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Luc 2

    • 1 Chapitre 2.

      1 à 20 Naissance de Jésus.

      En ces jours-là, expression un peu vague, désignant l'époque qui suivit la naissance de Jean-Baptiste ; celle-ci eut lieu six mois avant la naissance de Jésus. (Luc 1.36)

      - Grec : toute la terre habitée être enregistrée.

      Cette expression désigne l'empire romain, qu'on appelait souvent le monde romain, ou simplement le monde, parce qu'il renfermait tout le monde civilisé.

      Un tel recensement consistait dans l'enregistrement de la population de chaque province, de chaque ville, ainsi que des biens des habitants. Il √©tait destin√© √† faciliter la perception des imp√īts.

      - Cet √©v√©nement de l'histoire amena l'accomplissement des proph√©ties, d'apr√®s lesquelles J√©sus devait na√ģtre √† Bethl√©hem. (Matthieu 2.5) La naissance d'un enfant, qui n'√©tait pas pr√©vue dans cette grande mesure politique, allait changer la face du monde.

      - La critique a fait à ce récit de Luc diverses objections. Elle lui a opposé d'abord le fait que les historiens du temps ne mentionnent pas ce recensement, qui pourtant était d'une grande importance.

      Mais on sait ce que valent les conclusions fond√©es uniquement sur le silence. Et si l'histoire n'a pas rapport√© sp√©cialement le recensement dont il s'agit ici, elle permet de constater que ce m√™me C√©sar Auguste s'√©tait longuement occup√© de travaux de statistique¬†; il avait laiss√© √† sa mort un √©tat des ressources de tout l'empire, qui fut communiqu√© au s√©nat et qui renfermait le chiffre "de la richesse publique, des citoyens, des alli√©s sous les armes, des flottes, des royaumes, des provinces des tributs ou imp√īts." (Tacite, Ann. I, 11.)

      On objecte encore qu'une telle mesure n'aurait pas d√Ľ comprendre la Jud√©e, qui, sous le gouvernement d'H√©rode, n'avait point encore √©t√© r√©duite en province romaine. Mais il ne faut pas oublier que ce prince, qui ne r√©gnait que par la faveur de l'empereur, ne jouissait que d'une ind√©pendance tr√®s relative. Depuis la prise de J√©rusalem par Pomp√©e, les Juifs payaient un tribut √† l'empire et pr√™taient serment de fid√©lit√© √† l'empereur. (Jos√®phe, Antiq. XVII, 2, 4.)

      Pourquoi donc C√©sar Auguste n'aurait-il pas appliqu√© son d√©cret au gouvernement d'H√©rode, qu'il consid√©rait plut√īt comme son vassal que comme un prince souverain¬†? Seulement, on peut admettre que l'ex√©cution de cette mesure fut confi√©e, non √† des Romains, mais √† des Juifs, serviteurs d'H√©rode, ce qui ferait comprendre pourquoi elle provoqua moins d'opposition qu'un autre recensement plus r√©cent (voir la note suivante) et pourquoi, selon l'usage des Juifs, Joseph et Marie durent se rendre √† Bethl√©hem, leur lieu d'origine. (Voir, pour plus de d√©tails et de preuves historiques, Godet, Commentaire sur l'√©vangile de saint Luc.)

      2 Cette remarque, incidemment jetée dans le récit, a donné lieu à un reproche adressé à Luc. Il aurait commis une double erreur : d'abord, en confondant le recensement dont il parle avec un autre qui eut lieu dix ans plus tard, sous le gouvernement de Quirinius, et ensuite, en admettant que ce personnage était déjà gouverneur de Syrie à l'époque dont il parle.

      Il y a là, en effet, une sérieuse difficulté et l'on remplirait des volumes de tout ce qui a été écrit pour l'aplanir.

      Mais il faut remarquer que la première de ces erreurs, c'est-à-dire la confusion des deux recensements, n'existe pas.

      En effet, le but √©vident de Luc, dans ce verset, est pr√©cis√©ment d'√©tablir une distinction entre les deux recensements¬†; car dire que ce fut ici le premier suppose n√©cessairement qu'il y en eut un second. Ce second eut lieu, en effet, comme le rapporte l'historien Jos√®phe (Antiq. XVIII, 1), non sous le r√®gne d'H√©rode, mais apr√®s la destitution d'Arch√©la√ľs, et lorsque la Jud√©e, devenue province romaine, eut √©t√© plac√©e sous l'autorit√© de Quirinius, gouverneur de Syrie.

      Ce recensement, rest√© c√©l√®bre dans l'histoire juive, parce qu'il donna lieu √† une r√©volte sanglante du peuple, √©tait connu de tout le monde¬†; et Luc l'ignorait moins que personne, puisqu'il en parle avec d√©tail dans le livre des Actes (Actes 5.37) o√Ļ il nomme le principal auteur de cette r√©volte, "Judas le Galil√©en, aux jours du d√©nombrement."

      - Il ne reste donc que l'erreur de chronologie qui fait Quirinius gouverneur de Syrie sous le règne d'Hérode, à l'époque de la naissance de Jésus. Cette erreur est considérable ; aussi a-t-on eu recours pour l'expliquer à toutes les ressources de la critique du texte et de l'exégèse. Le texte offre bien quelques légères variantes, mais qui sont sans importance pour la question.

      Plusieurs critiques, Tholuck, de Pressens√©, en prenant le mot premier (recensement) dans un sens diff√©rent, ont cru pouvoir traduire ainsi¬†: "Ce recensement eut lieu avant que Quirinius f√Ľt gouverneur de Syrie."

      D'autres interprètes, en changeant un simple accent grec au premier mot de la phrase, traduisent au lieu de : ce recensement, "le premier recensement luimême" (celui qu'on appelle premier depuis la domination romaine et qui est si connu), "eut lieu sous le gouvernement de Quirinius."

