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Jean 15

    • 1 Chapitre 15.

      1 à 17 L'union des disciples avec Christ et entre eux.

      Les interprètes se sont demandé quelle circonstance extérieure pouvait bien avoir amené Jésus à se présenter à ses disciples sous l'image d'un cep de vigne.

      Les uns pensent que ce fut la vue de la coupe avec laquelle il venait d'instituer la cène, en prononçant cette parole : "Je ne boirai plus de ce produit de la vigne... ;" (Matthieu 26.29) d'autres qu'une treille ornait les parois extérieures de la chambre haute et que ses rejetons entraient par les fenêtres.

      Les exégètes qui admettent que ce discours fut prononcé en plein air, sur les pentes du Cédron, (Jean 14.31, note) se représentent Jésus passant le long d'une vigne. Mais puisque l'évangéliste a gardé le silence sur ce détail, nous pouvons nous résigner à l'ignorer, et nous ajouterons, avec R. Strier, qu'il y a quelque chose de mesquin à penser que Jésus devait nécessairement avoir sous les yeux l'objet matériel dont il fait une image.

      - Mais ce qui est digne de toute notre attention, c'est l'admirable parabole par laquelle il figure son union avec les siens, cette union dont il venait de leur parler, (Jean 14.18-23) cette union qui devait être aussi vivante, aussi intime, aussi organique que l'est celle des sarments avec le cep dont ils tirent la sève, la vie, la fertilité.

      Il est le vrai cep, le v√©ritable, celui qui, dans la sph√®re spirituelle et morale, et dans ses rapports avec les √Ęmes, r√©alise pleinement l'id√©e du cep dans la nature.

      "Le mot cep, remarque M. Godet, comprend ici le tronc et les branches, comme le terme le Christ, 1Corinthiens 12.12, désigne Christ et L'Eglise."

      Le cep de vigne est une plante sans apparence (Esa√Įe 53.2) et sans beaut√© (J√©sus ne prend pas pour image le c√®dre du Liban), mais elle est vivace et produit des fruits exquis un vin g√©n√©reux. Une telle plante donne lieu √† une comparaison pleine de v√©rit√© de richesse et de beaut√©.

      - Mon P√®re est le vigneron, grec le cultivateur, ajoute J√©sus. C'est Dieu, en effet, qui a plant√© ce cep au sein de notre humanit√©, en envoyant son Fils au monde, et qui, par l'effusion de l'Esprit, provoquera sa croissance¬†; c'est Dieu qui am√®ne les √Ęmes √† la communion avec le Sauveur¬†; (Jean 6.37,64) c'est Dieu enfin qui, par le travail incessant de sa gr√Ęce, purifie et sanctifie ceux qu'il a attir√©s au Sauveur. (verset 2)

      2 On peut traduire : tout sarment qui est en moi, relié en apparence au cep, et qui ne porte pas de fruit ; ou bien : tout sarment qui ne porte pas de fruit en moi par son union organique avec moi.

      Il y a, dans les ceps de vigne, des rejetons sauvages qui ne portent jamais de fruit ; le vigneron les retranche, afin qu'ils n'absorbent pas inutilement la sève. Un homme peut, de diverses manières, appartenir extérieurement à Jésus-Christ en se rattachant à son Eglise, en professant la foi chrétienne sans avoir part à la vie sanctifiante du Christ.

      T√īt ou tard, il se verra retranch√©, exclu de cette communion apparente avec le Sauveur. Mais les vrais sarments portent du fruit. Ceux-ci, Dieu les nettoie, les purifie, ou selon la plupart de nos versions, il les √©monde.

