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Esa√Įe 53

    • 1

      1 à 9 Les souffrances et la mort du serviteur de Jéhovah.

      Le proph√®te parle ici comme repr√©sentant d'Isra√ęl. Il se transporte au moment o√Ļ le peuple, apr√®s avoir rejet√© son Messie, ouvrira enfin les yeux et regardera √† celui qu'il a perc√©, (Zacharie 12.10). Isra√ęl confesse son incr√©dulit√© et s'accuse d'√™tre demeur√© sourd aux r√©v√©lations divines (comparez 42.19-20). Tandis que les pa√Įens, qui n'avaient point entendu parler du serviteur de Dieu, ont cru en lui (52.15), ceux auxquels il avait √©t√© annonc√©, l'ont m√©connu et rejet√©. Comparez 49.4¬†; 50.6.

      Ce qui nous √©tait annonc√©, plut√īt que notre pr√©dication, (Ostervald). Jean et Paul citent ce verset d'apr√®s la traduction des LXX, dans laquelle le terme grec peut avoir les deux sens (Jean 12.38¬†; Romains 10.16).

      Le bras de l'Eternel : le symbole de la puissance divine. Cette puissance s'est manifest√©e dans l'Ňďuvre du serviteur accomplissant le salut du monde (voir surtout les derniers versets du chapitre).

      2

      Le fait inou√Į du rejet du Messie par Isra√ęl s'explique par le caract√®re d'infirmit√© qu'a rev√™tu son apparition. Sous cette faiblesse, qui le scandalisait, ce peuple n'a pas su discerner le bras de Dieu. Esa√Įe compare le serviteur √† une plante fr√™le, que personne ne remarque, mais sur laquelle reposent le regard et la faveur de Dieu, car lui seul il en sait le prix : a pouss√© devant lui,¬†; comparez Luc 2.40,52. Ce rejeton ne sort pas, comme 11.1, du tronc d'Isa√Į, mais d'un sol dess√©ch√© (du sein d'Isra√ęl profond√©ment abaiss√©. Le Messie en effet appara√ģt ici et dans toute cette partie du livre d'Esa√Įe, non comme le repr√©sentant de la famille royale, le fils de David, mais comme celui du peuple tout entier, dont il est le sacrificateur (le vrai Isra√ęl, 49.3).

      3

      Le prophète a sans doute devant les yeux l'image d'un de ces lépreux auxquels la loi ordonnait de se voiler la face devant leurs semblables (Lévitique 13.45). Mais ici, ce sont les autres hommes qui se couvrent pour ne pas le voir, tant son aspect inspire d'horreur. Comparez 49.7 ; 52.14.

      4

      Les versets 4 à 7 indiquent la cause des souffrances extraordinaires du serviteur.

      Nos maladies, nos douleurs, désignent toutes les souffrances qui constituent le salaire du péché dont il s'est chargé.

      Et nous, nous le croyions puni... Isra√ęl a raisonn√© comme les amis de Job : pr√©tendant mesurer sa faute par sa souffrance, il l'a tenu pour un homme que Dieu frappait d'un mal hideux en raison de quelque crime exceptionnel. Le mot nagoual que nous rendons par frapp√©, est employ√© 2Rois 15.5, en parlant d'Ozias atteint de la l√®pre¬†; et le substantif n√©ga : plaie (verset 8), est une d√©signation tr√®s usuelle de cette maladie, regard√©e comme le ch√Ętiment direct du p√©ch√©¬†; voir par exemple L√©vitique 13.1-59¬†; le trait√© du Talmud qui s'occupe de la l√®pre est intitul√© des plaies. Un fait √† noter, c'est que, d'apr√®s une tradition juive, le Messie fils de Joseph (le Messie humili√©) doit √™tre l√©preux.

      5

      Le proph√®te modifie l'image pour introduire ici un nouveau trait : non seulement le serviteur souffre d'infirmit√©s qui provoquent le m√©pris et l'incr√©dulit√©, mais la haine de son peuple s'acharne contre lui, et il finit par succomber √† une mort violente (comparez 50.6-7¬†; Zacharie 12.10). Cette mort est voulue de Dieu (verset 6)¬†; c'est un ch√Ętiment, mais non, comme on l'avait cru, celui de ses propres fautes (voir verset 6).

      Le ch√Ętiment qui nous donne la paix, litt√©ralement : le ch√Ętiment de notre paix, c'est-√†-dire par lequel nous obtenons le salut, la paix avec Dieu.

