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Nombres 10

    • 1

      1 à 10 Les deux trompettes d'argent.

      2

      Deux trompettes d'argent. C'est ici qu'appara√ģt pour la premi√®re fois l'esp√®ce de trompettes d√©sign√©e par le nom de chats√ītsera. Cet instrument avait (d'apr√®s Jos√®phe, certaines monnaies juives et les bas-reliefs de l'arc-de-triomphe de Titus) la forme droite et environ une coud√©e de longueur. Les pr√™tres seuls devaient s'en servir (verset 8). Le nombre de ces trompettes sacr√©es a vari√© : ici, il n'est parl√© que de deux, une pour chacun des fils d'Aaron¬†; dans 1Chroniques 15.24, de sept, et dans 2Chroniques 5.12, de cent-vingt.

      D'argent battu : d'un seul lingot, ce qui rendait l'instrument plus sonore.

      3

      Quand on en sonnera : des deux à la fois. Elles sonnaient sans doute sur deux tons différents, en sorte que les deux espèces de signaux indiqués ici pouvaient facilement se distinguer. Il y avait aussi deux manières de sonner : l'une (verset 3), correspondant à ce que nous appelons des coups de trompettes ; l'autre, plus prolongée, sera mentionnée au verset 5.

      Ce coup des deux trompettes, dont parle le verset 3, avait pour but soit de convoquer le peuple autour du Tabernacle, naturellement en la personne de ses représentants, soit simplement de le mettre sur pied, la face tournée vers le Tabernacle, pour être attentif aux ordres de l'Eternel.

      4

      S'il n'y a qu'une trompette, les douze princes seuls (1.16) sont appelés.

      5

      Les signaux de départ pour la division de l'orient (Juda) et pour celle du midi (Ruben) sont seuls indiqués, sans doute comme exemples.

      La nuée ordonnait le départ, en général ; les trompettes indiquaient pour chaque division le moment de se mettre en marche.

      8

      Une ordonnance perpétuelle : pas seulement pour le voyage du désert. Ce signal demeurera soit pour les marches en temps de guerre, semblables à la marche actuelle (verset 9), soit pour les solennités religieuses (verset 10).

      9

      Vous serez remis en mémoire. Comparez Exode 28.29. Le son éclatant de la trompette sera semblable à une prière montant vers Dieu pour lui rappeler son peuple.

      10

      Et dans vos jours de joie : pour un bienfait quelconque, par exemple une victoire.

      Dans vos solennités : celles prévues Lévitique 23.1-44.

      Un mémorial : même sens que le : en mémoire (verset 9). Voir une belle application historique 2Chroniques 13.12-14.

      11
      10.11-13.1 Le voyage du Sina√Į √† Kad√®s
      12

      S'arr√™ta dans le d√©sert de Paran. On a parfois identifi√© cet arr√™t de la nu√©e et du peuple avec celui dont il est parl√© 13.1, qui fut celui de Kad√®s, et on en a conclu que le verset 11 comprenait toute la premi√®re partie du voyage dans le d√©sert, telle qu'elle se trouvait dans le document √©lohiste (en y ajoutant l'ordonnance suivante sur la P√Ęque). Mais l'expression s'arr√™ta dans le ou au d√©sert peut tout aussi bien d√©signer un arr√™t au commencement qu'√† la fin du d√©sert de Paran¬†; et m√™me beaucoup plus naturellement, puisque le verset 12 para√ģt indiquer le moment o√Ļ Isra√ęl passa du d√©sert de Sina√Į √† celui de Paran, au nord du pr√©c√©dent. Ce qui confirme ce sens, ce sont les trois jours de marche dont il est parl√© au verset 33 qui aboutirent √† la station de Kibroth-Hatthaava, suivie de celle de Hats√©roth (verset 35).

