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Romains 6

    • 1 Le croyant est affranchi en Christ du p√©ch√© et de la loi, et il vit de la vie de l'Esprit, gage de sa glorification future. Ch. 6-8

      Chapitre 6. L'affranchissement du péché ou la sanctification par la foi en Christ mort et ressuscité.

      1 à 11 Christ, par sa mort et sa résurrection, nous procure la mort au péché et la naissance à une vie nouvelle.

      L'ap√ītre venait d'exprimer (Romains 5.20) une v√©rit√© aussi belle et consolante qu'elle para√ģt hardie au premier abord¬†: "L√† o√Ļ le p√©ch√© a abond√©, la gr√Ęce a surabond√©."

      Les adversaires de son enseignement (Romains 3.8) pouvaient en tirer la conclusion¬†: il n'y a donc qu'√† demeurer dans le p√©ch√©, afin que la gr√Ęce abonde. La doctrine de la justification par la foi est immorale¬†!

      Cette objection, l'ap√ītre se la fait √† lui-m√™me sous forme de question au sens d√©lib√©ratif (subjonctif en grec selon la le√ßon la plus autoris√©e)¬†: voulons-nous, devons nous, pouvons nous demeurer dans le p√©ch√©, y pers√©v√©rer¬†?

      L'ap√ītre repousse √©nergiquement une telle pens√©e¬†: (Grec¬†:) qu'ainsi n'advienne¬†! Et il montre qu'elle ne saurait se donner comme la conclusion de son enseignement sur la gratuit√© du salut.

      Cette objection √† la gratuit√© du salut est profond√©ment enracin√©e dans le cŇďur de l'homme. Elle flatte son orgueil. Elle s'est reproduite √† toutes les √©poques de r√©veil, ou la pr√©dication de la gr√Ęce s'est fait entendre. Elle a √©t√© l'arme principale des catholiques contre la r√©formation au seizi√®me si√®cle. Elle est cause de la timidit√© de beaucoup croyants, qui n'osent se livrer √† la foi en un salut tout gratuit.

      Et, d'un autre c√īt√©, il faut reconna√ģtre que cette objection para√ģt justifi√©e par la conduite de plusieurs de ceux qui professent √™tre sauv√©s par la foi seule et qui abusent de la gr√Ęce pour mener une vie sans renoncement et sans saintet√©. L'ap√ītre va la r√©futer de mani√®re √† √īter aux uns et aux autres tout pr√©texte et toute illusion¬†: il va exposer comment la sanctification du croyant est √©troitement li√©e √† sa justification et en r√©sulte n√©cessairement.

      La sanctification n'est pas la preuve de la justification, une d√©monstration de sa r√©alit√©, par laquelle le croyant justifi√© montrerait que la justice lui a √©t√© r√©ellement communiqu√©e. Si telle avait √©t√© la pens√©e de l'ap√ītre, il aurait d√Ľ pour passer du ch. 5 au ch. 6, employer la particule "car" et non la particule donc, ou, mieux encore, placer les ch. 6 √† 8 avant les ch. 3 √† 5.

      Il ne présente pas non plus la sanctification comme une condition que le croyant justifié doit remplir pour que sa justification subsiste, ni même comme un devoir que la reconnaissance lui impose, comme une obligation qui résulte pour lui du fait qu'il a été gratuitement justifié.

      La sanctification, tout comme la justification, est une gr√Ęce¬†; le fid√®le se l'approprie par la foi qui embrasse Christ mourant pour lui, ce Christ qui "nous a √©t√© fait de la part de Dieu, justice, sanctification et r√©demption." (1Corinthiens 1.30 note.)

      L'ap√ītre a trait√©, dans ce qui pr√©c√®de, le premier de ces trois bienfaits¬†: Christ notre "justice," il va traiter, dans Romains 6-Romains 8, Christ notre "sanctification" et Christ notre "r√©demption," c'est-√†-dire notre d√©livrance finale de tout mal.

      2 Grec : Nous, des gens qui sommes morts au péché, comment vivrons-nous encore en lui ?

      Etre mort au p√©ch√©, c'est √™tre dans un √©tat o√Ļ le p√©ch√© n'a plus de pouvoir et n'exerce plus d'attrait sur nous.

      Le verbe √† l'aoriste pr√©sente le fait comme accompli¬†; il ne s'agit donc pas d'une mort que le croyant r√©aliserait peu √† peu par ses renoncements¬†; c'est une Ňďuvre divine dont il est l'objet, qu'il accepte par la foi et qui a pour effet de le s√©parer, de le d√©tacher de lui-m√™me, du p√©ch√© et du monde. Un mort n'a plus de rapports, ni avec le monde, ni avec la vie. (comparez Colossiens 2.20¬†; 3.3¬†; Galates 2.19¬†; 6.14¬†; 1Pierre 2.24)

      L'ap√ītre consid√®re la mort au p√©ch√© comme d√©j√† accomplie parce que la communion avec Christ, qui est mort pour nous, en est le principe et garantit sa r√©alisation.

      A quel moment et de quelle mani√®re l'ap√ītre pense-t-il que le croyant entre dans cet √©tat¬†? La plupart des interpr√®tes disent que c'est au moment du bapt√™me, (verset 3) quand celui-ci est accompagn√© de la communication de l'Esprit qui r√©g√©n√®re le p√©cheur. Mais √† verset 4, l'ap√ītre compare le bapt√™me non √† la mort, mais √† la s√©pulture de celui qui est d√©j√† mort.

      La mort au p√©ch√© doit donc √™tre √† ses yeux le r√©sultat, soit de la mort de Christ sur la croix et de la justification que Dieu prononce sur le p√©cheur soit de l'acte de foi par lequel le croyant s'attache au Sauveur crucifi√© pour lui et s'approprie son Ňďuvre r√©demptrice. (comparez versets 5,6, notes)

      3 Ou bien, si vous ne reconnaissez pas que nous sommes morts au péché, ignorez-vous que nous (grec) tous, tant que nous sommes, qui avons été baptisés en Jésus-Christ...Le baptême que nous avons reçu prouve que nous sommes morts au péché, il figurait un ensevelissement, (verset 4) il n'a donc pu avoir lieu qu'après notre mort. Tel est le lien logique entre verset 3 et verset 4 et le versets verset 2.

