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Colossiens 2

    • 1 Chapitre 2.

      1 à 15 Ne vous laissez pas séduire par l'erreur, car toutes choses se trouvent en Christ.

      Paul venait de parler, d'une manière générale, du travail et des combats de son apostolat. (Colossiens 1.29) Il désire spécialement que les Eglises de Colosses, de Laodicée, qu'il n'avait pas fondées luimême, et tous ceux qui, dans ces Eglises et ailleurs, n'ont pas vu son visage en la chair, ne le connaissent pas personnellement, sachent aussi qu'il soutient pour eux un grand combat et les entoure de sa vive sollicitude et de ses prières. (Comparer : Colossiens 4.12 ; Romains 15.30)

      Ces Eglises, n'ayant point √©t√© fond√©es ni affermies par l'ap√ītre, √©taient d'autant plus accessibles aux s√©ductions de l'erreur. La tendre sollicitude que Paul leur exprime ici √©tait bien propre √† ouvrir les cŇďurs aux exhortations qui vont suivre.

      Il nomme sp√©cialement l'Eglise de Laodic√©e, o√Ļ cette lettre devait √™tre lue, (Colossiens 4.16) peut-√™tre parce qu'il la croyait expos√©e aux plus grands dangers. Quoi qu'il en soit, une m√®re de famille r√©serve ses soins les plus tendres aux enfants les plus faibles¬†; il en doit √™tre ainsi des pasteurs √† l'√©gard des membres malades de leurs troupeaux.

      2 Ou "exhortés," affermis. Le mot grec signifie également : consoler et exhorter. (1Thessaloniciens 3.2 ; 2Thessaloniciens 2.17)

      L'objet des combats int√©rieurs (verset 1) et des pri√®res de l'ap√ītre √©tait donc que les chr√©tiens fussent affermis dans la foi, √©troitement unis dans l'amour, et toujours plus enrichis d'une pleine certitude.

      Ces trois gr√Ęces de Dieu, qui embrassent toutes les facult√©s de l'homme pour les sanctifier, se d√©veloppent parall√®lement dans la communion avec le Sauveur¬†; mais aussi l'erreur a toujours l'effet directement oppos√©¬†: elle √©branle la foi, d√©sunit les chr√©tiens et appauvrit l'intelligence. De l√† les craintes et les ardentes pri√®res de Paul.

      - Ces mots d'une surabondante √©nergie¬†: toute la richesse d'une pleine certitude d'intelligence, expriment admirablement la pl√©nitude de la v√©rit√© divine, re√ßue, comprise, √† la fois par l'intelligence et par l'exp√©rience vivante du cŇďur. (verset 3, note.)

      Le grand objet de la connaissance ou de l'intelligence chrétienne, c'est le mystère de la rédemption que Paul annonçait. (Colossiens 1.26,27 ; 4.3 ; comparez Ephésiens 1.9 ; 3.4,9 ; 6.19, note ; 1Timothée 3.16, note.)

      D'apr√®s le texte re√ßu, ce myst√®re serait d√©sign√© comme myst√®re du Dieu et P√®re et de Christ, marquant le rapport mutuel et la participation simultan√©e du P√®re et du Fils dans l'Ňďuvre de la r√©demption.

      Mais on trouve encore dans les divers manuscrits les plus importants les variantes qui suivent : de Dieu et de Christ ; de Dieu Père de Christ, de Dieu qui est Christ, de Dieu Christ, et enfin simplement de Dieu.

      Les critiques se sont tour √† tour d√©cid√©s pour l'une ou l'autre de ces le√ßons, mais sans que les raisons d'aucun d'eux soient parfaitement concluantes, ce qui, du reste, importe assez peu pour la pens√©e de l'ap√ītre. (Voir la note suivante.)

      3 Ou "de la connaissance."

      - Dans lequel se rapporte au myst√®re du verset pr√©c√©dent¬†; d'autres interpr√®tes qui lisent Christ √† la fin de ce verset proposent d'y rapporter dans lequel¬†; cela revient absolument au m√™me, puisque la substance du myst√®re, c'est "Dieu manifest√© en chair," en d'autres termes, la personne de Christ et son Ňďuvre.

      - C'est dans ce myst√®re que sont cach√©s tous les tr√©sors de la sagesse et de la science (voir sur ces deux mots que l'ap√ītre r√©unit tr√®s souvent Colossiens 1.9¬†; 1Corinthiens 12.8, note¬†; Eph√©siens 1.17, note), ce qui ne veut pas dire que ces tr√©sors soient inaccessibles √† l'homme, puisque l'Evangile n'a d'autre but que de l'en mettre en possession.

