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Marc 10

    • 1 Chapitre 10. La Passion de J√©sus √† J√©rusalem

      Sur le chemin de Jérusalem

      1 à 16 Du mariage et du divorce. Les petits enfants.

      Comparer Matthieu 19.1-15.

      - Etant parti de l√†, c'est-√†-dire de Caperna√ľm. (Marc 9.33) J√©sus quitte d√©finitivement la Galil√©e pour se rendre en Jud√©e, en passant par la P√©r√©e.

      L√†, comme ailleurs, J√©sus se trouva entour√© par des multitudes avides d'entendre sa parole, et il reprit les pr√©dications publiques qui marqu√®rent les d√©buts de son minist√®re, et auxquelles il avait d√Ľ renoncer dans les derniers temps de son activit√© en Galil√©e.

      C'est ce que Marc fait remarquer par ce mot deux fois répété : de nouveau. Non seulement il enseignait ces foules, mais, comme le dit Matthieu, (Matthieu 19.2) il guérissait leurs malades.

      Ce séjour dans la Pérée fut assez prolongé, car il occupa les derniers mois de l'activité du Sauveur.

      2 D'après notre évangile, on ne voit pas bien en quoi consistait la tentation à laquelle les pharisiens voulaient soumettre le Seigneur. Leur question, toute générale, devait amener une réponse affirmative, puisque le divorce était permis par la loi dans certaines circonstances, et que Jésus lui-même l'avait autorisé en cas d'adultère.

      Ces mots conservés par Matthieu : pour quelque sujet que ce soit nous font mieux apercevoir le piège qu'ils tendaient à Jésus. (Voir Matthieu 19.3, note.) On peut supposer en effet qu'ils avaient eu connaissance de déclarations de Jésus contraires au divorce (Matthieu 5.31,32) et qu'ils espéraient le mettre en contradiction avec la loi de Moise et avec leur tradition.

      4 Encore ici se trouve entre Matthieu et Marc une différence de rédaction qu'il faut noter.

      Dans le premier, J√©sus repousse le divorce, en rappelant le dessein primitif de Dieu, qui cr√©a un homme et une femme pour qu'ils devinssent un seul √™tre dans une union indissoluble¬†; et ce sont les adversaires qui en appellent √† la loi de Mo√Įse, comme objection au principe pos√© par J√©sus, attendu que cette loi autorise le divorce.

      D'apr√®s Marc, au contraire, c'est J√©sus qui commence par en appeler √† la loi¬†; et comme cette loi parait favorable aux pharisiens, J√©sus en explique le motif, la duret√© du cŇďur¬†; (verset 5) puis il expose la destination de l'homme et de la femme dans le plan de la cr√©ation.

      Le fond de l'enseignement reste le même ; mais ces divergences dans les récits des évangélistes montrent combien ils sont indépendants les uns des autres.

      5 Matthieu 19.8, note.

      Répondant manque dans Sin., B, C.

      8 Les mots et s'attachera à sa femme (verset 7) manquent dans Sin. et B.

      J√©sus cite textuellement (les fit m√Ęle et femelle), d'apr√®s Gen√®se 1.27, le r√©cit de la cr√©ation de l'homme et de la femme, qui marque l'intention de Dieu dans leur union, (verset 6) puis la parole d'Adam, (Gen√®se 2.24) qu'il s'approprie et sanctionne de son autorit√©.

      Il ajoute, comme conclusion : Ainsi ils ne sont plus deux qui puissent être séparés, mais une seule chair, un seul être. (Matthieu 19.4-6, notes.)

      11 Dans Matthieu (Matthieu 19.9) cette déclaration fait encore partie du discours adressé aux pharisiens. Elle se retrouve d'ailleurs dans le sermon sur la montagne. (Matthieu 5.31,32)

      Le premier √©vangile mentionne aussi une question que les disciples posent √† J√©sus (sans indiquer que ce f√Ľt dans la maison) mais cette question a trait √† l'opportunit√© du mariage. (Matthieu 19.10-12)

      12 Au lieu de ces paroles, Matthieu a celles-ci : "et celui qui épouse la répudiée commet adultère," parce que Jésus, n'admettant pas la légitimité du divorce dans le cas dont il s'agit, considère cette femme comme étant encore la femme d'un autre.

