TopCartes x PLM collab

Genèse 3

    • 1

      1-7. La faute.

      Le serpent. L'auteur ne se représente évidemment pas un individu particulier, mais toute l'espèce de serpents dont il s'agit concentrée, dans cet unique individu qui en est le père. Voir versets 14 et 15.

      Le plus fin. L'adjectif hébreu que nous traduisons ainsi est opposé plusieurs fois dans les Proverbes à ce terme : l'insensé, si fréquemment employé dans ce livre. Il désigne l'habileté à trouver des expédients. Le mot avisé serait peut-être celui qui conviendrait le mieux s'il ne s'agissait pas d'un animal. La circonspection du serpent est devenue proverbiale. (Matthieu 10.16). Cette qualité naturelle le rendait plus qu'aucun autre animal apte à servir d'instrument à l'ennemi de l'homme.

      Que l'Eternel Dieu avait faits. Ce n'est donc pas un √™tre mauvais en soi, puisqu'il √©tait l'un de ceux que Dieu avait faits et d√©clar√©s bons. Si donc il a jou√© un r√īle dans la chute, ce n'est pas comme auteur, mais comme agent.

      Il dit ; non pas en lui donnant l'exemple de manger de ce fruit ; l'auteur attribue à cet animal la faculté de parler sous l'inspiration du principe invisible qui se sert de lui.

      A la femme, comme √† l'√™tre le plus faible, non sous le rapport physique, mais au point de vue moral, gr√Ęce √† la pr√©pond√©rance de l'imagination et de la sensibilit√© sur les autres facult√©s¬†; puis peut-√™tre parce que, l'ordre ayant √©t√© donn√© avant la cr√©ation de la femme, elle n'avait pu l'apprendre que par Adam et n'en avait pas re√ßu une impression aussi profonde que celui-ci.

      Est-ce que Dieu aurait dit ? Le serpent ne nie pas ; il interroge seulement. Son but n'est pas, comme on l'a dit souvent, de susciter chez la femme le doute à l'égard de la réalité de la défense ; ce qu'il veut, c'est d'ébranler, par la conviction même de la réalité de cette défense, sa confiance en la bonté et en la justice de celui qui a eu la dureté de la faire. C'est pourquoi aussi il exagère la portée de la défense en l'étendant à tous les arbres.

      2

      La d√©fiance envers celui qui l'interrogeait aurait pu na√ģtre chez la femme du fait qu'elle n'avait vu encore aucun animal poss√©der le don de la parole¬†; et plus encore du fait que l'√™tre qui lui parlait cherchait √† √©veiller dans son cŇďur un sentiment contraire √† celui qu'elle devait √† son bienfaiteur divin. Elle n'a pas pris garde √† tout cela.

      3

      Elle rétablit la vérité des faits, tout en ajoutant à la défense les mots : Vous n'y toucherez pas, qui venaient peut-être de la bouche d'Adam. Mais en entrant ainsi en communication avec le serpent, elle donne déjà quelque accès à la séduction qu'il veut exercer sur elle.

      4

      Vous ne mourrez nullement. L'ennemi s'enhardit ; il passe de l'interrogation à la négation ouverte.

      5

      Non seulement il accuse Dieu de mensonge, mais il lui refuse même l'amour : c'est par jalousie et pour n'avoir pas d'égaux que Dieu veut les priver de ce fruit. Il y a dans cette parole, comme dans celle de tout séducteur habile, un mélange de vrai et de faux ; elle fait miroiter aux yeux de la femme un état divin qui est réellement destiné à l'humanité et qui répond par conséquent à une aspiration naturelle et profonde ; mais elle lui montre pour arriver à cet état le chemin de la désobéissance, qui la conduira au résultat opposé.

      Remarquons que le tentateur, en parlant comme il le fait ici, refuse à Dieu les deux traits essentiels du caractère divin, la vérité et la bonté, pour se les attribuer à lui-même.

      L'obscurcissement de la conscience qui se produit chez Eve √† la suite de cette d√©claration qu'elle accueille, se perp√©tuera dans cette id√©e pa√Įenne, si fr√©quemment √©nonc√©e chez les classiques : Toute divinit√© est jalouse.

      Il faut remarquer aussi que cette parole du serpent fait consister l'état divin dans la connaissance, non dans la sainteté ; c'est là l'erreur de la fausse sagesse ; la connaissance ne conduit pas nécessairement à la sainteté, mais la sainteté conduit à la connaissance.