      Mais ce mot cachés signifie certainement que cette sagesse et cette science échappent à celui qui ne veut pas renoncer à sa propre sagesse, ou qui prétend puiser à d'autres sources la science du salut. Le soleil, même dans toute sa splendeur, n'éclaire pas l'aveugle. (Comparer 1Corinthiens 2.7, note.)

      "Ces choses restent cachées aux sages et aux intelligents, et Dieu les révèle aux petits enfants.." (Matthieu 11.25)

      L'√Ęme qui sait lire dans ce livre profond, Dieu en Christ, y d√©couvre bient√īt la vraie science, et se trouve plac√©e au vrai point de vue pour apercevoir et saisit de l√† toute v√©rit√©, soit divine, soit humaine, aussi bien que tous les d√©veloppements qui peuvent en ressortir. Ce livre s'ouvre √† l'humilit√©, la foi le lit, l'amour le comprend.

      - "Ce passage réfute, du reste, abondamment tous les genres de fanatisme qui s'imaginent pouvoir attendre une révélation de Dieu plus haute, plus vaste que celle qui a eu lieu en Christ, c'est-à-dire au siècle du Saint-Esprit. Tout ce que le SaintEsprit révèle, il le prend de ce qui est à Christ, (Jean 16.15) car en lui sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science." Olshausen.

      4 Grec : "Que personne ne vous paralogise, ne vous trompe par des paralogismes, par de faux raisonnements, fondés en apparence sur la vérité chrétienne ; et par des discours persuasifs, qui pourtant ne sont pas puisés dans la sagesse et la science." (verset 3. Comparer 1Corinthiens 2.4)

      - Par ces mots¬†: Or je dis ceci, l'ap√ītre entend ce qu'il vient d'exprimer, (versets 1-3) et c'est ainsi qu'il passe √† la mention des erreurs qu'il a en vue.

      5 La particule car qui lie ce verset à ce qui précède, indique que le motif de toute cette sérieuse exhortation est dans la vive sollicitude que Paul éprouve pour ceux dont il est séparé, étant absent de corps ; (verset 1) il n'en prend pas moins part à tout ce qui regarde leur état spirituel comme s'il était au milieu d'eux. Il y est en effet par la communion de son esprit avec eux, et dans cette communion, il se réjouit au sujet de tous ceux qui sont restés fermes en la foi.

      Votre ordre est un mot emprunté au service militaire, c'est l'ordre de bataille qui consiste dans les rangs serrés des combattants.

      Le mot que nous traduisons par fermeté signifie proprement fortification, forteresse.

      7 Souvent l'ap√ītre en appelle √† l'exp√©rience personnelle que les chr√©tiens ont faite de la v√©rit√© √©vang√©lique pour les y affermir davantage. (Galates 3.1 et suivants¬†; Eph√©siens 1.13¬†; 2.11 et suivants¬†; Eph√©siens 4.20 et suivants¬†; 1Thessaloniciens 2.13)

      Ce qu'ils ont reçu, ce qui leur a été enseigné, ce n'est pas un système religieux sur Christ, ou la doctrine de Christ, mais Christ lui-même (verset 6 ; comparez Ephésiens 4.20-24), Christ tout entier, ce qui est ici exprimé par tous ses noms dans leur pleine signification : le Christ, Jésus, le Seigneur. (verset 6)

      Mais cela ne suffit pas √† l'ap√ītre¬†; dans son ardent d√©sir de voir ses fr√®res pr√©serv√©s de l'erreur, il accumule ici tous les termes qui peuvent exprimer leur affermissement et leurs progr√®s en Christ.

      Marcher en lui, par la communion avec lui et par la conduite de chaque jour¬†; √™tre enracin√©s et fond√©s en lui (voir sur cette double image Eph√©siens 3.18), et ainsi affermis par la foi, qui est le lien de notre union avec lui (le texte re√ßu dit¬†: affermis dans la foi¬†; cette le√ßon a pour elle d'importants manuscrits et est adapt√©e par beaucoup d'ex√©g√®tes)¬†; enfin abonder en lui, faire de continuels progr√®s dans sa communion (d'autres, selon la variante du texte re√ßu, traduisent¬†: en elle, la foi¬†; d'autres enfin lisent¬†: "abondant dans l'action de gr√Ęces")¬†; tout cela inspire √† l'√Ęme une joyeuse reconnaissance, qui s'exprime par des actions de gr√Ęces.

