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Jean 5

    • 1 Seconde partie. Ch 5 et 6

      Le fils de Dieu et les Juifs

      Les Juifs refusent de croire en Jésus.

      Le conflit à Jérusalem

      Chapitre 5.

      1 à 18 Occasion du conflit. Guérison opérée un jour de sabbat.

      Après ces choses, c'est-à-dire, à la suite de ce qui vient d'être raconté au chapitre précédent, concernant le séjour de Jésus en Galilée.

      - Le texte reçu appuyé par B, A, D, porte : une fête.

      On lit dans Sin., C : la fête.

      Tischendorf est le seul des éditeurs modernes du Nouveau testament qui adopte cette leçon.

      Si l'article (la) √©tait authentique, la f√™te d√©sign√©e serait probablement la P√Ęque, principale f√™te des Juifs. Cependant on pourrait se demander pourquoi Jean ne la nomme pas comme il le fait ailleurs. (Jean 2.13¬†; 6.4¬†; 11.55)

      Ce qui rend surtout cette opinion difficile √† admettre, c'est qu'au chapitre suivant il mentionne une autre f√™te de P√Ęque¬†; (Jean 6.4) il y aurait ainsi, dans son r√©cit, une ann√©e presque enti√®re de la vie de J√©sus pass√©e sous silence.

      Il s'agit donc d'une autre f√™te, qui est assez clairement indiqu√©e par un simple rapprochement de texte. Au Jean 4.35 (voir la note), nous √©tions au mois de d√©cembre¬†; au Jean 6.4, l'√©vang√©liste nous dit que la P√Ęque √©tait proche.

      Il doit donc √™tre question au chapitre Jean 5 d'une f√™te qui tombe entre ces deux √©poques¬†; d'o√Ļ l'on peut conclure que c'√©tait celle de Purim (c'est-√†-dire, les sorts), c√©l√©br√©e en mars, en m√©moire de la d√©livrance du peuple juif par le moyen d'Esther. ( 9.18 et suivants) C'est l√† l'opinion √† laquelle s'arr√™tent plusieurs interpr√®tes (Olshausen, Wieseler, Meyer, Weiss, Godet).

      2 Ce verbe au présent : il y a, n'implique point, comme on l'a pensé, que notre évangile ait été écrit avant la ruine de Jérusalem ; car un réservoir alimenté par une source pouvait fort bien subsister après cette catastrophe ; et, en effet, on le voyait encore quelques siècles plus tard, au temps d'Eusèbe.

      - La porte des brebis, mentionnée dans l'Ancien Testament, (Néhémie 3.1,32 ; 12.39) était située au nord-est de Jérusalem, près du temple.

      Elle portait ce nom, dit M. F. Bovet, parce que "le petit b√©tail qui entrait √† J√©rusalem y arrivait certainement par l'est, car c'est de ce c√īt√©-l√† que se trouvent les immenses p√Ęturages du d√©sert de Juda. De nos jours encore, c'est par la porte de Saint-Etienne qu'entrent √† J√©rusalem tous les moutons n√©cessaires √† la subsistance de la ville."

      Or on estime que cette porte de Saint-Etienne est la m√™me que celle qui s'appelait autrefois porte des brebis. Peut-√™tre y avait-il aussi pr√®s de cette porte un march√© o√Ļ l'on vendait de ces animaux pour les sacrifices.

      Ce r√©servoir d'eau, ou piscine, √©tait un vaste bassin o√Ļ jaillissait une source d'eau et qu'on avait entour√© de portiques pour abriter les malades qui s'y rassemblaient.

      On avait appel√© (grec surnomm√©) ce lieu B√©thesda, c'est-√†-dire maison de gr√Ęce, ou de mis√©ricorde, sans doute parce qu'on voyait, avec raison, dans cette source une marque de la bont√© de Dieu envers tant de malheureux qui venaient y chercher la gu√©rison ou le soulagement de leurs maux.

      3 L'évangéliste nomme quelques-unes de ces maladies, pour donner une idée de toutes celles qui pouvaient s'y trouver encore. Vraie image de notre pauvre humanité souffrante.

      Le mot que nous traduisons par paralytiques signifie littéralement des malades dont les membres étaient desséchés, perclus, atrophiés. (Comparer Matthieu 12.10 ; Luc 6.6)

      Tel était peut-être l'homme dont la guérison va être racontée. (verset 5)

      M. F. Bovet a été témoin d'un triste spectacle tout semblable à celui que devait présenter Béthesda.

      C'√©tait √† la piscine d'Ibrahim, pr√®s de Tib√©riade¬†: "La salle o√Ļ se trouve la source est entour√©e de plusieurs portiques, dans lesquels nous voyons une foule de gens entass√©s les uns sur les autres, couch√©s sur des grabats, ou roul√©s dans des couvertures, avec de lamentables expressions de mis√®re et de souffrance. Qu'on se repr√©sente bien, en les voyant, les malades qu'on apportait de toutes parts √† J√©sus, ou, mieux encore, ces aveugles, ces boiteux, ces paralytiques couch√©s dans les cinq portiques du lavoir de B√©thesda¬†! La piscine est en marbre blanc, de forme circulaire, et couverte d'une coupole soutenue par des colonnes. Le bassin est entour√© int√©rieurement d'un gradin o√Ļ l'on peut s'asseoir." (Voyage en Terre Sainte)

      4 Ces malades attendaient le mouvement de l'eau, c'est-à-dire le jaillissement de la source, qui était intermittente.

      Le même phénomène a été observé, récemment encore, par divers voyageurs à une source située au sud-est de Morija, et qui s'appelle la source de la Vierge. Elle est quelquefois complètement desséchée, puis on la voit de nouveau jaillir avec abondance, deux ou trois fois par jour.

      - Ces derniers mots du verset : qui attendaient le mouvement de l'eau, manquent dans Sin., B, A, C ; Tischendorf et la plupart des critiques les omettent. Mais ils se lisent dans D et l'Itala, et le verset 7 se comprendrait à peine, si l'on n'était averti par le verset 3 qu'il s'agissait d'une source intermittente. Cette raison engage Ewald, Tholuck et d'autres à les maintenir dans le texte.

      Le mouvement de l'eau mentionné à la fin du verset 3 n'ayant pas été compris comme un phénomène naturel, on a voulu l'expliquer par une intervention surnaturelle.

      De l√†, dans le texte re√ßu, un verset 4, qui porte¬†: Car un ange descendait de temps en temps dans le r√©servoir et troublait l'eau¬†; celui donc qui y entrait le premier apr√®s que l'eau avait √©t√© troubl√©e gu√©rissait, de quelque maladie qu'il f√Ľt atteint.

      Ce verset a été probablement écrit en marge par quelque lecteur, puis introduit dans le texte par un copiste. Il manque dans Sin., B, C, D, versions.

      Plusieurs manuscrits qui le renferment, le marquent de signes de doute et, en outre il présente une quantité de variantes, ce qui rend toujours un texte suspect. Enfin, le contenu même de ce verset porte tous les caractères d'une légende. Par ces raisons décisives, il convient de le retrancher.

      5 Ayant trente-huit ans dans sa maladie.

      Trente-huit ans ! quelle épreuve quelle vie ! De là ressort mieux encore là grandeur du miracle qui va s'accomplir. (Comparer Luc 8.43)

      6 Jésus voit ce malade parmi tous les autres, et ressent pour lui une profonde compassion.

      Il conna√ģt, en effet, qu'il y a longtemps qu'il souffre, non qu'il ait re√ßu, comme on l'a suppos√©, quelques renseignements, ou l'ait appris du malade lui m√™me¬†; mais par cette intuition divine avec laquelle il p√©n√©trait toute la vie de ceux qu'il avait devant lui. (verset 14¬†; comparez Jean 4.18,29)

      - La question : Veux-tu être guéri ? a paru étrange. Il était bien évident qu'il le voulait !

