrection du corps devient ainsi pour le chrétien un motif puissant de se préserver de toute souillure, de la chair aussi bien que de l'esprit. (2Corinthiens 7.1 ; Colossiens 3.4,5)

      13 Vous devez mourir.

      Le verbe grec exprime la perspective déjà actuelle de cette conséquence d'une vie selon la chair : vous êtes voués à la mort.

      - On s'attendait à trouver ici la reprise de la proposition commencée au verset 12 "Nous sommes redevables, non à la chair...mais à l'Esprit."

      Comme s'il avait √©nonc√© cette derni√®re pens√©e, qui allait sans dire, l'ap√ītre continue¬†: Mais si, par l'Esprit, vous faites mourir les actions (ou¬†: les pratiques) du corps, vous vivrez.

      D'après la leçon la plus autorisée, il substitue le corps à "la chair," dont il était question dans versets 12,13, peut-être parce que, en disant : vous vivrez, il pense déjà à la résurrection qui transformera notre corps matériel en un corps spirituel. (verset 11)

      C'est en vue de ce but glorieux qu'il exhorte les chrétiens à sanctifier leur corps. Au reste, le corps actuel a sa vie propre, inspirée par les convoitises de la chair, qui tendent sans cesse à se transformer en actions, et peuvent par conséquent être appelées "les actions du corps."

      Les chr√©tiens ont le devoir de les faire mourir par l'Esprit, c'est-√†dire en ob√©issant constamment √† l'Esprit de Dieu, en le laissant d√©ployer sa puissance dans leur faiblesse. J√©sus parle de m√™me "d'arracher l'Ňďil," de "couper la main" qui nous font tomber dans le p√©ch√© (Matthieu 5.29,30 comparez Colossiens 3.5¬†; 1Corinthiens 9.27).

      14 L'ap√ītre prouve et explique (car) l'affirmation qui pr√©c√®de¬†: vous vivrez.

      Vous vivrez un jour de la vie véritable et éternelle, vous eu avez la Garantie dans le fait que, conduits par l'Esprit de Dieu, vous êtes fils de Dieu.

      A cette op√©ration puissante de l'Esprit de Dieu en lui, (verset 13) l'homme reconna√ģt qu'il est fils de Dieu, n√© de Dieu, qu'il peut appeler Dieu son P√®re. L'Esprit de Dieu n'agirait pas en lui s'il n'√©tait fils de Dieu.

      On a pr√™t√© aussi √† l'ap√ītre la pens√©e suivante¬†: "Ceux qui sont conduits par l'Esprit de Dieu sont par cette action m√™me, √©lev√©s √† la dignit√© de fils de Dieu." Mais Paul √©crivait aux Galates¬†: (Galates 4.6) "Parce que vous √™tes fils de Dieu, Dieu a envoy√© dans nos cŇďurs l'Esprit de son Fils"

      - L'Esprit donne à son tour à ceux qu'il conduit le sentiment intime, l'inébranlable conviction qu'ils sont fils de Dieu.

      "C'est la couronne du vainqueur, c'est une gr√Ęce plus √©clatante que celle de faire mourir par l'Esprit les actions du corps. Aussi l'ap√ītre ne dit-il plus seulement¬†: "ceux qui vivent dans l'Esprit," mais ceux qui sont conduits par l'Esprit, montrant que l'Esprit doit √™tre ma√ģtre de notre vie comme le pilote est ma√ģtre du vaisseau qu'il gouverne." Chrysostome.

      15 Cette grande affirmation que le chr√©tien est fils de Dieu, l'ap√ītre la prouve d'abord par la nature de l'Esprit m√™me que le chr√©tien a re√ßu¬†: c'est un esprit filial¬†; (verset 15) puis par le t√©moignage intime que le Saint Esprit rend √† la conscience du croyant. (verset 16)

      - Nous n'avons point re√ßu l'esprit de servitude, l'esprit de l'esclave qui tremble devant son ma√ģtre, pour retomber dans la crainte (grec encore pour crainte).

      La crainte √©tait le sentiment dominant dans les rapports des pa√Įens avec leurs dieux, (Actes 17.22) et, √† certains √©gards, dans ceux des Isra√©lites avec le Dieu saint qui s'√©tait r√©v√©l√© √† eux au milieu des foudres du Sina√Į (Exode 20.18, suivants¬†; Esa√Įe 6.5¬†; Psaumes 39.13).

      Cet esprit de servitude et de crainte ne vient pas de Dieu ; l'homme pécheur en est pénétré dès qu'il sent son péché et constate le désordre que ce péché introduit dans ses rapports avec Dieu. (Genèse 3.8,10)

      A la place de cet esprit de servitude, le croyant a reçu l'Esprit d'adoption.

      L'Esprit d'adoption n'est pas simplement un sentiment filial, c'est l'Esprit de Dieu lui m√™me qui nous est donn√© parce que Dieu nous adopte et fait ainsi de nous ses enfants. (Galates 4.6¬†; Eph√©siens 1.5-8) Cet Esprit met ceux qui le re√ßoivent dans un rapport filial avec Dieu, tout semblable √† celui que J√©sus, leur fr√®re a√ģn√©, entretient avec son P√®re¬†; (Jean 17.21-23) il leur communique les privil√®ges du Fils.

      Par cet Esprit, nous crions¬†: Abba¬†! P√®re¬†! Il nous inspire l'absolue et inalt√©rable confiance qui nous est n√©cessaire pour donner √† Dieu, en tout temps, ce nom de P√®re, sous lequel J√©sus l'invoquait dans sa plus grande d√©tresse. (Marc 14.36) Apr√®s avoir achev√© l'Ňďuvre de notre r√©demption J√©sus disait √† ses disciples¬†: "Je monte vers mon P√®re et votre P√®re, vers mon Dieu et votre Dieu." (Jean 20.17)

      - L'ap√ītre, bien qu'√©crivant en grec, conserve le mot aram√©en¬†: Abba, parce que ce mot, de sa langue maternelle, √©voquait pour lui les plus doux souvenirs. Ces deux syllabes √©taient les premi√®res que le petit enfant balbutiait en s'adressant √† son p√®re¬†; le mot n'a pas d'autre √©tymologie. Il est possible aussi que ce terme aram√©en ait √©t√© employ√© dans les pri√®res de l'Eglise primitive, m√™me chez les Grecs.

      Plusieurs termes araméens se sont ainsi introduits dans le langage religieux des Eglises grecques : Amen, Hosanna, Alléluia. Pour les néophytes grecs, on ajoutait au nom araméen : Abba, le terme grec : Père.

      16 Grec : L'Esprit lui-même témoigne avec notre esprit,...c'est à dire que le témoignage qu'il rend à notre esprit concorde avec le sentiment filial que notre esprit éprouve (verset 15) et confirme ce sentiment.