      Un voyageur moderne, Schubert, en 1837, fit en deux jours et demi ce chemin que durent faire les Isra√©lites depuis Sina√Į (Reise in das Morgenland, tome II, page 356). Parti le 7 mars du Sina√Į, le 9 il voyait au nord et nord-ouest la cha√ģne du Tih comme une grande muraille¬†; vers deux heures de l'apr√®s-midi il atteignait une belle vall√©e avec une source que les B√©douins appelaient A√Įn-el-Hadhra (selon Burkhardt) ou Hudhera (selon Robinson)¬†; √† la suite venait un plateau qu'ils d√©signaient du nom de Phara. Le g√©ographe Ritter (Erdkunde, tome I, pages 268-270) n'h√©site pas √† reconna√ģtre dans le nom de Phara celui de Paran (Pharan), et dans le nom de Hudhera, celui de Hats√©roth, et √† dire : C'est ici que commen√ßait le grand d√©sert de Paran que le peuple traversa de Hats√©roth √† Kad√®s (page 1087). Si Schubert ne mit que deux journ√©es et demie pour arriver √† cette localit√© que les Isra√©lites atteignirent au bout de trois jours, il n'y a rien l√† que de naturel, une caravane de voyage devant marcher plus vite que tout un peuple. Ainsi s'explique tr√®s naturellement la parole 13.1, o√Ļ nous verrons le peuple repartir de Hats√©roth pour traverser le d√©sert de Paran √† l'extr√©mit√© nord duquel se trouvait Kad√®s.

      13

      Pour la première fois. Ces mots peuvent insister sur ce fait que dès le premier départ ils mirent fidèlement à exécution les directions que l'Eternel avait données pour la marche, ou bien opposer leur manière d'agir en cette circonstance à un procédé tout différent dans d'autres départs, ou enfin simplement rappeler que ce fut alors la première fois qu'ils eurent l'occasion de mettre à exécution les prescriptions divines sur ce point.

      Selon l'ordre de l'Eternel... : soit celui de partir quand la nu√©e se l√®verait (quoique nous ne trouvions nulle part cet ordre sp√©cial dans la bouche de Mo√Įse), soit l'ordre de se rassembler pour partir successivement, division apr√®s division, d√®s que la trompette sonnerait, comme cela avait √©t√© ordonn√©.

      14

      14 à 16. Départ de la première division comprenant trois tribus : Juda en tête (2.3-9).

      17

      Deux familles de Lévites.

      Fut d√©mont√©e. Ce verset et le verset 21 impliquent, une dislocation de la tribu des L√©vites non pr√©vue dans l'ordre qui les concernait 2.17. Les deux divisions des Guersonites et des M√©rarites, au lieu de marcher avec les K√©hathites entre les deux premi√®res et les deux derni√®res divisions, sont plac√©es ici entre la premi√®re (Juda) et la seconde (Ruben). On ne peut expliquer cette diff√©rence par la diversit√© des documents puisque notre passage, appartient √† l'√©lohiste aussi bien que le chapitre 2. Mais on comprend que cette modification dans la marche fut amen√©e par un besoin pratique. Pour qu'en arrivant √† la station prochaine les objets sacr√©s ne dussent pas attendre longtemps avant d'√™tre recueillis dans le Tabernacle, il fallait que celui-ci ne tard√Ęt pas trop √† √™tre dress√©¬†; et voil√† pourquoi les Guersonites et les M√©rarites, charg√©s des tentures et des piliers, prirent place avant la seconde division. Arrivant ainsi les premiers, ils pouvaient dresser le Tabernacle¬†; et les meubles sacr√©s, port√©s par les K√©hathites qui arrivaient assez longtemps apr√®s, pouvaient y √™tre re√ßus imm√©diatement.

      18
      18 à 20. La seconde division : Ruben en tête (2.10-16).
      21

      Puis la troisième famille des Lévites.

      Et les autres dressaient. Il y a simplement : ils dressaient, ce qu'il faut entendre des Guersonites et des Mérarites (verset 17).

      A leur arrivée, littéralement : à l'arrivée d'eux (les Kéhathites). En hébreu on use très librement des pronoms.

      Les meubles sacrés : Mikdasch ici dans le sens d'objets sacrés, en général ; comparez 18.29.

      22

      22 à 27 Les deux dernières divisions (2.18-21).

