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Actes 5

    • 2 Luc poursuit sa narration par ce mot mais, qui place ce qui va suivre en un contraste frappant avec le tableau pr√©c√©dent de l'√©tat de l'Eglise, et en particulier avec l'exemple de Barnabas. (Actes 4.37)

      Ananias veut se donner les apparences du complet détachement, qui régnait dans l'Eglise sous l'influence puissante du premier amour.

      Il vend un champ et donne une partie du prix en prétendant que c'était le tout. Mensonge, hypocrisie, tel est son péché, rendu plus coupable encore par un accord fait avec Saphira, sa femme.

      "Ils veulent servir deux ma√ģtres en paraissant n'en servir qu'un seul." Meyer.

      3 Pierre attribue le p√©ch√© d'Ananias √† Satan qui a rempli son cŇďur¬†; expression √©nergique, signifiant que "le p√®re du mensonge" (Jean 8.44) s'√©tait empar√© de lui. (Comparer Jean 13.2,27¬†; Luc 22.3 notes.)

      Mais la question pourquoi¬†? qui s'adresse √† Ananias, prouve que celui-ci aurait pu et d√Ľ lui r√©sister, comme l'observe Meyer. (Comparer verset 4,ou ce p√©ch√© est attribu√© √† Ananias lui-m√™me.)

      - Mentir √† l'Esprit saint qui remplissait les ap√ītres et l'Eglise, et dont Ananias lui-m√™me avait √©prouv√© les influences dans son cŇďur, √©tait plus coupable que de tromper dans des conditions ordinaires. (verset 4)

      Cela veut-il dire qu'Ananias e√Ľt commis ce que J√©sus appelle le p√©ch√© contre le Saint-Esprit¬†? (Matthieu 12.32, note.) Question qu'il n'appartient pas √† l'homme de r√©soudre.

      - Comment Pierre a-t-il su qu'Ananias avait gard√© une partie du prix de son champ¬†? On a pr√©tendu qu'il pouvait en avoir √©t√© inform√©¬†; mais par qui¬†? Se serait-il trouv√© dans l'Eglise un d√©nonciateur¬†? Non, l'ap√ītre le sut par une r√©v√©lation de l'Esprit dont il √©tait rempli, (Actes 4.8) comme il sut, bient√īt apr√®s, que Saphira allait subir le m√™me ch√Ętiment que son mari. (verset 9)

      4 Grec : Demeurant, tel quel, invendu, ne te demeurait-il pas ?

      Ananias √©tait ma√ģtre de garder son champ, et l'ayant vendu, il avait pleine libert√© d'en conserver le prix entier. Cette parole prouve clairement que la communaut√© des biens dans l'Eglise de J√©rusalem n'√©tait impos√©e √† personne (Comp Actes 2.45, note.)

      Grec¬†: Que s'est il pass√© pour que tu aies mis dans ton cŇďur cette affaire l√†¬†?

      A Dieu, à qui Ananias professait avoir fait le sacrifice de son bien et à qui il le refuse ; à Dieu, dont l'Esprit de sainteté agissait dans l'Eglise. (verset 3 ; comparez 1Thessaloniciens 4.8)

      5 Grec¬†: tombant rendit l'√Ęme. (Voir, sur ce terrible jugement verset 11, note.)

      Certains exégètes ont prétendu que la mort d'Ananias a été accidentelle : elle aurait été causée par le violent ébranlement qu'il éprouva dans sa conscience et dans tout son être.

      Mais la certitude avec laquelle Pierre annonce √† Saphira qu'elle va partager le sort de son mari (verset 9) nous oblige √† voir dans la fin subite des deux √©poux un ch√Ętiment direct de Dieu. (verset 11, note.)

      6 On a pensé que ces jeunes gens étaient des serviteurs attitrés de l'Eglise à qui incombait le devoir d'y maintenir le bon ordre et de rendre divers services matériels.

      Le texte ne le dit pas, et il est douteux qu'un tel office exist√Ęt alors. C'√©taient donc probablement les plus jeunes hommes de l'assembl√©e, qui s'empress√®rent, spontan√©ment ou √† la demande des ap√ītres, de remplir ce devoir fun√®bre.

      - Le verbe que nous traduisons par l'enveloppèrent ou le couvrirent signifie aussi arranger, mettre en ordre, mais le premier sens convient mieux dans notre passage et est admis par la plupart des interprètes.

      L'enterrement, chez les Juifs, avait lieu en général le jour même de la mort. (Jean 11.17, note.)

      7 Entra dans l'assemblée. Sans doute Saphira, ne voyant pas revenir son mari, le cherchait.

      Les trois heures indiquées furent employées par les jeunes gens au convoi d'Ananias (verset 9) attendu que le lieu des sépultures était hors de la ville.