      8 Grec : "Prenez garde qu'il n'y ait quelqu'un qui vous emmène comme une proie par la philosophie et une vaine tromperie."

      C'est cette vaine tromperie m√™me que l'ap√ītre a en vue en parlant des fausses sp√©culations d√©cor√©es par leurs auteurs du nom pompeux de philosophie.

      Ces deux termes, dont l'un explique l'autre, n'expriment qu'une seule et m√™me id√©e. Paul, en effet, ne veut pas condamner, sous le nom de philosophie, toute recherche sp√©culatives de la v√©rit√©, tout effort de l'intelligence humaine pour arriver √† une solution plus compl√®te des grandes questions qui s'imposent forc√©ment √† elle. Il ne veut s√Ľrement pas non plus r√©prouver le d√©sir et le besoin qu'a la pens√©e chr√©tienne de se rendre compte des v√©rit√©s et des faits de la r√©v√©lation, afin de se les approprier toujours plus enti√®rement.

      Mais que des hommes qui professent d'admettre cette r√©v√©lation rejettent par incr√©dulit√© ou par orgueil ce qui en fait l'essence, le myst√®re de l'incarnation et de la r√©demption, (verset 2) et veuillent substituer dans les Eglises leur sagesse et leur science √† celles dont tous les tr√©sors sont renferm√©s dans ce myst√®re, (verset 3) voil√† la vaine tromperie contre laquelle Paul met en garde les croyants. Il s'oppose √©nergiquement √† ces chr√©tiens juda√Įsants (voir l'introduction √† cette √©p√ģtre) qui, amalgamant les traditions de leur cabale avec les donn√©es de la sp√©culation pa√Įenne et avec certaines v√©rit√©s du christianisme, construisaient de tout cela un syst√®me th√©osophique qu'ils estimaient plus √©lev√© et plus profond que le simple Evangile. Ce syst√®me reposait tout entier sur les √©l√©ments du monde (voir pour le sens de ce terme Galates 4.3, note) et non sur Christ.

      Il reste vrai encore, aujourd'hui comme alors, que toute sagesse et toute philosophie qui, pour accommoder le christianisme √† ses vues, en retranche le myst√®re de la cr√®che de Bethl√©hem et de la croix du Calvaire, et ne fait ainsi que l'obscurcir et le d√©naturer, m√©rite l'√©pith√®te s√©v√®re de vaine tromperie, surtout si une telle philosophie pr√©tend se substituer √† l'Evangile dans l'Eglise. (Comparer pour le d√©veloppement de la m√™me pens√©e de l'ap√ītre 1Corinthiens 1.22-28, notes.)

      9 Ce verset et ceux qui suivent motivent l'exhortation du verset 8 (car), et c'est pourquoi l'ap√ītre ne craint pas de revenir √† une pens√©e d√©j√† exprim√©e au sujet de la personne de Christ. (Colossiens 1.18,19) "Prenez garde de vous laisser s√©duire par de fausses sp√©culations, puisque vous avez tout en Christ." (verset 10)

      La plénitude de la divinité (comparez Colossiens 1.19) ne peut exprimer que tout l'ensemble des attributs et des perfections de Dieu, ce que saint Jean appelle "sa gloire."

      Cette pl√©nitude divine habite (non pas a habit√©) corporellement en Christ, c'est-√†-dire essentiellement, substantiellement¬†; bien plus, elle a pris un corps en J√©sus-Christ. En d'autres termes, et pour parler avec saint Jean, "la Parole a √©t√© faite chair, et nous avons vu sa gloire, la gloire de l'Unique-n√© du P√®re." (Jean 1.14) En Christ, la divinit√©, unie √† un homme dou√© d'un corps et d'une √Ęme, a form√© avec lui un seul √™tre, en qui elle habite encore corporellement, maintenant que cet Etre est glorifi√©. (Philippiens 3.21)

      Elle est apparue en lui, non d'une mani√®re symbolique, comme jadis dans le temple ou sur l'arche de l'alliance, mais en r√©alit√©¬†; non par ses influences sur lui, mais par une union personnelle avec lui¬†; non pour un temps seulement, mais d'une mani√®re permanente. Cette v√©rit√©, ou plut√īt ce fait, forme le contraste le plus absolu avec les erreurs gnostiques, doc√©tiques, ariennes, sociniennes, qui se sont, tour √† tour, produites dans la mani√®re de concevoir la personne de J√©sus-Christ et est √©galement oppos√© au naturalisme et au panth√©isme pa√Įens.