      29

      29 à 32 Pourparlers avec Hobab.

      Et Moise dit... Cette sc√®ne eut lieu au moment o√Ļ l'on se mettait en marche.

      Hobab. Nous connaissons trois noms de parents de S√©phora, femme de Mo√Įse : R√©u√ęl, J√©thro et Hobab¬†; ces noms sont accompagn√©s tous trois du terme de ch√īten, signifiant parent par alliance, soit beau-p√®re, soit beau-fr√®re. Il n'y a gu√®res d'h√©sitation √† avoir quant au premier et au troisi√®me¬†; R√©u√ęl doit √™tre le p√®re et Hobab le fr√®re de S√©phora. Quant au nom de J√©thro, voir √† Exode 3.1. Si ce nom d√©signait un troisi√®me personnage, ce ne pourrait √™tre qu'un fils de R√©u√ęl, un fr√®re de Hobab. Ce peut aussi √™tre un titre (son Excellence). Ces diff√©rentes hypoth√®ses ont √©t√©, soutenues, sans que l'une d'elles s'impose. Mais il ne nous semble pas que J√©thro puisse √™tre le m√™me personnage que Hobab¬†; car pourquoi dans sa visite √† Sina√Į, Exode chapitre 18, serait-il appel√© J√©thro, et ici Hobab¬†? Le plus naturel est donc de penser que Hobab √©tait le fils de R√©u√ęl (J√©thro) et qu'il √©tait venu, comme R√©u√ęl un an auparavant, visiter Mo√Įse.

      Le terme rendu par beau-p√®re peut s'appliquer grammaticalement soit √† R√©u√ęl, soit √† Hobab.

      L'Eternel a promis... : Exode 34.10-11. Mo√Įse offre √† Hobab, ami des Isra√©lites, d'√™tre associ√© aux b√©n√©dictions que l'Eternel a promises √† son peuple. Cette largeur de Mo√Įse s'accorde bien avec la promesse faite √† Abraham que toutes les nations de la terre seraient b√©nies en sa post√©rit√©.

      31

      Tu sais o√Ļ nous camperons. Sans doute la nu√©e conduisait le peuple et lui indiquait chacune de ses stations¬†; mais l'exp√©rience de Hobab et sa connaissance des lieux pouvaient √™tre pr√©cieuses aux Isra√©lites dans cette terre inconnue o√Ļ il fallait trouver de l'eau et des p√Ęturages. Puis, √† c√īt√© de la colonne principale il y avait des exp√©ditions partielles. Enfin les relations de toutes sortes avec les habitants du d√©sert exigeaient l'intervention d'un homme connaissant la langue et les mŇďurs des tribus nomades.

      Tu seras nos yeux : Tu nous feras découvrir ce que seuls nous n'aurions point aperçu.

      32

      Hobab a-t-il c√©d√© aux sollicitations de Mo√Įse¬†? Notre texte ne le dit pas, mais nous pouvons le supposer, puisque nous trouvons plus tard sa famille √©tablie en Palestine dans le midi de Juda (Juges 1.16).

      33

      Et ils partirent. Reprise du récit, en vue d'amener la mention des trois premiers jours de marche.

      Marcha derant eux... On a expliqu√© ces mots dans ce sens que l'arche devan√ßa le peuple √† une distance de trois jours. Mais une telle s√©paration serait sans exemple¬†; et comment expliquer les versets 35 et 36 qui disent le contraire¬†? Ce verset signifie donc simplement, que pendant trois jours cons√©cutifs l'arche marcha √† la t√™te du peuple, sans qu'il se pr√©sent√Ęt un lieu de campement convenable. Voir √† 11.1.

      Il semble, d'apr√®s versets 17 et 21 et 2.17, que l'arche devait se trouver avec les K√©hathites au milieu du cort√®ge et non √™tre en t√™te, et l'on a de nouveau conclu √† une diff√©rence entre les documents. Mais nous trouvons ici la m√™me mani√®re de raconter que dans le cas des versets 17 et 21, qui apportaient une modification au chapitre 2, appartenant pourtant au m√™me document. Nous voyons que, lors m√™me que les K√©hathites marchaient au milieu du cort√®ge portant les objets sacr√©s du sanctuaire, l'arche restait ins√©parable de la nu√©e qui dans les marches pr√©c√©dait le peuple, jusqu'au moment d'un campement o√Ļ elle reprenait sa place au milieu du peuple (versets 35 et 36).