      6

      Le r√©cit ne mentionne pas le fait int√©rieur par lequel la femme a acquiesc√© √† l'invitation du serpent, et qui a √©t√© la cause r√©elle de la chute : c'est l'affaiblissement de sa foi en la bont√© de Dieu. Par l√† la porte de son cŇďur a √©t√© ouverte √† la s√©duction.

      Cette séduction s'opère par le moyen de trois convoitises qui s'allument à mesure que s'éteint la confiance en Dieu :

      • la convoitise de la chair, le fruit √©tait :
        bon à manger
      • celle des yeux :
        agréable à voir
      • et celle de l'orgueil :
        devenir intelligent
      Comparez 1Jean 2.15-16

      Et en mangea. Et pourtant elle ne mourut point. Ce fut sans doute avec cette bonne nouvelle qu'elle porta du fruit à son mari.

      Qui √©tait avec elle. Est-ce √† dire qu'il ait √©t√© pr√©sent √† la sc√®ne pr√©c√©dente¬†? Mais e√Ľt-il pu dans ce cas ne prendre aucune part √† l'entretien¬†? Et au verset 17 Dieu ne lui reprocherait-il pas d'avoir laiss√© Eve commettre la faute¬†? Il faut donc prendre ces mots dans le m√™me sens qu'au verset 12 : la femme que tu as mise aupr√®s de moi, litt√©ralement avec moi.

      Et il en mangea. Par cet acte d'Adam, la chute de la race, qui n'√©tait que commenc√©e, est consomm√©e. Que serait-il arriv√© s'il e√Ľt refus√©¬†? Peut-√™tre aurait-il √©t√© appel√© √† √™tre le sauveur de sa femme. Comparez Eph√©siens 5.25

      Cette violation flagrante du commandement divin n'a pas seulement été une faute qui a attiré la condamnation sur l'homme ; il en est résulté une disposition permanente dans la race entière à subordonner la conscience au penchant, à préférer la recherche de la jouissance à l'accomplissement du devoir ; une pente naturelle à mettre sa propre volonté à la place de celle de Dieu.

      7

      Et les yeux de tous deux s'ouvrirent. La promesse du serpent (verset 5) se réalise, mais dans le sens perfidement ironique qu'y avait mis le tentateur : ils voient plus clair, mais pour constater leur misère.

      Ils connurent qu'ils √©taient nus. Le sentiment de la honte a √©t√© le premier effet de la chute. Jusqu'alors unie √† Dieu, l'√Ęme de l'homme dominait le corps, qui √©tait compl√®tement son serviteur. D√®s le moment o√Ļ elle a c√©d√© au penchant et o√Ļ elle s'est s√©par√©e de Dieu, le corps prend la place pr√©pond√©rante¬†; l'attention de l'√Ęme se fixe sur lui¬†; elle rougit d'√™tre l'esclave de celui sur lequel elle aurait d√Ľ r√©gner.

      Semblables √† des enfants, Adam et Eve n'avaient point port√© jusqu'alors leur attention sur la diff√©rence des sexes¬†; au moment o√Ļ ils s'en rendent compte, ils se sentent press√©s de la voiler et emploient, pour cela le moyen que leur offre leur entourage.

      Des feuilles de figuier. Il n'est pas nécessaire de penser au figuier d'Inde (musa paradisiaca), dont les feuilles sont très grandes ; les feuilles du figuier ordinaire pouvaient être employées.

      8

      8-19. Le jugement.

      Le plus terrible ch√Ętiment pour Adam e√Ľt √©t√© l'abandon de Dieu¬†; l'acte de jugement qui va suivre, soit en ce qui concerne l'homme, soit en ce qui se rapporte √† Satan, est envers l'homme un premier acte de mis√©ricorde autant que de justice.

      8-13. L'enquête.

      Ils entendirent le bruit. Le terme hébreu ne signifie pas, comme on traduit quelquefois : la voix de l'Eternel appelant Adam ; il désigne le bruit de son passage dans le jardin. Pour l'expression, comparez 1Rois 14.6, et pour le fait lui-même 2Samuel 5.24 et 1Rois 19.12.

      Au vent du jour : √† la brise du soir, au moment o√Ļ l'on sort en Orient.

      Cette visite de l'Eternel, qui jusqu'alors avait été pour eux une source de joie, devient maintenant un sujet d'effroi.

      10

      J'ai craint, car je suis nu. Cette parole, tout en étant un mensonge, renferme pourtant une demi-vérité ; le sentiment de pudeur qu'elle exprime était réel, mais n'était pas la vraie cause de la crainte d'Adam. C'est ce que Dieu lui fait sentir par la question suivante.