      Guéris : c'est nous qui étions les véritables lépreux (verset 1). Comparez 1Pierre 2.24.

      6

      Errants comme des brebis : pareils à un troupeau qui a abandonné son berger ; infidèles et misérables tout ensemble. Même image Jérémie 50.6, et dans la bouche de Jésus Matthieu 15.21 ; Luc 15.4. Comparez 1Pierre 2.25.

      L'Eternel a eu piti√©, tout en faisant justice. Il est de r√®gle que le p√©ch√© revienne sur le p√©cheur sous forme de ch√Ętiment. Ici la faute de tous retombe sur le seul juste, non par accident, mais en vertu d'un d√©cret de Dieu, qui le frappe pour sauver les coupables¬†; le p√©ch√© du monde p√®se sur lui (Jean 1.29). On comprend maintenant ce que signifiaient des paroles comme celles-ci : C'est moi, moi, qui efface tes iniquit√©s... J'ai effac√© tes forfaits... (43.25¬†; 44.22). Il est impossible d'exprimer plus nettement que ne le fait Esa√Įe dans tout ce passage, l'id√©e d'un sacrifice dans lequel le Messie est substitu√© aux p√©cheurs.

      De nous tous. Esa√Įe ne distingue pas entre fid√®les et infid√®les¬†; tout Isra√ęl, sans aucune exception, a p√©ch√© et a besoin de la m√©diation du serviteur. Le proph√®te est d'accord avec lui-m√™me (6.5¬†; 64.6) et avec tout l'Ancien Testament (Psaumes 14.2-3¬†; 143.2).

      7

      Loin de protester contre ce ch√Ętiment imm√©rit√©, le serviteur l'accepte et le subit en silence. Il faut traduire : et lui s'humilie, plut√īt que : on l'accable¬†; il y a un contraste intentionnel entre la brutalit√© de ses pers√©cuteurs et la douceur dont il fait preuve. Deux images servent √† peindre sa patience : celle d'un agneau qu'on immole, comme l'agneau pascal (Exode 12.3), et celle d'une brebis sous la main des tondeurs. Comparez l'application que J√©r√©mie fait √† sa propre situation d'une image semblable (J√©r√©mie 11.19). Le Nouveau Testament revient fr√©quemment √† ce type de l'agneau de Dieu : Jean 1.29¬†; 1Pierre 1.18-19¬†; 2.23¬†; pour l'accomplissement, comparez Actes 8.32-35.

      8

      D'autres traduisent : Il a √©t√© enlev√© √† l'oppression et au jugement, c'est-√†-dire d√©livr√© par la mort et glorifi√© par Dieu. Ce sens est possible, mais peu naturel ici, o√Ļ il ne s'agit pas de l'√©l√©vation, mais de la fin douloureuse du serviteur. L'id√©e est plut√īt qu'il a √©t√© victime d'une sentence inique¬†; les termes oppression et jugement sont synonymes de jugement oppressif.

      La seconde partie du verset a √©t√© interpr√©t√©e de bien des mani√®res. Le mot dor, que nous rendons par contemporains, signifie proprement g√©n√©ration. Plusieurs l'appliquent √† la post√©rit√© spirituelle du serviteur, mais cette id√©e n'a aucun rapport avec le contenu de ce verset¬†; sa place est au verset 10¬†; et il est douteux quelle p√Ľt √™tre exprim√©e par le mot dor. D'autres traduisent ce terme par, dur√©e, sens qu'il ne comporte pas, ou par demeure, sens qui est possible (voir 38.12), mais bien invraisemblable (il faudrait entendre par cette demeure le tombeau du serviteur, verset 9). Celui que nous avons adopt√© se retrouve ailleurs (par exemple J√©r√©mie 2.31) et s'accorde bien avec l'id√©e, √©nonc√©e d√©j√† au verset 1, que nul, parmi les t√©moins de sa souffrance, n'a compris l'Ňďuvre d'amour qu'il accomplissait en mourant.

      Retranché de la terre des vivants : voyez 38.11,18-19.

      La plaie : voir la note verset 4.

      Le frappait. Le pronom lamo est ordinairement un pluriel (les)¬†; mais il est employ√© quelquefois √† la place du singulier lo (ainsi par Esa√Įe lui-m√™me, 44.15)¬†; il sert √† donner ici plus de poids √† la fin de la phrase. C'est donc √† tort qu'on a vu dans ce mot la preuve que le serviteur n'est pas un individu, mais un √™tre collectif, opinion qui est contredite par tout l'ensemble de ce chapitre.