      8 Grec : Pierre lui répondit : sur quoi Bengel observe : "Il répondit à la femme, dont l'entrée dans l'assemblée des saints équivalait à un discours."

      - En disant : à ce prix (grec tant), Pierre nomma peut être la somme, ou bien, comme le pense Meyer, il montra simplement du doigt l'argent qu'Ananias avait déposé là. (verset 2) Ce geste serait tragique.

      - Dans sa réponse Saphira ment résolument.

      9 L'accord des deux √©poux rendait leur action plus coupable, et ils ont tent√© l'Esprit, qui r√©sidait dans les ap√ītres, en s'imaginant qu'ils ignoreraient leur p√©ch√© ou le laisseraient impuni. C'est par ce m√™me Esprit que Pierre sut que le ch√Ętiment dont √©tait mort son mari allait atteindre Saphira. (verset 3, note.)

      - Pendant que Pierre prononçait ces paroles, les pas des jeunes gens se faisaient entendre au dehors, de la cette expression si actuelle : leurs pieds sont à la porte.

      11 Cette crainte était bien naturelle (verset 5) elle fut cause que, pour un temps du moins, aucun de ceux qui n'étaient pas sincèrement croyants n'osait se joindre à l'Eglise. (verset 13)

      La plupart des interprètes considèrent le terrible jugement qui atteignit Ananias et sa femme comme un acte de discipline sévère exercé dans l'Eglise de Jérusalem.

      Mais cet acte n'est il pas beaucoup plus dans l'esprit de l'Ancien Testament (Lévitique 10.1-5 ; Josué 7.1) que dans l'esprit du Nouveau ? (Matthieu 18.15-17 ; Jacques 5.19,20)

      Plus d'un lecteur n'est il pas tenté de demander avec de Wette : "Est-ce que le christianisme a besoin de tels moyens ? Deux vies d'hommes enlevées au sein même de leur péché sans aucun délai pour la repentance !"

      Le pieux et savant Bengel lui-même se demande si ce jugement n'est pas en opposition directe avec Luc 9.52-56.

      A quoi il répond :

      1¬į Jacques et Jean demandaient que le feu du ciel tomb√Ęt sur les Samaritains, en ob√©issant √† leur propre inspiration et dans un sentiment d'irritation charnelle, tandis que c'est l'Esprit de Dieu qui anime Pierre¬†;

      2¬į les Samaritains ignoraient qui √©tait J√©sus, tandis qu'Ananias et Saphira connaissaient sa gloire et avaient eu en lui tous les moyens du salut¬†;

      3¬į les deux √©poux avaient donc p√©ch√© gri√®vement, librement, d'un commun accord, et ainsi combl√© d'un coup la mesure de leur crime,

      4¬į au commencement de l'√©conomie nouvelle, ce ch√Ętiment fut un exemple salutaire pour plusieurs, qui r√©pandit la crainte de Dieu¬†;

      5¬į la gravit√© de la peine qui les atteignit dans leur corps a pu avoir pour effet d'√©pargner leur √Ęme.

      Ces explications sont fort respectables ; ce sont les seules qu'on puisse donner si l'on veut expliquer.

      En tout cas il faut rejeter l'opinion de quelques P√®res, de nouveau soutenue par Meyer, que ce fut l'ap√ītre Pierre lui m√™me qui non seulement annon√ßa ce jugement, mais qui l'ex√©cuta le sachant et le voulant, sans doute par la puissance de Dieu.

      Le fait compris comme une Ňďuvre de l'homme sanctionnerait en quelque sorte √† l'avance tant d'actes odieux des pr√©tendus successeurs de Pierre.

      Non, il faut voir dans ce jugement une intervention immédiate de Dieu ; une action miraculeuse de sa justice, que nul, dès lors, ne peut ni expliquer, ni imiter, ni critiquer mais que tous doivent contempler avec crainte et tremblement.

      12 12 √† 42 Activit√© croissante des ap√ītres¬†; leur emprisonnement et leur comparution devant le sanh√©drin.

      Ces miracles (grec signes) et ces prodiges étaient les guérisons nombreuses que Luc va énumérer. (versets 15,16)

      Les dons miraculeux, qui contribuaient si puissamment à l'extension de l'Eglise, avaient été solennellement demandés par elle. (4 : 30.)