      Le bapt√™me est le sceau divin de la r√©g√©n√©ration, c'est-√†dire de la transformation dont il est parl√© dans ces versets. L'ap√ītre consid√®re le bapt√™me que ses lecteurs avaient re√ßu apr√®s leur conversion comme ayant co√Įncid√© avec l'Ňďuvre de la gr√Ęce, par laquelle ils ont √©t√© faits participants de la mort et de la r√©surrection du Christ.

      Quand l'ap√ītre dit¬†: C'est en sa mort que nous avons √©t√© baptis√©s, il envisage la mort du Christ, non plus comme le sacrifice qui nous obtient la justification, mais comme le terme de l'existence humaine du Sauveur¬†; et il enseigne que le croyant traverse cette mort avec Christ, d'une mani√®re spirituelle mais r√©elle¬†; le vieil homme est crucifi√© et meurt avec Christ. (verset 6)

      Et m√™me, afin de donner plus de force √† cette pens√©e, l'ap√ītre ajoute¬†: (verset 4) nous avons √©t√© ensevelie avec lui par le bapt√™me la mort. Cette expression figur√©e lui est inspir√©e par l'usage de plonger dans l'eau celui qui √©tait baptis√©.

      Il écrit : en la mort, et prend ce dernier terme dans son sens le plus général, pour indiquer que notre mort est comprise dans celle du Christ.

      - Par la m√™me puissance de r√©surrection et de vie divine qui tira le Seigneur du tombeau, et que Paul appelle ici la gloire du P√®re, (Jean 11.40) parce que, en elle, cette gloire se manifesta de la mani√®re la plus √©clatante, le nouvel homme, vivifi√©, sort des eaux du bapt√™me pour marcher, toujours avec Christ, en nouveaut√© de vie. L'ap√ītre emploie cette tournure, au lieu de dire simplement¬†: "vivre d'une vie nouvelle," pour bien marquer ce qu'il y a de nouveau dans cette vie r√©g√©n√©r√©e.

      Il ne dit pas, comme si la résurrection de Jésus-Christ n'était que l'image et le modèle de notre régénération : "Nous devons marcher,.." mais : "nous avons été ensevelis avec lui par le baptême en sa mort, afin que nous marchions en nouveauté de vie, comme Christ est ressuscité des morts."

      La r√©surrection de Christ et notre marche en nouveaut√© de vie sont dans une relation intime, en vertu de l'union organique des membres avec le chef. Cette pens√©e profonde, qui est d'une grande importance pratique pour la vie chr√©tienne, revient fr√©quemment dans les √©crits des ap√ītres. (Galates 2.20¬†; Philippiens 3.10¬†; Colossiens 2.12¬†; 3.1¬†; 1Pierre 2.24¬†; 4.1)

      Et ce n'est pas sans raison que, dans notre passage et dans Colossiens 2.12, elle est mise en relation avec le baptême. A la vérité, le changement qu'elle dépeint peut avoir lieu même sans le baptême ; il est, comme fait spirituel, indépendant de la cérémonie extérieure. Cependant, comme le baptême est le signe de l'admission dans l'Eglise de Jésus-Christ et le symbole de la régénération par laquelle nous naissons à la vie en Christ, il est naturel de rapprocher les deux faits.

      En outre, le bapt√™me est plus qu'un simple signe, il communique une gr√Ęce. Pour qui le re√ßoit avec une foi personnelle et vivante en J√©sus-Christ, il devient partie int√©grante de l'Ňďuvre de sa r√©g√©n√©ration¬†; au signe s'ajoute la parole puissante et cr√©atrice par laquelle Dieu r√©g√©n√®re l'√Ęme. (1Pierre 1.23)

      S'il faut se garder de la superstition qui attribue au rite en lui-m√™me une influence pour ainsi dire magique, il faut se garder √©galement de ne voir dans le bapt√™me qu'un symbole, et de m√©conna√ģtre l'action divine qui s'exerce par lui et qui fait de lui un moyen de gr√Ęce.

      "En ceci n'emp√™che rien ce que nous voyons que cette vertu et efficace ne se montre pas. Car saint Paul, suivant sa coutume, pour ce qu'il parle aux fid√®les, conjoint la substance et l'effet avec le signe externe. Car nous savons que par leur foi est confirm√© et ratifi√© en eux tout ce que le Seigneur pr√©sente par le signe visible. En somme, il enseigne quelle est la v√©rit√© du bapt√™me, quand il est re√ßu d√Ľment et comme il appartient. Ainsi parlant aux Galates, (Galates 3.27) il testifie que tous ceux d'entre eux qui √©taient baptis√©s en Christ avaient v√™tu Christ. Certes, c'est ainsi qu'il en faut parler, quand l'ordonnance du Seigneur et la foi des fid√®les sont conjointes et se rencontrent ensemble. Car jamais nous n'avons les signes nus et vides, sinon quand notre ingratitude et malignit√© emp√™che l'efficace de la lib√©ralit√© de Dieu." Calvin.

      En d√©crivant comme il le fait dans notre passage l'action du bapt√™me, l'ap√ītre n'avait pas en vue le bapt√™me administr√© aux petits enfants. Celui-ci repose sur un autre fondement¬†: la participation des enfants √† l'alliance de gr√Ęce.

      5 L'ap√ītre explique et prouve (car) notre association √† la mort et √† la r√©surrection du Christ par une image emprunt√©e √† la nature¬†: nous sommes devenus une m√™me plante avec lui, nous sommes organiquement unis √† lui, de mani√®re √† "cro√ģtre avec lui."

      Avec lui ne se lit pas dans l'original. Ceux qui se refusent à le sousentendre relient le verbe au complément suivant : "nous sommes organiquement unis à la ressemblance de sa mort."

      Mais cette construction ne donne pas un sens satisfaisant : on ne peut être uni à une notion abstraite comme la ressemblance.

      Il vaut mieux sous-entendre : avec lui ; Paul a omis ces mots parce que la pensée de l'union avec Christ domine tout le passage. (versets 3,6)

      Le complément qui suit : par la ressemblance de sa mort, exprime le moyen par lequel nous sommes devenus une même plante avec Christ. L'union vivante de deux tiges de la même plante ou des rameaux et du tronc, tel est l'emblème de la communion du fidèle avec son Sauveur ; (Jean 15.1-5) tout est commun entre eux : la mort, la résurrection, la vie.

      Dans Romains 11.17 et suivants l'ap√ītre emploie une autre image, celle de la greffe ent√©e sur une plante.