      Dans Marc la pens√©e est tout autre. Elle suppose une r√©ciprocit√© et une √©galit√© entre les deux √©poux qui n'existaient chez les Juifs ni dans la loi, ni dans les mŇďurs, et qui ne se rencontraient qu'en Gr√®ce et √† Rome.

      Quelques interpr√®tes en ont conclu que Marc accommode le discours qu'il rapporte √† ces mŇďurs √©trang√®res, ou que J√©sus avait voulu √©tablir par anticipation une r√®gle pour son Eglise.

      Mais bien qu'une femme r√©pudiant son mari f√Ľt un fait inou√Į parmi les Juifs, n'est-il pas possible que J√©sus fit allusion √† ce qui venait de se passer dans la famille d'H√©rode¬†? (Marc 6.17)

      L'égalité de la femme et de l'homme devant la loi et devant Dieu ressortira certainement de l'Evangile, mais d'une manière entièrement inconnue dans l'antiquité. (Galates 3.28 ; 1Pierre 3.7)

      13 Voir, sur ce récit, Matthieu 19.13-15, notes, et comparer : Luc 18.15-17.

      Les trois premiers évangélistes rapportent ce trait aussi instructif que touchant, mais tous les trois sans liaison apparente avec ce qui précède et ce qui suit.

      - Afin qu'il les touch√Ęt, peut indiquer chez ces pieux parents la pens√©e que, si seulement cet homme de Dieu touchait leurs enfants, il en r√©sulterait pour ceux-ci une b√©n√©diction.

      Ou bien ils entendaient par l√† l'imposition des mains, par laquelle il leur communiquerait quelque gr√Ęce. (verset 16)

      15 Cette parole du verset 15, recueillie par Marc et Luc, est omise par Matthieu. Une parole semblable se retrouve Marc 9.36,37, et surtout Matthieu 18.3,4.

      Pour recevoir le royaume de Dieu (voir sur ce terme Matthieu 3.2, note), c'est-√†-dire l'Evangile qui nous y introduit, et la vie d'en haut qui en fait l'essence, il faut avoir recouvr√©, par une Ňďuvre de la gr√Ęce divine, les caract√®res qui distinguent le petit enfant¬†: le sentiment de sa faiblesse, de sa d√©pendance absolue, l'humilit√©, la candeur. L'enfant n'a point de pr√©jug√©s, et d√®s lors il re√ßoit avec simplicit√© de cŇďur ce qui lui est pr√©sent√© comme la v√©rit√©. (Comparer Matthieu 18.3,4, note.)

      16 Marc seul a ici, comme Marc 9.36, ce trait touchant : les ayant pris dans ses bras, ou embrassés.

      Cette tendresse du Sauveur pour les petits et les faibles nous explique pourquoi il fut indigné contre ses disciples qui voulaient les écarter de lui.

      - Jésus les bénit en imposant les mains.

      Ce dernier trait n'est pas un symbole vain et vide, mais le moyen par lequel il communique la bénédiction. Et, on peut le croire, la bénédiction divine resta sur ces enfants.

      17 17 à 31 Le jeune homme riche. Danger des richesses. De la récompense à venir.

      Voir, sur le récit qui va suivre, Matthieu 19.16-26 et comparer : Luc 18.18-27.

      Les trois évangélistes rapportent ce trait à la suite de la bénédiction des petits enfants. Plusieurs détails caractéristiques et importants sont propres à Marc.

      - J√©sus sortait de la maison o√Ļ il s'√©tait arr√™t√© (vers. 10), et se mettait en chemin pour continuer son voyage.

      Voir, sur cet homme et sur sa question, Matthieu 19.16, note.

      - Par ces mots¬†: √©tant accouru, s'√©tant jet√© √† ses genoux, Marc peint d'une mani√®re dramatique la sc√®ne et nous montre l'empressement de cet homme √† obtenir de J√©sus une r√©ponse √† la question qui le tourmentait, aussi bien que la profonde v√©n√©ration que le Ma√ģtre lui inspirait.