      Nous adoptons le premier de ces termes pour faire ressortir, comme dans le grec, la relation de cet acte avec les mots qui suivent : Déjà vous êtes nets. (verset 3)

      J√©sus veut dire que ces sarments fertiles doivent √™tre d√©barrass√©s de tout jet inutile, et m√™me d'une partie de leur feuillage qui emp√™cherait le fruit de m√Ľrir. C'est Dieu encore qui poursuit, dans ses enfants, cette Ňďuvre de purification et de sanctification continue, il l'accomplit par sa Parole, (verset 3) par son Esprit, par tous les moyens de sa gr√Ęce. Et si cela ne suffit pas, le c√©leste cultivateur emploie l'instrument tranchant et douloureux des √©preuves, de la souffrance et des renoncements qu'il impose √† ses enfants. Car ce qu'il veut √† tout prix, c'est qu'ils portent plus de fruit.

      3 Jésus, se tournant vers ses disciples, les rassure au sujet de ce mot sévère : il nettoie tout sarment qui porte du fruit.

      D√©j√† ils sont nets, purs, dans le sens indiqu√© au verset 2, c'est-√†-dire qu'au moyen de la parole divine que J√©sus leur a annonc√©e, un principe imp√©rissable de vie nouvelle a √©t√© d√©pos√© dans leur cŇďur, et s'y d√©veloppera peu √† peu jusqu'√† la perfection.

      Jésus exprime ailleurs cette idée profonde et consolante. (Jean 13.10 ; 17.8 ; comparez Jacques 1.18 ; 1Pierre 1.23)

      4 Des paroles précédentes qui dépeignent leur position de sarments unis au cep (en moi), découle pour les disciples un devoir absolu que Jésus formule ainsi : demeurez en moi, en renonçant constamment à tout mérite propre, à toute sagesse propre, à toute volonté et à toute force propres, ce qui est la condition d'une communion vivante avec moi. Si vous le faites, je demeurerai en vous, comme la source intarissable de votre vie spirituelle. Sinon, vous vous condamneriez à la stérilité du sarment séparé du cep.

      Cette cons√©quence r√©sulte avec √©vidence de l'image m√™me employ√©e par J√©sus. J√©sus √©tablit ainsi clairement la distinction entre la nature et la gr√Ęce.

      5 Afin de rendre plus frappante encore la conséquence négative qui précède, Jésus déclare solennellement que c'est bien lui qui est le cep et que ses disciples sont les sarments ; mais c'est pour conclure encore une fois qu'en lui, ils porteront beaucoup de fruit, mais que, hors de lui, ils n'en porteraient aucun, pas plus que le sarment séparé du cep.

      Cette seconde idée, introduite par le mot car, parce que, semble donnée comme une preuve de la première affirmation, cela ne parait pas d'abord très logique le fait que hors de Christ ils ne peuvent rien faire ne prouve pas que, en Christ, ils porteront beaucoup de fruit.

      Mais ce fruit, qui le porte¬†? Celui-l√† seul qui demeure en moi, dit J√©sus¬†; d'o√Ļ il r√©sulte que c'est l'Esprit de Christ, qui, comme la s√®ve du cep dans le sarment, fait seul porter du fruit √† l'homme¬†; c'est ce que confirme (car) le fait d'exp√©rience que l'homme hors de Christ, comme le sarment d√©tach√© du cep, ne peut rien produire, rien de v√©ritablement bon, rien qui supporte le regard du Dieu saint et qui lui soit agr√©able.

      Saint Augustin concluait de ce passage l'entière incapacité morale de l'homme pour le bien. A quoi M. Godet répond, avec Meyer et les exégètes modernes : "Le thème ici formulé n'est pas celui de l'impuissance morale de l'homme naturel pour tout bien ; c'est celui de l'infécondité du croyant laissé à sa force propre, quand il s'agit de produire ou d'avancer la vie spirituelle, la vie de Dieu, en lui ou chez les autres."

      6 Non seulement celui qui ne demeure pas en Jésus, dans une communion vivante avec lui, ne peut rien faire, (verset 5) mais il va audevant d'une succession de jugements terribles.