      10 Cette version rend bien la pens√©e de l'ap√ītre et motive l'avertissement de verset 8. Mais l'original est plus expressif encore¬†; il porte "Vous √™tes en lui remplis," mot form√© de la m√™me racine que celui de pl√©nitude. (verset 9)

      Par son union vivante avec Christ, le croyant devient moralement et spirituellement participant de la pl√©nitude de la divinit√© qui habite en Christ. (Jean 1.16¬†; Eph√©siens 3.19) C'est pourquoi cette union avec le Sauveur par la foi peut seule remplir tous les besoins de notre √Ęme. (Jean 4.13,14¬†; 6.35)

      Comparer Colossiens 1.16, note ; Ephésiens 1.21,22, note.

      11 La circoncision, √† laquelle les docteurs juda√Įsants de Colosses attachaient sans doute une haute importance, mais sans en reconna√ģtre la signification spirituelle, √©tait le symbole de la purification de la chair, du renouvellement de l'homme p√©cheur.

      Tout cela se r√©alise dans le croyant par son union vivante avec Christ, sans que le signe op√©r√© par la main des hommes soit encore n√©cessaire. Cette r√©g√©n√©ration de notre √™tre entier par le d√©pouillement du vieil homme, que l'ap√ītre appelle ici le corps de la chair, et par la naissance de l'homme nouveau, est plus compl√®tement d√©velopp√©e Colossiens 3.9,10, et dans sa causalit√© intime, ici m√™me, verset 12.

      - Le texte re√ßu porte¬†: "le corps des p√©ch√©s de la chair¬†;" les mots soulign√©s, non authentiques ici, ont √©t√© emprunt√©s √† Romains 6.6, o√Ļ l'id√©e est √† peu pr√®s la m√™me. (Voir la note.)

      - C'est ce renouvellement moral, dont la circoncision était l'image, que Paul appelle circoncision de Christ, parce que c'est lui qui l'opère.

      12 Toute cette profonde pensée : le chrétien enseveli avec Christ par le baptême et ressuscité avec lui, par la même puissance de résurrection et de vie qui a ramené Christ d'entre les morts, se trouve développée Romains 6.1-11. (Voir les notes et comparez Ephésiens 2.6)

      Seulement l'ap√ītre indique ici le moyen qui nous unit personnellement √† Christ, de mani√®re que cette transformation de notre √™tre en lui ne soit pas seulement une image, une id√©e, mais une vivante r√©alit√©¬†; ce moyen, c'est la foi¬†; cette foi, √† son tour¬†; n'est point une notion de l'intelligence, mais une op√©ration de Dieu en nous. C'est ainsi qu'il faut entendre ces mots¬†: la foi de l'efficace de Dieu, mots que Luther traduit¬†: "la foi que Dieu op√®re." Bengel, Olshausen, de Wette adoptent ce sens. (Comparer Colossiens 1.29¬†; Eph√©siens 1.19¬†; 3.7¬†; Philippiens 3.21)

      D'autres interprètes Chrysostome, Meyer, Oltramare, préfèrent le sens exprimé dans la version d'Ostervald : "la foi que vous avez en la puissance de Dieu."

      - Il faut remarquer encore que Paul, en substituant ici le bapt√™me chr√©tien √† la circoncision juive, (versets 11,12) en nous montrant dans le premier la r√©alisation spirituelle de la seconde, autorise assur√©ment le rapport souvent √©tabli entre ces deux signes d'admission √† l'alliance de gr√Ęce, bien que ce rapport ait √©t√© ni√© de nos jours, et ni√© plut√īt dans un int√©r√™t dogmatique relatif au bapt√™me que par une connaissance approfondie du sujet.

      13 Grec¬†: "Dans le pr√©puce de votre chair," n'ayant pas m√™me, comme pa√Įens, re√ßu le signe ext√©rieur de la circoncision, √©tant √©trangers au peuple de Dieu, (Eph√©siens 2.12) ce qui rend d'autant plus grande la gr√Ęce qui vous a √©t√© faite.

      Voir sur la pensée de ce verset Ephésiens 2.1,5,6, notes.