      18 Cette question : Pourquoi m'appelles-tu bon ? par laquelle Jésus répond à la demande de son interlocuteur est différente dans Matthieu, (Matthieu 19.17, voir la note) selon le vrai texte.

      Luc rapporte la parole de Jésus dans les mêmes termes que Marc.

      Comme les évangélistes ne nous donnent qu'un résumé des entretiens qu'ils rapportent, il est très possible que les deux paroles conservées par la tradition apostolique aient été prononcées par le Sauveur.

      - Quant au sens de la question de Jésus : Pourquoi m'appelles-tu bon ? et à cette distinction qu'il établit entre lui et Dieu qu'il déclare seul bon, les interprètes diffèrent beaucoup, selon qu'ils sont influencés par leurs vues dogmatiques. Ceux qui nient la sainteté parfaite de Jésus voient dans cette parole un aveu de péché. Mais c'est ne tenir compte ni de la situation particulière dans laquelle elle a été prononcée, ni de l'ensemble des données de l'Evangile. De celles-ci ressort avec éclat l'entière pureté de la conscience du Sauveur. Il n'y a donc que deux manières d'expliquer ce refus du titre de bon.

      Il faut supposer que J√©sus se met au point de vue de celui qui l'interroge et dont la question prouve qu'il a les id√©es les plus fausses sur la bont√© de l'homme. Se croyant bon lui-m√™me, il doit, √† plus forte raison, qualifier ainsi ce Ma√ģtre pour lequel il montre une v√©n√©ration profonde, bien qu'√† ses yeux, il ne soit qu'un homme sup√©rieur, tout au plus un envoy√© de Dieu. C'est l√†, dit-on, l'erreur que J√©sus veut dissiper par sa r√©ponse, et bient√īt il retrouvera toute son autorit√© divine, en demandant √† cet homme riche de sacrifier ce qu'il poss√®de pour le suivre. (verset 21)

      Telle est, avec quelques légères différences, l'explication admise dans l'Eglise chrétienne, depuis Augustin jusqu'aux réformateurs et jusqu'aux exégètes modernes, Bengel, Olshausen, Ebrard, Lange.

      - Mais on peut objecter à cette interprétation que l'interlocuteur aurait pu difficilement deviner ce sens des paroles de Jésus.

      Il est pr√©f√©rable de les expliquer de la mani√®re suivante. J√©sus saisit le mot du jeune homme¬†: bon Ma√ģtre, entendu par celui-ci dans son sens ordinaire et tout humain, pour √©lever sa pens√©e jusqu'√† l'id√©e absolue de toute bont√©, qui est Dieu seul. Le refus de ce titre n'est destin√© qu'√† √©tablir une distinction n√©cessaire entre la saintet√© humaine et la perfection absolue, qui est Dieu.

      La sainteté humaine est relative, et elle l'était même en Jésus, puisqu'en lui s'accomplissait un développement progressif, (Luc 2.52) qu'il devait encore "apprendre l'obelssance par les choses qu'il allait souffrir," et ainsi "être consommé," (Hébreux 5.8,9) c'est-à-dire parvenir à la perfection.

      A ce point de vue, l'idée de la bonté absolue, excluant tout développement et tout progrès, n'appartient qu'à Dieu seul. (Voir Meyer, Comm. sur le Nouveau Testament, à ce passage.)

      19 Le Dieu seul bon, auquel Jésus a renvoyé son interlocuteur, ne s'est pas laissé sans témoignage ; il s'est révélé, il a exprimé dans la loi sa volonté sainte : Tu sais les commandements ; pourquoi demandes-tu ce que tu dois faire ?

      Si cet homme ne s'était pas contenté de savoir, et de savoir mal ; (verset 20) s'il avait saisi cette loi dans sa spiritualité, il n'aurait pas demandé ce qu'il devait faire, mais, humilié en présence de ces commandements violés, il aurait imploré le secours de Dieu pour les accomplir.

      C'est pr√©cis√©ment l√† ce que J√©sus voulait lui apprendre en le renvoyant √† la loi, dont il lui r√©v√©lait le sens et l'esprit. Dans Matthieu, il ajoute m√™me √† ces commandements de la seconde table ce grand commandement qui en est l'√Ęme¬†: Tu aimeras ton prochain comme toi-m√™me.