      Le verset 2 serait d'après M. Godet, qui a recours à cette accentuation, "une parenthèse explicative que Luc a intercalée de son chef dans le récit tiré du document qu'il employait. Il importait à Luc de bien distinguer le cens dont il parlait ici de cet autre cens postérieur et de rappeler que, malgré ce nom de premier dénombrement, sous lequel celui-ci était resté gravé dans la mémoire du peuple, il y en avait eu auparavant un autre, généralement oublié, accompli dans de tout autres conditions."

      - Ceux qui estimeront ces tentatives d'explication, sinon inadmissibles, du moins quelque peu forcées, trouveront plus simple de supposer que Quirinius, qui, on le sait par l'histoire (Tacite Ann. III,48), eut les honneurs du triomphe pour une victoire remportée à cette époque sur une peuplade de Cilicie, exerça déjà alors un commandement en Syrie et présida comme commissaire impérial au recensement dont parle Luc.

      Le mot traduit ici par gouverneur s'appliquait à toute charge élevée dans l'Etat. Cette explication, en faveur de laquelle on peut faire valoir des raisons sérieuses, est celle de Hug, Neander. (Voir le Commentaire de M. Godet sur notre passage.)

      - Ceux qu'aucune de ces interprétations ne satisfait, attribuent à Luc, sur ce point, un défaut de mémoire, qu'il est bien difficile d'admettre à propos de faits d'une si grande notoriété, surtout en présence de sa déclaration si positive, d'après laquelle il a "suivi avec exactitude toutes ces choses dès l'origine." (Luc 1.3)

      3 Non celle de son domicile, mais celle de son origine.

      - Ceci aussi prouve que le recensement se fit, non par des employés romains, qui l'auraient effectué pour chacun au lieu de son domicile, mais par des Juifs, serviteurs d'Hérode, qui inscrivaient les habitants dans leur tribu et à leur lieu d'origine. (Voir verset 4)

      4 Voir sur Nazareth Matthieu 2.23, note, et sur Bethléhem Matthieu 2.1, note et 1Samuel 16.1 ; 17.12.

      - Les mots : maison et famille de David ne sont pas synonymes.

      Tous les descendants de chacun des douze fils de Jacob formaient une tribu ; les fils de ces patriarches, divisés en branches diverses, formaient les familles ; enfin, les diverses familles provenant de chaque branche étaient les maisons.

      Par les deux termes dont il se sert, Luc veut marquer que Joseph appartenait à la famille de David et descendait directement de lui.

      5 Marie était bien alors la femme de Joseph ; (Matthieu 1.24) Sin., B, D omettent : sa femme, mais il est plus probable que ce mot ait été retranché qu'ajouté postérieurement : "sa femme qui lui avait été fiancée," ou "sa femme fiancée."

      Luc, par ces termes, exprime exactement et délicatement la pensée de Matthieu. (Matthieu 1.25)

      7 L'accord de Luc avec Matthieu dans l'emploi de ce terme : fils premier-né, est remarquable. (Matthieu 1.25, note.) Ce terme implique que Marie a eu d'autres enfants après celui-ci.

      Peut-√™tre n'y avait-il √† Bethl√©hem qu'une seule h√ītellerie, qui se trouvait remplie d'√©trangers, par la m√™me cause qui y avait amen√© Joseph et Marie¬†; ou bien, s'il y en avait plusieurs, ils avaient d√Ľ, dans leur pauvret√©, choisir la plus modeste. Le terme employ√© par Luc peut d√©signer aussi un logement dans une maison amie. (Luc 22.11)

      De ce que le petit enfant fut couch√© dans une cr√®che, on a conclu, avec assez de vraisemblance, que ses parents habitaient l'√©table o√Ļ elle se trouvait.

      Selon une ancienne tradition, provenant de Justin et d'Orig√®ne, c'√©tait une grotte situ√©e pr√®s de la ville, et sur laquelle H√©l√®ne, m√®re de Constantin fit plus tard b√Ętir une √©glise. (Voir Robinson, Voyage en Palestine et en Syrie, p. 159 et suivants¬†; Ph. Bridel, la Palestine illustr√©e, II)

      Celui qui devait renouveler la face du monde naquit dans une crèche, et mourut sur une croix !

      8 Grec : qui veillaient les veilles de la nuit sur leur troupeau. La nuit était divisée en quatre veilles de trois heures. (Matthieu 14.25 ; Luc 12.38)

      L'usage de passer la nuit en plein air avec les troupeaux existe encore en Orient.

      9 Le mot grec que nous traduisons par : se présenta à eux, signifie littéralement : se trouva là avec eux.

      Il s'applique à des apparitions d'anges, (Luc 24.4 ; Actes 12.7) mais il se dit aussi (Luc 20.1) d'hommes qui surviennent inopinément.

      - Par la gloire du Seigneur, il faut entendre une lumière céleste, symbole de celle que Jésus apportait à la terre.

      "En toute humiliation de Christ se produit quelque grande protestation de sa gloire divine." Bengel.

      Sur la crainte des bergers, voir Luc 1.12, note.

      10 Grec¬†: je vous √©vang√©lise une grande joie, termes dont le sens est rendu dans notre version. Cette grande joie, joie du salut, est destin√©e par Dieu √† tout le peuple¬†; le peuple d'Isra√ęl d'abord, qui, tout entier, aurait pu la recevoir¬†; le peuple de Dieu ensuite, recueilli du sein de toutes les nations.
      11 Un Sauveur, voilà le mot principal de ce message de l'ange, le sujet de la grande joie qu'il annonce. Les bergers doivent savoir encore que ce Sauveur est Christ, Oint de Dieu, le Messie qu'ils attendaient avec tous les Israélites pieux (Comparer Matthieu 1.16, note.) Il est enfin Seigneur, "le Seigneur de tous," (Actes 10.36) celui que toute langue doit confesser comme tel. (Philippiens 2.11)

      Il ne faut jamais oublier que, dans la version grecque des Septante, d'o√Ļ le langage du Nouveau Testament est tir√©, le mot de Seigneur est la traduction constante du nom de J√©hova.