      Calvin identifie √† tort les deux images¬†; mais, le commentaire qu'il donne de notre passage n'en conserve pas moins sa v√©rit√©¬†: "Enter ne signifie pas seulement conformit√© d'exemple, mais emporte une conjonction secr√®te, par laquelle nous sommes tellement unis √† lui, que nous donnant vie par son Esprit, il fait passer et comme d√©couler sa vertu en nous. Comme donc le greffe a une condition commune de vie et de mort avec l'arbre auquel il est ent√©¬†: ainsi il faut que nous soyons participants aussi bien tant de la vie de Christ que de sa mort...L'ap√ītre ne requiert point ici une chose qui se doive faire par notre diligence ou industrie¬†; mais il parle d'un entement fait de la main de Dieu."

      - Christ n'est pas seulement un représentant de notre humanité, il est son chef, uni par un lien organique à tous les membres du corps (devenus une même plante avec lui) ; Sa mort est notre mort ; sa résurrection notre résurrection, sa vie notre vie.

      Seulement, parce que la r√©surrection du fid√®le, commenc√©e spirituellement au dedans de lui, n'est pas encore consomm√©e, et ne le sera que lorsque le corps lui-m√™me y aura part en √©tant rev√™tu de l'immortalit√©. (Romains 8.11) L'ap√ītre en parle comme d'une chose future, objet de la foi et de l'esp√©rance du chr√©tien¬†: nous serons faits une m√™me plante avec lui par la ressemblance de sa r√©surrection. Suivant d'autres interpr√®tes, ce futur exprime simplement la cons√©quence logique.

      - La ressemblance de sa mort et de sa résurrection signifie : une mort et une résurrection semblables à sa mort et à sa résurrection, qui les reproduisent spirituellement.

      Les mots : à la ressemblance ne sont pas répétés avant : de sa résurrection, mais il faut les sous-entendre, car on ne peut traduire : "nous serons de sa résurrection," nous y aurons part.

      - La première partie de l'image : "une même plante avec Christ dans sa mort", est développée dans versets 6,7 ; la seconde partie : "unis à Christ dans sa résurrection," dans versets 8-10.

      6 L'ap√ītre explique lui-m√™me le sens de l'image qu'il vient d'employer.

      La proposition participiale : (grec) sachant ceci que, comprenant bien que, exprime, suivant les uns, l'expérience personnelle qui confirme la vérité énoncée à verset 5 : nous sommes morts avec Christ et ressuscités avec lui ; nous ne saurions en douter, car nous savons bien, par expérience, que notre vieil homme a été crucifié avec lui.

      Suivant d'autres, cette proposition exprime la condition que nous devons remplir pour être unis à Christ : nous serons une même plante avec lui, si nous comprenons bien que notre vieil homme a été crucifié avec lui.

      - Ce qui en nous a √©t√© crucifi√© avec Christ, c'est notre vieil homme, c'est √† dire l'homme naturel tel qu'il na√ģt, grandit et vit avant d'avoir √©t√© r√©g√©n√©r√© par l'Esprit de Dieu et renouvel√© dans la communion avec Christ. L'homme nouveau se d√©veloppe dans la proportion o√Ļ le vieil homme p√©rit.

      Mais il faut remarquer que cette transformation morale, lente et graduelle, l'ap√ītre la consid√®re comme un fait accompli¬†: notre vieil homme a √©t√© crucifi√© avec Christ. Il l'a √©t√© en effet dans la mort du Christ, √† laquelle le croyant participe¬†; mais il ne l'a √©t√© que virtuellement, en principe.

      Par un acte de foi sans cesse renouvel√©, le croyant doit transformer cette virtualit√© en une r√©alit√©. Le crucifiement du vieil homme ne s'op√®re pas dans le croyant d'une mani√®re soudaine et en quelque sorte magique, le pla√ßant une fois pour toutes dans une condition morale o√Ļ le p√©ch√© serait enti√®rement d√©truit et ne lui ferait plus sentir ses atteintes.

      "La mort au p√©ch√© dont parle l'ap√ītre est un √©tat sans doute, mais un √©tat de la volont√©, qui ne subsiste qu'aussi longtemps qu'elle se tient elle m√™me sous l'empire du fait qui l'a produit et le produit constamment, la mort de J√©sus." Godet.

      - Le but du crucifiement du vieil homme, c'est la destruction du corps du péché.

      Le corps du p√©ch√© ne signifie pas seulement le corps de l'homme p√©cheur car Paul ne voit pas dans le corps la source, ni m√™me le si√®ge unique du p√©ch√©. Il reconna√ģt que "l'esprit" a aussi ses "souillures¬†;" (2Corinthiens 7.1) il d√©clare que "la vie de J√©sus se manifeste dans notre corps," "dans notre chair mortelle¬†;" (2Corinthiens 4.10,11) dans notre chapitre m√™me il √©crit¬†: "que le p√©ch√© ne r√®gne dans votre corps," et¬†: "livrez vos membres √† Dieu" (versets 12,13, comparez Romains 12.1)¬†; enfin, le verbe¬†: afin que f√Ľt d√©truit, ne saurait s'appliquer au corps proprement dit, car le crucifiement spirituel avec Christ n'a pas pour but la destruction du corps, et Paul ne consid√®re pas cette destruction comme le but de la morale chr√©tienne.

      Cependant la plupart des commentateurs modernes entendent l'expression au propre : le corps du péché, c'est le corps qui appartient au péché, qui est dominé par lui, qui lui sert d'instrument.

      Ils disent qu'il doit être détruit seulement en tant qu'il est asservi au péché. Cette distinction est bien subtile, car ce n'en est pas moins le corps lui-même que la destruction atteint.

      Ou bien ils donnent au verbe détruire le sens de "rendre inactif," mais ce sens ne se rencontre pas chez Paul, qui emploie toujours ce verbe avec la signification intensive de détruire, supprimer, anéantir. (Romains 3.3,31 ; 4.14 ; 2Thessaloniciens 2.8 ; 2Corinthiens 3.11,13 ; 1Corinthiens 15.24)

      Nous croyons donc qu'il faut prendre le mot corps au figuré.

      Le corps du péché, c'est ou bien "le péché" dans toute sa réalité, comme on dit : le corps d'une chose, pour l'opposer à son ombre ; ou mieux encore la totalité du péché considéré comme formant un organisme, comme ayant des "membres" divers, énumérés Colossiens 3.5, entre lesquels il y a un lien organique que le terme de "corps" fait ressortir.