      - Marc introduit parmi les commandements ce pr√©cepte qui a singuli√®rement embarrass√© les interpr√®tes¬†: tu ne feras aucun tort, ne d√©pouilleras pas les autres, (1Corinthiens 6.8¬†; 1Timoth√©e 6.5¬†; Jacques 5.4) en les privant de ce qui leur est d√Ľ. On est √©tonn√© de ce pr√©cepte qui parait superflu apr√®s des commandements si clairs.

      Les uns le considèrent comme explication du huitième commandement ; les autres pensent qu'il doit remplacer le dixième, qui interdit de convoiter le bien d'autrui ; d'autres encore y voient un résumé de tous ces préceptes, destiné à en révéler l'esprit.

      Meyer voit ici une citation de Deut√©ronome 24.14, o√Ļ se retrouve le m√™me verbe¬†: "Tu ne feras point de tort au mercenaire qui est pauvre et indigent."

      Mais est-il probable que Jésus ait ajouté une prescription si spéciale aux commandements qu'il venait de citer ? Ce détail reste donc obscur.

      20 Voir, sur ces na√Įves paroles, Matthieu 18.20 note.
      21 Ce regard convainquit Jésus que cet homme était sincère dans sa recherche de la vie éternelle et dans la confiance qu'il lui témoignait : il l'aima.

      C'est l√† "un coup de pinceau inimitable de Marc. Nous voyons dans ce mot un de ces traits qui r√©v√®lent la source, tr√®s rapproch√©e de la personne de J√©sus, d'o√Ļ viennent en partie les r√©cits de Marc. Il y avait l√† un ap√ītre qui suivait les impressions de J√©sus, telles qu'elles se peignaient sur sa figure, et qui surprit au passage le regard de profonde tendresse qu'il jeta sur cet √™tre si sinc√®re et si na√Įf." Godet. (Voir l'introduction.)

      Voir Matthieu 19.21, note.

      - Il est remarquable que, dans Matthieu, c'est le riche lui-même qui fait cette question : Que me manque-til encore ? A quoi Jésus répond : Il te manque une chose.

      - Le texte reçu ajoute, après suis-moi : en prenant la croix : ces mots manquent dans Sin., B, C, D. Ils étaient probablement une glose marginale tirée de Matthieu 16.24 ou de Marc 8.34. Là, cette parole adressée aux disciples de Jésus, est d'une application naturelle et profonde ; ici, adressée à un homme qui s'approche pour la première fois du Sauveur, elle serait au-dessus de sa portée.

      22 Matthieu 19.22, note.

      - Matthieu dit seulement que cet homme s'en alla tout triste¬†; le mot qu'ajoute Marc, et que nous traduisons par¬†: afflig√©, signifie plut√īt assombri. (Comparer Matthieu 16.3)

      Ce sont l√† les deux seuls passages du Nouveau Testament o√Ļ ce mot se rencontre.

      Dans l'Ancien Testament, les Septante lui donnent le sens de stupéfait, et l'emploient pour désigner la consternation qui se peint sur la figure. (Ezéchiel 27.35)

      En tout cas c'est l'expression d'une commotion profonde, qui, dans la situation se comprend parfaitement.

      23 Il y a quelque chose de solennel, de pénétrant dans cet acte de Jésus : ayant regardé tout autour. (Marc 10.27 ; Marc 3.5,34 ; Luc 6.10)

      Jésus fait ainsi pressentir la haute importance de ce qu'il va dire, voulant que chacun en prenne sa part.

      - Posséder les richesses (avec l'article) est une locution qui montre que les biens de ce monde sont considérés comme une totalité, comme une puissance.

      Il y a des hommes qui les possèdent ; c'est là pour eux le danger, puisque ces richesses leur rendent si difficile l'entrée du royaume de Dieu. (Voir sur ce terme Matthieu 3.2, note.)

      24 Le discours devient plus tendre (enfants)¬†; J√©sus, en voyant l'effroi de ses disciples, ajoute √† la sentence absolue du verset 23 une explication qui la modifie. Il leur fait comprendre que ce n'est pas la simple possession des richesses qui est un obstacle au salut, mais la disposition du cŇďur √† mettre en elles sa confiance.