      - Une troisième fois, (Actes 2.43-47 ; 4.32-37) Luc interrompt ses récits pour retracer l'état florissant de l'Eglise, ses dons miraculeux et son union, (verset 12) la faveur dont elle jouissait auprès du peuple, (verset 13) son accroissement, (verset 14) les guérisons qui s'y opéraient. (versets 15,16)

      Voir, sur ce portique Actes 3.11¬†; Jean 10.23, note. Ce fut l√† para√ģt-il, le lieu de r√©union des chr√©tiens aussi longtemps du moins qu'ils poss√©d√®rent la faveur publique. (verset 13)

      13 Les autres, c'étaient les habitants de Jérusalem qui n'étaient pas croyants.

      Ils n'osaient pas se joindre aux chrétiens, à cause de la crainte qu'inspiraient leur vie et leur discipline, surtout depuis la mort d'Ananias et de Saphira.

      Mais le peuple les louait grandement (grec les magnifiait)

      Le peuple, cette expression n'est pas équivalente à la précédente : les autres car on ne comprendrait pas comment les mêmes personnes étaient à la fois tenues éloignées des chrétiens par la crainte et disposées à leur donner de grandes louanges.

      Les autres est un terme général, appliqué à toute la catégorie de ceux qui n'avaient pas cru ; le peuple désigne spécialement les classes moyennes et inférieures qui étaient encore favorables aux disciples, tandis que les autorités les persécutaient. (Actes 4.1,17,21 ; 5.26)

      On peut aussi, avec M. Blass, presser le sens du verbe se joindre, littéralement se coller à (c'est le même mot en grec et en français) : les autres n'osaient s'attacher à eux de manière à les importuner, les déranger ; (Luc 15.15) ces autres seraient alors les gens qui se trouvaient dans le temple en même temps que les disciples, et le peuple les Israélites ou les Jérusalémites en général.

      Ces explications suffisent pour √©carter la contradiction qu'on a trouv√©e dans notre passage et rendent inutile l'interpr√©tation, d'ailleurs peu naturelle, pr√©sent√©e par MM. J. Weiss et Hilgenfeld, d'apr√®s laquelle les mots de verset 12 "ils √©taient tous d'un commun accord sous le portique de Salomon," devraient s'entendre des seuls ap√ītres, et les "autres" (verset 13) seraient les simples membres de l'Eglise, qui auraient √©t√© remplis d'un saint respect √† la vue des miracles op√©r√©s par leurs conducteurs.

      L'union intime qui r√©gnait entre tous les croyants, (Actes 2.42-47¬†; 4.32) la d√©f√©rence avec laquelle les ap√ītres consultent les membres de l'Eglise (Actes 6.2-6¬†; 11.2 et suivants) ne permettent gu√®re d'admettre qu'il y ait eu √† aucun moment une telle distance entre eux et les autres chr√©tiens.

      - La vie qui se rend témoignage à elle-même devant tous est dans tous les temps le secret de l'augmentation de l'Eglise. (verset 14)

      14 Grec : Des croyants au Seigneur s'ajoutaient toujours plus.

      On peut considérer le verbe : s'ajoutaient comme n'ayant point de régime, (Actes 2.41) et le complément : au Seigneur comme dépendant de croyants, (Actes 16.15,34 ; 18.8) ou rattacher le complément au verbe : s'ajoutaient au Seigneur. (Actes 11.24)

      15 Comparer sur ces derniers mots Actes 19.12 ; Matthieu 9.21 ; Marc 5.30, note.

      Ces guérisons miraculeuses n'étaient pas opérées par le moyen employé, mais par la puissance de Dieu répondant à la foi des malades.

      Si les pratiques indiqu√©es n'√©taient pas exemptes de superstition, les ap√ītres ne firent rien pour les encourager.

      - Le mot en sorte que, par lequel Luc passe au récit de tous ces miracles aurait, semble-t-il, sa place plus naturelle à la suite de verset 12 ou de verset 13.

      Aussi plus d'un exégète a-t-il proposé de mettre entre parenthèses versets 13,14 ou seulement verset 14. (Holtzmann, Wendt.)

      Mais, bien que cet ordre f√Ľt peut-√™tre plus logique, il n'en est pas moins vrai que le fait racont√© √† verset 14, la grande extension de l'Eglise, √©tait un motif, pour ceux qui avaient des malades, de les apporter aux ap√ītres, dont la renomm√©e et l'influence grandissaient avec l'accroissement de l'Eglise. D porte √† la fin de verset 15¬†: car ils √©taient d√©livr√©s de toute maladie que chacun d'eux avait.

      16 Voir, sur ces malades tourmentés par des esprits impurs ou démoniaques, Matthieu 8.28, note.

      - Le texte reçu, avec D, porte : on venait à Jérusalem.

      La leçon de Jérusalem (Sin., B, A, versions.) est admise par tous les critiques.

      18 Les grands succès de l'Eglise, que Luc vient de décrire, excitent l'envie des adversaires et leur haine persécutrice. C'est ce que marque le mais qui ouvre notre récit.