      Le sarment séparé du cep est d'abord jeté dehors, hors de la vigne qui représente le royaume de Dieu, et il sèche nécessairement, puisqu'il ne reçoit plus la sève du cep. Qu'on pense à Judas, par exemple dont Jésus venait d'annoncer la ruine. (Jean 13.21 et suivants)

      Mais ce jugement, moralement accompli d√®s maintenant, aura au dernier jour son issue tragique que d√©crivent les paroles suivantes¬†: puis on ramasse ces sarments, et on les jette au feu et ils br√Ľlent (grec ils ramassent, ils jettent)¬†; quel est le sujet de ces verbes¬†?

      Dans la parabole, ce sont les serviteurs du vigneron ; dans la réalité, ce sont les anges de Dieu. (Matthieu 13.40-42)

      Tous ces verbes sont au pr√©sent, et ils rendent la sc√®ne d'autant plus actuelle et vivante. La pens√©e reste avec effroi sur ce dernier mot¬†: ils br√Ľlent. (Comparer Matthieu 3.10)

      - D, quelques majuscules et versions portent : ce sarment, on le jette au feu. Tischendorf adopte cette leçon.

      7 Apr√®s avoir prononc√© ces redoutables paroles, J√©sus revient avec tendresse √† ses disciples qui demeurent en lui (le mot si n'exprime pas un doute), et il leur promet les gr√Ęces les plus pr√©cieuses¬†: toutes leurs pri√®res seront exauc√©es (Jean 15.16¬†; 14.13,14¬†; 16.23) et ils auront le bonheur de glorifier Dieu par des fruits abondants. (verset 8)

      La communion des disciples avec Jésus est ici exprimée par ces deux termes : Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, et non pas, comme le feraient entendre les verset 4 et 5 : et que je demeure en vous.

      Les paroles de J√©sus, qui sont esprit et vie, et qu'ils gardent dans leur cŇďur, sont le lien vivant de communion avec lui. Inspir√©s par elles, ils sont √† la source de toutes les gr√Ęces divines, et leurs pri√®res, qui ne seront plus que les paroles de J√©sus transform√©es en requ√™tes, obtiendront toujours un exaucement certain.

      "Deux choses corrélatives : les paroles de Jésus auxquelles ils obéissent, et leurs prières qui sont exaucées." Bengel.

      8 En ceci, ne se rapporte pas à ce qui précède, comme le veut Meyer, mais à ce qui suit : En ce que vous portiez beaucoup de fruits, le Père est glorifié.

      Dieu, dans ses perfections, sa puissance, sa saintet√©, son amour, se glorifie en reproduisant, dans le moindre de ses enfants, ces divers traits de sa ressemblance, plus que par toute la magnificence des Ňďuvres de la cr√©ation.

      Portez beaucoup de fruit à la gloire de Dieu, ce sera la preuve certaine que vous êtes mes disciples et le moyen de le devenir toujours de nouveau.

      Le grec porte : et vous deviendrez (B, D et que vous deveniez) disciples à moi, véritablement disciples et véritablement à moi.

      "Il faut toujours devenir disciple ; on n'est pas tel une fois pour toutes." Godet.

      9 Dans l'instruction qu'il a tirée jusqu'ici de la parabole du cep et des sarments, Jésus n'a pas parlé expressément de son amour pour ses disciples ; mais chaque trait de cette belle image respire cet amour.

      Que prouve l'insistance avec laquelle il leur recommande de demeurer en lui, et que signifie sa promesse répétée : Je demeurerai en vous, si ce n'est qu'il les aime ?

      Maintenant, il le leur dit avec effusion. L'amour ineffable de son Père pour lui est la mesure de son amour pour eux. Quel motif touchant de demeurer en son amour !

      L'amour dont il parle n'est pas leur amour pour lui, mais son amour pour eux, qu'il leur ouvre comme une atmosphère de lumière, de vie, de paix, dans laquelle ils pourront respirer, penser, aimer, agir.