      L'ap√ītre a √©t√© amen√© √† employer cette m√©taphore par l'image du vieil homme clou√© sur la croix. Peut√™tre aussi la pens√©e que c'est dans le corps que le p√©ch√© √©tablit son principal empire et exerce ses plus terribles ravages, n'a-telle pas √©t√© √©trang√®re au choix de l'expression. L'ap√ītre aurait voulu relever, en l'employant, l'id√©e que c'est par le corps, par la nature charnelle de l'homme que le p√©ch√© a pass√© d'Adam √† tous ses descendants (Romains 5.12 suivants comparez Psaumes 51.7¬†; Jean 3.6).

      Mais nous ne saurions limiter la port√©e du terme au corps proprement dit du p√©cheur. La pens√©e de l'ap√ītre est¬†: le vieil homme, le moi √©go√Įste et charnel, auteur de tout p√©ch√© a √©t√© crucifi√© et virtuellement r√©duit √† l'impuissance, afin que tout le corps du p√©ch√©, toutes ses manifestations, spirituelles et charnelles, ces derni√®res en particulier soient d√©truits par la sanctification progressive de l'√Ęme et du corps, de notre √™tre tout entier.

      - Cette sanctification est notre affranchissement de l'esclavage du p√©ch√©, que l'ap√ītre indique comme le but dernier de notre mort avec Christ¬†: pour que nous ne soyons plus esclaves du p√©ch√©.

      En effet, tant que notre vieil homme n'a pas été crucifié, nous sommes esclaves du péché, ou, comme on peut traduire aussi : (Ephésiens 6.7) "nous servons le péché," même lorsque nous ne commettons pas de péchés grossiers.

      Mais une fois que notre vieil homme a été crucifié, le péché peut subsister encore en nous, il ne règne plus. Le croyant ne le sert plus, il n'est plus son esclave. S'il combat, s'il souffre, s'il saigne, s'il subit parfois de honteuses défaites et reçoit des blessures cuisantes, il ne languit plus impuissant sous l'esclavage du péché et de la mort. Il est de plus en plus vainqueur dans la lutte ; et cette lutte même, quelque ardente et douloureuse qu'elle puisse être, est une preuve que la vie nouvelle triomphe de la nature déchue.

      7 Grec : "Celui qui est mort est justifié du péché."

      L'expression : celui qui est mort doit s'entendre de la mort physique et non de la mort au péché.

      Etre justifié du péché, c'est être reconnu affranchi du péché.

      Cette vérité générale, sorte de dicton, revient à dire : un mort n'a plus rien à faire avec le péché.

      D'autres l'entendent du condamn√© qui a expi√© sa faute en subissant la peine capitale¬†; la justice n'a plus rien √† r√©clamer de lui, il est justifi√©. Mais rien n'indique qu'il s'agit de ce genre de mort, et cette explication nous ram√®nerait au sujet de la justification dont Paul ne parle pas dans cette partie de son √©p√ģtre.

      8 Nous croyons que nous vivrons avec lui¬†: la participation √† la vie de Christ est pr√©sent√©e ici comme un fait √† venir, parce que l'ap√ītre se place au point de vue du baptis√© (verset 3) qui, au moment o√Ļ il sort des eaux du bapt√™me, a devant lui la voie nouvelle de la sanctification dans laquelle il est appel√© √† marcher¬†; (verset 4) la mort au p√©ch√©, dans l'union avec Christ crucifi√©, est alors pour lui un fait d'exp√©rience¬†; l'ap√ītre en parle au pass√©¬†: nous sommes morts avec Christ, tandis que la vie avec Christ est l'exp√©rience nouvelle qu'il va √™tre appel√© √† faire.
      9 Le chrétien croit qu'il participera à h vie de Christ ; (verset 8) sa foi repose sur un fait qui n'est pour lui l'objet d'aucun doute : sachant bien que Christ ressuscité des morts ne meurt plus ; la mort n'a plus de pouvoir sur lui. (Apocalypse 1.18) C'est la raison exprimée à verset 10.
      10 Grec : Ce qu'il est mort, il est mort au péché une seule fois, ce qu'il vit, il vit pour Dieu.

      C'est-à-dire : la mort qu'il a soufferte c'est la mort au péché ; la vie dont il vit, c'est la vie pour Dieu. Par la mort du Sauveur, le péché a été détruit, sa puissance brisée.

      Cette Ňďuvre est virtuellement accomplie. Christ est mort une fois pour toutes.

      Voir sur ce caractère unique et définitif, de la mort de Christ, envisagée comme sacrifice pour le péché, Hébreux 7.27 ; 9.26-28.

      La vie nouvelle de Christ appartient d√©sormais √† Dieu. Le Fils unique et bien aim√© vit avec le P√®re dans une communion de gloire √©ternelle, et toute son activit√© tend √† cr√©er et √† entretenir dans le cŇďur des hommes une semblable vie, sainte et imp√©rissable. (Luc 20.38)

      11 Le texte reçu, avec Sin., C, porte : Jésus-Christ, notre Seigneur.

      Ces mots marquent dans B, A, D.

      - La conclusion hardie que l'ap√ītre tire de la ressemblance de notre condition avec celle de Christ (verset 5) est¬†: "consid√©rez vous, vous aussi, comme morts au p√©ch√© et comme vivants pour Dieu en J√©sus-Christ."

      Ce n'est pas l√† seulement une conclusion logique, une th√©orie, une hypoth√®se¬†; c'est une r√©alit√© que la foi saisit et dont l'√Ęme vit quand elle est entr√©e dans la communion avec J√©sus-Christ.

      Plus cette communion est intime et vivante, plus aussi nous constatons que nous sommes vraiment morts au p√©ch√©, car nous voyons son empire sur nous diminuer graduellement¬†; et nous nous assurons que nous sommes vivants pour Dieu en J√©susChrist, car nous sentons la vie divine se d√©ployer avec puissance dans nos cŇďurs. Christ nous est ainsi fait de la part de Dieu "sanctification" aussi bien que "justice" (1Corinthiens 1.30)

      - Il ne faut pas perdre de vue que tout cet expos√© de l'ap√ītre est une r√©ponse √† l'objection de verset 1¬†; r√©ponse p√©remptoire pour qui a fait l'exp√©rience du pouvoir sanctifiant qu'ont la mort et la r√©surrection de J√©sus-Christ, lorsque ces deux faits sont embrass√©s par la foi.