      Les termes employ√©s par l'ap√ītre nous montrent que, m√™me quand nous avons re√ßu l'Esprit de Dieu, notre esprit en reste distinct.

      Dieu habite en l'homme par son Esprit, le dirige, le sanctifie¬†; mais la personnalit√© de l'homme ne se fond pas et ne dispara√ģt pas en Dieu¬†; l'Esprit saint, don de Dieu √† l'homme, reste distinct de l'esprit de l'homme. Rien n'est plus oppos√© au christianisme que les erreurs du panth√©isme, qui nie la r√©alit√© et la permanence de la personnalit√© en l'homme et en Dieu.

      - Le terme d'enfants, substitué à celui de "fils," qui exprimait, à verset 14, la dignité de "ceux qui sont conduits par l'Esprit," a quelque chose de plus intime et fait sentir toute la force du lien de vie qui nous unit à Dieu.

      17 Dans le sentiment de son adoption, le chrétien trouve le gage de sa gloire future.

      Enfant du Père céleste, il sera nécessairement son héritier.

      Dieu, sans doute, ne meurt pas et ne laisse pas ses biens à des descendants. Etre héritier de Dieu, c'est, pour l'homme, avoir part à sa vie, à sa gloire, à son règne ; c'est être réintégré dans la position de roi de la création qui lui avait été assignée d'abord, et dont il a été privé en devenant pécheur et charnel. (Genèse 3.17-19)

      Mais à tous les degrés de sa rédemption et de sa glorification, l'homme n'est rien sans Christ ; c'est par Christ seulement qu'il a droit à cet héritage du Père, dont Christ a déjà pris possession ; (Matthieu 28.18 ; Romains 1.4 ; Philippiens 2.9-11 ; Ephésiens 4.10) en d'autres termes, il n'est héritier de Dieu que parce qu'il est cohéritier de Christ, qui veut bien partager avec lui tous ses privilèges. (Luc 22.28,29)

      Le chrétien voit dans ce titre magnifique quelle est la grandeur de son héritage : il est fait égal à Christ. (verset 29)

      De plus, dans la succession d'un p√®re terrestre, chacun des enfants ne re√ßoit qu'une partie, l'h√©ritage c√©leste, au contraire, semblable √† la lumi√®re du soleil que chacun re√ßoit pleinement sans en rien √īter aux autres, est destin√© √† tous dans son indivisible totalit√©.

      Ce qui en fait l'essence, c'est l'amour éternel ; et l'on peut dire de cet amour, avec infiniment plus de raison, ce qu'on a dit de l'amour maternel : "Chacun en a sa part et tous l'ont tout entier."

      - Mais pour avoir part, avec Christ, à ce glorieux héritage, il y a une condition à remplir : marcher dans la voie des renoncements et des saintes douleurs, qu'il a suivie lui-même.

      Si nous souffrons avec lui...Sans cela "la chair et le sang ne peuvent h√©riter le royaume de Dieu." L'ap√ītre sait combien la chair r√©pugne √† cette condition de la souffrance, mais il sait aussi que, si notre vieil homme persiste dans son refus de suivre Christ en portant sa croix, il n'y a pour nous aucune perspective de participer √† son h√©ritage. C'est pourquoi il rappelle cette indispensable condition.

      Mais si la souffrance est un moyen de sanctification dont nul ne peut se passer, Dieu prend soin de la dispenser à ses enfants selon qu'ils en ont besoin, et il leur donne avec l'épreuve la force de la surmonter. (1Corinthiens 10.13)

      Si la souffrance est ins√©parable de la vocation du chr√©tien ici-bas, celui qui en est exempt a lieu de se demander s'il suit J√©sus-Christ dans la voie o√Ļ il a march√© et de craindre qu'il ne puisse parvenir √† sa gloire, qui ne s'obtient que par une sainte conformit√© √† sa vie dans la souffrance, au contraire, le fid√®le voit se resserrer les liens qui l'unissent √† Christ, et grandir l'assurance qu'il a du salut. (2Timoth√©e 2.8-13¬†; 1Pierre 4.13)

      L'idée que nous avons à souffrir avec Christ sert de transition aux développements qui vont suivre.

      18 L'ap√ītre montre (en effet) que les souffrances que le chr√©tien doit endurer avec Christ, pour √™tre glorifi√© avec lui, (verset 17) ne sauraient √©branler son assurance d'avoir part √† cette gloire

      J'estime, dit-il, en énoncent, pour ainsi dire, le résultat d'une évaluation qu'il a faite, que les souffrances du temps présent, c'est à dire les épreuves inséparables de la vie d'ici-bas, ne comptent guère auprès de (grec ne sont pas équivalentes, ou dignes de) la gloire (grec) devant être révélée pour nous ou en nous.

      La préposition grecque exprime le mouvement vers et l'entrée dans ; cette "révélation de la gloire" ne comprendra pas seulement notre transformation, mais celle de la nature, (verset 21) elle sera donc plus générale que ne le donne à entendre la traduction : révélée "en nous".

      - Dans 2Corinthiens 4.17,18, Paul a établi la même comparaison entre "la légèreté de l'affliction du présent" et "le poids éternel de gloire" et il motivait cette estimation par le fait que l'affliction appartient aux "choses visibles qui ne sont que pour un temps" la gloire aux "choses invisibles qui sont éternelles".

      - En d√©crivant la gloire comme un bien √† venir, l'ap√ītre indique pourtant qu'elle est d√©j√† pr√©sente, car il ne dit pas¬†: aupr√®s de la gloire qui doit √™tre, mais aupr√®s de celle qui doit √™tre r√©v√©l√©e, elle existe donc d√©j√†, mais cach√©e. Il dit de m√™me ailleurs (Colossiens 3.3) en termes plus clairs¬†: "Notre vie est cach√©e avec Christ en Dieu." Attends-la donc avec confiance. Elle est d√©j√† toute pr√™te, elle attend tes souffrances.

      "Ne t'afflige pas de ce qu'elle tarde encore, mais réjouis-toi à la pensée qu'elle est si grande, si ineffable qu'elle dépasse infiniment l'économie présente et que c'est pour cela qu'elle t'est réservée là-haut." Chrysostome.

      19 Grec : Car l'attente ardente (littér. l'attente à tête levée) de la création aspire à (ou : saisit de loin) la révélation des fils de Dieu.

      Paul prouve (car) par le soupir universel de la création, que nous aurons certainement part à la gloire à venir, en dépit des souffrances que nous avons à endurer dans le temps présent.

      Cette preuve comme la conclusion de verset 1 (voir la note), relève de "la logique de la foi" Si le salut est accompli virtuellement par la mort et la résurrection de Jésus-Christ, s'il se réalise spirituellement dans les croyants par leur justification et leur sanctification, il n'est point encore opéré extérieurement dans l'univers.