      11

      L'homme se refusant à répondre franchement, Dieu lui-même le met sur la voie de la vérité. En face de la question précise, Adam ne peut plus échapper ; l'aveu est inévitable. Dieu s'adresse d'abord à l'homme comme à l'être responsable.

      12

      Tout en avouant, Adam renvoie la faute à sa femme, et, même à Dieu (que tu as mise auprès de moi), comme si le j'ai mangé était la conséquence nécessaire du elle m'a donné.

      Que tu as mise auprès de moi ; littéralement que tu as donnée avec moi. Comparez verset 6.

      13

      Dieu se tourne alors vers la femme, qui fait le même aveu que son mari, mais en rejetant, elle aussi, la faute sur autrui.

      M'a trompée. C'était vrai, et ce fait, sans excuser sa faute, était pourtant ce qui rendait le pardon possible. Les démons trompent, mais ne sont pas trompés ; c'est pourquoi leur péché subsiste.

      J'en ai mangé : tragique refrain.

      Ainsi du péché sont provenus immédiatement la honte, la peur de Dieu et le mensonge. Mais ce ne sont encore là que les avant-coureurs de la punition proprement dite.

      14

      14-15. Sentence du serpent.

      Arrivé au serpent, première cause du mal l'Eternel n'interroge plus, il juge, et dans les trois sentences qu'il prononce, il suit l'ordre inverse de celui d'après lequel il avait interrogé.

      Si Dieu, au lieu de parler à l'homme du serpent, s'adresse au serpent lui-même, qui n'est pourtant qu'un animal dénué de responsabilité, c'est qu'il a en vue l'être intelligent et responsable qui agissait par cet instrument. Adam ne connaissant cet esprit mauvais que sous la forme visible du serpent, Dieu ne pouvait lui parler de cet être qu'en adaptant autant que possible ses expressions à son instrument actuel.

      Par ce langage de nature p√©dagogique, Dieu faisait entrevoir √† l'homme la lutte s√©rieuse contre le mal, √† laquelle il √©tait d√©sormais appel√©, sans pourtant lui r√©v√©ler encore l'existence du r√®gne des t√©n√®bres dont la connaissance e√Ľt √©cras√© sa faiblesse. Il devait donc lui pr√©senter la v√©rit√© comme √† travers un voile. C'est pourquoi la mal√©diction suivante peut, par certains traits, s'appliquer au serpent, mais en r√©alit√© elle s'adresse toute enti√®re √† l'invisible ennemi de l'homme¬†; c'est ce qui ressort surtout du verset 15.

      La sentence suivante a-t-elle op√©r√© un changement dans la constitution physique du serpent¬†? On pourrait demander dans ce cas comment un √™tre qui, par sa nature, ne peut √™tre responsable, a pu encourir une telle punition. La r√©ponse ne serait pas difficile : Dieu ordonne dans la loi de d√©truire un animal qui a bless√© mortellement un homme (Gen√®se 9.5¬†; Exode 21.28-29), √©videmment dans le but de donner aux Isra√©lites le sentiment profond du prix de la vie humaine¬†; pour les d√©go√Ľter des vices qui souillaient les Canan√©ens, Dieu leur ordonne de d√©truire avec ces peuples tout leur b√©tail¬†; J√©sus maudit le figuier st√©rile pour faire voir combien sont odieuses aux yeux de Dieu les apparences de la vie d√©pourvues de la vie elle-m√™me. Un ancien docteur a r√©pondu √† la question pos√©e plus haut en disant : Un p√®re ne brise-t-il pas avec horreur le poignard qui a servi √† tuer son fils¬†?

      Mais il n'est pas indispensable de donner ce sens aux paroles qui vont suivre. Dieu peut employer ici certains traits particuli√®rement repoussants, emprunt√©s au genre de vie du serpent, pour en faire l'embl√®me de la chute profonde et de la d√©gradation croissante √† laquelle est d√©sormais condamn√© l'√™tre invisible auquel s'appliquent en r√©alit√© ces paroles. Si l'on voulait insister sur un changement physique qui se serait op√©r√© dans le serpent lui-m√™me, il ne resterait qu'√† rappeler ce fait, qu'il existe des serpents pr√©sentant les rudiments d'organes de locomotion aujourd'hui atrophi√©s. Mais il nous para√ģt bien peu s√Ľr de donner une telle port√©e √† la mal√©diction divine.