      Celui qui n'attribue pas √† la mort du Sauveur le r√īle que Paul lui assigne ici, celui qui consid√®re la r√©surrection de Christ comme un fait douteux ou sans importance, n'a pas encore saisi la v√©rit√© essentielle de l'Evangile et ignore le principe de la vie chr√©tienne. Car c'est bien la morale propre √† l'Evangile que l'ap√ītre expose dans ce chapitre, en montrant comment la vie du chr√©tien prend sa source dans la mort et la r√©surrection de J√©sus Christ.

      12 12 à 23 Exhortation à réaliser dans toute notre conduite ce qui nous est donné par notre union avec Christ mort et ressuscité.

      Pour obéir à ses convoitises, celles du corps.

      Une autre leçon porte : "pour lui obéir (au péché) dans ses convoitises (celles du corps)." La leçon que nous adoptons se lit dans Sin., B, A, C, versions.

      - Il pourrait sembler au premier abord que l'exhortation qui suit (versets 12-23) soit inutile, puisque l'ap√ītre vient d'affirmer, avec beaucoup d'assurance, que le chr√©tien est d√©j√† mort au p√©ch√©.

      Mais l'Ňďuvre de notre d√©livrance, parfaitement accomplie en Christ, ne se r√©alise que progressivement en ceux qui sont unis √† lui par la foi. Elle doit triompher des passions de la chair, de nos d√©fauts inv√©t√©r√©s, des r√©sistances de l'orgueil et de l'√©go√Įsme. Elle est compromise par des erreurs de jugement, entrav√©e par les tentations et les luttes de la vie. Le chr√©tien le plus avanc√© a besoin de voir sa communion avec le Sauveur sans cesse renouvel√©e, car elle est souvent troubl√©e par le p√©ch√©.

      Beaucoup de disciples du Christ sont portés à se faire des illusions sur leur développement spirituel, à croire qu'ils ont atteint le but quand ils en sont encore bien éloignés.

      On comprend que l'ap√ītre, sans rien retirer de ce qu'il a dit de la pleine d√©livrance du p√©ch√©, assur√©e √† celui qui croit en Christ, insiste sur la n√©cessit√© de lutter contre le p√©ch√©, de travailler √† notre sanctification.

      Les termes mêmes par lesquels il commence son exhortation montrent la nécessité de cet effort vigilant : que le péché ne règne pas dans votre corps mortel !

      Le p√©ch√© subsiste donc en nous, et notre corps mortel, qui est, par l'effet du p√©ch√©, vou√© √† la mort, (Romains 8.10) lui offre un terrain propice, sur lequel il pourrait ais√©ment r√©tablir son r√®gne. Lors m√™me que notre corps est mortel, destin√© √† p√©rir, il ne faut pas pour cela laisser le p√©ch√© r√©gner en lui. En employant ce terme g√©n√©ral¬†: le p√©ch√©, et en montrant le p√©ch√© qui aspire √† r√©gner en nous, Paul personnifie en quelque sorte le mal moral dont nous sommes atteints¬†; c'est un roi auquel nous devons disputer la possession de notre √Ęme. Il montre en m√™me temps que nous n'avons pas √† combattre seulement certaines manifestations du mal en nous, mais tout ce qui est p√©ch√© √† un degr√© quelconque.

      13 Le mot que nous traduisons par instruments ne se trouve dans le Nouveau Testament qu'avec le sens "d'armes,." (Romains 13.12 ; 2Corinthiens 6.7 ; 10.4)

      Beaucoup de commentateurs insistent pour maintenir ce sens dans notre passage. L'ap√ītre, pensent-ils, se figure "le p√©ch√©" comme un "roi" (verset 12) qui est en guerre avec Dieu. Les chr√©tiens ne doivent pas "mettre √† sa disposition leurs membres" pour qu'il s'en serve comme "d'armes" dans cette lutte impie.

      Ils relèvent un autre terme militaire qui se trouve à la fin de l'exhortation, verset 23 (voir la note). Mais n'est-ce pas un peu trop presser les expressions ?

      L'image d'une guerre entre le p√©ch√© et Dieu n'est pas clairement indiqu√©e dans notre passage. Il y est plut√īt question d'une activit√© que nous exer√ßons au service d'un ma√ģtre et dans laquelle nous lui pr√™tons nos membres comme des instruments.

      - Pourquoi l'ap√ītre, en exhortant les chr√©tiens √† ne plus vivre dans le p√©ch√©, parle-t-il avant tout du corps (verset 12) et des membres¬†? (comparez verset 19)

      Ce n'est pas, nous l'avons d√©j√† remarqu√©, que le si√®ge du p√©ch√© soit exclusivement dans le corps, ni que le p√©ch√© se manifeste seulement au moyen des membres du corps. Les membres, qui constituent notre corps, sont les instruments par lesquels nous agissons sur le monde ext√©rieur. Ils peuvent √™tre au service des "convoitises du corps," (verset 12) ou de notre √©go√Įsme et de notre orgueil¬†; ils travaillent alors √† maintenir et √† propager le r√®gne du p√©ch√©, √† semer autour de nous la division, la haine, la souffrance, la ruine, toute l'iniquit√© qui est le fruit amer d'une vie inspir√©e par la sensualit√© et par l'amour propre.

      Dans l'int√©r√™t de notre prochain et de l'Ňďuvre du r√®gne de Dieu, il importe donc que nos membres deviennent, non des instruments d'iniquit√©, mais des instruments de justice par lesquels nous procurions √† nos semblables la paix et le bonheur.

      Mais cette cons√©cration de nos membres √† la justice et √† Dieu importe aussi pour que notre sanctification soit r√©elle et compl√®te¬†; et c'est ici le motif principal et le plus profond que Paul a d'exhorter ses lecteurs √† sanctifier leur corps. Ses lecteurs, en effet, les anciens pa√Įens surtout, √©taient port√©s √† s'imaginer que l'esprit peut servir Dieu tandis que le corps demeure livr√© au p√©ch√©.