      Pour leur chercher un lieu de repos : non pas en allant de droite et de gauche faire des perquisitions dans le d√©sert, mais en avan√ßant jusqu'√† ce qu'il se trouv√Ęt une localit√© convenable pour y camper. Trois jours s'√©coul√®rent cette fois, non sans arr√™t sans doute, mais sans qu'un seul endroit offrit un lieu de repos convenable.

      34

      Ce verset est tr√®s difficile, et aucune des explications donn√©es ne nous a paru suffisante. Comment accorder ces deux d√©terminations pendant le jour et lorsqu'ils partaient, dont l'une s'applique √† la journ√©e tout enti√®re, l'autre uniquement au moment du d√©part matinal¬†? Et que signifient les mots au-dessus d'eux¬†? Sont-ils pris au sens physique, pour dire que la colonne se changeait en un immense rideau couvrant l'espace de quelques lieues qu'occupait le peuple, ou dans le sens purement moral d'abri protecteur (Psaumes 105.39)¬†? Deux explications √©galement invraisemblables. Il faut, croyons-nous, rapporter le pronom eux non au peuple, mais aux porteurs de l'arche (voir, pour l'emploi tr√®s libre de ce pronom, au verset 21). Ainsi la nu√©e marchait couvrant l'arche et ses porteurs, de m√™me qu'elle la couvrait dans le Lieu tr√®s saint, et cela de jour durant la marche, d√®s le moment o√Ļ on la portait hors du camp pour suivre la nu√©e, lorsque celle-ci quittait la place centrale qu'elle avait occup√©e durant la nuit, et allait se mettre en t√™te du cort√®ge. Ce sens rend compte de la liaison de ce verset aux deux suivants qui de tout temps a √©t√© un probl√®me pour l'interpr√©tation.

      Du camp. La pr√©position min (du) exprime une s√©paration, une sortie¬†; cette notion ne saurait s'appliquer au peuple qui ne sortait pas du camp puisqu'il l'emportait avec lui¬†; √† moins que par le terme machan√© (camp) on ne voul√Ľt entendre ici le lieu de campement¬†; mais l'h√©breu ne permet pas ce sens. Il faut donc reconna√ģtre qu'il s'agit de l'arche et de ses porteurs qui s'avan√ßaient hors du camp et continuaient leur marche sous la nu√©e.

      35

      35 et 36 B√©n√©dictions que pronon√ßait Mo√Įse au moment o√Ļ l'arche sortait du camp pour se mettre en t√™te de la marche (verset 35), puis lorsqu'elle reprenait sa place pour la nuit au milieu du camp (verset 36).

      Lève-toi, Eternel ! et que... : Que l'Eternel lui-même se lève du lieu de sa sainteté pour venir se mettre en tête du saint cortège et dissiper les ennemis qui pourraient pendant cette journée s'opposer à sa marche et lui barrer le passage ! C'est le texte du Psaume 68, qui est devenu en quelque sorte le psaume des Huguenots.

      Quand elle s'arrêtait : le soir au moment du campement.

      Reviens¬†! Non pas que l'arche d√Ľt revenir en arri√®re¬†; elle s'arr√™tait simplement (verset 13)¬†; puis toutes les tribus venaient prendre autour d'elle la place qui leur √©tait assign√©e.

      Myriade de milliers : dix mille milliers d'hommes ; ou bien l'on entend par un millier une tribu (1.16), comprenant plusieurs milliers de soldats.