      Mon peuple : Isra√ęl, au nom duquel le proph√®te a parl√© jusqu'ici.

      9

      Dans sa mort il est avec le riche. L'h√©breu porte simplement : dans sa mort avec le riche. Il serait assez naturel de faire de ces mots le parall√®le de ceux-ci : son s√©pulcre avec les m√©chants. Il faudrait alors, avec Luther et Calvin donner au mot riche le sens d'orgueilleux ou de violent. Mais on d√©tourne ainsi le terme h√©breu de son sens constant. La s√©pulture d'un riche, m√™me impie, n'est d'ailleurs pas une s√©pulture ignominieuse, comme celle d'un malfaiteur. Si on laisse au mot riche son sens naturel, les deux membres de la phrase forment √©videmment une antith√®se. Ceux qui ont condamn√© √† mort le serviteur (verset 8), lui ont destin√© la s√©pulture d'un criminel. Mais, √† cause de son innocence, Dieu a pourvu √† ce qu'il f√Ļt enterr√© parmi les riches... Le r√©cit √©vang√©lique de la mort de J√©sus entre deux malfaiteurs et de son ensevelissement dans le tombeau du riche Joseph d'Arimath√©e (Matthieu 27.57), offrirait une co√Įncidence frappante avec ce trait de la proph√©tie. Mais nous avons peine √† croire que ce soit l√† le vrai sens du texte. L'explication suivante nous para√ģt plus naturelle :
      Il a été enterré avec les criminels (avec lesquels il est mort) ; mais après sa mort il a été (dans le schéol) mis par l'Eternel au rang des plus honorés (comparez le pauvre Lazare dans le sein d'Abraham, Luc 16.22). Le mot bemothav signifie proprement : dans ses morts. Ce pluriel, analogue au pluriel chajim : les vies, pour dire la vie, désigne l'état de mort dans lequel le serviteur est maintenant entré et ne prouve en aucune façon que le prophète ait en en vue la mort de plusieurs individus (Reuss).

      Comparez avec la fin du verset 1Pierre 2.22.

      10

      10 à 12 La gloire du serviteur, récompense de son sacrifice.

      Il a plu à l'Eternel...Dieu ne fait rien arbitrairement ; la mort du Messie a donc une cause légitime. Mais il faut retenir qu'il n'y a en lui aucun péché. Pourquoi donc Dieu a-t-il voulu qu'il souffrit ? Parce qu'il soutenait notre cause et qu'il ne pouvait être satisfait autrement que par sa mort au jugement de Dieu (Calvin).

      Sacrifice expiatoire, hébreu ascham. Ce mot désigne le sacrifice pour le délit. L'idée spéciale de ce genre de sacrifice était celle d'une réparation ou compensation offerte à la loi pour certaines offenses. Le serviteur est donc représenté ici comme payant la dette que les pécheurs ne sont pas en état d'acquitter eux-mêmes (comparez le terme de rançon dont se sert Jésus Matthieu 20.28).

      C'est son √Ęme qui est offerte, ou plut√īt qui s'offre elle-m√™me. Il faut se rappeler que dans les sacrifices de l'ancienne alliance le sang est l'√©l√©ment purifiant, parce qu'en lui r√©side la vie ou l'√Ęme (L√©vitique 17.11). Esa√Įe fait entendre clairement, par cette allusion aux rites l√©vitiques, que dans les souffrances volontaires du serviteur juste de l'Eternel, Isra√ęl trouvera la r√©alit√© de ce qui n'√©tait que figur√© par les sacrifices de l'ancienne alliance.

      Au lieu de : Quand son √Ęme aura offert... M. Reuss traduit : Ah¬†! tu ne donneras pas sa vie en expiation¬†! Ces mots exprimeraient la certitude que la vie du serviteur ne sera pas d√©finitivement perdue, et prouveraient que le serviteur est un √™tre collectif, qui subsiste, tout en succombant dans quelques-uns de ses membres. Le texte h√©breu permet sans doute la traduction propos√©e par M. Reuss¬†; mais cette interpr√©tation est en contradiction avec le reste du cbapitre, entre autres avec ces mots du verset 12 : il a livr√© son √Ęme √† la mort, et n'a d'autre avantage que de permettre d'√©chapper √† l'id√©e d'un Messie personnel et √† celle d'une r√©surrection de ce Messie, qui est la transition n√©cessaire de son sacrifice √† son r√®gne.