      A Corinthe, o√Ļ Paul se trouvait quand il √©crivait notre √©p√ģtre, il y avait bien des chr√©tiens qui vivaient dans cette erreur. (1Corinthiens 6.12-20) C'est pourquoi l'ap√ītre affirme que, si le p√©ch√© continue √† r√©gner sur le corps, le pr√©tendu affranchissement de l'esprit n'est qu'une illusion. Inversement, celui qui penserait vaincre le mal moral en soumettant seulement son corps √† des pratiques asc√©tiques, tombe dans une erreur non moins grave¬†: il laisse intacte la racine m√™me du p√©ch√©¬†; celui-ci se d√©veloppe sous les formes diverses de l'√©go√Įsme et de l'orgueil, d'autant plus que le p√©cheur se vante de le combattre et de le restreindre ailleurs.

      Il importe donc de ne pas s√©parer les deux sph√®res de la vie de l'√Ęme et de la vie du corps, que l'Evangile tout entier nous pr√©sente comme √©troitement unies, et de laisser l'esprit de Dieu exercer son action sanctifiante dans l'une comme dans l'autre. (1Thessaloniciens 5.23)

      C'est ce que l'ap√ītre indique en poursuivant son exhortation par ces mots¬†: livrez-vous vousm√™mes, toute votre personne, corps et √Ęme, √† Dieu (grec) comme vivants d'entre les morts.

      Ils étaient "morts par leurs fautes et par leurs péchés ;" (Ephésiens 2.1) ils sont devenus vivants.

      D'autres entendent le terme de morts de la mort au péché, (comparez verset 11) et interprètent : "étant vivants, après être morts" au péché, dans la communion de Christ. Mais à verset 11 le complément "au péché" était exprimé, tandis qu'ici les mots : d'entre les morts évoquent l'ides de gens qui se relèvent vivants de morts qu'ils étaient par l'effet du péché.

      - Qu'ils se livrent donc eux mêmes à Dieu, qu'ils se mettent tout entiers à sa disposition, qu'ils lui consacrent particulièrement leurs membres comme des instruments de justice, dont il puisse se servir pour faire triompher la justice, la paix, le bien moral et établir son règne sur la terre.

      Il y a littéralement : livrez-vous vous-mêmes à Dieu et vos membres comme des instruments de justice pour Dieu, c'est-à-dire destinés à son service.

      14 Il semble, au premier abord, que ce verset et le suivant interrompent le cours de l'exhortation. C'est que l'ap√ītre, apr√®s avoir plac√© ses lecteurs en face du devoir pressant de se mettre tout entiers au service de Dieu, sent le besoin de leur donner un encouragement pour les soutenir dans la lutte qu'ils vont avoir √† livrer aux convoitises de la chair.

      La victoire leur est assur√©e¬†: en effet, le p√©ch√© ne r√©gnera pas sur vous (ce futur n'est pas un imp√©ratif indirect, il exprime un fait dont l'accomplissement est certain), car vous n'√™tes pas sous la loi, mais sous la gr√Ęce.

      Dans Romains 5.20-21, Paul avait d√©j√† employ√© cet argument pour montrer la certitude de la justification et de la fin de cet empire de la mort, que le p√©ch√©, avec le concours de la loi, avait √©tabli au sein de l'humanit√©¬†; ici, il le r√©p√®te pour garantir √† ses lecteurs leur victoire sur le p√©ch√© en eux, son r√®gne sur leurs √Ęmes va prendre fin¬†; leur sanctification, leur enti√®re cons√©cration √† Dieu sont devenues possibles, car, leur dit-il, vous n'√™tes plus sous la loi, qui ne fait que commander, qui exige une ob√©issance parfaite, sans donner la force pour l'accomplir, qui excite les convoitises de la chair, en nous interdisant de les satisfaire¬†; (Romains 7.7 et suivants) qui, par cons√©quent, nous √©loigne toujours plus de Dieu, source unique de toute force, de tout bien.

      Mais vous √™tes sous la gr√Ęce qui, en vous justifiant gratuitement, (Romains 3.24) vous a donn√© la paix avec Dieu,1a (Romains 5.1) r√©conciliation avec lui, l'acc√®s aupr√®s de lui¬†; (Romains 5.2) vous pouvez donc, de jour en jour, puiser dans sa communion toutes les forces n√©cessaires au d√©veloppement de la vie nouvelle qu'il a mise en vous.

      Avec de tels secours, le péché peut vous assaillir encore, il ne régnera pas sur vous.

      "Nous ne sommes plus sous la loi, qui, il est vrai, ordonne le bien, mais ne le donne pas¬†; nous sommes sous la gr√Ęce, qui, nous faisant aimer ce que la loi ordonne, peut commander √† des hommes libres." Augustin.

      15 La substitution du r√®gne de la gr√Ęce √† celui de la loi pourrait √™tre mal comprise¬†; des croyants qui n'ont pas fait encore, dans toute sa profondeur, l'exp√©rience d√©crite dans versets 2-11, pourraient en tirer des conclusions fausses.

      Aussi l'ap√ītre, au moment o√Ļ il a proclam√© de nouveau (comparez Romains 5.20,21) le r√®gne de la gr√Ęce, revient-il √† l'objection qu'il a d√©j√† √©nonc√©e verset 1.

      Mais il y a une double différence à noter dans la manière dont il la formule ici.

      Au commencement de Romains 6, quand il venait de parler de la gr√Ęce qui nous justifie et qui efface toutes nos fautes, et qu'il allait aborder le sujet de la sanctification, il disait¬†: "demeurerons nous dans le p√©ch√©," resterons-nous plong√©s dans une vie de p√©ch√©, "afin que la gr√Ęce abonde," afin qu'elle ait occasion d'effacer un plus grand nombre de fautes¬†?

      Dans notre passage, apr√®s avoir montr√© dans la gr√Ęce la garantie de notre sanctification, il √©crit¬†: p√©cherons-nous, commettronsnous encore tels et tels p√©ch√©s particuliers, laisserons nous le p√©ch√© r√©gner dans quelque partie de notre vie, parce que nous sommes sous la gr√Ęce¬†?

      Il ne s'agit plus, comme dans verset 1, d'une conclusion absurde, qui m√©connaissait tout un c√īt√© de l'Ňďuvre du salut accomplie en J√©sus-Christ¬†: notre affranchissement du p√©ch√©. Il s'agit d'une tentation subtile √† laquelle donnent prise notre paresse spirituelle, notre peur d'un complet renoncement √† nous m√™me et d'une enti√®re cons√©cration √† Dieu. L'ap√ītre la repousse avec √©nergie, en montrant (verset 16) le danger que nous courons quand notre cŇďur reste partag√© entre le service de Dieu et celui du p√©ch√©.

