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Luc 5

    • 1 Premiers disciples et premiers opposants.

      Chapitre 5.

      1 à 11 Vocation des premiers disciples.

      3 Comparer Matthieu 4.18-22 ; Marc 1.14-20.

      - Luc n'établit pas de lien chronologique entre le fait qu'il va raconter et ceux qui précèdent. Jésus était au bord du lac de Génézareth ; (comparez Matthieu 4.18, note) la foule le pressait et écoutait. (Le texte reçu, avec C. D, Itala, version syr., porte : pour écouter.)

      Il monta sur une barque qui se trouvait là et qui était à Simon ; il le pria de s'éloigner à une petite distance du rivage, de manière à pouvoir être vu et entendu de toute la foule assemblée.

      Et de la barque (Sin., D, portent : "assis dans la barque"), dont il fait sa chaire, il annonce la parole divine. (Voir sur une scène toute semblable Matthieu 13.2, note.)

      4 L'ordre : avance en pleine eau (au singulier) s'adresse à Simon, patron de la barque sur laquelle se trouvait Jésus, et que l'événement qui va suivre concernait en première ligne.

      Les mots : jeter vos filets, s'adressent aux autres pêcheurs qui étaient avec lui (versets 2,9) et qui auront aussi leur part dans l'action symbolique qui va s'accomplir.

      Il n'y a pas de doute, en effet, que ce récit ne rapporte le même fait que celui de Matthieu (Matthieu 4.18-22) et celui de Marc, (Marc 1.16-20, voir les notes) c'est-à-dire qu'il ne renferme la vocation des premiers disciples de Jésus.

      Seulement, les deux premiers évangélistes ne font que rapporter brièvement le fait de la vocation, tandis que Luc raconte le miracle qui devait symboliser d'une manière saisissante cette parole de Jésus : "Je vous ferai pêcheurs d'hommes." (Luc 5.10 ; Matthieu 4.19 ; Marc 1.17)

      5 Variante de Sin., B. D : les filets ; de même au verset suivant.

      - La nuit était le temps favorable à la pêche ; après un travail inutile, ces hommes avaient renoncé à la poursuivre de jour ; mais Pierre, dont la foi naissante avait sans doute été fortifiée par le discours qu'il venait d'entendre, (verset 3) n'hésite pas à obéir, se confiant en la parole de Jésus.

      - Le titre qu'il lui donne, et que nous traduisons par Ma√ģtre, signifie en g√©n√©ral pr√©pos√©, surveillant. Ce terme ne se trouve que dans l'√©vangile de Luc.

      6 Commençait à se rompre, à se déchirer.
      7 Il est évident, par les termes de ce récit et surtout par l'impression profonde qu'en reçut Pierre, (verset 8) que l'évangéliste croit à une action miraculeuse du Sauveur.

      En mainte occasion, J√©sus commande en ma√ģtre √† la nature.

      Cependant il n'est pas probable que, dans cette circonstance, le miracle fut un acte cr√©ateur. Il consista plut√īt dans la connaissance que J√©sus eut de la pr√©sence d'un banc consid√©rable de poissons, au moment et √† l'endroit o√Ļ il ordonna aux disciples de jeter le filet.

      Ce phénomène est très fréquent, au dire des voyageurs, dans la mer de Galilée ; il se rencontre aussi dans les lacs de la Suisse.

      8 Le verset suivant explique l'action et l'exclamation de Pierre. Il voit dans cette pêche miraculeuse une manifestation de la présence et de la puissance divines, qui fait un contraste douloureux avec sa conscience d'homme pécheur. (Comparer Luc 7.6)

      Comme expression d'une profonde humilit√©, ces paroles sont d'une v√©rit√© saisissante¬†; mais une connaissance plus compl√®te de la gr√Ęce que J√©sus apportait, aurait amen√© le disciple √† une conclusion tout oppos√©e¬†: "Seigneur, je suis p√©cheur, viens √† moi, sauve-moi¬†!"

      9 Luc distingue d'une part ceux qui étaient avec lui (Pierre) dans sa barque, et d'autre part ses compagnons ou associés, les fils de Zébédée, qui étaient dans l'autre barque. (verset 7)

      Tous avaient reçu la même impression d'une frayeur religieuse.