      Le prophète mentionne une triple récompense des souffrances du serviteur :

      • une post√©rit√© : ceux que sa mort fait vivre, Jean 12.21
      • de longs jours : vie sans fin du Ressuscit√©, Apocalypse 1.18¬†; Romains 6.9-10¬†; H√©breux 7.16-24
      • enfin la prosp√©rit√© de l'Ňďuvre de J√©hova entre ses mains. Cette ceuvre est celle de l'√©tablissement du r√®gne de Dieu dans tout le monde, que le R√©dempteur accomplit du sein de sa gloire. A la p√©riode d'humiliation et d'insucc√®s qu'il a travers√©e sur la terre, pendant son minist√®re en Isra√ęl, a succ√©d√© depuis son √©l√©vation une p√©riode de conqu√™tes spirituelles dont le terme sera la soumission de toute l'humanit√© √† son empire, Jean 12.32¬†; Philippiens 2.9-11

      11

      A cause du travail... Comparez Philippiens 2.9-11 : C'est pourquoi aussi Dieu l'a souverainement élevé...

      Il jouira..., litt√©ralement : il verra, se rassasiera, c'est-√†-dire il se rassassiera de la vue de la prosp√©rit√© de son Ňďuvre (verset 10).

      Par sa connaissance. On peut entendre, ou bien : par la connaissance dont il sera la source, c'est-à-dire par la révélation de Jéhova qu'il répandra jusqu'aux bouts de la terre ; ou bien : par la connaissance dont il sera l'objet, c'est-à-dire par la connaissance que les hommes, qui autrefois ne le connaissaient pas ou le méconnaissaient (52.15 ; 53.1), auront de la rédemption qui leur est acquise par son sacrifice. Ce dernier sens se rattache mieux que le premier à l'idée fondamentale de ce morceau, qui est celle de l'expiation des péchés par la mort du serviteur de Dieu. Le titre de juste prend aussi dans ce sens toute sa valeur : c'est en vertu de sa sainteté qu'il a pu offrir sa vie en rançon pour les pécheurs ; c'est en qualité de juste qu'il peut justifier. Comparez Jésus-Christ le juste, notre avocat (1Jean 2.1).

      Beaucoup d'hommes. Cette expression retentit √† travers tout le Nouveau Testament, aussi bien dans les discours de J√©sus (Matthieu 20.28¬†; 26.28) que dans les √©crits des ap√ītres (Romains 5.15-19¬†; H√©breux 9.28).

      Lui-même se chargera... Ces mots se rapportent sans doute au ministère d'intercession qu'il accomplira en faveur des pécheurs après son élévation (voyez verset 12).

      12

      Le serviteur, jusqu'ici méprisé, esclave des puissants (49.7), devient lui-même un puissant dans l'histoire de l'humanité, un de ceux qui marquent dans son développement, l'un des conquérants spirituels du monde (52.15 ; Jean 12.32), et il distribue le butin (l'humanité, sa conquête : 49.24) parmi les forts, c'est-à-dire entre les membres de la vaillante armée qui aura combattu avec lui pour l'établissement du règne de Dieu (Psaumes 110.3 ; Apocalypse 19.7).

      Parmi les malfaiteurs. Voir Luc 22.37.

      Il interc√©dera. Le futur, succ√©dant au pass√© (il a livr√©, il a √©t√© compt√©), montre que cette intercession a lieu apr√®s sa mort et continue ind√©finiment. Semblable au sacrificateur isra√©lite, qui entrait dans le sanctuaire pour offrir √† Dieu le sang de la victime et r√©clamer, en vertu de ce sang la gr√Ęce du p√©cheur, le Messie glorifi√© fera valoir devant Dieu son propre sacrifice et obtiendra le pardon des hommes coupables (H√©breux 9.24).

      Tous les interprètes s'accordent à envisager le serviteur décrit dans la prophétie 52.13-53.1-12, comme le même personnage que le serviteur des chapitres 42, 49 et 50. Mais ils se divisent sur la manière d'envisager ce serviteur, les uns voyant en lui un être collectif, les autres un personnage individuel. Dans la pensée des premiers, le serviteur serait soit le peuple juif dans son ensemble, soit la meilleure partie, l'élite, de ce peuple ; aux yeux de quelques-uns, le corps des prophètes.