      Pourtant, après cette explication, il aggrave encore la rigueur de sa sentence (verset 25) en employant une image proverbiale, qui fait de la difficulté une impossibilité. (Matthieu 19.24, note.) Voyant alors la consternation plus grande encore des disciples, (verset 26) le Sauveur indique le remède à ce mal profond, la délivrance de toute servitude : elle réside dans la puissance de Dieu, à qui tout est possible. (verset 27)

      C'est √† un miracle de la gr√Ęce que J√©sus en appelle, √† l'influence victorieuse d'un amour qui l'emporte, dans le cŇďur, sur toutes les affections et toutes les passions terrestres.

      - Marc seul a conservé la belle et profonde pensée du verset 24, qui distingue la possession des richesses de la confiance qu'on y met.

      Les mots ceux qui se confient dans des richesses manquent, il est vrai, dans quelques manuscrits (Sin., B), et Tischendorf, dans sa 8e édition, Westcott et Hort les suppriment ; mais les témoignages critiques sont en faveur de leur authenticité et le verset 24 n'aurait guère de sens si on les retranchait.

      27 Pourquoi ce discours fait-il sur les disciples cette impression profonde, deux fois exprimée ?

      Est-ce uniquement par intérêt pour les riches que Jésus paraissait exclure du royaume de Dieu ?

      Assur√©ment non. Ils se sentent atteints eux-m√™mes par cette v√©rit√© morale absolue, qui exige du cŇďur de l'homme un d√©tachement des choses visibles, un amour pour Dieu qu'ils ne trouvent point en eux¬†; et c'est bien du fond de leur conscience que s'√©l√®ve cette question inqui√®te¬†: Et qui peut √™tre sauv√©¬†? (Matthieu 19.25, note.)

      28 Grec : commença à lui dire, termes par lesquels Marc introduit un discours nouveau et solennel.

      C'est Pierre qui parle ainsi au nom de tous. Son observation se rapporte directement au discours qui précède et surtout à l'exemple du riche qui, loin de tout quitter et de suivre Jésus, s'en était allé tout triste.

      Nous, dit l'ap√ītre, nous avons agi diff√©remment. Mais ici il s'arr√™te, embarrass√©, un peu confus de ce qu'il allait demander¬†; et il n'ajoute pas, comme dans Matthieu¬†: "Que nous en arrivera-t-il¬†?" (Matthieu 19.27, note.)

      Malgré ce qu'il pouvait y avoir de personnel dans ce regard que Pierre jetait avec quelque complaisance sur lui-même, Jésus y répond par une grande et miséricordieuse promesse ; (versets 29,30) puis il termine par un mais...très significatif. (verset 31)

      29 A cause de moi, répond au terme de Matthieu : "à cause de mon nom ;" et à cause de l'Evangile, que Marc seul a conservé, répond à celui de Luc : "à cause du royaume de Dieu."

      Ce sont au fond, diverses expressions de la même pensée : l'amour pour Jésus objet de tout l'Evangile, centre vivant de tout le royaume de Dieu, tel est le motif assez puissant pour porter un homme à tout quitter, en se détachant vraiment de tout. Et ceux-là seuls qui le font par ce mobile peuvent s'appliquer la promesse qui va suivre et y trouver leur bonheur.

      - Dans cette énumération de sacrifices à faire, le mot ou femme, admis par le texte reçu, est inauthentique ici, aussi bien que dans Matthieu ; il ne reste donc que dans Luc. (Luc 18.29)

      30 Voir Matthieu 19.29, note.

      Marc fait cette distinction clairement accentuée et importante : maintenant, en ce temps-ci, et dans le siècle à venir. Seul il ajoute à toutes ces bénédictions promises cette autre bénédiction : des persécutions. (Comparer Matthieu 5.10-12 ; Romains 5.3 ; Jacques 1.2 ; 1Pierre 1.6 ; Hébreux 12.6)