      10 Grec : désormais tu prendras vivants (terme de chasse ou de pêche) des hommes.

      Ces paroles si caract√©ristiques, adress√©es √† des p√™cheurs, expriment toute la pens√©e de notre r√©cit. Prendre, saisir du milieu du monde, par la pr√©dication de l'Evangile, des √Ęmes vivantes, et les amener dans le royaume de Dieu, telle sera la belle et sainte vocation des disciples.

      Dans Matthieu (Matthieu 4.19) et Marc, (Marc 1.17) Jésus se contente de leur conférer ce grand privilège en paroles ; ici, il le leur révèle en action.

      - Et cet enseignement par lequel Jésus voulait inspirer a Pierre la foi en sa vocation apostolique, il le renouvellera plus tard, (Jean 21.3 et suivants) afin de lui rendre la confiance qu'il aura perdue par sa chute. C'est donc arbitrairement qu'on prétend identifier ces deux événements, en accusant les évangélistes de les avoir confondus.

      11 Ces disciples avaient déjà fait une première connaissance avec Jésus et avaient même travaillé sous sa direction (Jean 1.35 et suivants ; comparez Luc 3.22 ; 4.2), mais revenus en Galilée, ils étaient retournés à leurs occupations ordinaires : (verset 5) maintenant ils les abandonnent pour consacrer leur vie au Sauveur. (Matthieu 4.20)

      C'est ainsi que Jésus fonda en fait et en droit le ministère de la Parole.

      12 12 à 36 Guérison d'un lépreux et d'un paralytique

      Une des villes, sous-entendu : de la Galilée. Il s'agit d'une des "autres villes" mentionnées Luc 4.43. Comparer ci-dessous verset 17, note.

      Grec : plein de lèpre, expression qui indique le plus haut degré dans cette maladie incurable et mortelle. La phrase sans verbe dépeint la surprise causée par l'arrivée inattendue du lépreux : il violait les ordonnances en pénétrant dans la ville et en s'approchant de Jésus.

      - Voir, sur cette guérison, Matthieu 8.1-4, notes ; Comparer Marc 1.40-44, notes.

      Matthieu place ce récit immédiatement après le sermon sur la montagne, en en indiquant avec précision le temps et le lieu.

      Luc l'intercale ici sans aucune détermination pareille.

      15 Le texte reçu porte : guéries par lui, complément qui manque dans Sin., B. C, D, Itala, et qui s'entend de soi-même.
      16 Il faut remarquer le contraste indiqué par ces mots : Mais lui.

      Tandis que sa renommée se répandait parmi les foules, que sa popularité s'accroissait, lui cherchait la solitude dans les déserts et priait. (Grec : il était se retirant et, priant : tournée qui marque une action prolongée et fréquemment répétée).

      J√©sus d√©ployait tant de forces physiques et morales, qu'il devait souvent venir retremper son √Ęme dans la communion de son Dieu. Ces temps de retraite permettaient en m√™me temps √† l'agitation produite par la vue de ses miracles de se calmer.

      Luc est celui des √©vang√©listes qui rel√®ve le plus fr√©quemment ce c√īt√© intime de la vie de J√©sus. (Luc 3.21¬†; 6.12¬†; 9.18,29¬†; 11.1¬†; 22.41,44)

      17 Comparer Matthieu 9.1-8, notes, et Marc 2.1-12, notes.

      Grec : un des jours du voyage d'évangélisation dont le début est rapporté 4 : 43. Cette expression correspond à celle du verset 12 "une des villes."

      D'autres interpr√®tes voient dans cette tournure un h√©bra√Įsme qu'ils traduisent par un jour, dans une ville, et nient quelle √©tablisse un lien entre notre passage et Luc 4.43.

      - Ce grand concours des adversaires du Sauveur, venus de divers lieux de la Galilée et de la Judée, avait certainement été provoqué par un mot d'ordre émané de Jérusalem.

      Le temps approchait o√Ļ la haine croissante des chefs du peuple am√®nerait la catastrophe¬†; ils s'appliquent d√®s ce moment √† √©pier et √† surveiller J√©sus.

      (Voir, sur les pharisiens, Matthieu 3.7, note, et sur les docteurs de la loi ou scribes, Matthieu 23.2, note.)

      Grec : une puissance du Seigneur était pour qu'il guérit. Le texte reçu porte : "pour les guérir."