      - Pourquoi ces verbes au passé : mon Père m'a aimé, je vous ai aimés ? Parce que Jésus, qui touche à la fin de sa vie, jette un regard en arrière et constate avec émotion que jamais l'amour de son Père ne lui a fait défaut, (Jean 5.20 ; 8.29 ; 10.17) et que lui-même a toujours tendrement aimé les siens. (Jean 13.1,34)

      Mais ce double amour est, de sa nature, permanent, éternel. Luther, avec ce génie pratique qui devait faire de sa version un livre populaire, traduit hardiment par le présent : "Comme mon Père m'aime, moi aussi je vous aime."

      Tout croyant sincère et humble peut, en ce sens, s'appliquer l'admirable déclaration du Sauveur.

      10 Jésus n'est demeuré dans l'amour de son Père, il n'a joui de cet amour que par sa parfaite obéissance ; les disciples, non plus, ne peuvent se sentir heureux dans l'amour du Sauveur qu'à cette condition. Mais ce sera là leur joie. (verset 11)
      11 Ces choses, c'est tout ce discours (versets 1-10) concernant la communion intime o√Ļ il les invite √† vivre avec lui, en particulier le devoir de demeurer en son amour et de le suivre dans la voie de l'ob√©issance. (verset 10) Il leur a dit tout cela afin de pouvoir leur faire part de sa joie qui sera en eux.

      Il ne faut entendre par l√† ni la joie qu'il produira en eux, ni la joie dont il leur ouvre la source, ni la joie qu'il √©prouve √† leur sujet, ni la joie qu'ils ont en lui, mais bien sa joie (grec la mienne), la joie intime et profonde qu'il go√Ľte lui-m√™me dans l'amour de son P√®re, et que ne peut lui √īter l'approche des souffrances et de la mort, parce qu'il sait que son sacrifice sera la r√©demption du monde.

      Cette joie, il veut leur en faire part comme de son amour, (verset 10) comme de sa paix. (Jean 14.27) Cette joie, elle sera en eux et elle grandira jusqu'à devenir une joie accomplie. (Comparer Jean 17.13)

      L'ap√ītre Paul connaissait bien cette joie qui subsistait pour lui au milieu de ses souffrances et qu'il recommandait si souvent √† ses fr√®res. (2Corinthiens 13.11¬†; Philippiens 2.17¬†; 4.4)

      12 C'est l'amour de J√©sus vivant dans le cŇďur de ses disciples qui est la source de leur amour mutuel.

      Il insiste sur ce commandement, dont l'observation est l'√Ęme de la vie chr√©tienne. (versets 10,17¬†; comparez Jean 13.34)

      La mesure de l'amour qu'ils doivent avoir les uns pour les autres est dans ce mot : comme je vous ai aimés. Et Jésus va dire comment il les a aimés. (verset 13)

      13 Donner sa vie pour ses amis, c'est la plus grande preuve d'amour qu'on puisse leur donner. Aussi, contempler J√©sus mourant sur la croix sera toujours le meilleur moyen de se p√©n√©trer de la grandeur de son amour. Cette parole du Ma√ģtre resta profond√©ment grav√©e dans le cŇďur de notre √©vang√©liste¬†; il la r√©p√©tait, plus tard, en prenant √† la lettre le devoir qui en r√©sulte pour les disciples de J√©sus, celui de donner aussi leur vie pour leurs fr√®res. (1Jean 3.16)

      - On pourrait dire que, d'apr√®s l'ap√ītre Paul, J√©sus a montr√© un amour plus grand encore, quand il voulut mourir, non seulement pour ses amis, mais "pour des p√©cheurs." (Romains 5.8)

      De Wette réfute cette objection, en disant :

      1¬į qu'ici J√©sus ne fait pas cette diff√©rence, parce qu'il a en vue l'amour fraternel qu'il veut inspirer √† ses disciples, et

      2¬į qu'il est aussi "l'ami des p√©cheurs," (Luc 7.34) et qu'en les aimant jusqu'√† la mort il voulait pr√©cis√©ment faire d'eux ses amis.

      14 Jésus vient de dire qu'il donne sa vie pour ses amis. Puis, se tournant avec amour vers ses disciples, il ajoute : Vous êtes mes amis !