      Cette interpr√©tation n'est, selon nous, admissible ni sous l'une ni sous l'autre de ces formes. Le serviteur ne peut √™tre la personnification du peuple. Car il est dans plusieurs passages express√©ment distingu√© de ce dernier¬†; ainsi quand, 50.10, le peuple est exhort√© √† l'√©couter¬†; quand il est dit, 49.6-8 et 42.6, que le serviteur est appel√© √† r√©tablir les tribus de Jacob et √† √™tre le m√©diateur du peuple¬†; quand il est repr√©sent√© comme le juste, le seul fid√®le, souffrant pour tous les autres (42.1-7¬†; 50.4¬†; 53.6), tandis que le peuple lui-m√™me est censur√©, √† chaque page de cette proph√©tie, comme le serviteur sourd et aveugle, comme la nation coupable, qui dans l'exil subit la peine de ses fautes (43.8¬†; 48.4¬†; 50.1¬†; 53.6). On a √©mis l'id√©e, il est vrai, que le peuple serait repr√©sent√© ici comme expiant les p√©ch√©s des pa√Įens. Mais Esa√Įe dit express√©ment, 53.8, en parlant du serviteur : La plaie lui a √©t√© faite pour le p√©ch√© de mon peuple. Ajoutez ce que le proph√®te annonce de l'incr√©dulit√© du peuple √† l'√©gard du serviteur, et l'on comprendra bien que le serviteur ne saurait √™tre le peuple lui-m√™me.

      Mais peut-√™tre le serviteur serait-il du moins la personnification de la portion fid√®le du peuple, souffrant innocemment pour la masse de la nation¬†; ou m√™me plus sp√©cialement le corps des proph√®tes¬†? Mais le proph√®te lui-m√™me, qui est certainement √† la t√™te de la partie fid√®le du peuple, confesse 53.3-5 les faux jugements auxquels lui et ceux qui l'entourent se sont livr√©s d'abord √† l'√©gard du serviteur, en le voyant si afflig√©¬†; et il se range parmi ceux dont le serviteur a expi√© le p√©ch√© (l'iniquit√© de nous tous, verset 6). Les souffrances des justes en Isra√ęl sont des souffrances de purification pour eux-m√™mes, jamais d'expiation pour les autres. Personne ne saurait racheter son fr√®re, ni donner √† Dieu sa ran√ßon¬†; car le rachat de leur √Ęme est trop cher (Psaumes 49.8). Voil√† l'expression du sentiment des plus fid√®les en Isra√ęl. Isra√ęl rachetant Isra√ęl : c'est une monstruosit√© aux yeux de tout vrai Isra√©lite. Lui-m√™me (l'Eternel) rach√®tera Isra√ęl de ses iniquit√©s (Psaumes 130. 8). Telle est la foi de l'√©lite d'Isra√ęl. Le saint reste, l'√©lite du peuple, bien loin d'√™tre celui qui r√©tablit Isra√ęl. est au contraire l'Isra√ęl r√©tabli. En g√©n√©ral, lorsqu'on lit tous les passages des chapitres 42, 49, 50 et 53 sur le serviteur de J√©hova, sans parti pris, il est impossible de se d√©fendre de l'impression qu'il s'agit non d'une collectivit√©, mais d'un individu.

      Cela saute tellement aux yeux, que des interpr√®tes d√©cid√©s √† ne pas trouver dans ce tableau la personne du Messie, l'ont appliqu√© √† des personnages tels que J√©r√©mie ou Josias, ou m√™me, comme le fait M. Renan, √† quelqu'un de ces nombreux martyrs qui furent victimes de la pers√©cution de Manass√© (2Rois 21.16). Mais si, √† certains √©gards, ces hommes sont des types du Messie souffrant, jamais il ne sera possible d'attribuer √† leurs souffrances le caract√®re expiatoire qui est celui du supplice du serviteur. Comment leur appliquer des mots tels que ceux-ci : Mon serviteur juste en justifiera plusieurs. Que faire, dans cette explication, de cette prolongation de sa vie apr√®s le sacrifice, et de cette domination universelle qui doit √™tre la r√©compense de son Ňďuvre¬†?