      La juxtaposition des termes¬†: Christ Seigneur, sans et, para√ģt √©trange.

      On a suppos√© que nous avions ici la traduction erron√©e de l'expression h√©bra√Įque¬†: "Messie (de) J√©hova," expression qui aurait √©t√© exactement rendue au verset 26. N'y aurait-il pas plut√īt une faute dans le texte, qu'on devrait corriger d'apr√®s le verset 26¬†? Les manuscrits, il est vrai, ne pr√©sentent pas trace de variante.

      Les mots : dans la ville de David rappelaient à des Israélites la prophétie qui venait de s'accomplir. (Michée 5.2)

      12 Ce signe √©tait bien suffisant pour que les bergers trouvassent, dans le village de Bethl√©hem et dans une cr√®che, un petit enfant qui venait de na√ģtre. (aujourd'hui, verset 11)

      Par là aussi le Sauveur nouveau-né se trouvait à leur portée ; il leur était accessible dans leur humble position. Si on leur avait annoncé sa naissance dans le palais d'Hérode, ils n'y seraient pas allés ou n'y auraient pas été admis.

      - Un petit enfant, c'est le signe de notre humanité ; une crèche, c'est le signe de la pauvreté : double abaissement du Fils de Dieu et du Fils de l'homme !

      La plupart des manuscrits portent : "emmailloté et couché dans une crèche." Les mots soulignés manquent dans Sin., D ; ils ont été ajoutés d'après le verset 7.

      13 L'armée céleste, ce sont les anges, intelligences pures et heureuses, dont Dieu a rempli le monde invisible et dont il fait ses messagers. (1Rois 22.19 ; 2Chroniques 18.18 ; Psaumes 103.21 ; Matthieu 26.53)

      Ces anges prennent part avec amour √† la grande Ňďuvre de notre r√©demption¬†; (Luc 15.10¬†; H√©breux 1.14) ils se retrouvent, exer√ßant un saint minist√®re, dans les moments les plus solennels de la vie du Sauveur. (Luc 1.19,26¬†; Matthieu 4.11¬†; Luc 22.43¬†; 24.4¬†; Actes 1.10)

      Ici, des anges sont les premiers prédicateurs de l'Evangile ; des bergers en sont les premiers auditeurs. Petitesse et grandeur, tels sont les deux caractères de ces inimitables récits. (verset 9, note.)

      14 En conservant la leçon du texte reçu, ce magnifique cantique se divise naturellement en trois sentences, dont les deux premières sont parallèles, et dont la troisième indique la cause ou le fondement des deux autres.

      Par la rédemption du monde que chantent les anges, Dieu s'est glorifié dans les lieux très hauts, aux yeux des anges et des justes ; (Luc 19.38 ; Ephésiens 3.10) la paix est faite sur la terre, car les hommes se sont réconciliés avec Dieu et les uns avec les autres.

      Enfin, il en est ainsi, gr√Ęce √† la manifestation de la mis√©ricorde infinie de Dieu, de sa bienveillance envers les hommes¬†; tel a √©t√© son bon plaisir. Il faut remarquer l'harmonie de ces contrastes¬†: gloire et paix, dans les lieux tr√®s hauts et sur la terre, Dieu et les hommes.

      Et ce n'est pas un vŇďu qu'expriment les anges¬†: ils chantent ce qui est, dans le dessein de Dieu, et ce qui sera pleinement r√©alis√© en tous ceux qui auront part √† la r√©demption qu'ils annoncent. Jusque-l√†, nous pouvons et devons faire des vŇďux et des pri√®res pour le plein accomplissement de cette Ňďuvre divine.

      - Ce verset présente une variante qui se lit dans Sin., A, B, D, l'Itala, et qui est admise par la plupart des critiques. Elle donne au dernier membre de la phrase un autre tour et, si l'on adopte l'explication vulgaire, un sens tout différent : Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.

      Nous aurions donc ici l'expression, non de la bienveillance de Dieu, de son amour, mais d'une disposition du cŇďur de l'homme n√©cessaire pour avoir la paix. La Vulgate a popularis√© en France cette version, qui convient parfaitement aux tendances p√©lagiennes du catholicisme. Mais la le√ßon du texte re√ßu a pour elle des autorit√©s critiques consid√©rables, la plupart des majuscules et des versions.

      Et même en admettant la variante, il faut traduire : aux hommes de la bienveillance (de Dieu), ou, comme Rilliet : "parmi les hommes de prédilection," car le mot grec exprime, non un sentiment de l'homme envers Dieu, mais une disposition miséricordieuse de Dieu envers l'homme. (Matthieu 11.26 ; Ephésiens 1.5,9 ; Philippiens 2.13) Il en est ainsi du verbe formé de la même racine. (Matthieu 3.17 ; 17.5 ; Marc 1.11 ; Luc 3.22)

      15 Le texte reçu avec A, D, majuscules porte ici : les hommes aussi, les bergers, se dirent, etc. Si cette leçon est authentique, elle établit un contraste entre les anges et les hommes ; les anges se retirent ; et les hommes s'empressent de suivre la révélation qu'ils viennent de recevoir.

      Grec¬†: "voyons cette parole qui est arriv√©e, ou accomplie, et que le Seigneur nous a fait conna√ģtre."

      Il est possible qu'il ne faille voir dans les termes soulign√©s qu'un h√©bra√Įsme, signifiant la chose qui vient de nous √™tre annonc√©e¬†; mais comme c'est la parole des anges qui importe aux bergers, et qu'ils veulent v√©rifier en allant √† Bethl√©hem, il est possible aussi que Luc prenne le mot dans ce sens.

      16 Le verbe : ils trouvèrent est composé d'une particule grecque qui indique une découverte successive : ils aperçurent Marie, puis Joseph, puis le petit enfant.

      - Peut-être aussi Marie est-elle nommée avant Joseph, parce que c'était la mère qui, avec le petit enfant, importait le plus aux bergers.

      17 Dans l'original, ayant vu n'a pas de régime.

      - Ainsi les bergers furent les premiers d'entre les hommes à annoncer ce que Dieu venait de révéler.