      Cela n'est point certain. Paralysé depuis tant d'années, découragé, ayant vu toutes ses espérances déçues, cet homme avait probablement perdu jusqu'à la faculté de vouloir. Et le premier but de la question de Jésus était précisément d'exciter cette volonté paralysée comme le corps du malade, de produire chez lui un mouvement d'espoir et d'énergie.

      Puis le Sauveur voulait surtout attirer sur lui l'attention de ce malheureux, entrer en rapport avec lui, réveiller en lui une première étincelle de confiance et de foi. (Comparer Luc 18.40,41)

      Le malade sent la compassion de J√©sus et n'h√©site pas √† lui raconter toute sa mis√®re. (verset 7) D'ailleurs le Sauveur avait en vue une gu√©rison plus grande que celle du corps¬†; (verset 14) et pour qu'il p√Ľt op√©rer ce rel√®vement moral, il lui importait plus encore d'obtenir du malade une r√©ponse ferme √† cette question¬†: Veux-tu¬†?

      7 Il y a une simplicité touchante dans la réponse de cet homme. Non seulement il est malade, impuissant, mais abandonné : Je n'ai personne ! Je viens, toujours le dernier, toujours trop tard ! Quel découragement !

      - Quand l'eau est troublée, troublée par le jaillissement intermittent de la source. Ce sont ces mots, aussi bien que la fin du verset 3, qui ont donné lieu à la légende du verset 4.

      9 La parole cr√©atrice du Sauveur a son effet imm√©diat¬†: aussit√īt.

      Il faut remarquer aussi ce verbe à l'imparfait qui peint l'action : il marchait. (Comparer Matthieu 9.6)

      Le lit (grec grabat) qu'emporte le malade guéri était une légère couchette sur laquelle l'avait jusqu'alors retenu sa paralysie.

      10 Ces Juifs étaient des membres du sanhédrin (versets 15,33 ; comparez Jean 1.19 ; 2.18) qui, sans avoir égard au miracle accompli, ni à la délivrance d'un malheureux, ne songent qu'à faire respecter la lettre de la loi ! (Jérémie 17.21)
      11 Heureux de sa délivrance, cet homme en appelle à l'ordre et à l'autorité de celui qui l'a guéri ; cette autorité, il l'oppose sans hésiter, à celle des membres du conseil.
      13 La question des chefs du peuple est habile, et trahit leur peu de sinc√©rit√©. Ils ne demandent pas¬†: Qui t'a gu√©ri¬†? Ils √©vitent avec soin de constater le miracle, qui les g√®ne. Le malade gu√©ri ne peut r√©pondre, parce que J√©sus ne s'√©tait point fait conna√ģtre.

      Il s'était même (grec) esquivé, y ayant foule en ce lieu. (verset 3)

      Les uns traduisent : parce qu'il y avait foule ; ces mots indiqueraient le motif de la retraite de Jésus, qui ne voulait pas exciter une vaine curiosité au milieu de cette foule.

      Suivant d'autres, ils rel√®veraient la circonstance qui rendit possible la disparition de J√©sus¬†; elle se fit gr√Ęce √† la foule qui √©tait en ce lieu.

      14 C'est dans le temple que J√©sus trouve cet homme. On aime √† penser que, bient√īt apr√®s sa d√©livrance, il s'y √©tait rendu pour rendre gr√Ęces √† Dieu. Et c'est l√† que l'attendait une gr√Ęce nouvelle, le s√©rieux avertissement du Sauveur.

      Le péché, cause de la souffrance, telle est la loi universelle du monde moral que nous révèle partout l'Ecriture, d'accord avec l'expérience. (Comparer Jean 9.2, note.)

      Mais chez cet homme, la maladie avait été probablement l'effet de quelque péché particulier, puisque Jésus, après sa délivrance, l'exhorte à ne plus pécher, c'est-à-dire à ne plus se laisser aller à la vie de désordre qu'il menait autrefois. S'il la recommençait, il pouvait s'attendre à quelque chose de pire. Or par quelque chose de pire que trente-huit ans dans la maladie, Jésus entendait la perdition.

      15 Dans quelle intention ?

      Selon les uns, ce serait par m√©chancet√©, pour nuire √† J√©sus Cela nous para√ģt psychologiquement impossible et en pleine contradiction avec le verset 11.

      D'autres, au contraire, pensent que, plein de reconnaissance envers son bienfaiteur, il voulait le glorifier en r√©v√©lant √† ses adversaires celui qui avait accompli envers lui cette Ňďuvre de puissance et d'amour.

      Selon d'autres encore, il aurait agi par obéissance envers l'autorité, dans la crainte que lui inspirait sa violation du sabbat, (verset 10) et dans le désir de dégager sa responsabilité.

      La premi√®re d√©claration de cet homme, au verset 11, montre qu'il y avait en lui plus que cette pr√©occupation personnelle¬†: il s'√©tait abrit√© sous l'autorit√© de celui qui l'avait gu√©ri¬†; il saisit l'occasion d'affirmer √† nouveau, en rappelant sa gu√©rison, l'autorit√© de celui qui a op√©r√© sa merveilleuse d√©livrance, en faisant conna√ģtre cette fois le nom de son bienfaiteur. Il ne pouvait savoir qu'il en r√©sulterait des inconv√©nients pour celui-ci.

      Cette interpr√©tation nous semble en pleine harmonie avec le verset 14 o√Ļ J√©sus puise dans ce m√™me fait¬†: tu as √©t√© gu√©ri, le motif d'une exhortation qui dut faire une profonde impression sur le malade gu√©ri.

      Voir au chap. 9, l'histoire de l'aveugle-né et de ses rapports avec les adversaires de Jésus.

      16 A ces mots : poursuivaient Jésus, le texte reçu ajoute ceux-ci : "Et cherchaient à le faire mourir," qui manquent dans Sin., B, C, D, versions. et qui ont été copiés du verset 18.

      - Poursuivre signifie ici : chercher les moyens de le saisir, de l'accuser, et le motif des adversaires est le miracle que Jésus avait opéré le jour du sabbat.

      Mais l'évangéliste fait sentir, par les termes de son récit, comment ils généralisaient et exagéraient cette action.

      Le verbe à l'imparfait : il faisait, indique que c'était son habitude, le pluriel : ces choses, ne désigne pas une action unique, mais encore d'autres semblables.

      - Il faut remarquer que Jean est d'accord ici avec les synoptiques qui, eux aussi, attribuent les premières attaques des adversaires à de prétendues violations du sabbat. (Matthieu 12.1 et suivants ; verset 9 et suivants ; Marc 2.23 ; 3.1 ; Luc 6.1 et suivants)

      17 Chaque mot de cette déclaration est d'une signification profonde.

      Jésus, pour se justifier d'avoir fait du bien le jour du sabbat, élève sa pensée vers Celui qu'il nomme son Père, dans un sens que lui seul peut donner à ce nom. Il voit son Père exerçant une action immense et incessante sur tout l'univers et, en particulier, sur ses créatures intelligentes, qu'il veut amener au salut.