      On voit par cette invocation de Mo√Įse combien est fausse l'id√©e que l'arche ait √©t√©, envisag√©e comme une sorte de palladium, poss√©dant le pouvoir magique de procurer au peuple victoire et salut... Ce n'est pas de l'arche, c'est de l'Eternel dans la nu√©e au-dessus de l'arche, que Mo√Įse attend salut et victoire pour le peuple. Si une id√©e superstitieuse s'est attach√©e √† l'arche, ce n'est que plus tard, √† une √©poque de d√©cadence (1 Samuel chaitre 4).

      Le texte ainsi compris ne pr√©sente aucune des contradictions que les critiques modernes ont cru d√©couvrir entre les documents relativement √† la place occup√©e par l'arche soit dans le repos, soit dans la marche. Tout est en plein accord et en m√™me temps digne de Dieu et du peuple de Dieu. Les deux versets 35 et 36, dont on n'avait pas compris la relation √©troite avec le verset 34, ont √©t√© enferm√©s dans le texte h√©breu entre deux signes myst√©rieux dont les rabbins eux-m√™mes ignorent aujourd'hui la signification. On a m√™me voulu en faire, ainsi que de la b√©n√©diction sacerdotale (6.24-26), une partie du Pentateuque, √©quivalente √† l'un des cinq livres. Tous ces malentendus et bien d'autres dont nous ne parlons pas, sont provenus de ce que l'on n'a pas compris le verset 34 et sa relation √©troite avec l'invocation de Mo√Įse.

      Appendice :

      Les trente-huit ans au désert (10.11-22.1)

      Les pr√©paratifs du d√©part termin√©s, l'arm√©e de l'Eternel s'√©branle pour marcher √† la conqu√™te de la Terre promise. Comme la distance qui s√©pare le mont Sina√Į de la fronti√®re m√©ridionale de la Palestine n'est que de onze journ√©es de marche (Deut√©ronome 1.2), la prise de possession du pays pouvait suivre de bien pr√®s la conclusion de l'alliance. Mais une nouvelle r√©volte des Isra√©lites, plus grave que toutes les pr√©c√©dentes, modifia profond√©ment la marche normale des √©v√©nements : le peuple fut condamn√© √† rester dans le d√©sert jusqu'√† ce que toute la g√©n√©ration des adultes sortie d'Egypte e√Ľt compl√®tement disparu.

      Des trente-huit ans qui suivirent, nos livres sacrés ne nous racontent qu'une rébellion fomentée par quelques hommes et sévèrement réprimée. L'histoire suivie ne reprend qu'avec la quarantième année, lorsque la nouvelle génération, grandie dans le désert, fut en état de marcher à la conquête du pays de Canaan.

      Comme dans la première partie de ce livre, le rédacteur a intercalé dans son récit divers groupes d'ordonnances sans rapport avec les événements racontés. Voici le contenu de cette seconde partie du livre :

      1. Le voyage de Sina√Į √† Kad√®s, 10.11-13.1
      2. Les espions et la révolte du peuple, 13.2-14.45
      3. Ordonnances, chapitre 15
      4. Révolte de Koré, Dathan et Abiram, chapitres 16 et 17
      5. Ordonnances, chapitres 18 et 19
      6. Le voyage de Kadès jusqu'aux plaines de Moab chapitres 20 et 21, 22.1
      L'itin√©raire que suivirent les Isra√©lites apr√®s leur d√©part du Sina√Į est beaucoup plus difficile √† d√©terminer que celui du voyage d'Egypte au Sina√Į. Toute cette r√©gion est encore fort peu explor√©e¬†; presque tous les noms mentionn√©s nous sont inconnus, et il est parfois difficile de mettre d'accord les diff√©rentes relations qui sont entr√©es dans le tissu du r√©cit sacr√©. Nous chercherons √† donner ici une orientation g√©n√©rale.

      La presqu'√ģle du Sina√Į forme un triangle dont l'angle m√©ridional est occup√© par le mont Sina√Į, avec le complexe de montagnes, de vall√©es et de plaines qui en d√©pendent. Tout le reste de la presqu'√ģle au nord de cette r√©gion est form√© par un haut plateau aride et sablonneux, coup√© de nombreux ravins et de cha√ģnes de collines, qui s'√©tend depuis l'Egypte √† l'ouest jusqu'aux fronti√®res de la Palestine au nord et √† l'Arabie √† l'est. C'est le d√©sert Et-Tih, le grand et affreux d√©sert (Deut√©ronome 1.19) qui portait au temps de Mo√Įse le nom de d√©sert de Paran.