      19 Il faut remarquer ce : Mais Marie, effacé par la plupart de nos versions ; il indique le contraste entre ce qui se passe en elle et l'étonnement encore très extérieur et superficiel de ceux qui entendirent les récits des bergers.

      Pour elle, elle conservait toutes ces choses sans en rien perdre, et elle les m√©ditait (grec les comparait) dans son cŇďur.

      Elle comparait ce qui lui avait √©t√© divinement annonc√©, neuf mois auparavant, avec ce qui lui arrivait et son cŇďur √©tait p√©n√©tr√© de la fid√©lit√© de Dieu dans l'accomplissement de sa parole. M. Godet voit dans cette remarque du verset 19 l'indice que tout ce r√©cit a pour auteur Marie elle-m√™me.

      20 Les bergers aussi savent maintenant qu'il y a pleine harmonie entre ce qui leur a été dit et ce qu'ils ont entendu et vu.

      Le premier de ces verbes se rapporte sans doute au récit qu'on leur a fait des circonstances extraordinaires qui ont précédé la naissance de Jésus ; le second, à ce qu'ils ont pu contempler de leurs propres yeux. Voilà pourquoi ils glorifient et louent Dieu.

      21 21 à 40 La circoncision et la présentation de l'enfant dans le temple.

      Tout enfant isra√©lite m√Ęle devait √™tre circoncis le huiti√®me jour. (Gen√®se 17.12¬†; L√©vitique 12.3)

      C'était là le signe distinctif de l'alliance que Dieu traita avec Abraham et qui, comme le baptême, était le symbole de la purification. C'est dans cette cérémonie qu'on donnait son nom au petit enfant. (Luc 1.59 et suivants)

      - Jésus, dès son entrée dans la vie, entre dans l'alliance de son peuple ; il est soumis à la circoncision. Il est "né de femme" et "né sous la loi." (Galates 4.4, note.) C'est par là qu'il a commencé à réaliser son nom de Jésus, ou Sauveur.

      22 Ce pronom pluriel leur (grec d'eux) purification a embarrassé les copistes, comme il embarrasse encore les interprètes.

      Le texte reçu, avec quelques minuscules seulement, le remplace par le pronom féminin d'elle, se rapportant à Marie seule, et D par le pronom masculin singulier de lui, se rapportant à l'enfant.

      Quelques interprètes ont pensé que ce pronom pluriel devait s'appliquer aux Juifs en général, à leur usage relatif à la purification des nouvelles accouchées. Mais le contexte oblige à le rapporter soit d'une manière indéterminé à toute la famille qui devait se rendre à Jérusalem pour une double cérémonie religieuse, soit à Marie et à Joseph qui sont le sujet du verbe. On a proposé de le rapporter à Marie et à l'enfant, mais cela n'est pas indiqué dans la construction de la phrase et Jésus n'avait pas à être purifié.

      Il est vrai que Joseph non plus n'avait pas √† se purifier, mais, comme le remarque M. Godet, il e√Ľt √©t√©, en tant que chef de famille, responsable, si la purification n'avait pas √©t√© accomplie. La loi de Mo√Įse prescrivait (L√©vitique 12.2 et suivants) qu'apr√®s sept jours de souillure l√©gale et trente-trois jours pass√©s dans la retraite, la m√®re isra√©lite devait offrir pour sa purification un sacrifice, dont la nature est indiqu√©e ci-apr√®s. (verset 24)

      23 Grec : sera appelé saint au Seigneur, c'est-à-dire lui sera consacré, sera mis à part pour son service. (Exode 13.2 ; Nombres 3.12)

      D'apr√®s ce dernier passage, tout premier-n√© appartenait √† l'Eternel et devait √™tre exclusivement consacr√© √† son service¬†; mais la tribu de L√©vi ayant √©t√© choisie pour ce service, il fallait que tous les premiers-n√©s des autres tribus fussent rachet√©s √† prix d'argent, (Nombres 8.16¬†; 18.15-18) afin que le droit divin f√Ľt constat√©, et que le futur chef de famille se souv√ģnt toujours de ses saintes obligations.

      C'est l√† aussi le sens de cette expression¬†: le pr√©senter au Seigneur. En ceci, comme dans sa circoncision, (verset 21) comme plus tard dans son bapt√™me, il fallait que J√©sus "accompl√ģt toute justice." (Matthieu 3.15)

      24 Après avoir dit (verset 23) ce qui concernait l'enfant, Luc revient à la mère et à sa purification. (verset 22)

      Elle devait offrir un agneau en holocauste et un jeune pigeon ou une tourterelle pour le péché ; mais, si ses moyens ne le lui permettaient pas, elle pouvait remplacer ce sacrifice par celui de deux tourterelles ou de deux jeunes pigeons. (Lévitique 12.6,8)

      Luc ne mentionne ici que ce dernier sacrifice, celui des pauvres, parce que ce fut celui de Marie. Alors déjà s'accomplit une parole profonde de saint Paul. (2Corinthiens 8.9)

      25 Sim√©on est inconnu dans l'histoire¬†; son nom signifie "exaucement." Il √©tait juste (comparez Luc 1.6, note) et pieux (ce mot a aussi le sens de prudent, circonspect, intelligent)¬†; il attendait la venue du Sauveur, ici d√©sign√©e par ce terme si beau et si intime¬†: la consolation d'Isra√ęl.

      Ce mot est emprunt√© aux promesses de Dieu donn√©es par les proph√®tes, et sur lesquelles reposait toute l'esp√©rance de ce saint vieillard. (Esa√Įe 40.1,2¬†; 49.13¬†; 51.3,12¬†; 61.1-3)

      On voit par les exemples de Siméon, d'Anne, (verset 38) de Zacharie, de Joseph d'Arimathée, (Marc 15.43) et d'autres encore, qu'il y avait d'humbles Israélites qui étaient prêts à recevoir le Seigneur sous quelque chétive apparence qu'il plairait à Dieu de le leur manifester.