      C'√©tait leur dire en m√™me temps¬†: Vous le prouverez, de votre c√īt√©, par l'ob√©issance de l'amour. (Comparer verset 10, note.)

      15 Jésus voudrait leur faire apprécier hautement ce beau titre d'ami qu'il vient de leur donner. Et, pour cela, il leur en explique le sens profond.

      Je ne vous appelle plus serviteurs (grec esclaves), parce que le serviteur reste √©tranger aux pens√©es et aux projets de son ma√ģtre, mais je vous ai prouv√© que vous √™tes mes amis, parce que je vous ai fait conna√ģtre tous les desseins de mis√©ricorde et d'amour que mon P√®re m'a charg√© d'accomplir pour le salut du monde.

      C'est là ce que Jésus exprime par ces termes familiers : toutes les choses que j'ai entendues de mon Père.

      Ces mots¬†: Je ne vous appelle plus serviteurs ne sont en opposition ni avec le verset 20, qui √©nonce un principe g√©n√©ral, ni avec le fait que les disciples continu√®rent toujours √† s'appeler "serviteurs de J√©sus-Christ¬†;" (Actes 4.29¬†; Romains 1.1¬†; Galates 1.10, etc.) car, malgr√© tout leur amour pour leur Ma√ģtre, ils ne purent jamais oublier qu'il √©tait le Seigneur, et plus il les √©levait jusqu'√† lui. plus ils √©prouvaient le besoin de s'abaisser en sa pr√©sence. (verset 16, note.)

      16 Bien que Jésus ait élevé ses disciples jusqu'à ce rapport intime d'amour avec lui, ils ne doivent pas oublier qu'ici toute l'initiative est venue de lui. C'est lui qui les a choisis pour leur apostolat. (Luc 6.13 ; Jean 6.70 ; 13.18)

      Le verbe grec est compos√© d'une particule qui signifie "choisir du milieu de." Il les a choisis du milieu du monde, (verset 19) o√Ļ ils seraient rest√©s sans la libre gr√Ęce du Sauveur.

      C'est lui encore qui les a établis dans leur apostolat, et qui les a qualifiés, par ses dons, pour cette grande et sainte vocation.

      Tout cela, ajoute J√©sus, je l'ai fait, afin que vous alliez (Matthieu 28.19) librement, joyeusement, √† votre Ňďuvre et que vous puissiez porter du fruit, un fruit qui sera permanent pour la vie √©ternelle.

      De ces mots : Je vous ai choisis et établis, dépend encore le second afin que ; ils sont, de ce fait, dans une position qui les assure que tout ce qu'ils demanderont au Père au nom du Sauveur, il le leur donnera. (Jean 14.13 ; 16.23)

      17 C'est ici la conclusion de cette partie du discours, depuis le verset 9.

      Ces choses, ces paroles et ces instructions du Sauveur dans lesquelles tout est amour de sa part, il les a prodiguées aux siens, afin qu'à leur tour ils s'aiment les uns les autres.

      Il leur en fait une douce obligation, sur laquelle il insiste, (Jean 13.34,15.12) aussi les ap√ītres ont-ils compris l'immense importance de cet amour mutuel qui est l'√Ęme de L'Eglise dans sa communion avec le Sauveur. (1Jean 2.7 et suivants¬†; Jean 3.11¬†; 4.20,21¬†; Romains 13.8 et suivants)

      18 15 :18 à 16 :4 La haine du monde.

      Quel douloureux contraste !

      A tant d'amour de la part du Sauveur, le monde répond par la haine qu'il nourrit contre lui et contre ses disciples. Jésus le constate avec tristesse, à diverses reprises. (Jean 7.7 ; 15.24 ; 17.14)

      Et il veut que ses disciples le sachent, afin que, quand ils auront à souffrir de cette haine du monde, ils se rappellent qu'elle a été le partage de Celui dont la charité égalait la sainteté, et qu'ainsi ils soient préservés du découragement et du doute. (Comparer 1Jean 3.13 ; 4.5,6)

      19 Jésus indique ici à ses disciples la raison toute naturelle de cet étrange phénomène dont il leur parle.

      Si vous étiez du monde, si vous en aviez les principes et l'esprit, il vous aimerait, parce que vous seriez à lui, mais, parce que (grec) je vous ai choisis hors du monde, tirés de son sein et soustraits à sa domination, pour vous attirer à moi et faire de vous ma propriété, il vous hait.