      Par notre corps, nous faisons partie de cette création qui souffre. C'est ce qui explique la contradiction qu'il y a dans notre situation : nous sommes sauvés et destinés à la gloire céleste, mais nous souffrons dans le temps présent et pour autant que nous appartenons à la "création soumise à la vanité." (verset 20)

      - L'ap√ītre ne prouve pas seulement la certitude de la gloire r√©serv√©e aux enfants de Dieu¬†; il montre en m√™me temps sa grandeur infinie¬†: la d√©livrance de la cr√©ation tout enti√®re y est impliqu√©e. Ce regard jet√© en passant (versets 19-22) sur les effets les plus lointains du p√©ch√© dans la nature sur les souffrances dont il est la source pour tous les √™tres et sur les temps bienheureux o√Ļ tous ces ravages seront r√©par√©s, nous ouvre une perspective glorieuse, bien propre √† raffermir notre foi √©branl√©e par la vue de l'immensit√© de la souffrance dans le monde entier.

      - La cr√©ation, ce sont tous les √™tres, la nature enti√®re oppos√©e √† l'humanit√©. Les chr√©tiens, en tout cas, ne sont pas compris dans ce terme, puisque c'est la r√©v√©lation des fils de Dieu que la cr√©ation attend, et que, √† verset 23 l'ap√ītre distingue,nettement leur soupir du soupir de la cr√©ation.

      On peut se demander si l'humanit√© naturelle est d√©sign√©e par ce terme de cr√©ation, ou du moins est impliqu√©e dans ce que l'ap√ītre appelle de ce nom. On objecte √† cette supposition que Paul ne dirait pas de l'humanit√© qu'elle "a √©t√© soumise √† la vanit√© non volontairement mais √† cause de celui qui l'y a soumise¬†;" (comparez Romains 5.12,1.18-25) et surtout il ne lui pr√™terait pas cette universelle aspiration √† la r√©demption. (comparez Romains 3.9, suivants)

      Si l'on oppose √† cette explication, qui voit dans la cr√©ation la nature enti√®re, que l'ap√ītre ne saurait pr√™ter un "soupir," un ardent d√©sir, une attente √† cette nature compos√©e en partie d'√™tres sans intelligence et sans conscience d'eux-m√™mes, en partie d'objets inanim√©s et insensibles. on oublie que ce n'est l√† qu'un symbole saisissant des souffrances qu'endurent tous les √™tres dou√©s de sensibilit√©, des convulsions qui agitent le monde mat√©riel, de la lente et constante destruction de l'univers.

      La révélation des fils de Dieu aura lieu au retour de Christ qui manifestera quels sont ses vrais disciples et les introduira dans la gloire de son règne. (Colossiens 3.4 ; Jean 3.2 ; Matthieu 13.43)

      20 L'ap√ītre fait allusion √† un ch√Ętiment qui a exerc√© ses effets sur la cr√©ation tout enti√®re. A l'origine, tout ce que Dieu avait cr√©√© √©tait "tr√®s bon," (Gen√®se 1.31) conforme aux desseins de Dieu, aux fins de l'homme, roi de la cr√©ation, et de tous les √™tres que Dieu avait appel√©s √† l'existence.

      Nulle part ne se voyaient des √©l√©ments de d√©sordre et de destruction ni ne s'entendaient les cris de la douleur. Il n'en fut plus ainsi apr√®s la chute¬†: Dieu maudit la terre souill√©e par le p√©ch√© de l'homme, (Gen√®se 3.17-19) c'est l√† ce que l'ap√ītre rappelle en disant que la cr√©ation a √©t√© soumise √† la vanit√©, c'est-√†-dire √† l'instabilit√©, √† la dissolution √† la mort.

      D√®s lors, en effet, tous les √™tres vivants ne parviennent p√©niblement √† la pl√©nitude de leur existence que pour d√©choir et p√©rir¬†; la conservation momentan√©e d'un seul co√Ľte la vie √† des milliers d'autres¬†; partout r√®gnent le travail, la lutte, la souffrance, la mort.

      L'ap√ītre voit dans tous ces maux une cons√©quence du p√©ch√© de l'homme¬†; sa chute a caus√© une perturbation profonde dans l'Ňďuvre parfaite du Cr√©ateur.

      Si la création a été soumise à la vanité, ce n'est pas volontairement mais à cause de celui qui l'y a soumise. Qui est-ce ? Les uns répondent : Adam, par sa chute, ou, d'une manière plus générale, l'homme, en se livrant au péché. D'autres : Satan, en provoquant par la tentation la chute de l'homme. D'autres encore : Dieu, par le jugement qu'il prononça sur la création. (Genèse 3.17-19)

      Cette derni√®re explication est conforme au r√©cit de la Gen√®se¬†; elle laisse intacte la puissance de Dieu, souverain ma√ģtre de la nature¬†; elle semble confirm√©e par le compl√©ment¬†: la cr√©ation a √©t√© soumise avec esp√©rance (grec sur l'esp√©rance, restant fond√©e sur elle).

      La principale objection qu'on peut lui faire, c'est l'expression √† cause de¬†: Dieu n'est pas la cause de la mal√©diction de la nature. Si l'on insiste sur cette tournure, on sera plut√īt conduit √† admettre la premi√®re explication propos√©e, qui est conforme √† la parole adress√©e √† Adam¬†: "La terre sera maudite √† cause de toi." (Gen√®se 3.17)

      21 La conjonction qui se lit en tête de ce verset, dans la majorité des manuscrits, peut se traduire par que ou par parce que.

      Avec la première traduction, notre verset indiquerait ce que la création espère, avec la seconde le motif qu'elle a d'espérer.

      Mais le texte adopté par la plupart des critiques, suivant Sin, D, etc., porte une autre conjonction : vu que ou en raison de ce que.

      - La création elle même, bien que composée d'êtres privés d'intelligence et de conscience, sera délivrée aussi, tout comme l'humanité, de la servitude de la corruption, c'est-à-dire qui vient de la corruption et consiste en un asservissement à cette corruption.

      L'accent porte sur la servitude, car l'ap√ītre lui oppose la libert√© de la gloire des enfants de Dieu, il entend par l√† l'affranchissement de la nature et son association √† la gloire des enfants de Dieu, le plein √©panouissement de toutes les puissances de vie qui sont en elle.

      Quand ces puissances se d√©ploieront compl√®tement, la nature servira de th√©√Ętre √† l'activit√© des enfants de Dieu parvenus √† la gloire, √† la splendeur de la vie bienheureuse et √©ternelle.