      Ce dernier mot suffirait √† prouver qu'il ne faut pas entendre √† la lettre et mat√©riellement la promesse faite aux disciples de recouvrer ici-bas tout ce qu'ils ont quitt√© pour l'amour de J√©sus¬†; mais, dans un sens spirituel, cette promesse s'accomplira certainement¬†: des maisons, o√Ļ vous serez accueillis avec l'hospitalit√© de l'amour fraternel¬†; des fr√®res, des sŇďurs, des m√®res, tous membres de la famille de Dieu et qui auront √† cŇďur vos plus pr√©cieux int√©r√™ts¬†; (Romains 16.13) des enfants selon l'Esprit¬†; (1Corinthiens 4.14) des champs √† cultiver pour la moisson du grand jour. (1Corinthiens 3.9) Et cette riche compensation n'est que celle du temps pr√©sent, qui n'est que la pr√©paration √† la vie √©ternelle,

      "unité infinie qui embrasse tout, accomplissement, plénitude et profondeur de toute bénédiction." Lange.

      31 Voir Matthieu 19.30, note.

      Dans le premier √©vangile cette sentence est illustre par la parabole des ouvriers lou√©s √† diff√©rentes heures, destin√©e √† montrer que tout est gr√Ęce pour ceux qui suivent J√©sus et qui travaillent pour son r√®gne.

      Dans Marc, d'après le vrai texte (B, C, majus.) il faut traduire : les derniers seront premiers.

      32 32 à 45 Souffrances de Jésus. Ambition des disciples.

      Comparer Matthieu 20.17-19 ; Luc 18.31-34.

      - Ils √©taient d√©j√† en chemin lorsque J√©sus fut interrompu par l'arriv√©e du riche. (verset 17) Maintenant ils poursuivent leur route, montant √† J√©rusalem, o√Ļ J√©sus va souffrir et mourir.

      D'apr√®s le texte que nous avons adopt√© (Sin. B, C), voici comment il faut se repr√©senter cette sc√®ne¬†: J√©sus, qui pourtant connaissait parfaitement tout ce qui allait lui arriver, (verset 33) comme un chef intr√©pide, marchait devant eux, c'est-√†-dire √† la t√™te du cort√®ge¬†; ceux de son entourage imm√©diat, voyant la d√©termination du Ma√ģtre, √©taient effray√©s (le mot grec signifie frapp√©s d'√©pouvante) et h√©sitaient ou s'arr√™taient¬†; d'autres, moins rapproch√©s de lui et qui le suivaient, √©taient saisis de crainte.

      Et c'est alors que Jésus assemble autour de lui les douze pour leur dire ouvertement au-devant de quelle épreuve il s'avance. Le texte reçu dit à peu près la même chose, mais il ne marque pas la distinction entre les disciples qui entouraient immédiatement le Sauveur et les foules qui le suivaient à distance.

      Notre √©vang√©liste est le seul qui d√©peint les impressions de ceux qui accompagnaient J√©sus en ce moment saisissant, o√Ļ doit √™tre plac√© le dialogue rapport√© par Jean. (Jean 11.7 et suivants) Bien que les disciples n'eussent pas compris jusqu'ici les pr√©dictions que leur Ma√ģtre leur avait faites de ses souffrances, ils avaient le pressentiment du danger dont ils √©taient menac√©s.

      A quoi se rapporte ce de nouveau ?

      On peut y voir une allusion à la précédente prédiction des souffrances du Sauveur, (Marc 9.31) ou le rapporter simplement à l'acte énergique par lequel Jésus rappelle autour de lui ses disciples, après le mouvement d'hésitation et de crainte qui s'était produit.

      34 voir Matthieu 20.19, note.

      C'est la troisième fois que Jésus initie ses disciples au secret de ses souffrances. (Marc 8.31 et suivants, Marc 9.30 et suivants)

      Ces prédictions deviennent toujours plus explicites et plus claires, et les trois premiers évangélistes les ont toutes conservées avec soin et d'un commun accord. Elles nous montrent quelle vue claire et précise Jésus avait de tout ce qui allait lui arriver ; ici même il en marque le moment exact par ces mots : Voici, nous montons à Jérusalem. Et pourtant il y monte !

      Manifestation √©mouvante d'un courage h√©ro√Įque et de l'amour qui se d√©voue¬†; (Jean 15.13) preuve √©vidente de l'absolue n√©cessit√© morale de cette mort au-devant de laquelle il marche volontairement.