      Ce terme : le souverain sacrificateur s'étant levé, ne doit pas s'entendre à la lettre il peint l'entrée en action de ce personnage ; il caractérise, comme Actes 6.9 ; 23.9, une attitude hostile.

      Ceux qui √©taient avec lui sont ses familiers et ses partisans au sein du sanh√©drin¬†: ils formaient le parti des sadduc√©ens. Ceux-ci avec leurs vues mat√©rialistes et leur tendance conservatrice, ha√Įssaient, plus encore que les pharisiens, des novateurs qui rendaient t√©moignage √† la r√©surrection de J√©sus. (Actes 4.1, note.)

      19 Ce miracle a, comme tous les autres, soulevé les objections de la critique négative.

      Sans parler des efforts qu'elle a faits pour l'expliquer par des causes naturelles (un tremblement de terre ou l'action courageuse de quelque disciple), elle a voulu y voir la même tradition que celle rapportée à Actes 12, malgré la différence des deux récits.

      Elle a pr√©tendu encore que ce miracle aurait √©t√© inutile, puisque les ap√ītres furent arr√™t√©s de nouveau.

      Mais l'h√©ro√Įque courage d√©ploy√© par ceux ci dans le temple (verset 21) et devant le conseil (verset 29) n'√©tait-il pas un fruit de cette d√©livrance¬†? Et la mod√©ration relative que les juges vont montrer ne r√©v√®le-t-elle pas une secr√®te intimidation caus√©e par ces faits, inexplicables √† leurs yeux¬†?

      Cette m√™me critique a trouv√© √©trange encore qu'il ne soit pas fait mention d'une telle d√©livrance dans l'audience du sanh√©drin o√Ļ vont compara√ģtre les ap√ītres.

      Quelle probabilit√© que les membres de ce Conseil auraient soulev√© la question d'une intervention divine qui les aurait confondus¬†? ou que les ap√ītres en auraient appel√© √† ce miracle pour obtenir d'√™tre lib√©r√©s¬†?

      Même des théologiens de la valeur d'un Néander et d'un Meyer trouvent dans ce récit, avec un fond vrai, des embellissements dus à la légende. Affaire d'appréciation subjective. Il faudrait de meilleures raisons pour prétendre que notre historien n'a pas su mettre en pratique ses propres principes hautement professés. (Luc 1.1-4)

      20 Grec : Vous tenant debout, résolument, annoncez dans le temple.

      - Les paroles de cette vie sont les paroles de la vie √©ternelle, qui la renferment et la communiquent aux √Ęmes. (Jean 6.63,68)

      Le mot cette désigne la vie bien connue que le Saint-Esprit avait créée dans l'Eglise.

      21 Dans le temple doit s'entendre de quelque dépendance de cet édifice, comme le portique de Salomon. (Actes 5.12 ; 3.11)

      On pr√©pare ainsi une assembl√© solennelle du sanh√©drin, compos√©e de soixante et onze membres, sous la pr√©sidence du souverain sacrificateur, afin de juger les ap√ītres.

      Luc nomme, comme en faisant partie, outre le souverain sacrificateur :

      1¬į ceux qui √©taient habituellement avec lui c'est-√†-dire les membres du Conseil dont il s'entourait¬†; (verset 17)

      2 le corps des anciens des fils d'Isra√ęl (grec gerousia, la vieillesse).

      Ce mot ne se trouvant qu'ici dans le nouveau Testament les interpr√®tes l'expliquent de deux mani√®res diff√©rentes¬†: les uns n'y voyant qu'un synonyme du sanh√©drin, g√©n√©ralement compos√© d'hommes √Ęg√©s¬†; le et aurait alors, comme souvent, le sens de "c'est-√†-dire.,"

      L'usage des apocryphes qui appliquent fréquemment ce terme au sanhédrin et le fait que les synoptiques mentionnent toujours les anciens dans l'énumération des membres du sanhédrin (Matthieu 26.57) confirment cette interprétation, qui s'accorde d'ailleurs avec ce que nous savons de l'état de choses existant alors.

      Ceux qui la repoussent prêtent à Luc la pensée que, dans cette occasion, on adjoignit au sanhédrin les représentants des conseils des villes ou les présidents des synagogues, qui se trouvaient alors à Jérusalem. Ils estiment que le texte, faisant une distinction entre le sanhédrin et le corps des anciens, est favorable à cette explication.

      24 Le commandant du temple (Actes 4.1) étant plus ou moins responsable des prisonniers, on comprend son embarras.

      Quant aux sacrificateurs, sans croire √† une d√©livrance miraculeuse des ap√ītres, ils durent voir au moins, dans ce qu'on leur rapportait, quelque chose d'extraordinaire qui les inqui√©tait.