      D√©j√† dans le Psaume 110 David avait contempl√© un personnage en qui se concentrait la post√©rit√© royale que Nathan lui avait promise (2Samuel 7.1-29)¬†; il avait vu ce roi, son descendant, assis sur le tr√īne divin et en m√™me temps remplissant un sacerdoce √† la fa√ßon de Melchis√©dec. Esa√Įe avait d√©crit dans les chapitres 7 √† 11 le Messie comme roi¬†; il le d√©peint ici comme sacrificateur, ou pour mieux dire, comme √©lev√© √† la divine royaut√© par la voie douloureuse de la sacrificature volontaire. L√†, il l'avait contempl√© comme Emmanuel (d√®s avant sa naissance), puis naissant, puis r√©gnant (chapitres 7, 9 et 11). A cette √©l√©vation graduelle r√©pond ici un abaissement croissant. Le serviteur, apr√®s avoir √©t√© pr√©sent√©, chapitre 42, comme proph√®te, √©choue dans son Ňďuvre aupr√®s d'Isra√ęl au chapitre 49¬†; il est m√©pris√© et maltrait√© au chapitre 50¬†; il meurt enfin, chapitre 53. Mais cette mort ne termine pas son histoire. Au moment o√Ļ il vient d'√™tre retranch√© du monde des vivants, il repara√ģt et il agit plus victorieusement que jamais. Par sa mort il est devenu le roi du chapitre 11.

      Un seul personnage traverse toutes ces phases, r√©unit tous ces contrastes : le Messie. L'antiquit√© juive n'a pas dout√© de cette explication. Le l√©preux de la maison de l'Eternel, disaient les rabbins, est le nom du Messie. Embarrass√©s par ces gloires d'un c√īt√©, ces humiliations de l'autre, ils en √©taient venus √† se figurer deux Messies, l'un souffrant, qu'ils appelaient le fils de Joseph, car il devait na√ģtre selon eux de la tribu d'Ephra√Įm, l'autre, glorieux, qu'ils nommaient le fils de David. Ils n'abandonn√®rent que plus tard cette application de notre chapitre au Messie, parce qu'elle devenait une arme dangereuse dans la main des chr√©tiens. Le Nouveau Testament n'est pas moins net sur ce point¬†; comparez Matthieu 8.17¬†; 20.28 (ran√ßon, ascham, Esa√Įe.)¬†; Matthieu 26.28 (plusieurs, rabbim, Esa√Įe 52.14¬†; 53.11)¬†; Luc 18.31-32¬†; 22.37¬†; 24.26,44¬†; Actes 8.32-35¬†; Jean 12.38¬†; 1Pierre 2.22-25.

      En face de ces faits, que signifient des objections comme celle-ci : L'Ancien Testament ne conna√ģt pas le Messie souffrant. Quand Zacharie 12.10 et Daniel 9.24-27 ne prouveraient pas le contraire, notre passage est si clair que, m√™me seul, il se suffirait √† lui-m√™me.

      L'id√©e du Roi-Messie, dit-on encore, est √©trang√®re √† cette derni√®re partie d'Esa√Įe. Elle l'est aussi peu que celle du Messie abaiss√© l'√©tait √† la premi√®re (voir √† 11.1). La v√©rit√© est que, dans la premi√®re partie le Messie est pr√©sent√© comme roi fid√®le et juste, en opposition √† la royaut√© isra√©lite qui s'√©gare m√™me dans ses meilleurs repr√©sentants, tandis que dans la seconde, en face d'Isra√ęl plong√© dans la plus profonde mis√®re, il appara√ģt comme le sacrificateur qui n'arrive au tr√īne que par la souffrance. Mais la royaut√© n'en est pas moins clairement indiqu√©e dans les passages 43.1-7¬†; 49.7 et suivants¬†; 52.13-15¬†; 53.10-12.

      La vraie objection, aux yeux de plusieurs, c'est que l'application messianique impliquerait n√©cessairement une r√©v√©lation positive accord√©e √† Esa√Įe, ce que l'on ne croit pas pouvoir conc√©der. Cette cons√©quence est √©vidente en effet, et nous l'acceptons pleinement, car nous sommes convaincus que, comme l'histoire du peuple d'Isra√ęl en g√©n√©ral ne peut s'expliquer que par une intervention constante de Dieu, la proph√©tie qui a fleuri au sein de ce peuple, et de ce peuple seul, et dont notre chapitre est le produit le plus merveilleux, ne peut s'expliquer que par une action extraordinaire et directe de l'Esprit divin sur l'esprit de l'homme.

      La proph√©tie d'Esa√Įe chapitre 53, par son caract√®re √©videmment messianique, donne le d√©menti le plus absolu √† ceux qui nient la r√©v√©lation proph√©tique.

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