      - Le sacerdoce officiel n'accueillit pas le Seigneur qui, pour la première fois, entrait dans son temple. (Malachie 3.1) Un sacerdoce libre s'était formé pour le suppléer ; il est représenté par Siméon et Anne.

      - La source de la vie religieuse de Siméon est clairement indiquée. C'était l'Esprit-Saint qui était sur lui. D'après les expressions de l'original, on pourrait traduire : qui était venu sur lui, c'est-à-dire que, dans ce moment solennel de sa vie, il reçut une nouvelle mesure de cet Esprit divin qui lui communiqua le don de prophétie. (versets 26,27,30 et suivants, verset 34)

      26 Le Christ du Seigneur, terme de l'Ancien Testament qui signifie le Messie ou l'Oint de l'Eternel, le Sauveur que l'Eternel avait promis à son peuple et qu'il venait de lui donner. (Sur le mot que nous traduisons par "divinement averti," voir Matthieu 2.12,22 ; Hébreux 11.7 ; Actes 10.22)

      Il faut remarquer cette antithèse : "ne pas voir la mort avant d'avoir vu le Christ."

      27 "Il vint dans le temple dans l'Esprit," ou par l'Esprit, c'est-√†-dire √©clair√© et conduit par l'Esprit, et c'est par cet Esprit qu'il reconnut aussit√īt son Sauveur dans le petit enfant. (verset 30)

      - Ce qui était en usage, selon la loi, a été décrit au verset 23.

      30 Chaque mot de ce beau cantique a une signification profonde :

      Maintenant que ta parole est accomplie, (verset 26) que mes yeux ont vu ton salut, tu laisses aller ton serviteur (grec) ; tu le délies de toutes les servitudes de la vie, tu le mets en liberté pour qu'il s'en aille jouir de la pleine possession de la lumière et de la paix ! (Genèse 15.15 ; 2Rois 22.20)

      Il faut remarquer ce verbe au pr√©sent qui exprime l'attente prochaine de cette d√©livrance¬†; Sim√©on sent que rien ne le retient plus sur la terre. Mais il s'en remet √† Dieu qu'il appelle Ma√ģtre, souverain dominateur de sa vie et de toutes choses.

      32 Par l'Esprit qui est en lui, (verset 26) Siméon devient prophète ; il ne parle plus de lui, sa pensée s'élève jusqu'à ce salut que Dieu a préparé pour tous les peuples, et que tous verront (grec devant la face de).

      Cette préparation a eu lieu durant des siècles par toutes les révélations de l'ancienne alliance. Ce grand salut destiné à tous se répartit en deux courants divers.

      D'une part, il est lumi√®re pour √©clairer les nations pa√Įennes (grec), pour la r√©v√©lation des nations qui, pour la r√©v√©lation qui leur est destin√©e, √† elles, sont plong√©es dans les t√©n√®bres les plus profondes¬†; d'autre part, il est la gloire du peuple d'Isra√ęl qui, tout en ayant part √† ce salut, aura l'immortel honneur de l'avoir donn√© au monde. (Esa√Įe 46.13)

      On peut faire dépendre les mots lumière et gloire du verbe : que tu as préparé, et traduire : "que tu as préparé comme lumière...et gloire,...ou l'on peut les considérer comme une apposition du mot salut."

      - Ces vues lumineuses sur l'universalit√© du salut ne s'expliquent en Sim√©on que par l'action de l'Esprit qui √©tait sur lui, et par la connaissance qu'il avait des proph√©ties¬†; (Esa√Įe 42.6¬†; 60.3) car m√™me les ap√ītres ne les comprendront que par une r√©v√©lation sp√©ciale, (Actes 10.1) et plusieurs Juifs, apr√®s leur conversion au christianisme, y trouveront encore un sujet de scandale. (Actes 11.2,3)

      33 Le texte reçu, avec la plupart des majuscules (Sin., B. D exceptés) et l'Itala, porte Joseph, au lieu de son père ; correction dictée par une préoccupation dogmatique, bien inutile, puisque Luc lui-même vient de parler des parents du petit enfant. (verset 27)

      Nul ne pouvait s'y méprendre, après le récit qui précède. (Luc 1.35) Le langage de l'évangéliste est conforme aux apparences et même à d'impérieuses convenances.

      - Ils étaient dans l'étonnement ou l'admiration (le mot grec a les deux sens), malgré tout ce qu'ils savaient déjà concernant le petit enfant. C'est que, sous la forme d'une prophétie, les paroles de Siméon leur ouvraient des horizons plus vastes encore que ce qui leur avait été révélé jusque-là.

      34 Les bénit, c'est-à-dire les parents ; il les bénit au nom de Dieu, implore sur eux la bénédiction divine.

      - Les promesses magnifiques qu'ils venaient d'entendre pouvaient faire na√ģtre dans le cŇďur de Joseph et de Marie des esp√©rances charnelles, pleines d illusions¬†; Sim√©on les r√©prime en leur pr√©sentant l'aspect douloureux de l'avenir r√©serv√© √† leur enfant. Il adresse les s√©rieuses paroles qui suivent √† Marie, √† la m√®re personnellement, parce que cette proph√©tie la concernait directement.

      L'expression : celui-ci est (grec) mis pour, indique la destination d'une personne ou d'une chose, selon le dessein de Dieu. (Philippiens 1.16 ; 1Thessaloniciens 3.3)

      Ici ce dessein de Dieu est déterminé par les dispositions opposées de ceux auxquels le Sauveur est envoyé : aux uns, il sera une occasion de chute, aux autres de relèvement.

      Ces expressions reposent sur une image emprunt√©e √† Esa√Įe, (Esa√Įe 8.14) qui annonce que l'Eternel lui-m√™me sera une "pierre d'achoppement, un rocher de chute aux deux maisons d'Isra√ęl."