      26 Sur le rapport √©trange qu'il vient d'entendre, (verset 25) le sanh√©drin, jaloux de son autorit√©, envoie le commandant du temple avec les huissiers pour arr√™ter et amener les ap√ītres.

      Mais ils s'acquittent de ce devoir avec certains égards sans violence ; car l'auditoire populaire qui s'était formé autour des prédicateurs de l'Evangile, aurait pu susciter une émeute dans laquelle le chef et ses huissiers auraient couru le danger d'être lapidés.

      Grec¬†: ils craignaient le peuple, qu'ils ne fussent lapid√©s, c'est-√†-dire que le peuple ne les lapid√Ęt.

      28 Ils craignent que le peuple de J√©rusalem, convaincu par les ap√ītres de la dignit√© messianique de J√©sus de Nazareth, ne demande compte √† ses chefs de la mort de celui-ci, qu'ils avaient ordonn√©e.

      Le sang de cet homme, expression de mépris, dans laquelle pourtant il y avait quelque chose de tragique.

      Si ce sang vient sur eux, comme le peuple l'avait demandé pour lui-même dans son aveuglement (Matthieu 27.25) ce sera la justice divine vengeant sur eux le meurtre du Saint et du Juste.

      - Sin., B, A, vulg. ne donnent pas aux paroles du souverain sacrificateur la forme interrogative, mais celle d'une affirmation : Nous vous avons défendu, etc.

      Apr√®s les mots¬†: le souverain sacrificateur les interrogea, il √©tait naturel que la pens√©e f√Ľt √©nonc√©e en une interrogation. C'est ce qui a amen√© les copistes √† corriger le texte.

      Mais le verbe¬†: il les interrogea peut s'entendre de 1'interrogatoire auquel le souverain sacrificateur proc√®de en adressant la parole aux ap√ītres.

      Et malgré cette défense, ajoute le président du sanhédrin, vous avez rempli Jérusalem de votre enseignement ! Ces paroles, même si elles présentent quelque exagération, montrent les grands progrès de l'Eglise. (Comparer Actes 4.4)

      29 Le mot répondant est au singulier en grec, pour marquer que Pierre prend la parole au nom de tous. Quant au grand principe qu'il répète ici, voir Actes 4.19, note.

      Seulement l'ap√ītre est encore plus positif que la premi√®re fois. L√† il disait¬†: Jugez si...¬†; ici, il faut. Et il va prouver abondamment cette obligation. (versets 30-32)

      Le terme : le Dieu de nos pères (comparez Actes 3.13) avait un sens émouvant pour des auditeurs juifs et doit l'avoir aussi pour nous.

      - On peut traduire : a ressuscité ou a suscité Jésus, ce dernier verbe signifiant : l'a envoyé pour remplir son ministère.

      Calvin, Bengel, de Wette, Lechler se décident pour ce dernier sens.

      Avec Meyer, Ebrard, Holtzmann, Wendt nous préférons le premier.

      Il est √©vident en effet, que Pierre met en contraste le mot ressuscit√© avec ceux-ci¬†: que vous avez fait mourir, et, de plus, cette interpr√©tation convient seule √† l'id√©e de l'√©l√©vation de J√©sus, dont va parler l'ap√ītre. (verset 31)

      Au lieu de : vous avez fait mourir, il y a littéralement : vous l'avez tué de vos propres mains, expression exagéré à dessein pour faire sentir aux chefs du peuple toute leur responsabilité dans le meurtre de Jésus.

      - Les Juifs se servaient du terme : pendre au bois pour dire crucifier, il impliquait l'idée d'une malédiction. (Deutéronome 21.22,23 ; Galates 3.13, comparez 1Pierre 2.24)

      31 Elevé par sa droite, ou, selon d'autres à sa droite, (comparez Actes 2.33 note) comme Prince, Chef, souverain Dominateur (Actes 3.15 ; comparez Hébreux 12.2) et Sauveur, terme qu'il faut entendre dans son sens absolu, exclusif, renfermé déjà dans le nom de Jésus.