      Les Israélites l'ont parcouru en divers sens avant d'entrer en Palestine, et le chapitre 33 des Nombres donne la liste de leurs stations pendant cette époque de pérégrination. Des vingt-et-un noms mentionnés, les deux derniers seuls nous sont connus : Etsion-Guéber, port de la mer Rouge, près d'Elath, sur le golfe Elanitique ou oriental qui forme l'extrémité nord-est de la mer Rouge (1Rois 9.26), et Kadès, dont nous allons parler. La situation de toutes les autres stations est incertaine ; les noms des deux premières se retrouvent seuls dans le cours de la narration (11.34-35). Sur les quatre mentionnées Nombres 33.30-31 et qui se retrouvent Deutéronome 10.6-7, voir à ces passages.

      Kad√®s est la plus importante de toutes ces stations, c'est la seule dont le nom revienne fr√©quemment soit dans la Pentateuque, soit dans les autres livres sacr√©s¬†; on le trouve souvent sous la forme de Kad√®s-Barn√©a. Ci-devant, l'on n'√©tait point d'accord sur son emplacement. Tandis que les rabbins le pla√ßaient dans la cha√ģne √† l'est de l'Araba (la vall√©e qui va de la mer Morte √† la mer Rouge), la plupart des commentateurs le cherchaient dans l'Araba elle-m√™me. C'est au voyageur Rowlands que revient l'honneur d'avoir d√©termin√© l'emplacement de Kad√®s (en 1842). Ses d√©couvertes ont √©t√© confirm√©es par les voyageurs subs√©quents.

      Le haut plateau montagneux qui porte en Palestine le nom de montagne d'Ephra√Įm et de Juda et qui se continue au sud d'H√©bron, sous le nom de N√©gueb ou de Midi (Gen√®se 12.9, note), sur une longueur d'environ quatre-vingts kilom√®tres, aboutit √† une large vall√©e, le Wadi Murreh, qui va de l'ouest √† l'est et qui forme la fronti√®re m√©ridionale de la Palestine¬†; cette contr√©e est le d√©sert de Tsin de nos livres sacr√©s. La vall√©e se bifurque √† l'est devant le mont Maderrah pour d√©boucher par une double issue dans l'Araba¬†; la vall√©e du nord est le Wadi Fikreh, qui se dirige vers l'extr√©mit√© sud de la mer Morte, tandis que la vall√©e du sud descend dans l'Araba √† peu pr√®s √† √©gale distance entre la mer Morte et la mer Rouge, en face de P√©tra.

      Au sud du Wadi Murreh, et le bordant sur toute sa longueur, en faisant face au bord m√©ridional du N√©gueb, s'√©l√®ve le haut plateau de l'Azazim√Ęt, de forme √† peu pr√®s carr√©e et qui, au temps de Mo√Įse, doit avoir √©t√© occup√© d√©j√† par les Edomites. Le versant occidental de ce plateau vers le d√©sert de Paran est coup√© de nombreux ravins dans l'un desquels, le Wadi Reth√®ma, Rowlands a trouv√© une source abondante portant le nom de A√Įn-Kud√®s. Cette localit√© r√©pond parfaitement √† tout ce que nous savons du Kad√®s de la Bible, elle se trouve sur le chemin du Sina√Į √† H√©bron, au point o√Ļ se d√©tache de cette route celle qui conduit en Egypte (Gen√®se 16.7,14, comparez 14.7)¬†; Kad√®s serait ainsi situ√©e √† l'extr√™me fronti√®re m√©ridionale de la Palestine, entre la mer Morte et le torrent d'Egypte (Ez√©chiel 47.19, note¬†; Nombres 34.4¬†; Josu√© 15.3) et √† proximit√© de la fronti√®re d'Edom (Nombres 20.16). L'on comprend comment cette ville pouvait √™tre attribu√©e √©galement au d√©sert de Paran (13.26) et √† celui de Tsin (20.21¬†; 27.14¬†; 33.36¬†; Deut√©ronome 32.51) qui se touchent dans cette r√©gion. C'est pourquoi aussi Psaumes 39.8, parle d'un d√©sert de Kad√®s.