      C'était, pour les disciples, une consolation de savoir qu'ils n'appartenaient plus à ce monde qui allait crucifier le Saint et le Juste, mais tout entiers à ce Sauveur bien-aimé.

      - Ce mot de monde, répété cinq fois dans ce seul verset, a quelque chose de très solennel et le tableau que Jésus retrace ici (jusqu'au verset 25) de 1'opposition et de l'inimitié du monde, fait de ces versets une peinture classique du caractère que toute l'Ecriture attribue aux adversaires de la vérité divine.

      20 Il leur avait dit cette parole (Jean 13.16) pour les exhorter à l'humilité ; il la leur rappelle ici pour les encourager à souffrir avec patience. (Comparer Matthieu 10.24)

      Puisque le serviteur n'est pas plus grand que son seigneur, les disciples ne doivent pas s'attendre √† √©viter les pers√©cutions que leur Ma√ģtre a endur√©es, il les en pr√©vient, afin qu'ils ne soient pas d√©courag√©s quand elles se produiront. (Jean 16.1-4)

      Mais quel est le sens de ces derniers mots¬†: s'ils ont gard√© ma parole, ils garderont aussi la v√ītre¬†?

      Au premier abord, il para√ģt tout simple de consid√©rer comme sujet de la proposition les individus bien dispos√©s qui se sont s√©par√©s de la masse hostile¬†: si, m√™me au milieu de son peuple qui le rejetait, J√©sus eut le bonheur de voir un petit nombre d'√Ęmes recevoir sa parole et s'attacher √† lui, il en sera de m√™me pour les disciples. Telle est l'interpr√©tation d'Olshausen, Lange, M. Godet.

      Mais on objecte à cette interprétation que le sujet de la seconde partie du verset 20 doit être le même que celui de la première partie à savoir les Juifs persécuteurs, auxquels se rapportent du reste tous les verbes de ce discours. (versets 20,21,22 et jusqu'à verset 25)

      Il ne faut pas avec Grotius et Stier voir dans la seconde proposition une douloureuse ironie : ils ne garderont pas plus votre parole qu'ils n'ont gardé la mienne ! L'ironie ne convient pas au sérieux et à la sérénité de ce discours ; et cette déclaration amère ne serait pas exacte, car l'insuccès de Jésus n'avait pas été complet.

      Il faut laisser à la parole de Jésus son sens général. L'accueil qu'il a reçu de la part du monde présage aux disciples l'accueil auquel ils doivent s'attendre eux-mêmes : les uns les persécuteront, d'autres garderont leur parole ; des troisièmes, comme Saul de Tarse, passeront des rangs des persécuteurs à ceux des fidèles.

      Le monde ennemi de Dieu n'est jamais toute notre humanit√©¬†; son opposition violente contre l'Evangile ne se manifeste pas partout de la m√™me mani√®re absolue. Il reste toujours un vaste champ o√Ļ les disciples peuvent r√©pandre la parole de vie avec la certitude de rencontrer des √Ęmes qui la garderont. Telle est l'interpr√©tation de Wette, Meyer, Luthardt, Weiss, Keil, Asti√©.

      21 Cette inimitié du monde que Jésus annonce aux disciples pourra les étonner et les amener à se demander s'ils ne font pas fausse route.

      Mais, ajoute Jésus, ne vous laissez point arrêter, cela est dans la nature des choses. Et il leur en donne deux raisons qui expliquent tout.