      14Parce que tu as fait.... Cette parole s'adresse à la fois à l'auteur et à l'agent, mais en réalité au premier.

      Maudit d'entre toutes les b√™tes. L'expression h√©bra√Įque ne signifie pas: maudit par elles ou avec elles¬†; le sens est : Entre elles toutes tu es le maudit.

      D'autres animaux malfaisants font peur à l'homme, le serpent lui cause le frisson : avec son regard fixe, sa langue vibrante, ses dents venimeuses, son sifflement sinistre, son allure rampante, ses mouvements imprévus, le serpent est et reste pour l'homme comme la manifestation d'un principe malfaisant et redoutable. L'être libre et intelligent dans lequel se personnifie le principe du mal est de même, entre tous les êtres qui forment l'univers intelligent, le vrai maudit.

      Tu marcheras sur ton ventre, tu mangeras la poussière. Cette conformation et ce genre de vie du serpent deviennent dès ce moment pour l'homme le symbole de la bassesse du tentateur. Manger la poussière est considéré comme un signe d'abjection (Michée 7.17 ; Psaumes 72.9).

      15

      Je mettrai inimitié. Ici la sentence passe du genre de vie du tentateur à sa relation future avec l'homme. L'homme s'était associé avec lui pour faire la guerre à Dieu ; maintenant Dieu ne les sépare pas seulement, il les oppose l'un à l'autre et allume entre eux une guerre à outrance. C'est bien ici qu'on est forcé de s'élever du serpent envisagé comme animal à celui que le Nouveau Testament appelle le dragon ancien, le diable.

      Pour le serpent, ce qui a été dit au verset 14 aurait pleinement suffi ; la lutte que l'homme peut avoir à soutenir dans certains cas avec un serpent est un fait trop peu important dans l'histoire de l'humanité pour qu'il mérite une mention aussi expresse et développée, et puis la lutte de l'homme avec les serpents n'a rien qui diffère essentiellement de celle qu'il soutient avec tous les animaux féroces ; il s'agit nécessairement ici de quelque chose de plus grave.

      Il est à remarquer que c'est de Dieu que provient cette hostilité (je mettrai), car c'est de lui que part chez l'homme toute réaction contre le mal.

      Entre toi et la femme. La femme s'√©tait la premi√®re coalis√©e avec le serpent¬†; c'est d'elle que sortira la post√©rit√© qui aura la t√Ęche de lutter contre lui. S'il s'agissait de la chasse que les hommes font aux serpents, pourquoi serait-elle attribu√©e plus sp√©cialement √† la femme¬†?

      Entre ta post√©rit√© et sa post√©rit√©. Ces mots ne peuvent signifier uniquement : entre les hommes, descendants de la femme, et les serpents envisag√©s comme descendants de celui qui joue un r√īle dans cette histoire. Cette relation hostile n'est qu'un embl√®me de la guerre spirituelle qu'annonce cette proph√©tie.

      Par la post√©rit√© du serpent, on pourrait entendre les anges de t√©n√®bres, agents de Satan. Mais il est plus simple d'appliquer ce terme √† ceux d'entre les membres de l'humanit√© elle-m√™me qui, dans la lutte contre le mal, refuseront de se mettre du c√īt√© de Dieu et persisteront √† demeurer au service de l'esprit de r√©volte dont le serpent est l'embl√®me. Comparez Jean 8.44.

      La postérité d'Eve désigne par conséquent l'élite de l'humanité qui, comme elle, s'unira à Dieu pour vaincre le mal. Ces deux postérités sont désormais les deux grands courants qui traverseront toute l'histoire de l'humanité.

      Après avoir institué la lutte, Dieu en annonce à mots couverts le mode et l'issue. Les images sont empruntées au genre de lutte ordinaire entre l'homme et le serpent ; le premier cherche à écraser la tête du second ; celui-ci se glisse furtivement par derrière pour blesser l'homme au talon.

      Nous ne devons pas nous repr√©senter ces deux actes comme n'ayant lieu qu'une fois, et dans l'ordre o√Ļ ils sont indiqu√©s ici. Comment, ayant la t√™te √©cras√©e, le serpent pourrait-il encore blesser l'homme au talon¬†? C'est ici la description d'une lutte constante et toujours renouvel√©e. L'homme, associ√© √† Dieu, attaque l'ennemi en face, cherchant ouvertement √† vaincre le mal auquel il a d√©clar√© une guerre √† mort¬†; tandis que Satan se glisse par derri√®re, cherchant furtivement √† s√©duire l'homme et √† le faire p√©rir. Comparez Gen√®se 49.17

      Cette postérité te meurtrira à la tête. Plusieurs interprètes ont traduit le verbe hébreu par aspirer à, viser à. Le sens le plus probable, et qui se justifie par d'autres langues sémitiques, est broyer, écraser. Comme le même verbe se retrouve dans la proposition suivante pour désigner la blessure faite par le serpent, il nous a paru que c'est le mot meurtrir qui rend le mieux l'idée.