      "Ce n'est pas toi seulement, mais ce qui t'est inf√©rieur, ce qui est priv√© de raison et de conscience, qui aura part avec toi aux biens √† venir. La cr√©ation sera d√©livr√©e de la servitude de la corruption, cela veut dire qu'elle cessera d'√™tre corruptible, qu'elle participera √† la m√™me glorification que ton corps. Elle est devenue corruptible quand tu as √©t√© livr√© √† la corruption¬†; elle suivra de m√™me ta destin√©e quand tu seras glorifi√©.. Il en est d'elle comme de la nourrice d'un prince royal qui est associ√©e √† sa fortune, lorsqu'il monte sur le tr√īne. Vois comment l'homme marche toujours en t√™te de tous les √™tres, et comment tout arrive √† cause de lui¬†! Vois comment l'ap√ītre console celui qui est engag√© dans la lutte, en lui montrant l'amour infini de Dieu¬†! Si la cr√©ature qui a √©t√© appel√©e √† l'existence √† cause de toi a le droit d'esp√©rer, combien plus toi, puisque c'est pour toi qu'elle aura part √† cette gloire". Chrysostome.

      - Comparer, sur ce renouvellement de toutes choses, Matthieu 19.28¬†; Actes 3.21¬†; 2Pierre 3.13¬†; Apocalypse 21.1 et suivants, ainsi que les d√©clarations qui se lisent d√©j√† chez les proph√®tes¬†: Esa√Įe 11.6-9¬†; 55.12,13¬†; 65.17,25¬†; Ez√©chiel 34.25.

      22 Paul trouve une confirmation (car) de l'espérance qu'il vient d'exprimer à verset 21, dans le soupir universel de la création ; sa logique est ici, comme au verset 1 et au verset 19 "la logique de la foi".

      Ce que l'ap√ītre appelle le soupir de toute la cr√©ation, c'est, au fond, l'instinct de tout √™tre vivant, qui repousse la souffrance et la mort, son ardente aspiration √† en √™tre d√©livr√©, √† vivre toujours et pleinement.

      Cette aspiration n'est pas vaine, ce d√©sir sera un jour accompli. C'est pourquoi l'ap√ītre appelle ces souffrances de la nature les douleurs de l'enfantement. Comme la m√®re en travail d'enfantement souffre pour mettre au monde l'enfant qu'elle porte dans son sein, ainsi la nature lutte sous les √©treintes de la mort, afin de produire la cr√©ation nouvelle et glorieuse qui doit sortir d'elle au jour marqu√© pour "la r√©v√©lation des enfants de Dieu".

      Si Paul semble pr√™ter √† la cr√©ation un d√©sir conscient d'√™tre d√©livr√©e de ses souffrances et m√™me une "volont√©," (verset 20) il faut peut-√™tre voir dans son langage plus qu'une personnification po√©tique de la nature. Toute la cr√©ation est li√©e par un rapport intime et myst√©rieux √† l'humanit√©, qui en est le but et l'√Ęme, c'est en elle que la cr√©ation trouve sa conscience et l'organe par lequel elle fait entendre sa plainte.

      Cette idée parait exprimée dans le texte au moyen de verbes composés : soupirs avec, souffre les douleurs de l'enfantement avec, c'est-à-dire avec l'humanité qui endure consciemment les mêmes souffrances. Ceux qui n'admettent pas cette explication pensent que la préposition avec exprime simplement le concours de tous les êtres à ce commun soupir.

      23 La création n'est pas seule à soupirer ; nous aussi qui avons les prémices de l'Esprit, nous soupirons en nous mêmes, malgré cette possession de l'Esprit qui est le gage certain de notre glorification.

      Les pr√©mices √©taient, en Isra√ęl, les premi√®res gerbes que l'on pr√©levait sur la moisson pour les apporter en offrande √† l'Eternel. (L√©vitique 23.10)

      Il y a deux manières de comprendre l'expression : les prémices de l'Esprit.

      On peut y voir un premier don partiel de l'Esprit, qui pr√©sage et pr√©pare la communication de l'Esprit dans sa pl√©nitude. Mais l'ap√ītre ne parle pas d'une nouvelle et plus compl√®te effusion de l'Esprit.

      L'Esprit, communiqué aux chrétiens dès à présent constitue, à ses yeux, les prémices ; la moisson, qui suivra, ce sera la rédemption de notre corps. (2Corinthiens 5.2-5)

      La rédemption du corps, c'est son complet affranchissement du péché et de la mort, (1Corinthiens 15.54) sa transformation à la ressemblance du corps de Jésus-Christ Glorifié. (Philippiens 3.21)

      Cette r√©demption du corps, Paul l'appelle aussi l'adoption¬†; ce mot est pris ici dans un sens un peu diff√©rent de celui qu'il avait au verset 16 et Galates 4.5. L√†, il d√©signait l'√©tat de droit du p√©cheur que Dieu a re√ßu en gr√Ęce et reconnu pour son fils¬†; ici, il s'applique √† l'√©tat de fait de l'homme qui aura pris possession de sa condition de fils de Dieu, qui aura remport√© la victoire d√©finitive sur le mal, et qui jouira de la pl√©nitude de la vie, dont tout l'√™tre, en un mot, aura √©t√© rendu √† sa destination primitive.

      24 Les versets versets 24,25 expliquent (car) pourquoi les chrétiens sont encore dans un état d'attente : (verset 23) nous sommes sauvés, mais en espérance.

      Notre salut est accompli, il nous est acquis, mais nous ne le voyons pas encore. Il est l'objet de notre espérance.

      Or il est précisément dans la nature de l'espérance de posséder sans voir ; la vue la fait cesser : (grec) l'espérance vue n'est pas espérance, car ce que l'on voit, pourquoi l'espérerait-on encore ? (Quelques manuscrits omettent encore. B porte : qui espère ce qu'il voit ?)

      Mais d'autre part, comme notre espérance est certaine, (Romains 5.5) nous pouvons attendre son accomplissement même au sein des plus rudes épreuves, avec patience et persévérance (le mot grec a les deux sens) ; c'est sur ce complément que porte l'accent.

      26 Après le soupir de la nature (verset 22) et le soupir des enfants de Dieu, (verset 23) les soupirs inexprimables de l'Esprit.

      L'ap√ītre avait oppos√© les deux premiers soupirs¬†: "non seulement.. mais aussi...," (verset 23) il assimile (et de m√™me aussi) l'intercession de l'Esprit au soupir des croyants, parce qu'ils sont de m√™me nature.

      Grec : l'Esprit prend part à notre faiblesse avec nous, à notre place. Le verbe grec présente l'image d'un homme qui saisit un fardeau avec et à la place de celui qu'il veut aider à le porter. La suite développe cette pensée.

      - Le texte reçu porte : nos faiblesses, Sin., B, A, C, D etc., : notre faiblesse.

      On a entendu par notre faiblesse, nos d√©faillances dans l'attente pers√©v√©rante sous le poids de l'affliction¬†; (verset 26) mais il s'agit plut√īt de la faiblesse dans la pri√®re, provenant de ce que nous ne savons pas ce que nous devons demander pour prier comme il faut.