      - "Il vous a vivifiés avec lui," lui désigne Jésus-Christ ; le sujet de cette proposition, comme aussi des suivantes jusqu'au verset 15, c'est Dieu.

      - Le pardon des offenses, de tous les péchés, est noté ici, et partout dans l'Ecriture, aussi bien que dans l'expérience de tous les chrétiens, comme le point de départ, la source de la vie nouvelle. Et cela est dans la nature des choses. Paul écrit : "nous ayant pardonné" (et non : vous, comme dit le texte reçu), se considérant lui-même et tous les chrétiens comme les objets de ce pardon.

      "Cette manière fait mieux sentir l'étendue et la grandeur du pardon de Dieu." Oltramare.

      14 Grec¬†: "Il l'a √īt√©e du milieu, l'ayant clou√©e √† la croix."

      Cette obligation contre nous et qui nous était contraire, c'est la loi ; Paul l'indique clairement en rappelant ces ordonnances (Grec : "ces dogmes, décrets," verset 20, note), ces commandements qui nous condamnaient, parce que nous les avons tous violés. Dieu a effacé cette obligation ; comment il l'a fait, par quel acte surtout, c'est ce que Paul indique assez par cette énergique figure : il l'a clouée à la croix. (Comparer pour la pensée générale Ephésiens 2.15, note.)

      15 Il a vaincu toutes les puissances des ténèbres qui s'opposent à son règne. C'est ainsi qu'il faut entendre ces principautés et autorités. (1Jean 3.8. Comparer Ephésiens 6.12)

      Il les a d√©pouill√©es de leur puissance, et expos√©es, non seulement en spectacle, mais √† la honte, √† l'ignominie. (Comparer Matthieu 1.19¬†; H√©breux 6.6, o√Ļ se trouve le m√™me verbe grec.) Et ce triomphe sur elles, il l'a remporte en et par la croix de son Fils.

      Nous traduisons : en la croix, bien qu'il n'y ait ici qu'un pronom (en elle, la croix de verset 14) ; d'autres traduisent : en lui (Christ), avec moins de raison.

      16 16 à 23 Conclusion de l'enseignement qui précède : la vraie liberté et la fausse sainteté.

      Par ces mots l'ap√ītre, apr√®s avoir expos√© sa doctrine de la personne de Christ et de son Ňďuvre, (versets 9-15) revient √† 1'exhortation directe, commenc√©e √†. verset 8, contre les erreurs qui mena√ßaient d'envahir l'Eglise de Colosses. Il conclut (donc) du fait que la loi a √©t√© abolie par la croix de Christ (verset 14) et que nous avons tout pleinement en lui, (verset 10) que personne ne doit voir dans l'observation de pr√©ceptes et de r√®gles asc√©tiques la marque de la pi√©t√© et de la vie chr√©tienne. (versets 16-21)

      Quant √† la nature des erreurs que Paul combat, les versets suivants ne la d√©terminent pas clairement, parce que cela n'√©tait pas n√©cessaire pour des lecteurs qui les connaissaient tr√®s bien. Il est √©vident, toutefois, que Paul a en vue des docteurs juda√Įsants, qui unissaient un faux spiritualisme √† une l√©galit√© servile, √©galement contraires √† la v√©rit√© et √† la libert√© chr√©tiennes. (Voir les notes qui suivent, et comparez verset 8, note, ainsi que 1'introduction √† cette √©p√ģtre.)

      Qu'il s'agisse ici des prescriptions mosa√Įques, c'est ce que montre √©videmment verset 17. Mais le but des faux docteurs n'√©tait pas, comme pr√©c√©demment chez les Galates et ailleurs, d'imposer la loi de Mo√Įse aux chr√©tiens d'origine pa√Įenne, comme une condition de leur salut¬†; ils pr√©tendaient enseigner une saintet√© sup√©rieure qui consistait dans l'observance de certains pr√©ceptes et il para√ģt qu'ils ne s'en tenaient pas m√™me aux dispositions l√©gales de l'Ancien Testament¬†; car, tandis que la loi renfermait des directions sur les aliments (L√©vitique 7.10 et suivants¬†; L√©vitique 11.1 et suivants), on n'y trouve point de r√®gles relatives aux boissons, si ce n'est dans le vŇďu du nazir√©at. (Nombres 6.3)