      - Le but de la mis√©ricorde divine, en √©levant J√©sus dans la gloire, est de donner (il faut remarquer ce terme) la repentance √† Isra√ęl (voir sur ce mot Matthieu 3.2, 1e note), et la r√©mission ou le pardon des p√©ch√©s, qui leur assure le salut et la vie √©ternelle. (Comparer Actes 2.38¬†; Luc 24.47)

      Repentance et pardon, deux actes toujours ins√©parables dans l'Ňďuvre du salut et qui r√©sultent de la glorification de J√©sus-Christ¬†; car c'est le Christ glorifi√© qui provoqu√© la repentance dans le cŇďur des croyants, par le Saint-Esprit et par la pr√©dication de l'Evangile¬†; c'est lui qui leur procure ainsi le pardon et cr√©e en eux la vie v√©ritable. (Jean 7.39¬†; 16.7,8)

      32 Nous, que vous persécutez, nous sommes les témoins de ces choses, c'est-à-dire des vérités que Pierre vient de proclamer au milieu du sanhédrin. (versets 30,31)

      Bien plus, le Saint-Esprit en est t√©moin avec nous, (Jean 15.26,27) car c'est par lui que nous parlons et c'est lui que Dieu a donn√© √† ces nombreux croyants qui d√©j√† lui ob√©issent. Pour conserver ce don de l'Esprit, il faut que nous-m√™mes nous ob√©issions √† Dieu qui ordonne, plut√īt qu'aux hommes qui d√©fendent.

      Quelle réponse aux reproches du sanhédrin ! (verset 28)

      - Le texte re√ßu porte¬†: nous sommes ses t√©moins de ces choses. B porte¬†: et nous en lui t√©moins de ces choses¬†; en lui peut signifier¬†: en Isra√ęl (Wendt) ou en Christ.

      Tischendorf, Nestle et d'autres adoptent la leçon de Sin., A, D, que nous avons maintenue dans la traduction. Elle est plus facile, mais cela même peut faire suspecter son authenticité.

      33 Grec : : ils étaient sciés par le milieu, expression qui désigne un violent frémissement de colère.

      C'est avec ces sentiments passionnés que, déjà décidés à faire périr les disciples, ils délibéraient, suivant le texte reçu, conservé par Tischendorf, et qui se fonde sur Sin., D, vulg. syr.

      La plupart des critiques récents préfèrent la leçon de B, A, versions égyp. : ils voulaient les faire périr. Ce fut le conseil de Gamaliel qui les en détourna.

      34 Gamaliel (Gamli El, Dieu est ma récompense ou mon bien, Nombres 1.10) célèbre docteur juif.

      D'apr√®s une tradition contest√©e, il √©tait petit-fils d'un autre rabbin illustre, Hillel. Il √©tait honor√© de tout le peuple, non seulement alors, mais l'est toujours rest√©. Il fut le ma√ģtre v√©n√©r√© de Saul de Tarse, (Actes 22.3) qui ne sut pas toujours imiter sa tol√©rance.

      On a porté sur Gamaliel les jugements les plus divers, depuis quelques-uns des anciens qui le croyaient secrètement gagné à la cause de l'évangile, jusqu'à certains exégètes modernes qui n'ont vu en lui qu'un froid politique.

      Comme pharisien, il aurait affect√© cette largeur d'esprit parce que les ap√ītres pr√™chaient la r√©surrection, doctrine abhorr√©e des sadduc√©ens.

      L'opinion de Meyer nous para√ģt s'approcher beaucoup de la v√©rit√©¬†: "C'√©tait, dit-il, un homme sage, impartial, religieusement avis√©, caract√®re assez fort pour faire entendre les conseils de l'exp√©rience en pr√©sence du z√®le aveugle de ses coll√®gues.", (Voir, sur le conseil de Gamaliel, verset 39, 1e note)

      - Ne voulant pas dire son opinion en présence des accusés, il demande qu'on les fasse sortir un moment.

      Il n'y a rien de m√©prisant dans les mots ces hommes (Sin., B, A) dont il se sert, le texte re√ßu, avec D, majuscules, porte¬†: les ap√ītres, ce qu'on concevrait au point de vue de Luc, mais non de Gamaliel.

      36 Gamaliel, après avoir fait entendre son prudent prenez garde, consulte d'abord les leçons de l'expérience ou l'histoire.

      Il cite le fait de deux faux prophètes qui, procédant par la révolte, périrent avec leurs entreprises ; de là il tirera sa conclusion aux versets 38,39.

      Avant ces jours-ci, c'est-√†-dire pr√©c√©demment d√©j√†, s'√©leva Theudas¬†: cette premi√®re mention soul√®ve quelques difficult√©s historiques. Jos√®phe parle (Ant. XX, 5, 1) d'un magicien ou faux proph√®te de ce nom, qui entra√ģna beaucoup de monde √† sa suite jusqu'au Jourdain, pr√©tendant que, √† sa parole, le fleuve suspendrait son cours. Un d√©tachement de cavalerie romaine, envoy√© contre cette foule, la dispersa, son chef fut d√©capit√©.

      Le r√©cit de Jos√®phe concorde ainsi en tous points avec l'exemple cit√© par Gamaliel. Mais, d'apr√®s l'historien juif ce Theudas parut vers l'an 45, sous l'empereur Claude, alors que Cuspius Fadus √©tait procurateur de la Jud√©e, c'est-√†-dire dix ans environ apr√®s l'√©poque o√Ļ furent prononc√©es les paroles de Gamaliel.