      Il faut bien remarquer que Dieu ne dit pas, comme on s'y attendrait d'après ce qui précède: Cette postérité meurtrira la tête de ta postérité ; c'est le serpent lui-même qui doit avoir la tête meurtrie ; et de même dans la seconde proposition il ne dit. pas : Ta postérité la meurtrira au talon, mais toi, le serpent, tu la meurtriras au talon. C'est là surtout ce qui prouve qu'il ne peut être question ici que de l'ennemi invisible et permanent de l'humanité.

      En ne consid√©rant que la teneur des expressions, on pourrait croire que Dieu pr√©dit ici une guerre sans issue¬†; mais comme ces paroles font partie de la mal√©diction prononc√©e sur le serpent, elles doivent n√©cessairement renfermer l'id√©e de sa d√©faite. Et c'est ce qui ressort aussi, si l'on y r√©fl√©chit bien, des deux images employ√©es¬†; car le coup port√© √† la t√™te implique la mort certaine dans tous les cas, tandis que la piq√Ľre venimeuse faite au talon met la vie en danger, mais n'a pas toujours la mort pour effet.

      Il nous para√ģt impossible de rapporter directement et uniquement cette parole √† J√©sus-Christ et √† son Ňďuvre¬†; elle concerne toute la portion de l'humanit√© qui lutte avec Satan, souvent bless√©e et vaincue, mais finalement triomphante. Toutefois cette humanit√© fid√®le elle-m√™me n'atteindra ce but glorieux et n'accomplira la t√Ęche qui lui est ici d√©partie que par celui qui m√©rite seul, dans le sens absolu du mot, le nom de post√©rit√© de la femme. La mort de Christ est le moyen par lequel Dieu a accompli d√©finitivement cette promesse faite au moment de la chute. Le mode d'attaque perfide du serpent se retrouve dans les manŇďuvres astucieuses et dans la noire trahison qui ont conduit J√©sus √† la croix¬†; mais c'est pr√©cis√©ment par cette mort sanglante qu'a √©t√© bris√©e pour toujours la puissance du prince de ce monde (Jean 12.31¬†; Colossiens 2.15¬†; 1Jean 3.8).

      Toutes les victoires des fidèles dans l'ancienne alliance ont été des préludes de celle-ci, et toutes celles des fidèles dans la nouvelle alliance n'en sont que le développement. Pour l'application de cette parole aux victoires partielles des fidèles, voir Romains 16.20, et pour son accomplissement final, Apocalypse 20.10.

      L'histoire biblique se distingue de toutes les autres en ce qu'elle rattache immédiatement à la première chute la première promesse, afin de ne pas laisser un seul instant l'homme déchu sans secours et de lui apprendre, non pas à reporter sans cesse des regards inutiles vers un passé perdu, mais à regarder en avant et à croire à l'accomplissement d'un salut futur. C'est de cette parole que s'est alimentée l'espérance des peuples jusqu'à la venue de celui qui devait enfin la réaliser parfaitement.

      Dans la plupart des mythologies anciennes, le serpent est consid√©r√© comme un √™tre myst√©rieux et surnaturel, tant√īt redout√© comme incarnation d'un esprit mauvais et hostile √† l'homme, tant√īt ador√© comme un √™tre bienfaisant capable de pr√©dire l'avenir et de gu√©rir les maladies. Il n'est pas impossible que ces conceptions diverses ne proviennent d'un souvenir confus qu'avait laiss√© le fait de la chute dans la m√©moire des peuples qui de plus en plus s'√©loignaient de Dieu et de la v√©rit√©.

      16

      Sentence de la femme.

      Dieu d√©nonce √† Eve deux ch√Ętiments particuliers, outre la punition g√©n√©rale qui lui est, jusqu'√† un certain point, commune avec Adam, et qui sera indiqu√©e dans les versets suivants¬†; ces deux ch√Ętiments correspondent √† deux traits saillants de la faute commise : Eve a voulu jouir, elle souffrira¬†; elle a voulu dominer sur son mari, elle lui sera assujettie.