      A quoi pourrait se rapporter ce les ? Non pas certainement à ces adversaires qui viennent d'être nommés. Si ce pronom était authentique, il faudrait admettre que l'évangéliste pense encore à ces foules qui amenaient à Jésus leurs malades, (verset 15) mais dont il ne parle plus ici.

      Avec la variante : "qu'il guérit," adoptée sur l'autorité de Sin., B. tout est clair et précis.

      Une puissance du Seigneur (de Dieu) agissait pour rendre Jésus capable de guérir toute maladie. Par cette remarque, Luc prépare le miracle qui va suivre et en particulier l'assurance avec laquelle le Sauveur jettera à ses adversaires le défi qui se lit aux versets 23,24.

      18 A le faire entrer dans la maison o√Ļ J√©sus enseignait. (versets 17,19)
      19 Voir, sur cette action, Marc 2.4, note.

      Ce que Luc appelle les tuiles, c'étaient les briques ou les dalles dont était recouverte la terrasse qui, en Orient, sert de toit aux maisons.

      Cette expression par, (grec) à travers les tuiles, indique qu'ils pratiquèrent une ouverture dans la toiture même.

      20 D'après Matthieu, Jésus adresse d'abord au pauvre malade cette parole pleine de compassion : Prends courage, mon fils.

      Marc conserve également ce terme affectueux : Mon fils (grec mon enfant).

      Luc dit : O homme !

      21 Le mot de Luc¬†: se mirent √†, commenc√®rent, marque le moment pr√©cis o√Ļ les murmures √©clat√®rent¬†: il fait penser que ceux-ci se prolong√®rent quelque temps avant que J√©sus intervint.
      25 Grec : "il emporta ce sur quoi il avait été couché."
      26 Grec¬†: des paradoxes, c'est-√†-dire des choses contraires √† l'opinion, inattendues, inou√Įes. (Marc 2.12, note.)
      27 27 √† 39 Vocation de L√©vi. Questions sur le je√Ľne.

      Il sortit de la maison o√Ļ il enseignait (verset 17) et o√Ļ il gu√©rit le paralytique. (verset 19)

      Il sortit m√™me de la ville (de Caperna√ľm, verset 17 et suivants¬†; comparez Marc 2.1), pour se rendre au bord de la mer¬†; c'est l√† que se trouvait, selon toute apparence, le bureau des p√©ages, d'o√Ļ L√©vi (Matthieu) fut appel√© √† suivre J√©sus. (Marc 2.13)

      - Voir, sur ce récit, Matthieu 9.9-17, notes, et Marc Marc 2.13-22, notes.

      Voir, sur ce nom, Matthieu 9.9, note, et sur les péagers, Matthieu 5.46, note.

      30 Le texte reçu porte : leurs scribes et les pharisiens.

      Le pronom leurs devrait, dans ce cas, se rapporter aux habitants du lieu et signifier : les scribes qui se trouvaient parmi eux.

      Mais la leçon adoptée, d'après.Sin., B. C, D, Itala : les pharisiens et leurs scribes, se comprend beaucoup mieux. Elle signifie que ces scribes étaient ceux que les pharisiens avaient amenés avec eux. (verset 17)

      - Les reproches que ces hommes adressent aux disciples, n'osant pas les faire directement au Ma√ģtre, se fondaient sur ce que, dans les mŇďurs de l'Orient, manger et boire avec quelqu'un, c'√©tait entrer avec lui dans des relations de familiarit√© et de confiance qui r√©voltent ici l'orgueil pharisa√Įques.

      32 Voir, sur cette réponse de Jésus, Matthieu 9.12.

      Les mots : à la repentance, manquent dans Matthieu et Marc.

      33 Les pharisiens, confondus par la r√©ponse de J√©sus, portent la discussion sur un autre sujet¬†: les je√Ľnes prescrits par la loi et les pri√®res offertes √† certaines heures fixes.

      Pour donner plus de poids à leur objection, ils invoquent l'exemple des disciples de Jean.

      De là vient que Matthieu attribue la question à ceux-ci, qui sans doute y prirent part, et que Marc la met dans la bouche des uns et des autres. (Voir Matthieu 9.14, note, et Marc 2.18, note.)

      35 Voir, sur le sens de cette réponse, Matthieu 9.15, note, et Marc Marc 2.19,20, notes.

      Sin., D, l'Itala portent¬†: Les amis de l'√©poux peuvent-ils je√Ľner¬†? Le√ßon probablement tir√©e de Matthieu et de Marc.