      C'√©tait donc √† quelque syst√®me juif ou pa√Įen, √† tendance asc√©tique et dualiste, que les faux docteurs empruntaient leurs id√©es √† cet √©gard. Quelques interpr√®tes pensent √† la secte des Ess√©niens, qui vivaient retir√©s du monde dans des couvents au bord de la mer Morte. Mais il n'est nullement prouv√© que leur influence se soit √©tendue jusqu'en Asie Mineure. Quoi qu'il en soit, l'ap√ītre rejette, comme contraires √† la libert√© √©vang√©lique, ces r√®gles humaines qui devaient n√©cessairement ramener les √Ęmes sous le joug de la l√©galit√© ou les entretenir dans une spiritualit√© trompeuse. (Comparer 1Timoth√©e 4.3¬†; H√©breux 13.9) Paul traite ailleurs (Romains 14) la m√™me question √† un point de vue tout diff√©rent.

      L'ap√ītre d√©signe trois esp√®ces des f√™tes juives¬†: d'abord, les grandes solennit√©s de P√Ęques, de Pentec√īte et des Tabernacles¬†; puis les f√™tes mensuelles (nouvelle lune, Nombres 28.11-15), et enfin les sabbats ordinaires. (Comparer Romains 14.5,6¬†; Galates 4.10)

      S'il s'agit ici de la simple observation des sabbats ordinaires, l'ap√ītre la rangeait au nombre de ces institutions juda√Įques √† l'√©gard desquelles le chr√©tien est enti√®rement libre. Telle est l'opinion la plus g√©n√©ralement admise par les interpr√®tes modernes, m√™me par des hommes pleins de foi, Gerlach, Olshausen, Neander.

      Calvin lui-même écrit dans son commentaire sur ce passage : "Mais dira quelqu'un, nous retenons encore quelque observation de jours. Je réponds, que nous ne gardons point les jours, comme s'il y avait quelque religion ou sainteté des jours de fête, ou comme s'il n'était loisible de travailler en eux : mais qu'on a égard à la police, et à l'ordre, et non pas aux jours."

      Il est certain que le sabbat juif ne peut subsister avec l'Evangile et la libert√© chr√©tienne. Comme tous les moyens de gr√Ęce, l'institution divine et permanente d'un jour de repos est pour le chr√©tien un privil√®ge et non une obligation l√©gale.

      17 Grec¬†: "Le corps est de Christ." C'est-√†-dire la r√©alit√© (par opposition √† l'ombre) vient de Christ, lui appartient, se trouve tout enti√®re dans sa personne et dans son Ňďuvre.

      L'ombre, l'image, était vraie, exacte, mais en soi-même de nulle valeur sans le corps qu'elle devait révéler, auquel elle devait conduire.

      Telles sont toutes les institutions de l'ancienne alliance dans leur relation avec la nouvelle. (Comparer Jean 1.17 ; Hébreux 8.5 ; 9.8,9 ; 10.1)

      18 Le verbe employ√© par l'ap√ītre est compos√© d'un substantif qui d√©signe l'arbitre des combats, le juge des jeux, et ce verbe signifie d√©cider contre quelqu'un, lui refuser le prix, le condamner. Tel est le r√īle que Paul attribue aux faux docteurs¬†; ils agissent ainsi "voulant" (le faire), ou bien (en reliant le mot √† ce qui suit) "prenant plaisir √† l'humilit√© et √† un culte des anges."

      D'autres traduisent : "Que personne ne s'établisse de sa propre volonté juge du prix," (verset 16) et cela "par un esprit de (fausse) humilité et par un culte rendu aux anges."

      Le sens des deux versions est à peu près le même.

      L'erreur peut enlever au chr√©tien le prix de la course, (1Corinthiens 9.24¬†; Philippiens 3.14) et le danger, √† Colosses, en √©tait d'autant plus grand que cette erreur se pr√©sentait sous les apparences d'une fausse humilit√©, qui consistait √† ne vouloir pas s'adresser √† Dieu directement, mais par l'interm√©diaire des anges, auxquels on √©tait ainsi conduit √† rendre un culte idol√Ętre. Ce culte des anges avait √† sa base des sp√©culations philosophiques, comme le prouvent les paroles qui suivent. (Voir l'Introduction.)

      Ce qui montre combien l'avertissement de l'ap√ītre √©tait fond√© et n√©cessaire, c'est que ce culte des anges se perp√©tua dans l'Asie Mineure, surtout en Phrygie et en Pisidie, au point que le concile de Laodic√©e, en 364, dut interdire aux Eglises l'usage d'adresser des pri√®res aux anges.