      Si donc il fallait admettre que le Theudas de Josèphe est celui dont parle Gamaliel, il y aurait là un anachronisme commis par l'auteur du livre des Actes.

      Luc aurait été informé par la tradition que Gamaliel, dans son discours avait cité des exemples de soulèvements qui étaient tombés d'eux-mêmes. En refaisant librement ce discours, suivant un procédé familier aux historiens anciens, il aurait, par erreur, mis dans la bouche de Gamaliel cette allusion à un événement postérieur.

      Mais, bien que nous n'eussions aucune peine √† reconna√ģtre une erreur de chronologie sous la plume d'un √©crivain sacr√© (erreur que Calvin admet ici simplement), nous rappellerons que plusieurs ex√©g√®tes ont produit des raisons, qui nous paraissent suffisantes, de ne pas identifier les deux Theudas en question.

      Il faudrait admettre, en effet, que Luc se f√Ľt tromp√© d'un demi-si√®cle, puisqu'il place la r√©volte de Theudas avant celle de Judas le Galil√©en¬†; cela n'est gu√®re admissible chez un historien aussi bien inform√© g√©n√©ralement et aussi rapproch√© des √©v√©nements. (Comparer la note suivante.)

      Or Josèphe mentionne plusieurs faux prophètes dans les temps troublés qui suivirent la mort d'Hérode le Grand. Il pouvait y en avoir un parmi eux qui portait le nom de Theudas.

      D'autre part, Josèphe raconte (Ant. XVII, 6, 2-4) que dans les derniers temps d'Hérode deux docteurs de la loi, Judas et Matthias s'appliquèrent à combattre toutes les innovations du roi qui étaient contraires aux prescriptions sacrées.

      Trompés par le bruit qui courut de la mort du roi, ils avaient entrepris, avec le concours de quarante jeunes gens, d'abattre un grand aigle d'or, placé sur la façade du temple, qu'ils considéraient comme un symbole de paganisme.

      Arr√™t√©s et conduits devant H√©rode, Matthias et ses complices furent br√Ľl√©s vifs. Or, quelques savants veulent voir dans ce Matthias notre Theudas, (ou Theodas, Th√©odore), dont le nom signifie en grec don de Dieu de m√™me que Matthias en h√©breu. Pour l'une ou l'autre de ces raisons, un grand nombre d'ex√©g√®tes n'admettent pas l'identit√© de notre Theudas avec celui de Jos√®phe. (Voir l'Introduction)

      37 Les mots après celui-là nous semblent prouver jusqu'à l'évidence la non identité du Theudas de notre récit avec celui de Josèphe ; car comment supposer que Luc place après Theudas l'apparition de Judas le Galiléen qui eut lieu à l'époque du recensement ordonné par Auguste, et accompli par Quirinius, gouverneur de Syrie ?

      Notre évangéliste connaissait fort bien In date de ce recensement, puisqu'il la rapporte lui-même avec la plus grande précision. (Luc 2.2)

      Et maintenant, se contredisant lui même, et commettant un second anachronisme, pire que le premier, l'historien des Actes placerait ce fait après la révolte du Theudas de Josèphe, qui eut lieu quarante-huit ans plus tard !

      Il faut remarquer, au sujet de ce Judas le Galil√©en, que Jos√®phe met aussi sa r√©volte en rapport avec le recensement de Quirinius. Il le dit originaire de Gamala dans la Gaulanitide, au nord-est du lac de G√©n√©zareth d'o√Ļ le nom qu'il lui donne aussi de "Judas le Gaulanite." (Ant. XVIII 1, 1¬†; XX, 5, 2.)

      Le faux proph√®te se souleva contre ce recensement, qui avait pour but la r√©partition des imp√īts, pr√©tendant que le peuple juif ne devait payer le tribut qu'√† Dieu seul. (Comparer Matthieu 22.17) Il entra√ģna (grec) un peuple apr√®s lui, mais lui-m√™me, apr√®s avoir occasionn√© de grands troubles, p√©rit et ses adh√©rents furent dispers√©s.

      Cependant les fils de Judas reprirent la lutte et ce parti subsista sous le nom de zélotes jusqu'à la guerre des Romains contre les Juifs. (Josèphe, Guerre, II, 17, 8.)

      39 Vous ne pourrez les (Sin., B, A, D) d√©truire¬†: pronom au masculin pluriel se rapportant √† ces hommes, (verset 38) le texte re√ßu porte¬†: la d√©truire, l'Ňďuvre.

      D présente des variantes notables : (verset 38) laissez-les, ne souillant pas vos mains, et, (verset 39) vous ne pourrez les détruire, ni vous ni les rois ni les tyrans : abstenez vous donc de ces hommes.