      Partout o√Ļ la v√©rit√© se pr√©sente √† une √Ęme, un jugement divin s'exerce en elle¬†; par son incr√©dulit√© et son endurcissement, elle tombe. (Comparer Matthieu 21.44¬†; Romains 9.33¬†; 1Pierre 2.6 et suivants)

      Mais la crise peut avoir une tout autre issue¬†: par la repentance, par la foi, l'√Ęme se rel√®ve jusqu'√† la pl√©nitude de la vie morale et spirituelle.

      Dans ce double sens, la pr√©sence du Sauveur est toujours un signe¬†; et Sim√©on pr√©voit qu'il sera (grec) mis pour un signe (comparez Esa√Įe 11.12¬†; 13.2¬†; 5.26¬†; la version grecque traduit par signe le mot h√©breu que nos versions rendent par¬†: "banni√®re, signal") contredit, ou auquel on contredira. On sait combien cette proph√©tie fut litt√©ralement accomplie dans la vie de J√©sus, et combien elle l'est encore pour ses serviteurs les plus fid√®les. (H√©breux Heb 12,3 Ac 28¬†:22.))

      35 Cette contradiction ira jusqu'√† clouer le Sauveur sur la croix¬†; c'est alors que, semblable √† une √©p√©e tranchante, une douleur sans nom transpercera l'√Ęme de sa m√®re t√©moin de son supplice. (Jean 19.25)

      C'est aussi en pr√©sence de la croix que les pens√©es du cŇďur se r√©v√®lent, selon la foi ou l'incr√©dulit√©, l'amour ou la haine √† l'√©gard du Crucifi√©.

      - Il est possible que les mots¬†: afin que les pens√©es du cŇďur de plusieurs soient r√©v√©l√©es indiquent la raison pour laquelle cette grande douleur ne peut √™tre √©pargn√©e √† Marie¬†; mais il est plus naturel d'y voir la conclusion de toute la proph√©tie des versets 34,35¬†: la croix, couronnement de l'Ňďuvre du Messie, manifestera dans toute sa profondeur l'opposition des hommes et mettra au jour leurs dispositions secr√®tes, en les contraignant √† se prononcer pour ou contre le Sauveur. (1Corinthiens 1.23)

      37 Anne, fille de Phanuel, n'est connue dans l'histoire évangélique que par ce trait.

      Le mot de prophétesse indique que, comme Siméon, elle avait reçu l'esprit de prophétie, par lequel elle aussi reconnut dans le petit enfant le Sauveur promis, et en glorifia Dieu. (verset 38)

      L'√©vang√©liste rappelle encore √† sa louange qu'apr√®s un temps assez court de mariage, elle avait v√©cu jusqu'√† l'√Ęge de quatre-vingt-quatre ans dans un long veuvage, ce qui √©tait consid√©r√© comme tr√®s honorable chez les Juifs. M. Godet traduit¬†: "veuve depuis d√©j√† quatre-vingt-quatre ans." Cela justifierait l'affirmation du r√©cit qu'elle √©tait (grec) avanc√©e en beaucoup de jours.

      Touchant portrait d'une veuve dont la piété remplissait toute la vie ! Saint Paul décrit à peu près dans les mêmes termes la veuve chrétienne "réellement veuve." (1Timothée 5.5)

      - Les mots nuit et jour signifient sans doute qu'elle assistait à des services religieux qui avaient lieu le soir et le matin avant le lever du jour, ou qu'elle passait une partie de ses nuits en prières.

      38 Les mots : elle louait Dieu (texte reçu, le Seigneur), pourraient se traduire : confessait ou glorifiait Dieu.

      Ce verbe est composé d'une particule qui signifie à son tour ; allusion au cantique de Siméon, auquel Anne répondait par ses louanges.

      Les paroles d'Anne ne sont pas rapportées, parce que sans doute elles exprimaient les mêmes pensées que celles de Siméon. (verset 29)

      En outre, par l'esprit de prophétie qui l'animait, elle parlait de lui (de Dieu) et des glorieuses révélations qu'il venait d'accorder à son peuple.

      Le texte re√ßu, porte¬†: Ceux qui attendaient la d√©livrance (grec la r√©demption) dans J√©rusalem. La le√ßon de Sin., B. versions et P√®res, est admise par la plupart des critiques modernes. Ils consid√®rent celle du texte re√ßu comme une correction de cette expression insolite¬†: d√©livrance de J√©rusalem. Il faut supposer que la capitale est prise pour le pays entier. (Comparer Esa√Įe 40.2)

      39 Luc 1.26 ; Matthieu 2.23.

      Luc passe sous silence divers faits rapportés par Matthieu : la visite des mages, la fuite en Egypte, le meurtre des petits enfants de Bethléhem, soit que ces faits ne rentrassent pas dans son plan, soit qu'il les ait ignorés.

      "Il est n√©cessaire d'admettre, dit M. Godet, que les deux √©vang√©listes ont √©crit chacun sans conna√ģtre le livre de l'autre."

      La critique n√©gative s'est h√Ęt√©e de d√©clarer les deux r√©cits inconciliables. Elle oublie que, pendant les quarante jours qui s'√©coul√®rent entre la naissance de J√©sus et sa pr√©sentation dans le temple, bien des √©v√©nements avaient pu s'accomplir √† Bethl√©hem. Elle oublie encore que le retour de la sainte famille √† Nazareth n'a pas eu lieu n√©cessairement aussit√īt apr√®s la pr√©sentation au temple. Le voyage en Egypte suivit celle-ci, et l'√©tablissement de la famille √† Nazareth ne se fit qu'apr√®s son retour d'Egypte. (Matthieu 2.23)

      Les faits rapport√©s s'encha√ģnent naturellement et les deux r√©cits se compl√®tent. (Comparer Matthieu 2.16, note.) (Voir, sur ces questions historiques, la belle dissertation de M. Godet dans son Comm. sur saint Luc, tome I, p. 218 de la 3e √©d., et comparez J. Bovon, Th√©ol. du N. T., I, p. 213 et suivants)

      40 Par ces quelques traits, Luc nous donne une idée du développement graduel qui s'accomplit en Jésus durant son enfance. C'est ce qu'il avait fait pour Jean-Baptiste. (Luc 1.80)

      Pour Jésus il répétera plus loin cette esquisse. (verset 52)

      - Il grandissait ; ce mot indique le développement physique, tandis que les termes : il se fortifiait, complétés par ceux-ci : étant rempli de sagesse, décrivent les progrès intellectuels, spirituels et religieux.