      C'est là ce que Jésus, par une expression populaire, appelle le travail de Dieu. Ce travail n'est interrompu par aucun sabbat. Dieu agit non seulement depuis la création du monde d'une manière continue, incessante, mais il agit jusqu'à présent ou jusqu'ici.

      Par ce dernier terme J√©sus d√©signe le moment actuel, l'instant o√Ļ s'est accomplie la gu√©rison qu'on lui reproche et dans laquelle pr√©cis√©ment s'est manifest√©e l'action de Dieu. Et, se sentant en communaut√© parfaite de volont√© et d'action avec le P√®re, J√©sus ajoute¬†: et moi aussi je travaille.

      Il travaille, non par simple imitation de Dieu, mais en vertu d'une nécessité morale de sa nature divine. Et en agissant ainsi, il ne viole pas plus le sabbat que Dieu ne le viole, il l'accomplit, (Matthieu 5.17) non selon la lettre, mais selon l'esprit et dans l'amour qui a porté Dieu à l'instituer.

      "Il ne r√©pond pas que la loi de garder le sabbat a √©t√© temporelle, et que maintenant elle serait abolie¬†: mais plut√īt il nie qu'il ait viol√© la loi, d'autant que ce qu'il avait fait √©tait une Ňďuvre divine...C'est le point sur lequel Christ s'arr√™te, que le saint repos qui a √©t√© command√© par la loi de Mo√Įse n'est point troubl√© quand on s'emploie √† Ňďuvres de Dieu. Et par cette raison, non seulement il excuse son fait, mais aussi le fait de cet homme qui a charg√© son lit. Car c'√©tait une d√©pendance et comme une partie du miracle, d'autant que ce n'√©tait qu'une approbation d'iceluy. Et puis, si on estime entre les Ňďuvres de Dieu l'action de gr√Ęces, et la publication de sa gloire, ce n'√©tait point une profanation du sabbat de rendre t√©moignage de pieds et de mains de la gr√Ęce de Dieu." Calvin.

      Cette derni√®re r√©flexion du r√©formateur r√©fute d'avance une objection de M. Weiss qui, estimant la r√©ponse de J√©sus d√©plac√©e puisqu'on lui reprochait de pousser les autres √† violer le sabbat (verset 16, comparez versets 10,12), met en doute son authenticit√©. Si J√©sus, pour se justifier, invoque ici sa relation unique avec Dieu, une affirmation semblable √©tait impliqu√©e dans cette parole conserv√©e par les synoptiques¬†: "Le Fils de l'homme est ma√ģtre du sabbat." (Matthieu 12.8¬†; Marc 2.28¬†; Luc 6.5) Ses adversaires ne se sont point m√©pris sur la port√©e de cette affirmation. (verset 18, note.)

      - Le grand principe que Jésus vient d'énoncer, est développé dans la portion de son discours qui s'étend jusqu'au verset 30, et qui reproduit sous ses différents aspects la pensée de l'activité commune du Père et du Fils. Nous avons donc dans cette parole comme le thème du discours suivant. Bengel fait observer que Jésus procède souvent ainsi, exprimant une pensée qui jaillit comme un éclair, et qui est développée ensuite. (Jean 6.27 ; 7.37 ; 8.12)

      18 Grec : à le tuer.

      A cause de cela, c'est à dire à cause de la parole qu'ils viennent d'entendre. (verset 17)

      Le mot : encore plus prouve que, dans les poursuites des Juifs contre Jésus, (verset 16) se trouvait déjà ce dessein meurtrier, exprimé par la variante inauthentique que nous avons fait remarquer.

      M. Godet fait l'observation très juste que les synoptiques font remonter à la même époque les projets des adversaires de Jésus contre sa vie. (Matthieu 12.14 ; Marc 3.6 ; Luc 6.7,11)

      Les Juifs articulaient ainsi trois griefs contre Jésus :

      1¬į Il violait le sabbat (grec il le dissolvait, d√©truisait). Il faut remarquer ce verbe √† l'imparfait qui g√©n√©ralise l'action¬†; les adversaires font entendre que J√©sus s'en faisait une habitude. Comparer verset 16, note. Nos anciennes versions en traduisant¬†: avait viol√© le sabbat, effacent cette nuance.

      2¬į J√©sus pr√©tendait que Dieu √©tait son propre P√®re. Les accusateurs ont donc parfaitement compris qu'en disant mon P√®re, (verset 17) et jamais notre P√®re, J√©sus employait ce mot dans un sens unique, exclusif, et qu'en se disant Fils de Dieu, il s'attribuait une dignit√© qui lui appartenait √† lui seul.

      L'expression mon Père était d'autant plus frappante que, dans l'Ancien Testament, le nom de Père n'est jamais appliqué à Dieu dans ses relations avec le croyant pris individuellement.

      3¬į J√©sus se faisait √©gal √† Dieu, en ce qu'il venait de d√©clarer que son activit√© √©tait semblable √† l'action cr√©atrice et constante de Dieu, et qu'elle n'√©tait point limit√©e par la loi du sabbat. (verset 17) Tout cela constituait, aux yeux des adversaires, un blasph√®me que la loi punissait de mort¬†; et cette pr√©tention d'√™tre le Fils de Dieu sera r√©ellement le sujet de la condamnation de J√©sus. (Matthieu 26.65,66)

      D'o√Ļ il faut conclure que si le Sauveur n'√©tait pas ce qu'il se disait √™tre, les membres du sanh√©drin auraient eu raison contre lui. Eux ont compris ce qu'impliquaient les affirmations de J√©sus, et un si grand nombre de ceux qui aujourd'hui se r√©clament de son nom ne le comprennent pas¬†!

      19 19 à 47 Discours de Jésus.

      Jésus confirme la déclaration qu'il vient de faire, (verset 17) mais en l'expliquant. Pour cela il énonce d'abord une pensée négative, puis une grande affirmation.

      Dans la premi√®re, il ne nie point qu'il n'ait, absolument parlant, de pouvoir √† soi, mais il exprime l'impossibilit√© morale o√Ļ il est de rien faire qui ne soit en pleine harmonie avec la volont√© de son P√®re, et cela pr√©cis√©ment parce qu'il est le Fils, son image, son r√©v√©lateur, son repr√©sentant, qui ne peut agir que dans une communion parfaite avec lui.

      Or, il a toujours une intuition immédiate de tout ce que Dieu fait il ne peut rien faire à moins qu'il ne le voie faire au Père (grec s'il ne voit le Père faisant quelque chose). Comparer verset 10.

      Il est, comme un fils, qui suit avec attention tout ce que fait son Père, afin de ne jamais s'écarter de la voie que le Père lui montre. De cette union de nature, de volonté et d'amour, dans laquelle le Fils vit avec le Père, il résulte que (grec) les choses, quelles qu'elles soient, que le Père fait, le Fils les fait pareillement.

      Cette déclaration est une confirmation expresse de la parole qui a scandalisé les Juifs. (verset 17.)

      20 L'unité d'action du Père et du Fils (verset 19) ne résulte pas seulement de la relation de nature qui les unit en tant que Père et Fils. Jésus a soin, dans l'explication (car) qu'il en donne, d'accentuer son caractère moral : c'est un ineffable rapport d'amour, (Jean 3.35) dans lequel le Père se communique au Fils et lui montre tout ce qu'il fait.

      "Celui qui aime ne cèle rien." Bengel.

      Les mots voir (verset 19) et montrer (verset 20) expriment des actes tout int√©rieurs, tout spirituels. Le P√®re ne montre pas au Fils des Ňďuvres d√©j√† ext√©rieurement r√©alis√©es et que le Fils n'aurait qu'√† imiter. Et d'autre part, le P√®re n'accorde pas seulement au Fils des visions passag√®res, comme jadis aux proph√®tes, des illuminations exceptionnelles dans les moments critiques de sa carri√®re.