      Mais si l'emplacement de Kad√®s semble maintenant positivement fix√©, les difficult√©s renaissent quand il s'agit de d√©terminer le moment o√Ļ les Isra√©lites sont arriv√©s devant cette ville.

      D'apr√®s le document √©lohiste, il semble que ce fut √† la fin de leur s√©jour au d√©sert, au commencement de la quaranti√®me ann√©e (20.1,16¬†; 33.36-38), en sorte que ce s√©jour n'aurait dur√© que quelques mois de la quaranti√®me ann√©e¬†; d'apr√®s les autres documents, c'est de Kad√®s que sont partis les espions, t√īt apr√®s le d√©part du Sina√Į (13.27¬†; 32.8¬†; Deut√©ronome 1.19¬†; Josu√© 14.6). Le Deut√©ronome dit m√™me express√©ment que le voyage de Kad√®s-Barn√©a jusqu'√† la fronti√®re de Moab dura trente-huit ans (Deut√©ronome 2.14). En d'autres termes, ici il est parl√© d'un s√©jour √† Kad√®s au commencement du voyage dans le d√©sert, l√† d'un s√©jour dans cette m√™me localit√© √† la fin de ces trente-sept ans de vie nomade pendant lesquels mourut la g√©n√©ration sortie d'Egypte avec Mo√Įse.

      On a suppos√© qu'il y avait deux localit√©s de ce nom, l'une, Kad√®s-Barn√©a, au sud de la Palestine, d'o√Ļ seraient partis les espions, et l'autre, Kad√®s tout court, qui serait identique avec les Eaux de M√©riba (20.13) et qui se trouverait sur la fronti√®re d'Edom. Le passage Ez√©chiel 47.19 suffit pour prouver que cette distinction est impossible et que la localit√© d√©sign√©e par ces deux noms est la m√™me et se trouvait sur la limite m√©ridionale de la Palestine.

      L'hypoth√®se la plus g√©n√©ralement admise est qu'il y a eu deux s√©jours dans ce Kad√®s, √† trente-sept ans de distance, bien que la Bible ne parle jamais d'un retour en ce lieu. On a cherch√© √† retrouver une trace du premier s√©jour dans le catalogue des stations de Nombres chapitre 33 et on a rapproch√© heureusement le nom de Rithma (verset 18) du Wadi Reth√®ma o√Ļ Rowlands a retrouv√© Kad√®s. D'apr√®s cette explication, qui nous para√ģt la plus vraisemblable, les Isra√©lites se seraient dirig√©s, en partant du Sina√Į, vers le nord (d'abord vers le nord-est, puis droit au nord). Quelques-uns ont suppos√©, au contraire, qu'ils avaient gagn√© d'abord la mer Rouge, √† l'est, pour suivre la c√īte du golfe Elanitique en marchant vers le nord jusqu'√† l'Araba. Mais un pareil d√©tour est peu vraisemblable, et le principal passage sur lequel on a cru pouvoir appuyer cet itin√©raire ne prouve rien de pareil¬†; voir √† 11.22,31. Les deux premi√®res stations furent Kibroth-Hatthaava et Hats√©roth (11.35¬†; 33.16,17), au nord du Sina√Į¬†; et la troisi√®me indiqu√©e, Rithma, doit √™tre la m√™me que Kad√®s, dans le d√©sert de Paran (13.26). Quant aux dix-sept autres stations, elles indiquent les marches et contre-marches du peuple pendant les trente-huit ans de vie nomade qu'il passa au d√©sert. Pour la derni√®re partie du voyage, de Kad√®s √† la fronti√®re de Moab, l'itin√©raire sera indiqu√© aux chapitres 20 et 21.

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