      Ils vous feront tout cela √† cause de mon nom, ce nom qu'ils ha√Įssent, quoiqu'il soit l'expression de la v√©rit√© et de la saintet√© de Dieu. (Comparer Actes 4.17¬†; 9.14¬†; 26.9¬†; Matthieu 24.9)

      Et cette haine, ils l'éprouveront parce qu'ils ne connaissent pas Celui qui m'a envoyé. S'ils le connaissaient, ils recevraient avec empressement son envoyé. (Jean 16.3)

      - Cette explication que Jésus donne à ses disciples devait être, et fut en effet pour eux, dans la suite, une puissante consolation ; ils seront heureux de souffrir pour le nom de Jésus, (Actes 5.41 ; 21.13) ils se glorifieront de ces souffrances pour lui, (Romains 5.3 ; 2Corinthiens 12.10) parce qu'ils verront en elles un trait de leur ressemblance avec lui, un moyen de lui témoigner leur amour.

      23 En quoi consiste proprement le péché des Israélites, pour lequel ils n'ont point d'excuses ?

      Dans le fait qu'ils n'ont pas reconnu en J√©sus le Messie. L'incr√©dulit√© et les innombrables r√©voltes dont ils s'√©taient rendus coupables au cours de leur histoire ne leur eussent pas √©t√© imput√©s comme p√©ch√©, s'ils avaient fini par accueillir le Sauveur. Sans doute, ils en √©taient responsables¬†; mais cette responsabilit√© dispara√ģt, pour ainsi dire, devant le crime que J√©sus leur reproche ici.

      Il √©tait venu √† eux, ils avaient √©t√© t√©moins de sa vie sainte, de ses Ňďuvres¬†; (verset 24) il leur avait parl√© de toute la mis√©ricorde et de tout l'amour de son P√®re, et, en pr√©sence de cette manifestation divine, ils s'√©taient endurcis dans une incr√©dulit√© qui allait jusqu'√† la haine.

      Or cette haine contre le Fils de Dieu remontait jusqu'à son Père, et elle allait s'assouvir par le meurtre du Saint et du Juste. Là était le péché pour lequel ils n'avaient point d'excuse (grec point de prétexte).

      - La parole : Celui qui me hait, hait aussi mon Père, ne se justifie que si Jésus est le Fils de Dieu. (Comparer Jean 5.23 ; 12.44 ; 14.9)

      24 A ses paroles qu'ils ont entendues, (verset 22) J√©sus a ajout√©, et cela augmente leur culpabilit√©, des Ňďuvres qu'ils ont vues.

      C'√©taient des Ňďuvres qu'aucun autre n'a faites, car elles portaient le cachet de la divinit√©. (Jean 5.36,9.3,4¬†; 10.37,38¬†; 14.10)

      M√™me les moins intelligents, qui auraient pu ne pas comprendre ses paroles, avaient au moins des yeux pour voir ses Ňďuvres. Et qu'est il arriv√©¬†?

      Grec¬†: mais maintenant et ils ont vu et ils ont ha√Į et moi et mon P√®re. L√† est le p√©ch√© sans excuse et la cause de la condamnation.

      25 Mais,...ce fait si étrange et si propre à scandaliser les disciples n'était point imprévu. Tout ce qui arrivait à Jésus était prédit dans les Ecritures. Leur loi, dit-il, comme ailleurs votre loi, (Jean 8.17,18 ; 10.34, notes) cette loi sur laquelle ils s'appuyaient et dont ils se vantaient, c'est elle qui les accusait.

      Le mot loi est pris ici dans un sens g√©n√©ral, o√Ļ il d√©signe tout l'Ancien Testament, car la citation est tir√©e du Psaumes 69.5. (Comparer Psaumes 35.19)

      Là, le juste, exposé à la haine gratuite de ses ennemis, est bien le type de Celui qui s'est chargé de nos douleurs ; car de tout temps a existé l'inimitié du monde contre Dieu et contre ses serviteurs.