      Non, l'action du P√®re qui montre et celle du Fils qui voit sont des actions continues. Le Fils est l'objet de la part du P√®re d'une initiation de tous les instants. Lui, le Fils unique, qui est "dans le ciel," (Jean 3.13) "dans le sein du P√®re," (Jean 1.18) contemple les pens√©es √©ternelles de Dieu, qui sont d√©j√† virtuellement des Ňďuvres, et il les accomplit, il les fait passer l'une apr√®s l'autre √† l'√©tat r√©el. Mais cette initiation du Fils est progressive, et l'activit√© qu'il d√©ploie en vertu de cette initiation est de m√™me soumise √† une gradation.

      C'est la v√©rit√© qu'√©nonce la seconde partie du verset 20¬†: il lui montrera des Ňďuvres plus grandes que celles-ci.

      Ce dernier mot se rapporte, suivant M. Godet, √† la gu√©rison de l'impotent et aux miracles du m√™me genre que J√©sus accomplissait, et dont les Juifs √©taient alors les t√©moins¬†; suivant M. Weiss, il d√©signerait les Ňďuvres que J√©sus accomplissait le jour du sabbat, (verset 16) en pr√©tendant r√©gler sa conduite sur l'activit√© de Dieu qui ne conna√ģt pas l'interruption du sabbat.

      Il y a du vrai dans cette derni√®re explication¬†; elle n'est pas incompatible avec la premi√®re, car si la gu√©rison de l'impotent a provoqu√© l'√©tonnement et le scandale des Juifs, c'√©tait surtout parce qu'elle √©tait accomplie le jour du sabbat et affichait la pr√©tention de J√©sus d'√™tre ma√ģtre du sabbat. (verset 1, note.)

      Les Ňďuvres plus grandes qu'il accomplira dans l'avenir sont d√®s lors des Ňďuvres qui, plus encore que ce miracle fait un jour de sabbat mettront en relief sa souveraine dignit√© et feront √©clater sa gloire divine. J√©sus va mentionner (versets 21-30) quelques-unes de ces grandes Ňďuvres qu'il accomplira jusqu'√† la fin des temps, mais auparavant il ajoute¬†: afin que vous soyez dans l'√©tonnement. Afin que, tel est le dessein de Dieu¬†; et comme J√©sus parle √† des hommes qui se sont montr√©s incr√©dules,

      "cet étonnement sera celui de la confusion." Meyer. (Comparer Actes 4.13)

      D'autre part, comme ce mot signifie aussi √™tre dans l'admiration, Bengel l'entend dans ce sens¬†: "Vous qui maintenant ha√Įssez, vous rendrez hommage par votre admiration et votre foi." C'est ce qui eut lieu, au moins pour quelques-uns des adversaires. (Jean 11.44,45)

      21 J√©sus justifie et explique (car) son affirmation que le P√®re lui montrera des Ňďuvres plus grandes, en nommant ces Ňďuvres¬†: ce sont la r√©surrection et le jugement de l'humanit√©. (versets 21-29)

      - Ici se pose une question qui a divisé les interprètes, depuis les Pères de l'Eglise jusqu'à nos jours : De quels morts et de quelle résurrection s'agit-il dans ce discours de Jésus ? (versets 21-29)

      Les uns pensent que, dans tout ce passage, il est question de la résurrection des morts au sens corporel et du jugement dernier. (Plusieurs Pères, Bengel, Hengstenberg.) Cette opinion est incompatible, d'abord avec les mots : "ceux qu'il veut," puis avec les versets 23,24,25. (Voir les notes.)

      D'autres, au contraire, entendent tout ce discours dans le sens exclusif d'une r√©surrection spirituelle et du jugement int√©rieur et moral qu'exerce l'Evangile partout o√Ļ il est pr√™ch√©. Cette interpr√©tation devient impossible en pr√©sence des versets 28,29.

      Un troisi√®me groupe reconna√ģt que le Sauveur parle d'abord de son action spirituelle et actuelle sur les √Ęmes, (versets 21-27) et qu'il annonce ensuite la r√©surrection universelle du dernier jour. (versets 28,29)

      Cette interpr√©tation, pr√©sent√©e d√©j√† par Calvin, a √©t√© admise par la plupart des ex√©g√®tes modernes¬†: L√ľcke, Tholuck, Meyer, etc.

      On peut, par une analyse plus exacte encore du discours, y distinguer trois parties :

      1¬į J√©sus parle d'une mani√®re tout √† fait g√©n√©rale de l'Ňďuvre de r√©surrection et de Jugement qu'il accomplit. (versets 21-23)

      2¬į Il caract√©rise cette Ňďuvre telle qu'il l'accomplit dans la sph√®re morale. (versets 24-27)

      3¬į Il d√©peint la r√©surrection des morts qu'il op√©rera √† la fin des temps et qui sera suivie du jugement dernier. (versets 28-29)

      Cette division, indiquée déjà par de Wette, est adoptée par MM. Astié Luthardt, Weiss, Keil, Godet, etc.

      - Ressusciter les morts et les faire vivre, maintenir en eux la vie, apr√®s les avoir arrach√©s √† la mort, est √©minemment une Ňďuvre de Dieu, source de toute vie. (Deut√©ronome 32.39¬†; 1Samuel 2.6¬†; Romains 4.17)

      Or le Fils d√©clare solennellement que cette Ňďuvre de Dieu est aussi la sienne. Les interpr√®tes se demandent dans quelle relation l'Ňďuvre de vivification accomplie par le Fils se trouve avec celle que le P√®re accomplit. R√©soudre cette question revient √† d√©terminer le sens de la locution¬†: comme...de m√™me...

      M. Godet estime que ce n'est pas tenir compte de cette locution que de dire¬†: le Fils est l'organe du P√®re¬†; c'est par lui que le P√®re ex√©cute l'Ňďuvre de r√©surrection qui rentrait dans son plan du salut.

      En employant cette locution, J√©sus penserait √† une Ňďuvre r√©elle qu'accomplit le P√®re et √† laquelle r√©pond la sienne. Cette Ňďuvre serait l'Ňďuvre √† la fois cr√©atrice, conservatrice et r√©paratrice que l'Ancien Testament attribue √† Dieu. Dieu l'a accomplie jusqu'ici, mais J√©sus s'en fait maintenant "l'agent dans le milieu particulier o√Ļ il se trouve √† chaque moment, ce milieu s'√©tendra toujours davantage, sa capacit√©, √† lui, pour l'op√©rer, s'accro√ģtra dans la m√™me mesure, jusqu'√† ce que ce domaine soit l'univers et la puissance du Fils, la toute-puissance." (Comparer Matthieu 28.18)

      Et M. Godet indique comme degrés de cette croissance : les miracles isolés de résurrection corporelle et spirituelle, la résurrection morale de l'humanité par la communication du Saint-Esprit, la victoire sur la mort et la résurrection universelle.