      Dans les mystères du monde des esprits, dont Dieu ne nous a révélé que ce qui peut nous servir d'avertissement, ou nous inspirer du courage pour tendre vers la perfection.

      - Plusieurs manuscrits de la plus grande autorité omettent dans cette phrase la particule négative, en sorte qu'il faudrait traduire : "Pénétrant, scrutant des choses qu'il a vues," mais qu'il a vues dans ses visions fantastiques. Ce mot ainsi employé renferme une ironie, tandis qu'ailleurs il a son sens sérieux. (Apocalypse 1.2 ; 9.17) Cette variante est mieux autorisée que celle du texte reçu.

      Grec : "Enflé par l'entendement de sa chair," c'est-à-dire sa raison influencée par la chair et non éclairée par l'Esprit de Dieu. Et dès lors enflé follement, ou sans raison. Il n'est pire orgueil que celui qui se voile sous une fausse humilité, ou s'alimente d'une spiritualité fantastique.

      19 Les faux docteurs de Colosses ne professaient point d'avoir rejeté Jésus-Christ ; autrement, ils n'eussent plus exercé aucune influence, et Paul n'aurait pas pris la peine de les combattre ; mais, comme toute erreur essentielle nous éloigne de Christ, nous le voile, celle qu'ils prêchaient les avait déjà séparés du Chef, dans la communion duquel seul le corps et les membres peuvent posséder la vie et se développer. (Voir sur l'ensemble de ce passage Ephésiens 4.15,16, note.)

      - On peut traduire aussi : "bien uni au moyen des jointures et ligaments, dont il est abondamment pourvu."

      - Un accroissement de Dieu, c'est, suivant les uns, le d√©veloppement de la vie int√©rieure que Dieu lui-m√™me op√®re, dont il est l'auteur et la source. D'apr√®s d'autres, ce serait l'accroissement "agr√©able √† Dieu" (Calvin) "que Dieu demande" (Oltramare), comme les Ňďuvres de Dieu, (Jean 6.28) ce qui s'accorderait mieux avec le commencement du verset, o√Ļ Paul a d√©j√† indiqu√© la source de laquelle le corps tire son accroissement, savoir J√©sus-Christ, le Chef.

      20 Comparer sur cette mort du chrétien avec son Sauveur Colossiens 2.12 ; Romains 6.1-11 ; Galates 6.14.

      - Et sur ce terme, les éléments du monde, verset 8 et Galates 4.3, note.

      - Ces √©l√©ments du monde, dont Dieu s'√©tait servi dans sa loi, durant l'enfance de son peuple, devaient conduire ce dernier √† de plus hautes v√©rit√©s¬†; y retourner apr√®s que l'Evangile a donn√© la r√©alit√©, la vie qu'ils pr√©figuraient, c'est retomber dans la servitude. Cette rechute s'est vue et se voit encore partout o√Ļ Christ est voil√© par d'autres moyens de salut, partout o√Ļ d'autres m√©diateurs que lui viennent se placer entre Dieu et nous.

      Grec¬†: "Pourquoi √™tes-vous encore dogmatis√©s, comme si..." L'ap√ītre emploie ce terme pour rappeler les ordonnances qu'il a pr√©sent√©es

      à verset 14 comme abolies par la mort de Christ ; ces ordonnances se nomment en grec des dogmes.

      Ce dernier mot n'a jamais, dans l'Ecriture, le sens qu'il a reçu depuis dans le langage ecclésiastique : il vaudrait la peine de s'en souvenir. (Comparer Ephésiens 2.15, note.)

      Au verset suivant, Paul exprime d'une manière frappante le légalisme de ces ordonnances ou de ces défenses minutieuses qui rappellent si bien celles dont les pharisiens chargeaient les consciences.

      21 Qu'on remarque la progression¬†: Ne point manger, ne point go√Ľter, ne point toucher¬†! (Comparer verset 16)

      Il s'agit en effet ici de minutieuses interdictions concernant le manger et le boire. Et voilà ce qui constituerait la sainteté !

      "Il n'y a plus de fin d√®s que les hommes se mettent √† inventer des tyrannies pour les consciences¬†; chaque jour de nouvelles lois s'ajoutent aux anciennes, chaque jour il en sort de nouveaux d√©crets. Quel parfait miroir de cette chose nous offre la papaut√©¬†! Et avec quelle √©l√©gance de langage Paul nous montre dans ces traditions humaines un labyrinthe o√Ļ les consciences s'√©garent¬†; bien plus, ce sont des filets qui d'abord serrent de toutes parts, et qui, avec le temps, finissent par √©trangler." Calvin.