      16 Grec : Ne savez-vous pas qu'à celui à qui vous vous livrez comme esclaves pour l'obéissance, vous êtes esclaves de celui à qui vous obéissez.

      C'est un fait d'exp√©rience, qui est incontestable pour quiconque se conna√ģt lui-m√™me. J√©sus disait pareillement¬†: "Nul ne peut servir deux ma√ģtres." (Matthieu 6.24¬†; Luc 16.13)

      L'esclave qui s'est vendu √† un ma√ģtre lui appartient tout entier¬†; il n'est plus libre de servir un autre ma√ģtre.

      De même, dans la vie morale, les actes, bons ou mauvais, se transforment en habitudes, ils créent un état moral duquel naissent d'autres actes, et qui détermine la conduite subséquente de l'homme. "Quiconque fait le péché est esclave du péché." (Jean 8.34)

      Pareillement, celui qui pratique le bien s'affermit dans l'obéissance morale, qui devient pour lui un besoin et comme une seconde nature. C'est une sorte de servitude ; Paul la traite "d'esclavage," d'asservissement à la justice ; (verset 18) mais cette servitude constitue notre vraie liberté, elle seule nous affranchit de l'esclavage dégradant du péché ; elle seule nous place dans une relation normale avec Dieu.

      Vouloir ce que Dieu veut, ne vouloir que ce qu'il veut, c'est être libre.

      "Tu es à la fois un esclave et un être libre : esclave par ton obéissance au commandement ; libre par ta joie à l'accomplir ; esclave, parce que tu es un être créé ; libre, parce que tu es aimé du Dieu qui t'a créé et parce que tu aimes toi-même l'auteur de ton être." Augustin.

      - Les termes par lesquels Paul d√©signe les deux ma√ģtres entre lesquels nous devons choisir, sont remarquables¬†: vous √™tes esclaves...soit du p√©ch√© pour la mort, soit de l'ob√©issance pour la justice.

      On aurait attendu, comme antith√®se aux mots¬†: p√©ch√© et mort "saintet√©" et "vie." L'ap√ītre a pr√©f√©r√© les termes d'ob√©issance et de justice. Il veut rappeler sans doute que la "d√©sob√©issance" est l'essence du p√©ch√©, tandis que l'ob√©issance nous a affranchis de la servitude du mal. (Romains 5.19)

      L'obéissance dont il est question dans notre verset, c'est l'obéissance morale, l'obéissance à Dieu.

      Quelques interpr√®tes pensent que l'ap√ītre d√©signe sp√©cialement par ce mot la foi chr√©tienne. La foi est en effet, aux yeux de l'ap√ītre, une ob√©issance. (Romains 1.5¬†; 15.18) Mais n'est-ce pas anticiper sur la pens√©e qui sera exprim√©e √† verset 17, que de donner, ici d√©j√†, √† ce terme d'ob√©issance, le sens d'adh√©sion √† la doctrine chr√©tienne¬†?

      - Le service du péché est pour la mort, il conduit et aboutit fatalement à la mort spirituelle, puis à la mort physique, qui devient la mort éternelle, si le salut n'intervient pas.

      Le service de l'ob√©issance est pour la justice¬†: il nous introduit et nous maintient dans un √©tat moral conforme √† la volont√© de Dieu, (verset 13) o√Ļ nous adh√©rons pleinement √† cette volont√© (Romains 12.2)

      C'est à tort que l'on a entendu, par la justice, la justification ou la sentence qui sera prononcée au dernier jour sur ceux qui auront mis leur confiance en Jésus-Christ.

      17 Grec¬†: Gr√Ęces √† Dieu de ce que vous √©tiez esclaves du p√©ch√©, mais avec ob√©i de cŇďur...

      L'action de gr√Ęces porte seulement sur le fait qu'ils ont ob√©i¬†; la premi√®re proposition ne sert qu'√† faire ressortir par le contraste (comparez Romains 5.8) l'heureux changement qui s'est produit en eux.

      Les termes qui suivent sont choisis pour marquer la r√©ceptivit√© des lecteurs¬†: Vous avez ob√©i de cŇďur au type de doctrine auquel vous avez √©t√© confi√©s.

      Le mot type dérive d'un verbe qui signifie "frapper ;" c'est l'empreinte, la forme, le modèle.

      Le type de doctrine n'est pas la doctrine √©vang√©lique en g√©n√©ral, la v√©rit√© chr√©tienne oppos√©e au paganisme ou au juda√Įsme, car, s'il avait voulu d√©signer celleci, l'ap√ītre aurait parl√© simplement d'ob√©issance √† l'Evangile ou √† Christ¬†; c'est ce que Paul appelle ailleurs √† son Evangile, (Romains 2.16¬†; 16.25¬†; comparez Galates 1.11,12), l'Evangile du salut par gr√Ęce, par la foi, sans les Ňďuvres de la loi.

      Il ne faut pas traduire : "le modèle d'enseignement qui vous a été transmis," mais : "le modèle d'enseignement auquel vous avez été transmis, ou confiés"

      Bengel remarque à ce sujet : "Ailleurs il est dit que la doctrine est transmise ; (2Pierre 2.21) ici les termes sont invertis pour marquer à quel changement de domination sont soumis ceux qui, affranchis du péché, subissent l'admirable servitude de la justice."

      L'ap√ītre veut dire que les chr√©tiens de Rome ont √©t√© confi√©s, livr√©s, eux, par l'Esprit de Dieu, √† ce type de la v√©rit√© √©vang√©lique, qu'ils ont √©t√© marqu√©s de son empreinte, qu'ils ont √©t√©, en quelque sorte, jet√©s dans ce moule, comme une mati√®re en fusion, pour en prendre la forme. Cependant leur adh√©sion √† l'enseignement apostolique n'a rien eu d'involontaire, de machinal¬†; ils ont ob√©i de cŇďur, selon l'admirable harmonie de l'action de Dieu et de l'action de l'homme dans la conversion.

      En constatant ce fait, Paul ne peut retenir l'expression de sa reconnaissance¬†: Gr√Ęces √† Dieu¬†!

      18 Ce verset ne donne pas la conclusion du raisonnement, car il devrait en ce cas être introduit par donc. Cette particule se lit dans Sin. et C, mais n'est probablement pas authentique.