      Par ces mots, qu'il ajoute immédiatement, Paul explique (car) ce qu'il appelle notre faiblesse. Il dit littéralement : ce que nous devons prier, selon ce qu'il faut, nous ne savons pas.

      Notre ignorance est donc relative aux objets de nos requ√™tes, plut√īt qu'√† la mani√®re dont nous devons prier. Paul lui-m√™me nous en offre un exemple quand il demande √† √™tre d√©livr√© de "l'√©charde qui lui avait √©t√© donn√©e dans la chair." (2Corinthiens 12.7) J√©sus aussi a h√©sit√© sur ce qu'il devait demander √† son P√®re. (Jean 12.27)

      Mais voici le secours¬†: l'Esprit de Dieu met dans nos cŇďurs la vraie pri√®re. Quand l'ap√ītre dit¬†: l'Esprit lui-m√™me interc√®de, il ne veut pas dire qu'il adresse √† Dieu une pri√®re √† notre place, sans notre participation, mais qu'il prie en nous, pour autant qu'il habite en nous.

      L'intercession de J√©sus-Christ (verset 34) a lieu hors de nous, dans le ciel, aupr√®s de Dieu, devant qui il se pr√©sente comme notre M√©diateur. (H√©breux 7.25¬†; 9.11,12,24¬†; 10.11,12) mais l'action de l'Esprit s'exerce dans le cŇďur des fid√®les, ainsi que le montre verset 27.

      L'Esprit se répand en eux, les anime de sa vie, les soutient dans leur faiblesse, leurs craintes, leurs combats. Non seulement il dirige leurs pensées vers le Dieu de vérité et d'amour, mais quand, malgré son secours, ils s'égarent dans leur ignorance, succombent aux tentations ou sentent s'éteindre leur ardeur, il parle à Dieu du fond de leur être par des soupirs inexprimables, il crée en eux des aspirations qu'aucune parole humaine ne saurait exprimer.

      27 Celui qui sonde les cŇďurs, d√©signation du Dieu pour qui rien n'est cach√©, usit√©e d√©j√† dans l'Ancien Testament. (1Samuel 16.7¬†; 1Rois 8.39,Psaumes 7.10 etc.)

      Ce Dieu conna√ģt la pens√©e (Grec¬†: l'affection, l'aspiration, les d√©sirs les plus intimes¬†; comparez, sur le sens de ce mot verset 6, note) de l'Esprit, c'est-√†-dire de l'Esprit saint en nous, lorsqu'il forme ces soupirs inexprimables qui, pour Dieu, n'ont pas besoin d'√™tre exprim√©s.

      Dieu conna√ģt cette pens√©e de l'Esprit, parce que c'est selon Dieu, c'est-√†-dire d'une mani√®re conforme √† la volont√© de Dieu et qui lui est agr√©able, que l'Esprit interc√®de pour des saints, pour des hommes consacr√©s √† Dieu et, comme tels, pr√©cieux √† ses yeux.

      Il n'y a de vraie pri√®re que celle qu'inspire √† l'√Ęme l'Esprit de v√©rit√©, de saintet√© et d'amour. Et cette pri√®re-l√† est certaine d'√™tre exauc√©e.

      28 La mention de l'Esprit qui vient au secours de notre faiblesse (v. 26, 27) a servi de transition entre la description du soupir universel, r√©sultant des "souffrances du temps pr√©sent," (versets 18-25) et celle de la glorification finale, que l'ap√ītre aborde maintenant pour l'opposer √† la premi√®re.

      Nous souffrons, nous soupirons,...mais nous savons que toutes choses concourent au bien de (grec en bien à) ceux qui aiment Dieu.

      Toutes choses, toutes les créatures de Dieu qui ont en lui "la vie, le mouvement et l'être," tous les événements, dont aucun ne se produit sans qu'il le permette, concourent (grec travaillent ensemble) à un même but : le bien de ceux qui aiment Dieu.

      Le mal même n'est pas excepté, car, soit le mal moral, soit le mal physique, tout reste soumis à la volonté de Dieu qui par des voies mystérieuses, poursuit l'accomplissement de ses desseins de miséricorde et opère le salut, le bonheur éternel de ses enfants. (versets 29,30)

      Exemples¬†: l'histoire de Joseph, le r√īle du peuple juif et de Judas dans la mort de J√©sus.

      Les jugements de Dieu les plus s√©v√®res et les plus terribles, quoiqu'ils soient en euxm√™mes des ch√Ętiments du p√©ch√©, peuvent √™tre convertis en b√©n√©dictions pour celui qui s'humilie sous les coups de la justice divine et apprend √† aimer Dieu. Alors le ch√Ętiment devient un moyen de gr√Ęce.

      Il faut insister sur ce complément : (grec) à ceux qui aiment Dieu, dans l'original, il est placé en tête de la proposition, et par là mis en relief. Il exprime l'indispensable condition morale que l'homme doit remplir pour avoir l'assurance que toutes choses concourent à son bien.

      Tant qu'il n'est pas amen√© √† cette fin de son √™tre¬†: aimer Dieu, il ne peut s'appliquer cette consolante v√©rit√©. Toutes choses, au contraire, doivent concourir au mal de celui qui refuse obstin√©ment son cŇďur √† Dieu.

      - Mais qui sont "ceux qui aiment Dieu¬†?" Ce sont ceux (grec) qui sont des appel√©s selon le dessein de Dieu. En effet, les gr√Ęces dont ils jouissent, les bons sentiments qui remplissent leur cŇďur, leur amour pour Dieu, tout cela repose sur la gr√Ęce de Dieu qui les a appel√©s selon son dessein √©ternel.

      Le mot grec exprime l'id√©e d'un dessein arr√™t√© √† l'avance¬†; suivant les uns, avant le moment de l'appel, suivant les autres, avant le temps, √©ternellement. Cette derni√®re explication est plus conforme √† la pens√©e de l'ap√ītre. (Eph√©siens 1.3-10¬†; 3.11¬†; 1Corinthiens 2.7)

      L'appel de Dieu ne se borne pas √† une invitation ext√©rieure par l'Evangile, il est une Ňďuvre int√©rieure de la gr√Ęce, qui attire l'homme et l'am√®ne √† la foi. (Romains 1.6, note¬†; Romains 9.11¬†; Eph√©siens 1.11¬†; 2Timoth√©e 1.9, etc.).

      29 Les versets versets 29,30 indiquent la raison pour laquelle toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, (verset 28) pour laquelle, en d'autres termes, leur salut éternel est assuré : c'est que Dieu les a préconnus et prédestinés à ressembler à son Fils glorifié.

      Pour Dieu, pr√©conna√ģtre, ce n'est pas simplement pr√©voir, dans une prescience toute passive L'id√©e de prescience n'√©puise pas la notion de pr√©conna√ģtre. Ce que Dieu conna√ģt √† l'avance existe d√©j√† pour lui.