      On a object√© √† cette explication, qui s√©duit au premier abord par ses vues profondes sur l'Ňďuvre de J√©sus-Christ et la part de v√©rit√© qu'elle renferme¬†:

      1¬į que, d'apr√®s l'enseignement du Prologue, le P√®re n'a pas transmis au Fils √† un moment donn√© l'activit√© qu'il aurait exerc√©e jusque-l√† seul, mais que d√®s l'origine, l'activit√© du P√®re s'est exerc√©e par l'entremise du Fils¬†; (Jean 1.3)

      2¬į que rien dans notre texte n'indique que cette transmission se soit faite d'une mani√®re graduelle et progressive¬†: la locution comme...de m√™me... assimile enti√®rement l'Ňďuvre du Fils √† celle du P√®re, sans rien statuer sur la mani√®re dont ces deux activit√©s se combinent, sans dire si elles s'exercent simultan√©ment ou successivement, si l'une est subordonn√©e √† l'autre.

      Le vague de la pensée, à cet égard, provient de ce que, dans tout ce passage, (versets 19-23) le Fils ne décrit pas encore son activité, mais affirme, par des déclarations générales et abstraites, son unité et son égalité avec le Père, pour aboutir à la conclusion du verset 23.

      - En disant : ceux qu'il veut, Jésus ne prétend point que jamais sa volonté puisse être indépendante de celle du Père (v. 19), ni qu'il y ait dans cette volonté aucun arbitraire.

      Calvin voit à tort dans ces mots l'idée de la prédestination ils expriment, d'une manière générale, là puissance qu'a le Sauveur de donner la vie. Il voudrait la répandre sur tous ; s'il v a une limite, elle n'est pas dans sa volonté, mais dans les hommes, selon qu'ils croient ou ne croient pas. (versets 24,25)

      22 Ce verset explique (car) le pouvoir qu'a le Fils de vivifier ceux qu'il veut, (verset 21)

      Ce pouvoir résulte du fait que "le Père (grec) non plus ne juge personne, mais a remis tout le jugement au Fils :" Cette prérogative de juger, est impliquée dans la précédente : Celui qui donne la vie à qui il veut doit aussi exercer seul le jugement en vertu duquel il vivifie.

      De là cette déclaration que le Père ne juge personne, mais laisse au Fils tout le jugement, le jugement sous toutes ses formes.

      Il ne faut point entendre ce mot de jugement comme le font plusieurs ex√©g√®tes, dans le sens de condamnation, mais le prendre au sens le plus g√©n√©ral¬†; il s'agit avant tout de ce jugement int√©rieur et actuel qui s'accomplit en chaque √Ęme, au moment o√Ļ elle entend la Parole de v√©rit√©, et qui deviendra d√©finitif par le jugement du dernier jour. (Voir Jean 3.18, note.) De l√† ce verbe au pr√©sent¬†: ne juge personne.

      23 La conjonction : afin que indique l'intention de Dieu lui-même en remettant tout jugement au Fils : c'est qu'il soit honoré de tous à l'égal du Père (comme).

      Or, honorer Dieu, avec tous les sentiments de vénération et d'amour qui lui sont dus, c'est l'adorer, et cette adoration revient au Fils comme au Père. (Philippiens 2.9-11)

      Le Sauveur confirme cette vérité par une déclaration négative qui la rend plus absolue encore : ne pas honorer le Fils, c'est ne pas honorer le Père qui l'a envoyé, qui se révèle en lui seul et qui n'est connu qu'en lui. (Matthieu 11.27 ; 1Jean 2.23)

      Quelle r√©v√©lation pour ces auditeurs de J√©sus qui le ha√Įssaient jusqu'√† vouloir le faire mourir¬†! (verset 18¬†; comparez Jean 15.23)

      24 En v√©rit√©, en v√©rit√©¬†! ces mots marquent la solennit√© de l'affirmation et l'importance de la v√©rit√© √©nonc√©e. J√©sus aborde le second point de son discours. (verset 21, note.) Il d√©crit, dans sa r√©alisation historique et progressive au sein de l'humanit√©, l'Ňďuvre de jugement et de vivification que le P√®re lui a confi√©e. (versets 24-27)

      J√©sus ressuscite les morts par sa parole, dont la puissance divine cr√©e en eux, tout ensemble, la foi et la vie, une vie imp√©rissable de l'√Ęme, la vie √©ternelle que poss√®de d√®s √† pr√©sent le croyant (a et non pas aura) et qui se d√©veloppera jusqu'√† la perfection. (Jean 8.51)

      Il faut remarquer encore qu'écouter la parole de Jésus et croire en Dieu qui l'a envoyé est une seule et même chose, tellement le Sauveur est pénétré de la pensée que sa parole est la parole même de Dieu.

      De la mort spirituelle √† la vie √©ternelle. (Voir 1Jean 3.14, o√Ļ se trouve la m√™me expression.)

      Le verbe est au parfait, indiquant un fait accompli et permanent. C'est la raison pour laquelle le croyant, qui est d√®s ici-bas en possession de la vie √©ternelle, ne vient point en jugement. Il a d√©j√† √©t√© jug√© par la Parole divine, (Jean 12.48) au moment o√Ļ elle a produit en lui la repentance, elle a op√©r√© int√©rieurement le Jugement qui, au grand jour, atteindra l'incr√©dule,. (1Corinthiens 4.5) Celui-ci, du reste, est d√®s √† pr√©sent jug√© par son incr√©dulit√© m√™me. (Jean 3.18¬†; 9.39)

      Ce jugement moral n'est point en contradiction avec les passages de l'Ecriture qui annoncent un jugement universel (Matthieu 25.31 et suivants ; Romains 14.10 ; 2Corinthiens 5.10) ; car ce dernier ne peut être que le classement définitif de chacun, selon son état intérieur, l'un allant à la vie, l'autre à la mort, mais la vie ou la mort seront déjà le partage d'un chacun, et le jugement ne fera que les constater.

      C'est ce qui est indiqué ici, par le temps même des verbes : ne vient point en jugement, est passé de la mort à la vie.

      25 Solennelle répétition de l'affirmation du verset précédent.

      La voix du Fils de Dieu retentit maintenant au milieu des morts spirituels, (Ephésiens 2.1 ; Matthieu 8.22) et ceux qui l'auront entendue, écoutée et crue vivront d'une vie éternelle. (verset 24)

      La voix du Fils de Dieu, c'est sa parole, (verset 24) dont la puissance créatrice fait revivre les morts. (Romains 4.17 ; comparez Ezéchiel 37.1-14)

      - La liaison intime de ce verset avec le précédent, et surtout les mots : l'heure est (déjà) maintenant, ne laissent subsister aucun doute sur le sens spirituel des termes : morts et vivront.

      Ceux qui, malgré ces preuves, les appliquent à la mort et à la résurrection corporelle sont forcés d'expliquer ce mot maintenant par les quelques résurrections miraculeuses que Jésus opéra au cours de son ministère.

      Mais il est évident, comme l'observe Meyer, que, rappeler pour un temps à la vie terrestre certains morts qui pourtant mourront de nouveau, ce n'était pas leur communiquer la vie dont parle Jésus dans ce discours.

      Et si l'on veut appliquer ces paroles à la résurrection universelle du dernier jour, que signifie cette distinction : ceux qui l'auront entendue ?

      Ce qu'il y a de vrai dans l'opinion que nous r√©futons, c'est que la r√©surrection spirituelle dont parle ici le Sauveur renferme en elle-m√™me tous les √©l√©ments de la r√©surrection finale qu'il va annoncer, (verset 29) et qui n'en sera que l'√©panouissement, par lequel l'homme tout entier, l'esprit, l'√Ęme et le corps, seront rendus √† la perfection. (1Thessaloniciens 5.23¬†; comparez Jean 6.39,40,44)

      26 Cette grande parole explique (car) la puissance vivificatrice que le Fils s'attribue dans les deux déclarations précédentes. (versets 24,25)

      Le Fils de Dieu ne ressuscite les morts, ne r√©pand la vie divine dans les √Ęmes, que parce qu'il la poss√®de en lui-m√™me comme le P√®re a la vie en lui-m√™me.