      27 Plus Jésus fait pressentir à ses disciples les difficultés et les luttes qu'ils auront à soutenir au milieu du monde plus il insiste sur la promesse de ce puissant aide, l'Esprit de vérité, dont ils auront un si pressant besoin. (Jean 14.16,17,26 ; Luc 24.49)

      Ici, il interrompt sa description de l'hostilité du monde pour leur renouveler cette promesse, à laquelle il reviendra plus au long. (Jean 16.7-15)

      Le mais, par lequel est introduite cette proposition, (verset 26) manque dans Sin., B. L'Ňďuvre que J√©sus attribue √† l'Esprit de v√©rit√© (Jean 14.17, note) est celle d'un t√©moignage¬†: C'est lui qui rendra t√©moignage de moi. Comment¬†? Par la parole des ap√ītres¬†: Et vous aussi, vous rendrez t√©moignage.

      Il y a en grec le présent : vous rendez, et non le futur.

      J√©sus les consid√®re comme transport√©s au moment o√Ļ l'Esprit rendra t√©moignage. On pourrait aussi envisager ce verbe comme un imp√©ratif¬†: Et vous aussi t√©moignez¬†!

      Le t√©moignage de l'Esprit et celui des ap√ītres sont-ils un seul et m√™me t√©moignage¬†? Non, J√©sus les distingue d'abord par ces mots¬†: et vous aussi, puis, surtout par ceuxci¬†: parce que vous √™tes d√®s le commencement avec moi.

      Le Sauveur a √©tabli ses disciples pour √™tre des t√©moins de son minist√®re tout entier¬†; (Actes 1.8) ils devaient en √™tre parfaitement instruits (Actes 1.21) afin de constater les faits, que le Saint Esprit n'enseigne pas directement, mais dont il r√©v√®le le sens et la port√©e. En un mot, les disciples rendent t√©moignage au Christ historique en racontant sa vie, tandis que le Saint-Esprit, f√©condant leurs r√©cits et cr√©ant la foi dans les √Ęmes, rend t√©moignage au Christ vivant. L'ap√ītre Pierre, dans un de ses discours, fait tr√®s nettement cette distinction. (Actes 5.32¬†; comparez Romains 8.16)

      - Le verset verset 26 (ainsi que Jean 14.16,17) a toujours √©t√© consid√©r√© dans l'Eglise chr√©tienne comme une r√©v√©lation compl√®te de Dieu, P√®re, Fils et Saint-Esprit. Mais cette doctrine est mise dans un rapport direct avec la vie pratique, le salut des √Ęmes.

      Ainsi elle répond aux profonds besoins de l'homme pécheur, auquel il faut un Père céleste qui l'assure de sa miséricorde, un Sauveur qui le rachète du péché et de la mort, et l'Esprit-Saint qui l'éclaire, le régénère et le sanctifie. (Comparer Matthieu 28.19 ; 2Corinthiens 13.13 ; 1Pierre 1.2, notes.) Mais, dès que l'esprit humain se jette, à ce sujet, dans des spéculations métaphysiques, il tombe dans l'incompréhensible et l'insondable.

      On sait, par exemple, à quelles luttes acerbes et prolongées a donné lieu, entre L'Eglise grecque et L'Eglise latine, cette simple parole : Je vous enverrai l'Esprit qui procède du Père : la première soutenant que l'Esprit ne procède que du Père, la seconde ajoutant ce mot devenu si célèbre : et du Fils.

      Ainsi une parole qui devait nous révéler la puissance divine et lumineuse du témoignage du Saint-Esprit est devenue l'objet de polémiques aussi irritantes que stériles !

      La plupart des interprètes modernes estiment que les mots qui procède du Père se rapportent à l'envoi du Saint Esprit aux disciples, et qu'il faut par conséquent les traduire, comme le fait Rilliet : qui sort d'auprès du Père. Il y a en grec la même préposition que dans la phrase : Je vous l'enverrai de la part du Père.

      Mais M. Godet pense qu'ainsi comprise la proposition : qui procède du Père ne serait qu'une répétition oiseuse de la précédente, et il l'applique, comme les anciens interprètes de L'Eglise grecque, aux relations éternelles et essentielles du Père et de l'Esprit.

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