      Dans le langage de l'Ecriture, la connaissance que Dieu a d'un √™tre implique toujours une id√©e d'approbation, de faveur, d'amour¬†; c'est comme objets de son amour que Dieu conna√ģt les hommes. (Matthieu 7.23¬†; 11.27¬†; Jean 10.14,15¬†; 1Corinthiens 2.9¬†; 13.12¬†; Galates 4.9)

      Pr√©conna√ģtre implique donc l'√©lection par gr√Ęce (comparez 11¬†: 2) Aussi n'est il dit nulle part que Dieu ait pr√©connu les m√©chants, ni qu'il ait form√© un dessein de r√©probation.

      - Parmi les interpr√®tes qui n'admettent pas ce sens du mot pr√©conna√ģtre et qui s'en tiennent √† l'id√©e de la simple prescience, les uns sous entendent¬†: Dieu les a pr√©connus "comme √©tant ceux qui croiront," les autres¬†: "comme √©tant ceux qui aimeront Dieu." (verset 28)

      La premi√®re supposition serait seule conforme √† la pens√©e de l'ap√ītre, car il n'enseigne pas que nous sommes sauv√©s par l'amour, mais par la foi¬†; celle-ci, simple acceptation, n'√īte rien √† la gratuit√© du salut.

      Mais il est encore pr√©f√©rable de ne rien sous-entendre du tout, apr√®s "ceux qu'il a pr√©connus," car dans ce passage o√Ļ il veut montrer le ferme fondement sur lequel repose l'assurance de notre salut, l'ap√ītre n'envisage que les actes de Dieu, et non les sentiments de l'homme.

      - Apr√®s la pr√©connaissance, la pr√©destination. C'est le second anneau de cette cha√ģne de la gr√Ęce qui, partant des profondeurs du dessein √©ternel de Dieu, aboutit √† la glorification des rachet√©s.

      En disant que Dieu a pr√©destin√© ou pr√©d√©termin√© les √©lus, l'ap√ītre marque aussit√īt √† quel glorieux changement il les destine¬†: √† √™tre conformes √† l'image de son Fils, c'est-√†-dire √† rev√™tir la forme sainte et glorieuse que Christ a rev√™tue en entrant dans la gloire du ciel, √† reproduire l'image de Christ, comme Christ reproduit l'image de son P√®re. (1Corinthiens 15.49¬†; 2Corinthiens 3.18¬†; 4.4¬†; Colossiens 1.15¬†; Philippiens 3.21¬†; 2Timoth√©e 2.12)

      Le but de la pr√©destination des √©lus √† √™tre conformes √† l'image du Fils, c'est qu'ils glorifient le P√®re, sur la terre et dans l'√©ternit√©. (1Pierre 1.2¬†; Eph√©siens 1.4 et suivants) Ils le peuvent d'autant mieux que, par leur transformation m√™me, ils sont devenus une famille sanctifi√©e, o√Ļ J√©sus-Christ est le premier-n√© entre plusieurs fr√®res.

      Oh¬†! si ce but glorieux de l'√©lection et de la pr√©destination avait √©t√© mieux compris et plus constamment envisag√©¬†! Les chr√©tiens auraient senti qu'ils √©taient l'objet d'un amour infini, qui les appelait √† aimer comme ils √©taient aim√©s, et combien d'arides disputes eussent √©t√© remplac√©es par d'ardentes actions de gr√Ęces et de vives manifestations de charit√© fraternelle¬†!

      30 Apr√®s avoir nomm√© la pr√©destination et son but, l'ap√ītre les actes par lesquels Dieu ex√©cute, dans le temps et pour chaque √©lu √† son tour, le dessein qu'il a arr√™t√© par devers lui de toute √©ternit√©.

      C'est d'abord l'appel (ou la vocation) déjà mentionné à verset 28. Jésus l'a décrit (Jean 6.44) comme l'action que le

      P√®re exerce sur les hommes pour les attirer au Fils¬†; cette action comprend l'Ňďuvre de la loi, qui pr√©pare l'√Ęme pour Christ, (Galates 3.24) le revoit de la conscience, les aspirations souvent douloureuses que les promesses de Dieu font na√ģtre dans le cŇďur du p√©cheur, jusqu'au moment o√Ļ J√©sus-Christ luim√™me se r√©v√®le √† lui comme le Sauveur "plein de Gr√Ęce et de v√©rit√©".

      Alors s'ouvrent √† lui les sources abondantes de la justification, cette gr√Ęce que l'ap√ītre a expos√©e dans toute sa richesse (Romains 3 √† Romains 5)¬†: il les a aussi justifi√©s, il leur a appliqu√© individuellement la d√©claration de justice, qui assure le pardon de leurs p√©ch√©s √† tous les croyants. Il leur a procur√© ainsi la paix, apr√®s laquelle leur √Ęme soupirait.

      Enfin l'Ňďuvre divine s'ach√®ve par le triomphe d√©finitif de la vie jusque l√† cach√©e sous l'infirmit√© de la chair, par la glorification de tout l'homme, corps et √Ęme, admis √† habiter les nouveaux cieux et la nouvelle terre.

      Il est √† remarquer que l'ap√ītre parle m√™me de ce dernier d√©veloppement au pass√©, comme d'un fait d√©j√† accompli. C'est qu'√† ses yeux, l'Ňďuvre du salut, que Dieu, immuable dans sa fid√©lit√©, ne commence jamais pour la laisser inachev√©e, (Philippiens 1.6) est d√©j√† accomplie pour toute √Ęme qui en a √©prouv√© les premiers effets.

      Jésus, notre Sauveur, a été glorifié déjà. Dans la glorification du Chef celle de tous les membres du corps est virtuellement accomplie. (Ephésiens 2.6)

      31 31 à 39 Le salut assuré.

      Paul est parvenu au terme de l'ascension qu'il a faite avec ses lecteurs en leur exposant l'Evangile de la gr√Ęce et en leur montrant, pour finir, (versets 18-30) les motifs que le disciple de J√©sus-Christ a d'esp√©rer son salut avec une in√©branlable assurance.

      Il jette un regard en arri√®re sur la route parcourue, puis donne un rapide coup d'Ňďil aux dangers que le chr√©tien peut encore courir¬†; enfin, comme un homme qui tient une victoire certaine, il entonne un magnifique chant de triomphe.

      - Que dirons-nous donc¬†?...c'est la conclusion que l'ap√ītre tire de ce qu'il vient de dire sur "le dessein" de Dieu. (versets 28-30)

      A ce propos (grec par rapport √† ces choses¬†; la traduction¬†: "outre ces choses," ne se justifie pas), c'est-√†-dire, au sujet du dessein de Dieu tout d'abord, puis de sa pr√©connaissance, de sa pr√©destination, de l'appel, de la justification et de la glorification, par lesquels il accomplit son dessein¬†; √† propos de toutes ces gr√Ęces que l'ap√ītre vient de pr√©senter dans leur encha√ģnement admirable. Elles prouvent manifestement que Dieu est pour nous.