      Il faut remarquer la répétition de cette formule : a la vie en lui-même, appliquée successivement au Père et au Fils.

      De même que le Père est la source souveraine de toute vie, (Psaumes 36.10) de même le Fils a la vie en lui-même et est, lui aussi, dès le commencement, la source de la vie, (Jean 1.4 ; 11.25 ; 14.6 ; 1Jean 1.2) par lui à eu lieu la création de l'univers, (Jean 1.3) par lui aussi s'accomplit la création nouvelle dans le monde moral.

      Mais cette prérogative d'avoir la vie en soi et d'être source de la vie, le Fils la possède comme un don : le Père a donné au Fils d'avoir la vie en lui-même. Il y a dans cette affirmation une apparente contradiction.

      Mais, comme le remarque M. Godet, "nous voyons résolue en nous-mêmes une contradiction analogue. Nous possédons comme donnée, la faculté de nous déterminer...Nous tirons à chaque instant de cette faculté des décisions morales qui nous appartiennent en propre...Ce que la liberté est pour l'homme, la faculté divine de vivre pour soi-même l'est pour le Fils...Par ce don de l'indépendance divine fait au Fils, le Père lui a tout donné ; par sa subordination volontaire, le Fils rend tout au Père. Tout donner, tout rendre, n'est-ce pas l'amour parfait ?"

      27 Comparer verset 22, note.

      La raison indiquée dans les mots : parce qu'il est Fils d'homme, a été interprétée : parce qu'il est le Messie.

      Mais cette idée n'explique pas pourquoi le jugement est remis au Fils et, dans ce cas, Jésus aurait dit le Fils de l'homme (comme toujours, avec les articles ; comparez Matthieu 8.20, note), et non : Fils d'homme.

      On a dit encore, en se rapprochant du contexte : Parce que c'est lui qui communique la vie et qu'il sait quels sont ceux qui la possèdent. On a dit enfin : Parce qu'il est le Sauveur et que, la rédemption ayant eu son point de départ dans notre humanité, il en doit être de même du jugement qui en est l'accomplissement final.

      Il y a du vrai dans ces interprétations. Mais le texte dit simplement : parce qu'il est Fils d'homme c'est-à-dire homme.

      Il nous semble donc que l'explication de F. de Meyer, dans sa Bible annot√©e, rend compte le plus simplement de ce terme du texte¬†: "Parce que l'homme doit √™tre jug√© par son pareil et m√™me par le plus humble et le plus aimant des hommes, qui a port√© le p√©ch√© de l'humanit√© et peut avoir compassion de ses fr√®res. en sorte que c'est la gr√Ęce m√™me qui juge. (H√©breux 2.17,18¬†; 4.15) Par son abaissement volontaire, le Fils de Dieu s'est acquis la pr√©rogative de juger ceux qu'il est venu sauver."

      R. Stier, en adoptant cette explication, ajoute¬†: "Oui, tel est le jugement d'un Fils d'homme¬†!" (Comparer Actes 17.31) Mais si ce jugement est plein de consolation et d'esp√©rance pour ceux qui ont trouv√© dans un tel juge leur Sauveur, il n'en est que plus terrible pour ceux qui repoussent sa gr√Ęce.

      Au reste, pour comprendre cette explication de la parole de Jésus, il ne faut pas perdre de vue qu'il ne s'agit point exclusivement ici du jugement dernier, mais de ce jugement intérieur, progressif, qui s'exerce dans la conscience, par la vérité divine, et dont le jugement éternel ne sera que le dernier acte. (Voir verset 22 et verset 30)

      29 J√©sus lit sur la figure de ses auditeurs l'impression de l'√©tonnement, du doute de l'incr√©dulit√©, √† l'ou√Įe des grandes choses qu'il vient de leur faire entendre, il leur dit alors¬†: Ne vous √©tonnez pas de cela, car voici de plus grandes choses encore¬†; et il annonce le fait immense de la r√©surrection universelle au dernier jour.

      Les termes de ces deux versets (28, 29) sont tels qu'on ne peut les comprendre dans le sens d'une résurrection spirituelle : tous les verbes sont au futur, en disant : l'heure vient, Jésus n'ajoute pas, comme au verset 25 : elle est déjà maintenant ; il n'y a plus ici de distinction entre ceux qui auront entendu sa voix et les autres, (verset 25) mais tous l'entendent ; enfin ces mots : dans les sépulcres, en sortiront, ne souffrent aucune autre interprétation que celle d'une résurrection corporelle.

      La grande voix du Fils de Dieu qui, alors, se faisait entendre au milieu de ses adversaires et de tout le peuple, pleine de gr√Ęce et de v√©rit√©, retentira √† l'heure de son retour glorieux et accomplira, par la puissance cr√©atrice de Dieu, le plus grand miracle qui ait eu lieu depuis la cr√©ation du monde, la r√©surrection des morts.

      Cette r√©surrection est, en m√™me temps, la s√©paration de notre humanit√© en deux parts¬†: r√©surrection de vie, pour ceux qui d√©j√† avaient la vie¬†; (versets 24,25) r√©surrection de jugement pour les autres. Les raisons de cette diff√©rence sont dans la conduite qu'ils auront eue et qui alors para√ģtra au grand jour¬†: ceux qui auront fait le bien, ceux qui auront pratiqu√© le mal¬†; "l'arbre se reconna√ģt √† ses fruits."

      On aurait pens√© que ces raisons seraient la foi ou l'incr√©dulit√©, la vie ou la mort spirituelles, et c'est bien l√†, au fond, ce que J√©sus entend par¬†: le bien (grec les bonnes Ňďuvres) ou le mal (grec les mauvaises Ňďuvres), dans leur sens absolu¬†; mais il emploie des termes plus g√©n√©raux qui comprennent, le premier, la droiture morale qui pr√©c√®de la foi (Jean 1.48¬†; 3.21¬†; 7.17) et les fruits de sanctification et d'activit√© que la foi produit¬†; le second, la corruption morale qui est tout ensemble la cause et la cons√©quence de l'incr√©dulit√©. (Jean 3.19-20)

      Une résurrection de vie est une résurrection qui conduit à la vie parfaite et éternelle ; une résurrection de jugement, celle qui conduit au jugement, mais il ne faut point traduire, avec Martin et Ostervald : résurrection de condamnation. (Matthieu 7.21 suivants ; Matthieu 24.31 et suivants ; Luc 14.14 ; Romains 2.7,8)

      30 J√©sus, apr√®s avoir repouss√© l'accusation port√©e contre lui par ses adversaires, (verset 18) en s'√©levant √† une hauteur divine o√Ļ l'accus√© est devenu le juge des accusateurs revient ici √† son point de d√©part, (verset 19) c'est-√†-dire √† cette unit√© parfaite avec Dieu hors de laquelle il lui est moralement impossible de rien faire.

      Il l'affirme de nouveau en s'attribuant plus directement cette pr√©rogative¬†: il ne dit plus seulement¬†: "Le Fils ne peut rien faire," mais¬†: "Moi je ne puis rien faire." Tout ce qu'il fait a donc pour sanction l'autorit√© de Dieu m√™me¬†; quand il juge (le verbe au pr√©sent ne peut s'entendre du seul jugement √† venir, verset 29, mais de toute son Ňďuvre au sein de l'humanit√©, Jean 5.22,27¬†; 3.18), son jugement est juste, parce qu'il ne fait qu'accomplir la volont√© de celui qui l'a envoy√©.