      On l'a dit avec raison : si ce sacrifice n'était pas la rédemption du monde, il serait une sorte de suicide.

      - Mais ici, comme dans toutes ces prédictions, Jésus s'efforce de faire resplendir aux yeux de ses disciples la lumière de la vie après les ténèbres de la mort : mais après trois jours il ressuscitera.

      (Le texte reçu, avec A, porte : le troisième jour, correction d'après Matthieu et Luc.)

      Comment donc se fait-il qu'après l'événement les disciples aient eu tant de peine à croire cette résurrection ? Voir sur cette question, Matthieu 16.21, seconde note.

      35 Apr√®s la pr√©diction que J√©sus vient de leur faire entendre, la d√©marche de Jacques et de Jean para√ģtrait incompr√©hensible, si elle n'√©tait pas une preuve nouvelle du fait que m√™me les disciples les plus intelligents n'avaient pas saisi cette pr√©diction.

      - Pour l'explication de ce récit, que les deux premiers évangélistes nous ont seuls conservé, voir Matthieu 20.20-28, notes.

      37 Matthieu dit ici : dans ton royaume.

      Le sens est le m√™me, et il prouve que les disciples, malgr√© toutes les douloureuses perspectives que leur Ma√ģtre leur fait entrevoir, ne doutent point qu'il ne parvienne dans un avenir prochain √† √™tre le chef d'un royaume et d'un royaume glorieux.

      Quant aux idées fausses qu'ils s'en faisaient, rien n'était plus propre à les dissiper que les instructions que Jésus allait leur donner à ce sujet.

      - Dans Matthieu, c'est la m√®re de Jacques et de Jean, Salom√©, qui d'abord adresse √† J√©sus cette demande pour ses fils, tandis que, selon Marc, ce sont les deux disciples eux-m√™mes qui la formulent. Il faut simplement reconna√ģtre ces diff√©rences et chercher l'harmonie dans le fond des choses. Au reste, m√™me dans Matthieu, c'est aux disciples que J√©sus r√©pond.

      38 De ces deux images des souffrances de Christ : la coupe et le baptême, la première seule est authentique dans Matthieu ; ici elles le sont l'une et l'autre.

      Si la coupe, dans le langage symbolique de l'Ecriture, est la mesure de biens ou de maux destinés à chacun, (voir Matthieu 20.22, note) le baptême est une image encore plus générale et plus profonde de la souffrance dans laquelle il s'agit d'être tout entier plongé, selon la signification étymologique du mot.

      Jésus indique par là aux deux disciples le chemin qui va le conduire à la gloire, et il leur demande : Pouvez-vous m'y suivre ? (Comparer Romains 8.17 ; 2Timothée 2.11,12)

      De plus, il voit ce moment de la souffrance comme étant déjà arrivé ; et c'est ce que Marc nous fait sentir, selon sa coutume, par ces verbes au présent : la coupe que je bois, le baptême dont je suis baptisé.

      40 Matthieu ajoute¬†: par mon P√®re¬†; la pens√©e de Marc est la m√™me. Dieu seul pr√©pare √† une √Ęme la haute destination qu'ambitionnaient les deux disciples. (Voir, sur ces paroles, Matthieu 20.23, note.)
      42 Pour réprimer l'ambition de ses disciples, Jésus met en contraste l'esprit de son royaume avec ce qui se passe dans les royaumes de ce monde. Pour cela, il se sert de termes très significatifs. Et d'abord il dit des princes de ce monde (selon Marc seul) qu'ils pensent gouverner, ou sont censés, ou s'imaginent régner.

      Que veut dire le Sauveur ? Selon quelques interprètes, cela signifierait que ces princes songent surtout a établir et à faire valoir leur autorité, une autorité que les peuples reconnaissent. D'autres, serrant de plus prés le sens du verbe, font dire à Jésus que ces puissants de la terre paraissent exercer une grande domination, tandis qu'eux-mêmes sont esclaves de leurs passions.

      Ne serait-il pas plus vrai encore de dire que, tout en s'imaginant exercer le pouvoir suprême, ils sont pourtant dans la dépendance absolue de Dieu, par qui les rois règnent ?