      Or, si nous jouissons de la protection du Dieu tout-puissant, qui sera contre nous ?

      "Voilà qui nous est comme une muraille d'airain, à savoir quand nous considérons qu'ayant Dieu propice, nous serons assurés contre tout danger. Il n'entend pas toutefois qu'il n'y aura rien qui nous sera contraire ; mais il nous promet victoire contre toute manière d'ennemis." Calvin.

      32 Ce qui nous garantit que Dieu nous protégera en toute circonstance c'est le grand fait par lequel il nous a prouvé son amour. (Romains 5.8)

      Dans l'expression¬†: Il n'a point √©pargn√© son propre Fils, il y a une allusion √† la parole que l'ange de l'Eternel adresse √† Abraham au moment o√Ļ il va sacrifier Isaac. (Gen√®se 22.12)

      Abraham avait donné à Dieu ce qu'il avait de plus cher au monde, son fils, celui sur qui reposait la promesse ; en l'immolant, il avait tout donné à Dieu : image faible mais juste de la conduite du Père céleste lui-même, qui, pour sauver les pécheurs, donne son propre Fils (expression qui fait ressortir l'insondable amour de Dieu).

      Paul tire de ce don la conclusion bien justifiée : que pourrait-il encore nous refuser ? comment ne nous donnerait-il pas aussi gratuitement toutes choses avec lui ?

      Son premier don implique tous les autres. Voilà pourquoi il est impossible que rien soit contre nous. (verset 31)

      33 Augustin et, après lui, plusieurs interprètes ont proposé de ponctuer toutes les phrases qui suivent de manière à en faire des questions : Qui accusera les élus de Dieu ? Dieu qui les justifie ? et ainsi de suite.

      La seconde question serait chaque fois destinée à montrer l'absurdité de la supposition impliquée dans la première.

      Mais Dieu ne peut être conçu comme accusateur, même par hypothèse ; et d'ailleurs devant qui intenterait-il accusation contre les élus ?

      - L'ap√ītre envisage, dans leur cause la plus intime les doutes et les craintes qui peuvent encore assaillir le croyant¬†: les p√©ch√©s qu'il a commis et dont il ne peut effacer le souvenir. N'entra√ģneront-ils pas sa condamnation au jugement dernier¬†? (Romains 2.3-6)

      Mais qui donc se porterait accusateur contre lui, puisque Dieu est celui qui justifie, qu'il a résolu avant les temps notre justification et qu'il l'a parfaitement accomplie en son Fils (Romains 1.16,17,3.21 et suivants)

      34 S'il n'y a plus d'accusateur qui ose s'élever contre le chrétien, il ne reste non plus de juge pour le condamner ; puisque le juge lui-même, (Romains 2.16,Actes 17.31 ; Jean 5.27 et suivants) Jésus-Christ, est celui qui est mort et a porté ainsi la peine qu'il aurait eu à prononcer sur les pécheurs. (Romains 3.24 ; 4.25)

      Notre condamnation serait en contradiction avec sa mort et, bien plus encore, avec sa r√©surrection, et avec le r√īle d'intercesseur qu'il remplit pour nous aupr√®s de Dieu.

      Il est mort, bien plus, il est ressuscit√©¬†: il a non seulement donn√© sa vie pour nous racheter de la condamnation, mais il est revenu √† la vie pour nous communiquer dans sa communion une vie victorieuse du p√©ch√© et sainte qui nous arrache plus s√Ľrement encore √† la condamnation et √† la mort, puisqu'elle est d√©j√† la vie √©ternelle commenc√©e ici-bas. (Romains 6.23)

      - En prenant place à la droite de Dieu, Jésus-Christ a assumé le gouvernement du monde que Dieu lui a remis. (Psaumes 110.1 ; Matthieu 28.18 ; 1Corinthiens 15.25 ; Philippiens 2.9-11) Il agit dans la vie de ceux qui croient en lui et leur communique le Saint-Esprit. (Actes 2.33)

      - Dans l'intercession du Sauveur pour nous aupr√®s de Dieu, quelques interpr√®tes voient uniquement la continuation de son Ňďuvre m√©diatrice et non la pri√®re pour les siens.

      C'est une erreur, née d'un préjugé dogmatique, et qui ne se fonde pas sur l'exégèse. En effet, le verbe grec, que nous traduisons par intercéder, signifie proprement : rencontrer quelqu'un, lui parler, lui adresser une requête, une supplication. Il n'y a pas d'autre sens dans Hébreux 7.25 ; 9.24. Le recours au divin intercesseur est particulièrement précieux au pécheur qui vient de tomber (1Jean 2.1 ; comparez Luc 22.32).

      L'intercession du Sauveur est en rapport aussi avec la communication de l'Esprit. En prenant congé de ses disciples, Jésus leur disait : "Je prierai le Père, qui vous donnera un autre consolateur, afin qu'il soit éternellement avec vous l'Esprit de vérité..." (Jean 14.16)

      Continuons donc √† chanter avec actions de gr√Ęces le beau cantique de Clottu¬†: "Oui, pour son peuple J√©sus prie."

      35 Plein de confiance en Dieu qui justifie, (verset 33) et pénétré de l'amour du Christ qui a donné sa vie et intercède pour nous, (verset 34) Paul se demande, en troisième lieu, s'il reste quelque autre ennemi qui pourrait nous séparer de l'amour rédempteur dont Christ nous a aimés (B, A, portent l'amour de Dieu).

      Il pense à toutes les épreuves qui atteignent le fidèle ici-bas, et spécialement aux persécutions sanglantes que les premiers chrétiens avaient à endurer de la part d'un monde hostile.

      C'est d'abord l'affliction (ou tribulation), et l'angoisse (grec l'√©tat o√Ļ le cŇďur est √† l'√©troit) qui en r√©sulte¬†; les deux termes sont associ√©s aussi dans Romains 2.9.

      Il y ajoute, comme dans 2Corinthiens 12.10, la persécution exercée par les autorités. Puis il mentionne la faim, la nudité, le péril, termes dont 2Corinthiens 6.4 ; 10 ; 11.23-27 nous présentent le saisissant commentaire.

      Le glaive évoque l'image d'une exécution capitale. En écrivant ce mot dans sa lettre aux Romains, Paul mentionnait d'avance, comme le remarque Bengel, l'instrument du supplice qu'il devait subir dans leur ville.