      Cette pleine et constante harmonie de sa volonté avec la volonté de Dieu, (Matthieu 26.39) c'est la sainteté, la victoire constante remportée sur tous les efforts de l'ennemi ; or la sainteté parfaite de Jésus-Christ sera toujours sa meilleure apologie.

      - Jusqu'ici, dans ce discours, le Sauveur a affirmé ce qu'il est, maintenant, il va en appeler au témoignage que Dieu lui rend et, à son tour, accuser l'incrédulité de ses adversaires en présence de ce témoignage. (versets 31-47)

      31 Par ces paroles, Jésus prévient une objection que, plus tard, les adversaires formuleront expressément : "Tu rends témoignage de toi-même ; ton témoignage n'est pas vrai." (Jean 8.13)

      J√©sus r√©pondra alors¬†: "M√™me si je rends t√©moignage de moi-m√™me, mon t√©moignage est vrai¬†; car je sais d'o√Ļ je suis venu et o√Ļ je vais." (verset 14)

      Ici, il admet le principe formel du droit selon lequel un homme ne peut pas témoigner sur son propre compte, mais c'est pour en appeler immédiatement à un autre qui rend témoignage de lui. (verset 32)

      32 Qui est cet autre, au témoignage duquel Jésus en appelle ? Plusieurs anciens interprètes ont répondu : C'est Jean Baptiste, dont le Seigneur va parler. Mais cette application est précisément écartée par les paroles des versets 33-36.

      Non, celui qui rend ce témoignage, c'est Dieu lui-même ; (versets 36-40) et Jésus sait, il porte en lui l'intime conviction, que ce témoignage est la vérité souveraine.

      Sin., D, Itala portent vous savez. Cette variante que Tischendorf est seul à admettre provient de la fausse supposition qu'il s'agit du témoignage de Jean-Baptiste.

      33 Voir Jean 1.19 et suivants

      Quand J√©sus dit qu'un autre rendait t√©moignage de lui, (verset 32) ses interlocuteurs pens√®rent aussit√īt √† Jean-Baptiste. J√©sus parle donc du t√©moignage rendu par son Pr√©curseur, qui conserve sa valeur (verbe au parfait) malgr√© la disparition du t√©moin.

      34 Jésus affirme que le témoignage de Jean a été pleinement conforme à la vérité, et cependant, dans cette contestation avec les adversaires, ce n'est pas à ce témoignage ni au témoignage d'aucun homme qu'il en appelle, parce qu'il en a un plus grand ; (verset 36) s'il mentionne le témoignage du Précurseur, c'est seulement dans l'intérêt de ses auditeurs, afin qu'ils se souviennent des paroles de repentance et de vérité que Jean leur a fait entendre, et qu'ainsi ils soient sauvés.
      35 C'est encore une belle louange du Pr√©curseur que J√©sus prononce par ces paroles¬†: Il √©tait la lampe qui br√Ľle et qui luit, l'unique lampe qui √©claire la maison, (Matthieu 5.15,16, note) le proph√®te que Dieu avait destin√© √† √©clairer son peuple et √† l'amener au Sauveur.

      Cette lampe s'était déjà consumée ; Jean n'était plus, ainsi que l'indique le verbe à l'imparfait. En poursuivant cette image gracieuse, dans la seconde partie de ce verset, Jésus adresse à ses auditeurs un sévère reproche : au lieu de profiter, pour leur salut, de cette lumière fugitive, ils n'avaient pensé qu'à se réjouir.

      L'annonce du royaume messianique avait excit√© leur curiosit√© et leurs esp√©rances charnelles¬†; mais la pr√©dication de la repentance, que Jean leur faisait entendre, les avait bient√īt rebut√©s.

      36 Voil√† le t√©moignage divin dont J√©sus a parl√©, (verset 32) et qui est plus grand que celui du Pr√©curseur¬†: ce sont d'abord les Ňďuvres du Sauveur. Ce t√©moignage est bien de Dieu, car c'est le P√®re qui lui a donn√© les Ňďuvres qu'il fait, afin qu'il les accomplisse.

      Ce dernier verbe signifie accomplir jusqu'√† la perfection, et il est au futur, car J√©sus a la certitude qu'il ach√®vera ses Ňďuvres jusqu'au bout. La preuve, pour ses auditeurs, c'est que d√©j√† il les fait (pr√©sent).

      Or, qu'√©taient ces Ňďuvres¬†?

      Avant tout, ses miracles, ces actes de puissance et d'amour qui répandaient la santé et la vie, la consolation et l'espérance sur tant de malheureux.

      C'√©taient encore ses paroles divines qui √©clairaient et vivifiaient les √Ęmes¬†; (versets 20-27) c'√©tait, en un mot, toute sa belle et sainte vie qui, dans son ensemble, constituait "l'Ňďuvre de celui qui l'avait envoy√©." (Jean 4.34)

      Voilà son témoignage. Est-il étonnant qu'il en appelle à lui si souvent ? (Jean 10.32,37,38,14.11 ; 17.4)

      37 S'agit-il, ici encore, du m√™me t√©moignage, celui des Ňďuvres¬†? (verset 36) Plusieurs interpr√®tes l'ont pens√©.

      Mais ces mots solennels : le Père luimême et le verbe au parfait : a rendu témoignage (tandis qu'il est au présent dans le verset précédent), montrent évidemment que Jésus a en vue un témoignage nouveau.

      Quel est-il¬†? Les uns pensent qu'il s'agit de ce t√©moignage int√©rieur et imm√©diat que Dieu rend dans les √Ęmes (versets 24-26) en les attirant au Fils (6¬†: 44)¬†; ainsi de Wette, Tholuck, Asti√©. Cette explication non plus ne tient pas compte du verbe au parfait.

      D'autres (Chrysostome, Bengel) voient ici une allusion au témoignage divin rendu à Jésus lors de son baptême. (Jean 1.33,Matthieu 3.17)

      Cette supposition ramènerait au témoignage de Jean-Baptiste. (verset 33) Elle est contredite par les mots qui suivent : "Jamais vous n'avez entendu sa voix."

      Nous pensons donc avec Calvin, L√ľcke, MM. Meyer, Luthardt Weiss, Keil et Godet (3e edit.), que J√©sus aborde ici le grand t√©moignage que Dieu lui a rendu dans les saintes Ecritures de l'Ancien Testament et dont il va parler plus au long. (versets 38-40) Ce t√©moignage a √©t√© rendu dans le pass√©, mais subsiste dans le pr√©sent¬†: c'est ce que signifie le verbe au parfait.

      38 Malgr√© toutes les r√©v√©lations et toutes les apparitions divines (th√©ophanies) dans l'ancienne alliance, jamais vous n'avez su discerner la voix de Dieu et reconna√ģtre sa pr√©sence dans les Ecritures.

      Vous ne le connaissez pas parce que sa parole n'a jamais p√©n√©tr√© dans vos cŇďurs, de mani√®re √† demeurer en vous. Ce qui le prouve avec √©vidence, c'est que vous ne croyez point celui qu'il a envoy√©, et auquel il rend un si √©clatant t√©moignage. (versets 36,37)

      Tel est, d'une manière générale, le reproche que Jésus adresse à ses auditeurs. (verset 38)

      Mais les dernières paroles du verset 37 prouvent qu'il ne pense pas seulement à la manière superficielle et légère dont ils étudiaient les Ecritures.