      22 Ce verset a donné lieu à diverses interprétations ; en voici d'abord la traduction littérale : "Lesquelles sont toutes pour la corruption, par l'usage (ou par l'abus), selon les commandements et les doctrines des hommes."

      On peut entendre par lesquelles, les choses qu'il serait d√©fendu de manger, de go√Ľter, de toucher (en un mot, les aliments), et Paul d√©clarerait que ces choses, destin√©es √† √™tre d√©truites par l'usage journalier qu'on en fait, ne m√©ritent pas que l'on y attache une importance religieuse. (Comparer 1Corinthiens 6.13¬†; Matthieu 15.11)

      Dans cette interprétation, il faut rattacher le dernier membre de la phrase (selon les commandements et les doctrines des hommes), non à ce qui précède immédiatement, non à ces choses qui périssent, mais à verset 20.

      Ainsi, dans cette explication de notre verset, qui est celle de Calvin, l'ap√ītre combattrait ces interdictions l√©gales par ces deux arguments¬†: ce sont des choses mat√©rielles destin√©es √† p√©rir, et elles ne sont d√©fendues que par des pr√©ceptes humains.

      Une autre interprétation consiste à voir dans ces choses les défenses ellesmêmes que Paul cite. Et dans ce cas, il déclarerait que ces choses conduisent à la corruption morale, par l'usage (ou par l'abus) qu'on en fait, selon les commandements et les doctrines des hommes. (Comparer Galates 6.8)

      Si la premi√®re de ces interpr√©tations parait d'abord la plus naturelle, l'autre est plus conforme √† la construction du texte original et surtout √† la r√©flexion qui suit. (verset 23) Quelle que soit, du reste, la signification qu'on pr√©f√®re, on y trouvera toujours une puissante r√©futation de l'erreur pernicieuse que l'ap√ītre combat.

      23 Ce dernier verset achève de développer le jugement de Paul sur ces commandements et ces doctrines des hommes.

      Ils ont bien quelque apparence (ou quelque renom) de sagesse¬†; on veut m√™me y voir une sagesse plus profonde que dans le simple Evangile de Christ¬†; en quoi consiste-t-elle¬†? En un culte ou une d√©votion volontaire, arbitraire, (comparez verset 18, o√Ļ se retrouvent les m√™mes termes, et o√Ļ est mentionn√©e une forme de ce culte) qui va au del√† m√™me de ce que Dieu commande (ainsi les "conseils de l'Eglise," √† c√īt√© des commandements de Dieu)¬†; en une humilit√© qui affecte de voir de l'orgueil dans la libert√© du chr√©tien sauv√© par gr√Ęce¬†; (comparez verset 18) en un traitement du corps sans m√©nagement, puisqu'on lui impose de dures privations, m√™me dans le manger et le boire, (verset 21) et qu'on n'a aucun √©gard √† ce qui peut satisfaire la chair.

      Cette dernière phrase, littéralement traduite, porte : "Non en quelque honneur pour le rassasiement de la chair."

      D'après plusieurs commentateurs, Paul énoncerait ici la proposition qui doit répondre à celle introduite par il est vrai. Ils traduisent : "mais ces ordonnances sont sans valeur aucune, elles tendent au rassasiement de la chair."

      - Ce langage de l'ap√ītre renferme une p√©n√©trante ironie, et l'on dirait que ces paroles sont toutes dirig√©es contre des doctrines qui ont cours aujourd'hui dans une immense fraction de la chr√©tient√©. Certes, malgr√© ces principes si larges, Paul ne saurait √™tre accus√© d'indulgence pour la chair, car il pr√™che en toute occasion, et ici m√™me, (verset 20, note) la mort, le crucifiement du vieil homme. (Comparer 1Corinthiens 9.27)

      Mais ce qu'il combat avec tant d'√©nergie, c'est une fausse spiritualit√© qui consiste √† m√©priser le corps et √† chercher la saintet√© dans de faciles mac√©rations, qui, loin de crucifier l'orgueil, lui servent plut√īt d'aliment. Ce n'est que par une communion intime avec Christ que peut se produire en nous toute la puissance de sa mort et de sa r√©surrection.

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