      - Luc rend cette pens√©e d'une mani√®re pleine de solennit√© et de tristesse¬†: "Les amis de noce ne peuvent pas je√Ľner maintenant¬†; mais des jours viendront."

      Quels sont ces jours¬†? On le pressent¬†: cependant J√©sus le dit express√©ment dans un second membre de phrase¬†: et quand l'√©poux leur sera √īt√©, alors ils je√Ľneront en ces jours-l√†.

      Il faut remarquer la répétition de ces derniers mots : Jésus prévoit dans un prochain avenir ces jours redoutables pour ses pauvres disciples. Dans Sin., C, quelques majuscules et des versions, et, devant quand l'époux, est omis.

      Il est authentique, mais sa vraie place est probablement celle qu'il occupe dans Matthieu 9.15¬†: et alors ils je√Ľneront.

      36 Le texte reçu omet : déchirant de.

      La traduction est dès lors : "Personne ne met une pièce d'un habit neuf à un vieil habit."

      Cette leçon a au fond le même sens, mais elle indique moins clairement qu'il faut déchirer l'habit neuf pour se procurer la pièce.

      Matthieu et Marc disent : "une pièce de drap neuf."

      De ce procédé résulteraient deux maux : d'abord on déchire le neuf ; ensuite cette pièce prise du neuf ne s'accorde pas avec le vieux, elle fait avec lui une disparate désagréable à la vue.

      Matthieu et Marc énoncent un autre inconvénient : "La pièce neuve emporte une partie de l'habit et la déchirure en devient pire."

      Voir, sur le sens de cette parabole et de la suivante, Matthieu 9.16,17, notes.

      38 Le texte reçu avec A, C, D, ajoute : et tous deux se conservent. Ces mots ont été empruntés à Matthieu.
      39 Cette troisième parabole, particulière à Luc, ne parait pas, au premier abord, être en harmonie d'idées avec les deux précédentes.

      Aussi manque-t-elle dans D, et l'Itala. B. C omettent¬†: aussit√īt, mais c'est le mot essentiel de la parabole. Le texte re√ßu porte "le vieux est meilleur," au lieu de "est bon." C'est apparemment une correction des copistes.

      - Mais quel est le sens de cette nouvelle comparaison, et quel est son rapport avec les deux pr√©c√©dentes¬†? Litt√©ralement, le sens est bien simple. Tout le monde pr√©f√®re le vin vieux, qui est plus doux, meilleur, au vin nouveau qui est plus fort, mais d'un go√Ľt plus acerbe.

      Le sens spirituel doit ressortir des versets 36,37¬†; la vie nouvelle que J√©sus apporte dans les √Ęmes et dans le monde est incompatible avec les vieilles institutions th√©ocratiques et avec la vieille nature humaine¬†; il faut que tout soit renouvel√© pour la recevoir et la supporter, ou plut√īt c'est elle-m√™me qui fait toutes choses nouvelles.

      Mais il n'est pas naturel de s'attendre √† ce que des hommes tels que les disciples de Jean et ceux des pharisiens, (verset 33) habitu√©s aux formes et √† l'esprit de l'ancienne alliance, y renoncent aussit√īt, pour embrasser la vie nouvelle qui leur est pr√©sent√©e. L'habitude, les pr√©jug√©s, et la pente naturelle de leurs cŇďurs leur font dire¬†: L'ancienne religion est bonne.

      Ainsi J√©sus avec beaucoup d'indulgence adoucit ce qu'il y a d'absolu dans les deux premi√®res paraboles, ou du moins exprime la pens√©e qu'il faut supporter avec patience ceux qui ne peuvent se d√©prendre tout √† coup de leurs vieilles convictions juda√Įques pour embrasser l'Evangile.

      On reconna√ģt bien l√† la charit√© du Ma√ģtre qui "ne brise pas le roseau froiss√© et n'√©teint pas le lumignon fumant." Cette mis√©ricorde se comprend d'autant mieux ici, qu'elle s'exer√ßait surtout √† l'√©gard des disciples de Jean-Baptiste qui, selon Matthieu, (Matthieu 9.14) avaient soulev√© la question des je√Ľnes, occasion de tout ce discours.

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