      36 Paul trouve la condition des disciples du Christ d√©peinte dans une parole du Psaumes 44.23, o√Ļ le psalmiste se plaint √† Dieu des souffrances que les Juifs fid√®les enduraient en un temps de cruelles pers√©cutions¬†: A cause de toi, nous sommes livr√©s √† la mort tout le jour, √† toute heure du jour, nous avons √©t√© (grec) estim√©s comme des brebis destin√©es √† la boucherie¬†; la sentence a √©t√© port√©e, elle n'attend que son ex√©cution.

      Ce psaume se rapporte aux circonstances particuli√®res du temps o√Ļ il fut √©crit¬†; mais l'ap√ītre, comme en g√©n√©ral les √©crivains sacr√©e, voient dans les √©v√©nements du r√®gne de Dieu, √† une √©poque donn√©e, une proph√©tie de ceux qui devaient s'accomplir dans des temps futurs, parce que les m√™mes causes produisent les m√™mes effets.

      Si, déjà au temps du psalmiste, le peuple qui avait reçu la loi de Dieu était exposé à la haine et à la persécution, combien plus le seront aujourd'hui les disciples de Celui qui est par excellence la Lumière du monde, resplendissant dans les ténèbres, et qui ne fut pas même accueilli par "les siens." (Jean 1.9-11) La haine du monde est toujours en proportion de la clarté et de la force avec lesquelles se manifeste la vérité de Dieu.

      37 Parler ainsi, en s'appuyant sur sa propre force, serait, de la part de l'homme, le comble de l'orgueil et de la folie¬†; aussi l'ap√ītre a-t-il soin d'ajouter¬†: par celui qui nous a aim√©s.

      Il pense à Christ et non à Dieu, car l'aoriste (passé défini) : nous a aimés, fait allusion à un acte par lequel cet amour s'est manifesté : le sacrifice de Christ sur la croix. (comparez Galates 2.20)

      Christ, qui nous a témoigné un tel amour, fera tout ce qu'il faudra pour nous rendre plus que vainqueurs.

      Par cette expression, l'ap√ītre veut indiquer soit que notre victoire est une victoire triomphante et joyeuse, soit que l'√©preuve se change pour nous en b√©n√©diction. (Romains 5.3-5)

      38 La question est toujours : "Qui pourra nous séparer de l'amour de Christ." (verset 35) C'est le seul malheur à redouter.

      Paul a répondu pour les souffrances que les hommes infligent. (versets 36,37)

      Mais le chrétien n'a-t-il point d'autre adversaire ou d'autre péril à redouter !

      L'ap√ītre exprime sa ferme conviction (verbe au parfait¬†: j'ai √©t√© et je suis persuad√©) qu'il n'est aucune puissance sur la terre et dans le ciel, dans le pr√©sent et dans l'avenir, qui puisse nous s√©parer de l'amour que Dieu nous a montr√© en J√©sus Christ. (verset 39)

      La mort, qui guettait sans cesse les premiers chrétiens, (verset 36) ce roi des épouvantements, qui, dans tous les temps, soumet notre foi à la suprême épreuve, Christ l'a vaincue. Il traversera avec nous le sombre passage.

      La vie, avec ses mille occasions de dissipation et de tentation et tous ses douloureux et insondables myst√®res, pourrait-elle nous s√©parer pour toujours de Celui que nous avons reconnu comme notre Sauveur¬†? Non certes¬†! Christ "a la puissance de garder notre d√©p√īt jusqu'au grand jour." (2Timoth√©e 1.12)

      Il √©claire pour nous, autant qu'ils peuvent l'√™tre de ce c√īt√© du voile, les myst√®res qui troublent notre foi. A cette premi√®re antith√®se des deux termes les plus g√©n√©raux¬†: mort, vie, l'ap√ītre ajoute l'√©num√©ration de tout ce qui pourrait menacer le croyant.

      39

      Ces puissances adverses semblent groupées par paires :

      1¬į anges et dominations. Il s'agit d'√™tres appartenant au monde invisible.

      Les anges sont probablement de mauvais anges, des "anges de Satan," (2Corinthiens 12.7) car il est invraisemblable qu'un bon ange p√Ľt faire l'Ňďuvre de mort de nous s√©parer de Christ, dans Galates 1.8, Paul exprime une simple supposition.

      Les dominations sont des puissances opposées au règne de Dieu (comparez 1Corinthiens 15.24 ; Ephésiens 6.12 ; Colossiens 2.15)

      2¬į Choses pr√©sentes et choses √† venir. Les obstacles envisag√©s dans cette antith√®se sont rang√©s sous la cat√©gorie du temps. L'antith√®se suivante est d√©termin√©e par la cat√©gorie de l'espace.

      3¬į Hauteur et profondeur. Il ne faut pas chercher √† pr√©ciser ce que l'ap√ītre a voulu d√©signer par ces deux derniers termes¬†; il les prend √† dessein dans leur sens le plus g√©n√©ral, pour qu'ils embrassent tous les obstacles imaginables que le croyant pourrait rencontrer. C'est donc √† tort qu'on y a vu l'opposition du ciel et de l'enfer, (Eph√©siens 4.8,9¬†; Psaumes 139.8) ou celle de tout ce qui nous √©l√®ve spirituellement¬†: visions, etc., (2Corinthiens 12.1) et de tout ce qui exerce sur nous une action d√©primante, nous fait passer par les profonds ab√ģmes de la tristesse, du doute et du d√©sespoir¬†; (Marc 14.34 et suivants) ces applications sp√©ciales ne sont pas indiqu√©es dans le contexte.

      - A la suite de la seconde paire se lit le terme isolé de puissances. Bien qu'il se trouve dans tous les Majusc., beaucoup de critiques estiment qu'il provient d'une très ancienne faute de copiste. S'il est authentique, il désigne d'une manière générale toutes les puissances quelconques que l'on pourrait supposer encore.

      De même, le dernier terme de l'énumération, également isolé : ni aucune autre créature, est destiné à mentionner n'importe quel être créé qui aurait été omis dans la nomenclature précédente.

      On a propos√© aussi de traduire¬†: "quelque autre cr√©ation." L'ap√ītre √©mettrait la supposition d'une nouvelle cr√©ation qui se serait substitu√©e √† la cr√©ation actuelle, et il se demanderait si, dans ce monde nouveau, nous pourrions oublier l'amour de Dieu en J√©sus-Christ √† cette question il r√©pondrait hardiment que rien ne pourra jamais ni nulle part en effacer le souvenir.

      - Rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu qui est en Jésus-Christ, notre Seigneur. Christ nous en est le garant ; c'est en lui que nous le possédons. Dieu ne peut pas plus cesser de nous aimer que cesser d'aimer son Fils unique. Gloire et louange à Dieu de ce qu'un pauvre pécheur peut célébrer en un tel langage l'assurance de son salut !

      Paul termine ici l'exposé, commencé à Romains 1.16, de la doctrine du salut gratuit offert à tout croyant.

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