      - En outre, les termes que nous traduisons par : les asservissent et exercent leur puissance sont composés d'une particule qui toujours donne un sens défavorable à l'action dont il s'agit.

      Rilliet traduit : "Ceux qui s'imaginent commander aux peuples les tyrannisent, et les grands les oppriment."

      Il y a donc, dans tous les cas, quelque chose de sévère dans ces paroles du Sauveur.

      45 Voir, sur ces deux derniers versets, Matthieu 20.26-28, notes.

      Le texte reçu dit : (verset 43) "Il n'en sera pas ainsi parmi vous." Ce verbe doit être au présent (Sin., B, C, D) : Jésus établit dès ce moment, par sa parole et par son esprit, les rapports qui doivent régner entre ses disciples dans son royaume.

      46 46 à 53 L'aveugle Bartimée.

      Voir, sur ce récit, et en particulier sur les différences qui s'y trouvent entre les trois premiers évangiles, Matthieu 20.29-34, notes.

      Marc seul fait conna√ģtre par son nom, et m√™me par le nom de son p√®re, ce mendiant aveugle.

      Bartimée signifie fils de Timée, ces noms patronymiques, Bartholomée, Barjésus, Barsabas, tenaient lieu de noms propres. L'aveugle guéri par le Sauveur devint sans doute plus tard un chrétien connu dans l'Eglise apostolique ; c'est ainsi que son nom fut conservé par la tradition.

      - Le texte reçu désigne ainsi cet homme : "un fils de Timée, Bartimée l'aveugle, était assis au bord du chemin, mendiant."

      47 "Grande foi de cet aveugle qui invoque comme fils de David celui que le peuple lui annonce comme le Nazaréen." Bengel.

      Le nom de fils de David qu'il donne au Sauveur montre combien était alors répandue dans le peuple la conviction que Jésus était le Messie.

      49 Il semble qu'on entend ces diverses paroles d'encouragement prononcées par diverses voix dans la foule, cette même foule qui, il y a un instant, voulait empêcher l'aveugle de crier.

      C'est que la compassion dont J√©sus est √©mu, (Matthieu 20.34) et qui le fait s'arr√™ter √† la t√™te de son nombreux cort√®ge en entendant les cris de ce pauvre mendiant, cette compassion a p√©n√©tr√© dans les cŇďurs. Rien n'est plus contagieux que le vrai amour.

      Marc seul a retenu ce trait, ainsi que le suivant, qui peint si vivement la scène.

      50 Jeter son manteau, se lever d'un bond (vrai texte), accourir vers Jésus, tout cela en un instant.

      Marc décrit ainsi en trois traits de plume le joyeux empressement du pauvre aveugle.

      51 Répondant...au mouvement qui avait porté l'aveugle vers lui et à la foi qui animait cet homme.

      La question de J√©sus n'avait d'autre but que d'encourager le malheureux et de le mettre en contact personnel avec son lib√©rateur. Ce but est atteint¬†; le cri de Rabbouni (mon Ma√ģtre), qui s'√©chappe de son cŇďur, nous dit toute sa confiance. (Comparer Jean 20.16)

      53 Selon Marc et Luc, J√©sus rend la vue √† l'aveugle uniquement par sa parole puissante et cr√©atrice et sans toucher ses yeux¬†; (comparez Matthieu 20.34) et il ne lui dit pas¬†: ta foi t'a gu√©ri, selon les versions inexactes, mais¬†: ta foi t'a sauv√©. Cette foi, en effet, qui a ouvert son cŇďur √† la puissance divine du Sauveur, devient pour lui la source d'une gr√Ęce infiniment plus grande que le recouvrement de la vue.

      C'est ce que nous disent les derni√®res paroles de ce r√©cit¬†: l'aveugle suit J√©sus dans le chemin, il se joint au nombreux cort√®ge qui allait l'acclamer avec des transports de joie comme le Messie et le Sauveur. Luc, de son c√īt√©, nous dit qu'il glorifiait Dieu au milieu de tout le peuple qui s'associait √† ses actions de gr√Ęce. (Luc 18.43)

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