      La sagesse, comprenant la connaissance de Dieu et celle des hommes, dans son application pratique à la vie, fut le trait saillant du caractère de Jésus enfant. Jésus passa par toutes les phases d'un développement normal, le seul qui se soit accompli sur la terre, le seul qui ait été exempt de toutes les atteintes délétères du mal et se soit poursuivi d'une manière harmonique par une communion constante avec Dieu. (verset 49)

      Cette derni√®re pens√©e est clairement indiqu√©e par ces belles paroles¬†: et la gr√Ęce de Dieu √©tait sur lui.

      Gr√Ęce (charis) signifie aussi faveur, amour¬†; tout en J√©sus √©tait agr√©able √† Dieu.

      - Le texte reçu porte : "il se fortifiait en esprit ;" ce dernier terme, inauthentique, a été copié de Luc 1.80.

      42 D'apr√®s la loi, (Exode 23.17¬†; 34.23¬†; Deut√©ronome 16.16) tous les Isra√©lites hommes devaient se rendre chaque ann√©e √† J√©rusalem pour y c√©l√©brer les trois grandes f√™tes de P√Ęque, de Pentec√īte et des Tabernacles.

      La loi ne prescrivait rien aux femmes, mais elles s'y rendaient fr√©quemment, quand leur pi√©t√© leur en inspirait le d√©sir¬†; ce fut le cas pour Marie. Quant aux jeunes gens, les pr√©ceptes rabbiniques ordonnaient qu'ils fussent conduits au temple un ou deux ans avant l'√Ęge de treize ans, √† partir duquel ils √©taient tenus de remplir toutes les obligations l√©gales et devenaient les fils de la loi.

      43 Les jours, peuvent être les sept jours prescrits par la loi pour la durée de la fête ou les quelques jours qu'ils s'étaient proposé de passer a Jérusalem, car la présence a la fête n'était obligatoire que les deux premiers jours. (Exode 12.15 ; Lévitique 23.6 ; Deutéronome 16.3)
      45 Une journée de chemin.

      Ce fut le soir, sans doute, remarque M. Godet, au moment o√Ļ chaque famille se r√©unissait pour la nuit, que Marie et Joseph s'aper√ßurent de l'absence de l'enfant.

      D'autres, insistant sur l'imparfait : ils le cherchaient, pensent qu'ils le cherchèrent déjà tout en faisant cette journée de marche.

      Au premier abord, on a de la peine à comprendre que Jésus soit reste seul a Jérusalem, et que ses parents aient quitté la ville sans s'inquiéter de son absence. Aussi une certaine critique s'est-elle empressée d'accuser l'enfant d'un manque d'égards envers ses parents et ceux-ci de négligence. Quant à ces derniers, l'expression de Luc : pensant qu'il était dans la (grec) compagnie de route, indique une circonstance qui peut mettre en quelque mesure leur responsabilité à couvert.

      En effet, les caravanes de pèlerins se composaient de parents et d'amis (verset 44) parmi lesquels un enfant de douze ans pouvait être en parfaite sécurité.

      - Pour ce qui est de Jésus, nous touchons à un moment de sa vie qui déjà l'élève audessus des conditions ordinaires. D'une part, Luc a soin de signaler la soumission de l'enfant a sa famille ; (verset 51) d'autre part, la parole de Jésus qu'il va rapporter (verset 49) explique pleinement ses motifs.

      Pour lui, les jours de la belle f√™te de P√Ęque, qu'il a c√©l√©br√©e pour la premi√®re fois, et dont il p√©n√©trait d√©j√† la signification religieuse, avaient laiss√© dans son cŇďur des impressions profondes, auxquelles il se livre avec bonheur et sans arri√®re-pens√©e.

      Le sentiment croissant de son rapport tout spécial avec Dieu l'élève en ce moment au-dessus des relations purement humaines. C'est ce qu'il déclarera expressément plus tard. (Marc 3.32 et suivants ; Jean 2.4)

      46 Par ces trois jours il faut entendre la premi√®re journ√©e de chemin qu'ils avaient faite, une seconde pour retourner √† J√©rusalem et la troisi√®me, celle o√Ļ ils le trouv√®rent.

      - Dans le temple, ou le lieu sacré, c'est-à-dire dans quelque salle dépendante de l'édifice, ou même sur la terrasse. Les membres des sanhédrins s'y réunissaient le jour du sabbat et à l'époque des fêtes et enseignaient.

      L'expression : assis au milieu des docteurs, ne signifie point que Jésus occupas un siège au même rang qu'eux ; mais que, dans le cercle qu'ils formaient, il s'était placé parmi les auditeurs. Dans ces instructions religieuses les docteurs adressaient aux assistants des questions et répondaient aux leurs. De là ces expressions choisies à dessein, et qu'il faut bien remarquer : les écoutant et les interrogeant, ou leur adressant des questions dans le désir de s'instruire.

      Luc n'a nullement l'intention d'ériger l'enfant Jésus en petit docteur, comme le font les évangiles apocryphes.

      47 Grec : ils étaient hors d'eux-mêmes.

      Son intelligence des vérités religieuses paraissait, soit dans les questions qu'il faisait, soit dans ses réponses à celles qu'on lui adressait. Ainsi se vérifiait la parole de l'évangéliste. (verset 40)

      Comparer sur l'éducation de Jésus et spécialement sur cette première visite à Jérusalem, Edersheim, La société juive, trad. par G. Roux, ch. VII

      48 L'étonnement des parents vient de ce qu'ils ne s'étaient point attendus à le trouver dans un tel lieu et engagé dans de tels entretiens. Jamais encore Jésus ne s'était ainsi produit publiquement.