      - Le célèbre conseil de Gamaliel a été vanté par les uns comme un oracle de la sagesse et condamné par les autres avec injustice.

      Pour le comprendre, il faut se replacer dans la situation.

      Gamaliel, pharisien sinc√®re et tol√©rant, avait devant lui le sanh√©drin dont les membres fanatis√©s et pleins de fureur, d√©lib√©raient de faire p√©rir les disciples (verset 33) comme ils avaient crucifi√© le Ma√ģtre. Gamaliel veut les sauver¬†; et son discours contient l'argumentation la plus propre √† atteindre ce but.

      Apr√®s avoir rappel√© les le√ßons de l'histoire, il invoque la provid ence divine qui ne permet pas que de faux proph√®tes puissent subsister longtemps en Isra√ęl, mais qui donnera plein succ√®s, envers et contre tous, √† une Ňďuvre qui sera de Dieu.

      S'opposer √† une telle Ňďuvre serait commettre l'impi√©t√© de faire la guerre √† Dieu¬†!

      Cette confiance en Dieu, cette foi en sa vérité, cette crainte de s'opposer à sa volonté, étaient d'autant plus respectables et louables qu'elles étaient plus rares aux jours de Gamaliel.

      Il faut reconna√ģtre aussi que comme magistrat, il n'avait rien de mieux √† dire et √† faire. Calvin bl√Ęme son attitude, mais le jugement du R√©formateur est inspir√© par le faux principe que l'erreur doit √™tre combattue par le glaive.

      - Quand, d'autre part, le chrétien, individuellement est appelé à juger de l'erreur ou de la vérité d'une cause, L'attitude de Gamaliel ne peut lui servir de modèle.

      En effet,

      1¬į Gamaliel applique √† un cas particulier ce qui n'est vrai qu'en g√©n√©ral. Si, en derni√®re fin, il est certain que la v√©rit√© triomphera de L'erreur et que le r√®gne et la gloire appartiendront √† Dieu et √† son Christ, il n'en est pas toujours ainsi dans les phases diverses de la lutte. Le succ√®s, dans ce monde, n'est point une preuve infaillible qu'une Ňďuvre est de Dieu, ou l'insucc√®s qu'elle est des hommes.

      2¬į C'est une vue fausse et contraire √† la conscience que de prendre, en pr√©sence d'un mouvement religieux, une position neutre, passive, et de dire¬†: attendons la fin.

      Puisque Dieu a confi√© √† ses serviteurs le d√©p√īt sacr√© de la v√©rit√©, ils doivent examiner toute entreprise religieuse √† la lumi√®re de la parole divine, s'assurer si elle est de Dieu ou des hommes, puis la rejeter et la combattre vigoureusement ou l'embrasser et la d√©fendre au p√©ril de leur vie. C'est ce que faisaient les ap√ītres.

      Gr ils furent persuad√©s, ou ils lui ob√©irent, c'est-√†-dire qu'ils se d√©sist√®rent de leur dessein de faire p√©rir les ap√ītres. (verset 33) Ainsi le discours de Gamaliel atteignit son but.

      40 Ces juges iniques ne veulent pas se donner l'apparence d'avoir mis en jugement les ap√ītres sans cause¬†; ils les punissent pour avoir contrevenu √† leur d√©fense d'annoncer le nom de J√©sus.

      Et ils ne pensent pas que leur infliger le supplice de la flagellation, c'était déjà faire la guerre à Dieu.

      41 Grec : dignes d'être déshonorés pour le nom de Jésus.

      La dignit√© du d√©shonneur, voil√†, dans les rapports sociaux, des notions et des sentiments tout nouveaux, inconnus au monde et qui rendent les disciples semblables au Ma√ģtre. (H√©breux 12.2¬†; Jean 15.18)

      C'est lui-même qui les avait ainsi instruits. (Matthieu 5.10-12)

      - Pour le nom, ce mot est sans compl√©ment qui le d√©termine dans Sin., B, A, C, D, Actes 5¬†: Luc sait qu'il sera compris, en mentionnant simplement ce nom, "le nom par excellence dont la confession et la proclamation √©tait, pour les ap√ītres, le devoir le plus sacr√©, la joie supr√™me." Meyer.

      42 Grec : d'enseigner et d'annoncer la bonne nouvelle : le Christ Jésus.

      C'est-à-dire que le grand sujet de leur enseignement était de prouver que Jésus était le Christ, le Messie et le Sauveur du monde.

      Les ap√ītres ne cessaient de remplir tous les jours cette sainte mission malgr√© la flagellation qui avait d√©chir√© leurs corps. (verset 40)

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