      Ces termes caract√©ristiques¬†: Vous n'avez jamais ni entendu sa voix ni vu sa face ne signifient pas seulement¬†: Vous ne connaissez pas Dieu, mais¬†: Vous ne sauriez le conna√ģtre, si ce n'est en Celui qui le r√©v√©lait dans l'Ancien Testament, et qui, par sa pr√©sence, le r√©v√®le maintenant √† vos yeux. C'est exactement ce qui est dit Jean 1.18¬†; 6.46.

      Or cet unique révélateur de Dieu, les chefs du peuple le repoussent, ils ne croient pas en lui ; donc ils restent dans l'ignorance et la mort. (verset 39)

      Telle est, à peu près, l'interprétation de R. Stier, et c'est, nous semble-t-il, la seule qui rende bien compte de ce texte profond est difficile.

      40 Les premiers mots du verset 39 ont été de tout temps compris et traduits de deux manières différentes :

      1¬į Par l'imp√©ratif¬†: scrutez ou sondez les Ecritures, ce qui serait une exhortation √† le faire. (Ainsi, entre autres, Augustin, Luther, Calvin Tholuck, R. Stier, Hengstenberg, Keil et nos versions ordinaires.) Mais une telle exhortation ne formerait plus, avec la suite du verset et surtout avec les derniers mots, la contradiction poignante que J√©sus veut signaler √† ses auditeurs entre ces Ecritures qu'ils connaissent et leur incr√©dulit√© √† l'√©gard de J√©sus.

      2¬į Pour cette raison, la plupart des interpr√®tes¬†: B√®ze, Bengel, Olshausen, de Wette Meyer, MM. Weiss, Holtzmann, Asti√© Godet, et toutes les versions r√©centes adoptent l'indicatif¬†: Vous scrutez les Ecritures.

      C'est en effet ce que faisaient les Juifs, surtout depuis le retour de la captivité, ils étudiaient beaucoup les Ecritures, mais bien plus pour en compter les mots et les syllabes, que pour en pénétrer le sens et l'esprit. Ils pensaient avoir, par la seule connaissance littérale de ces Ecritures, la vie éternelle.

      Sans doute, s'ils ne s'arrêtaient pas à la lettre, s'ils savaient s'élever jusqu'à l'esprit, (Jean 6.63 ; 2Corinthiens 3.6) ils trouveraient cette vie véritable et éternelle dans les Ecritures, car elles sont remplies du témoignage rendu au Libérateur qui devait venir.

      Mais malgré la connaissance que vous avez de ces Ecritures, qui rendent témoignage de moi, ajoute Jésus, vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie !

      Quelle contradiction ! quel aveuglement ! Et c'est leur volonté dépravée qui en est la cause. (verset 40) C'est avec une profonde tristesse que Jésus prononce ces paroles. Elles rappellent sa plainte sur Jérusalem : Vous ne l'avez pas voulu. (Matthieu 23.37)

      42 Dans cette troisième partie du discours, (versets 41-47) Jésus ne fait plus que développer le reproche qu'il vient d'adresser à ses auditeurs : Vous ne voulez pas !

      Il montre d'abord d'o√Ļ provient leur mauvais vouloir, (versets 41-44) puis il leur en d√©voile les cons√©quences. (versets 45-47)

      S'il leur reproche avec tant de force de ne pas croire en lui, ce n'est pas qu'il recherche en aucune mani√®re la gloire qui vient des hommes¬†; (comparez verset 44) mais c'est parce qu'il les conna√ģt, (Jean 2.24) et qu'il sait que leur cŇďur est √©tranger √† l'amour de Dieu.

      Telle est la première et grande cause de leur incrédulité. S'ils avaient eux-mêmes une étincelle de cet amour pour Dieu, ils le sentiraient dans chacune des paroles du Sauveur. (Comparer Jean 3.19-21)

      43 Celui qui vient au nom de son P√®re, qui est le vrai Messie, le Sauveur, ils ne le re√ßoivent point, parce que leur cŇďur est incapable de sentir son amour¬†; si un autre vient en son propre nom sans l'autorit√© de Dieu que pourtant il invoquera faussement, ils le recevront.

      Pourquoi ? parce qu'il flattera leurs préjugés, leurs passions, comme le font tous les faux messies et les faux prophètes qui ne recherchent que leur propre gloire. (verset 44)

      44 Seconde raison d'incr√©dulit√©, que J√©sus exprime vivement par une question directe et qui signifie¬†: Il vous est impossible de croire, parce que, idol√Ętres de la gloire qui vous vient des hommes, vous n'avez aucun √©gard √† la gloire qui vient de Dieu seul et qui devrait dominer toutes vos pens√©es. (verset 41)

      Voir sur cette idol√Ętrie de l'approbation et de la gloire des hommes que J√©sus reprochait ailleurs aux chefs du peuple, Matthieu 6.1-5,16-18¬†; Matthieu 23.5-12¬†; comparez Jean 12.43.

      45 Apr√®s avoir d√©voil√© √† ses adversaires leur incr√©dulit√© et ses causes, J√©sus leur √īte enfin le fondement de la fausse esp√©rance qu'ils mettent en Mo√Įse.

      C'est par un z√®le aveugle pour Mo√Įse et pour sa loi qu'ils ont accus√© J√©sus d'avoir viol√© le sabbat, (verset 17) accusation qui a donn√© lieu √† tout ce discours.

      Or c'est pr√©cis√©ment Mo√Įse qui les accuse d√®s maintenant (grec il est l√†, celui qui vous accuse, Mo√Įse)¬†; en sorte que J√©sus n'aura point √† les accuser devant le P√®re au jour du jugement.

      Quelle situation tragique : trouver son accusateur en celui en qui on avait mis son espérance de salut ! Et Jésus va dire la cause de cette immense déception qui les attend. (versets 46,47)

      46 La preuve que Mo√Įse les accuse (car), c'est que, tout en se glorifiant de lui, ils ne le croient pas, d'une foi √©clair√©e et vivante¬†: Si vous croyiez Mo√Įse...

      Et leur incr√©dulit√© √† l'√©gard de Mo√Įse est, √† son tour, la cause pour laquelle ils ne croient pas J√©sus.

      En effet, les √©crits de Mo√Įse sont remplis de lui.

      Les mots : Il a écrit de moi ne doivent pas s'entendre seulement de certaines déclarations prophétiques telles que Genèse 3.1 ; 5 ; Deutéronome 18.15,18 et autres ; mais de tous les types, les sacrifices, les cérémonies symboliques du culte, qui avaient en vue le futur Libérateur du peuple de Dieu. Il aurait même suffi de saisir la spiritualité et la sainteté de la loi pour comprendre qu'elle ne serait jamais accomplie qu'en Celui qui devait venir. (Comparer Luc 24.27,44)

      47 L'incr√©dulit√© envers Mo√Įse et ses √©crits avait pour cons√©quence n√©cessaire l'incr√©dulit√© envers J√©sus et ses paroles¬†;

      "L'antithèse essentielle, comme le remarque M. Godet, n'est pas celle des substantifs écrits et paroles, mais celle des pronoms ses et mes"

      Endurcir sa conscience et son cŇďur en pr√©sence de la loi qui doit produire la repentance, c'est les endurcir aussi envers Celui qui annonce la gr√Ęce et le salut.

      En un mot l'incrédulité est un état moral qui rend l'homme incapable de saisir aucune des manifestations de la vérité et de la miséricorde divines. Telle est la conclusion accablante de ce discours.

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