      - Il y a dans les paroles de Marie un ton de reproche qui vient, sans doute, de l'inquiétude qu'elle avait éprouvée et qu'elle exprime vivement. Certains critiques prétendent que Luc, en nous montrant Marie inquiète, oublie les révélations qu'elle avait reçues.

      Marie savait que son enfant était le Fils de Dieu, pouvait-elle dès lors éprouver de l'angoisse à son sujet ?

      M. Godet r√©pond¬†: "La critique raisonne comme si le cŇďur de l'homme et de la m√®re fonctionnait √† la fa√ßon d'un syllogisme."

      49 Grec : Qu'est-ce que cela que vous me cherchiez ? Quelle en est l'importance, en comparaison de ce que j'avais à faire ?

      Sans cette version littérale, la question ne se comprend pas, car il est bien clair que le devoir de ses parents était de le chercher. La même tournure se retrouve dans Marc 2.16 ; Actes 5.9, en grec, et elle a partout le même sens. La question de Jésus est du reste expliquée par les paroles qu'il ajoute. (Comparer verset 45, note.)

      Grec : Dans les choses de mon Père.

      Un grand nombre d'anciennes versions et de Pères, et plusieurs commentateurs modernes traduisent : dans les demeures (la maison) de mon Père.

      M. Godet r√©unit les deux sens¬†: l√† o√Ļ on s'occupe des affaires de Dieu. Il est plus naturel de choisir et d'adopter la premi√®re traduction, qui conserve le caract√®re ind√©termin√© de l'expression grecque.

      Ainsi, Jésus avait alors déjà conscience de son origine divine. Il nomme Dieu son Père (il ne dit pas, il ne dira jamais notre Père), sentant que ce nom peut seul exprimer la réalité et l'intimité de son rapport avec Dieu. Il en est si rempli, qu'il lui parait naturel d'oublier tout le reste pour être aux choses de son Père ; c'est là pour lui une nécessité morale : Il faut ; ne le saviez-vous pas ?

      - Dans cette première parole de Jésus qui nous soit parvenue, tout est vérité, vie, amour ; il ne faut point y chercher de dogmatique.

      50 Cette observation encore a donné prise à la critique.

      Si les r√©cits de Luc (Luc 1.32) sont vrais, a-t-on dit, comment Marie ne comprend-elle pas que son fils doit √™tre consacr√© tout entier aux affaires de son P√®re¬†? C'est m√©conna√ģtre la situation dans laquelle se trouvait Marie apr√®s ces douze ann√©es pendant lesquelles son fils s'√©tait d√©velopp√© d'une mani√®re insensible.

      Tous les parents ne sont-ils pas surpris quand un jour ils découvrent que leurs enfants ont cessé d'être des enfants ? Les parents de Jésus, tout prévenus qu'ils étaient, durent éprouver cette surprise avec une force redoublée.

      Malgr√© la sagesse dont il √©tait rempli, J√©sus n'avait encore jamais exprim√© d'une mani√®re aussi claire son rapport sp√©cial avec Dieu¬†; la parole qu'il vient de prononcer est donc pour Marie une r√©v√©lation nouvelle qui ne p√©n√©trera que par degr√©s dans son intelligence. (Comparer verset 23, note.) Il √©tait m√™me n√©cessaire qu'il en f√Ľt ainsi, pour que Marie p√Ľt conserver √† l'√©gard de J√©sus sa position de m√®re. (verset 51)

      - Quelques interprètes ont vu dans cette parole : mon Père, une allusion et une opposition à celle que Marie venait de prononcer : ton père et moi. Rien de plus improbable qu'une telle pensée qui, même indirectement et discrètement exprimée, serait tout à fait déplacée dans ces circonstances.

      51 Voir, sur ce retour à Nazareth, verset 39, note.

      - Par ce seul mot : il leur était soumis, Luc décrit toute l'adolescence de Jésus dans ses rapports avec sa famille. La forme du verbe grec exprime la continuité ou la permanence de cette soumission.

      La conscience qu'il avait de son rapport unique avec son P√®re, (verset 49) loin d'√™tre en opposition avec cette humble ob√©issance, en √©tait bien plut√īt la source. J√©sus fut ainsi le mod√®le de l'enfance, comme il est rest√©, pour tous les √Ęges, le type accompli d'une vie humaine sans p√©ch√© et se d√©veloppant dans le bien absolu.

      Voir verset 19, note. Le verbe employé ici signifie proprement conserver au travers des circonstances qui pouvaient les faire oublier.

      - Cette observation relative à Marie, ainsi que plusieurs autres traits de ces premiers récits qui sont des révélations de son expérience la plus intime, ne peuvent avoir été connus que par elle-même. On a donc pu supposer, avec toute vraisemblance, qu'elle avait consigné ces précieux souvenirs dans quelque document de famille, d'ou Luc a tiré les matériaux de ses deux premiers chapitres.

      52 Comparer verset 40, note.

      Quand il s'agit du petit enfant, Luc dit "qu'il grandissait et se fortifiait ;" ici, l'adolescent fait des progrès, avance dans son développement physique et spirituel. Luc met la sagesse avant la stature, parce que c'était là le plus important à ses yeux, et peut-être aussi pour marquer le développement des rapports intimes avec Dieu, que Jésus venait de révéler, (verset 49) et qui étaient la source de toute sa sagesse.

      Enfin Luc ajoute qu'il faisait des progrès, non seulement dans la faveur et l'amour de Dieu, mais qu'il inspirait aux hommes ce même sentiment.

      "Tandis que Jean-Baptiste grandissait dans la solitude du d√©sert, J√©sus, destin√© √† une tout autre t√Ęche, se d√©veloppait sous le regard satisfait de Dieu et en contact avec les hommes que charmaient ses aimables qualit√©s¬†; comparez Luc 7.33,34 Ainsi cet √™tre humain parfaitement normal √©tait un commencement de r√©conciliation entre le ciel et la terre." Godet.

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