      C'est encore la suite de la réponse à l'objection de verset 15 : en obéissant à la doctrine évangélique, vous êtes devenus les esclaves de la justice.

      La conclusion sous-entendue est : Vous ne pouvez donc pas continuer à pécher. Elle est impliquée dans l'exhortation de verset 19.

      19 Les mots qu'il vient d'employer pour caract√©riser la nouvelle condition du chr√©tien causent quelque scrupule √† l'ap√ītre¬†; il sent le besoin d'expliquer que en traitant d'esclaves ceux qui ob√©issent √† la justice, (versets 16,18) il parlait √† la mani√®re des hommes¬†; grec je dis une (parole) humaine.

      Il tenait un tel langage √† ses lecteurs √† cause de la faiblesse de leur chair, c'est-√†-dire, moins √† cause de leur incapacit√© √† comprendre intellectuellement la v√©rit√©, que parce qu'il tenait compte de leur manque de spiritualit√©¬†: (1Corinthiens 3.1, suivants) charnels comme ils l'√©taient, l'ob√©issance √† la justice devait leur para√ģtre, naturellement et au premier abord, une servitude. En r√©alit√©, elle est la seule vraie libert√©. (Galates 5.13¬†; Jean 8.36)

      - L'ap√ītre termine par une exhortation¬†: (grec) Comme vous avez, en effet, pr√©sent√© vos membres esclaves √† l'impuret√© et √† l'iniquit√©, de m√™me, maintenant, pr√©sentez vos membres esclaves √† la justice pour la sanctification.

      Cette exhortation est introduite comme une explication (en effet) de ce que Paul affirmait à verset 18 "vous êtes devenus esclaves de la justice." Elle met en garde ceux qui sont nés à la vie nouvelle contre le danger de retomber dans l'esclavage du péché, elle les presse de se mettre résolument et tout entiers au service de Dieu.

      Quand nous laissons dominer dans nos membres l'impureté et l'iniquité, c'est-à-dire "l'absence de la loi," la "licence," cette licence devient le but, conscient ou non, de notre activité, de notre vie : nous agissons pour l'iniquité, celle-ci domine toujours plus en nous.

      Ce n'est pas √† d'anciens Juifs que Paul aurait pu dire que l'iniquit√©, la transgression de la loi, √©tait le but de toute leur conduite pr√©c√©dente¬†; (Romains 10.2) il s'adresse √† des pa√Įens de naissance.

      Livrons, au contraire, nos membres en esclavage √† la justice, et il en r√©sultera la sanctification de toute notre vie, de tout notre √™tre¬†; chacun de nos membres (verset 13) ob√©ira √† l'Esprit de Dieu avec une parfaite docilit√©. C'est l√† le supr√™me devoir du chr√©tien. Pour stimuler ses lecteurs √† le remplir, l'ap√ītre les invite √† comparer le fruit de leur vie pass√©e, quand ils √©taient esclaves du p√©ch√©, avec celui qu'ils portent depuis qu'ils sont devenus esclaves de Dieu (versets 20-23)

      20 En introduisant la comparaison qui suit par en effet, car, l'ap√ītre montre qu'il la pr√©sente comme un motif √† l'appui de l'exhortation qui pr√©c√®de. (verset 19)

      La proposition de verset 20 a pour pendant la première proposition de verset 22.

      Il y a de l'ironie dans l'expression qui caractérise les conséquences de l'esclavage du péché : libres à l'égard de la justice. (comparez Job 15.16)

      Belle liberté que celle qui produit le fruit de mort dont Paul va parler ! (Jean 8.33,34 ; 2Pierre 2.9)

      21 Au lieu de placer le point d'interrogation après alors et de faire des mots suivants la réponse, quelques interprètes considèrent toute la phrase comme une question : "Quel fruit retiriez-vous alors de ces choses dont vous rougissez maintenant, car leur fin est la mort ?" Réponse sous-entendue : aucun !

      Le sens est le même, au fond ; mais la construction que nous avons adoptée est plus naturelle, l'expression : des choses dont vous avec honte maintenant, que rien ne prépare dans ce qui précède, se comprend mieux si l'on y voit la réponse à la question posée.

      - Leur fin, leur but, le résultat final auquel elles aboutissent, est la mort, c'est-à-dire, tout l'état de condamnation de ceux qui sont séparés de Dieu. (Romains 6.23 ; 1.32 ; 5.12, note)

      22 Grec¬†: Vous avez votre fruit en sanctification, dans la direction de la sanctification¬†; chaque devoir accompli, chaque victoire remport√©e, chaque Ňďuvre d'amour rend plus compl√®te votre sanctification et vous rapproche ainsi de cette fin, de ce but glorieux, la vie √©ternelle, qui implique la perfection morale. En effet, l'enti√®re sanctification, c'est la vie √©ternelle.

      Nous n'aurons part un jour à cette vie que si nous l'avons possédée dès ici-bas. La sanctification conduit à la vie éternelle pour cette raison aussi qu'elle nous met en communion toujours plus intime et constante avec Dieu, qui est la source de toute vie et de toute félicité ! La plénitude de la sainteté est la plénitude de la vie.

      23 Le p√©ch√©, ici personnifi√© comme le ma√ģtre de l'homme, promet bien √† ses esclaves un autre salaire ou une autre "solde" (le mot grec d√©signe proprement la paie qu'un chef donne √† ses soldats)¬†; mais il les trompe.

      Il n'est que mensonge, car il est en flagrante contradiction avec la vérité de Dieu, aussi bien qu'avec la vraie nature de l'homme. Il ne peut donner que ce qu'il a lui-même en partage : la malédiction et la mort.

      Comme la liberté qu'il promet n'est qu'un éloignement toujours plus complet de l'unique source de la vie, son salaire est la mort. (verset 21 note ; Romains 8.13 ; Galates 6.8).

      A ce salaire du p√©ch√©, on pourrait penser que l'ap√ītre opposerait le salaire de la justice (verset 18) ou le salaire de Dieu¬†; (verset 22) mais d'apr√®s tout ce qu'il vient d'enseigner (comparez surtout Romains 3.21 et suivants¬†; Romains 4.4,5¬†; 5.21), il ne peut parler que d'un (grec) don de gr√Ęce de Dieu¬†: la vie √©ternelle est en J√©sus-Christ, notre Seigneur, dans la communion vivante avec celui qui nous l'a acquise et qui l'entretient en nous par l'action de son Esprit.

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