      Ton travail et ta grossesse. Le premier de ces termes se rapporte √† tout le fardeau de la vie domestique, dont la femme, quoique plus faible, a la plus grande part. La maternit√© √©tait sans doute sa vocation (1.28)¬†; mais cette t√Ęche, qui aurait √©t√© et qui est encore sa supr√™me joie, deviendra d√©sormais sa supr√™me souffrance et son supr√™me p√©ril.

      Ton désir se portera vers ton mari. Déjà auparavant la position de la femme était celle de la dépendance (voir 2.21, note) ; mais il y a plus ici qu'une dépendance de position ; c'est comme un instinct de nature qui porte la femme, malgré tous les mauvais traitements et toutes les duretés dont elle peut être l'objet, à un attachement envers son mari que rien ne peut lasser. Le résultat de la relation ainsi modifiée est exprimé par ces mots : Et il dominera sur toi.

      17

      17-19. Sentence d'Adam.

      C'est la première fois que le nom d'Adam est employé sans article et comme nom propre du premier homme ; cela vient sans doute de ce qu'il est pris ici à partie personnellement et en le distinguant d'avec la femme.

      Les mots : parce que tu as écouté la voix de ta femme, rappellent l'excuse articulée par Adam (verset 12) et la déclarent non recevable.

      L'arbre dont je t'avais dit. Cette circonstance n'avait pas été rappelée dans la sentence précédente ; elle l'est ici parce que c'est Adam qui a entendu la défense de Dieu.

      Deux punitions sont infligées à Adam, et par là même indirectement aussi à la femme : le labeur du travail manuel et la mort. Comme dans la sentence précédente, elles correspondent exactement à la faute : Tu as péché en mangeant ce que tu ne devais pas, tu seras puni en étant obligé de te procurer péniblement tes aliments ; tu as désobéi pour devenir comme Dieu, tu deviendras poussière.

      Le sol est maudit √† cause de toi. Dieu ne maudit pas l'homme lui-m√™me, mais seulement le sol qui le nourrit. Nous ne savons ce que serait devenue la terre si l'homme n'avait pas p√©ch√©¬†; elle se f√Ļt sans doute transform√©e par les soins de celui-ci et par la b√©n√©diction du ciel en un vaste et riche paradis. Au lieu de cela, ses productions naturelles sont plut√īt un inconv√©nient qu'un avantage pour l'homme (√©pines et chardons)¬†; et quand, priv√© des fruits du jardin, il aura besoin de nourriture, il devra la tirer lui-m√™me du sol en l'arrosant et le labourant p√©niblement, et en d√©fendant ses champs contre les ronces et les √©pines.

      18

      Tu mangeras les plantes des champs. Il s'agit des légumes et des céréales, pour la production desquels un travail servile sera nécessaire, une fois que la malédiction a été prononcée sur le sol. Comparez Romains 8.19-22.

      On a vu dans ce verset une contradiction avec 1.29, passage d'apr√®s lequel l'homme devait naturellement se nourrir de l√©gumes et de c√©r√©ales aussi bien que de fruits, tandis qu'ici l'usage de ces aliments est pr√©sent√© comme une punition en remplacement des fruits. Mais la mal√©diction divine renferm√©e dans notre verset, en privant l'homme des arbres du paradis, le r√©duit pour un temps √† se nourrir exclusivement de l√©gumes et de c√©r√©ales (Comparez 2.5)¬†; ce qui est pour lui un ch√Ętiment.

      A la sueur de ton visage. L'obligation du travail n'était pas nouvelle pour l'homme (2.15) ; ce qui est nouveau, c'est son caractère fatigant.

      Cette aggravation correspond à celle des souffrances de la maternité chez la femme. C'est d'ici que saint Paul a tiré la conséquence formulée 2Thessaloniciens 3.10

      Jusqu'à ce que tu retournes... Ces mots sont la transition de la première à la seconde punition, la mort.

      Parce que c'est d'elle que tu as été tiré. La mort est motivée ici par le principe de dissolution inhérent à un corps tiré de la poussière. Elle n'en est pas moins une punition, car l'homme aurait pu être élevé au-dessus de cette loi naturelle par une transformation qu'aurait subie son corps et qui l'aurait fait entrer, sans avoir connu le déchirement de la mort, dans la sphère de l'incorruptibilité  ; c'est ainsi que les croyants qui vivront au retour de Christ seront transmués, sans avoir passé par la dissolution (1Corinthiens 15.50) et suivants. Au lieu de cela, Dieu le livre à la loi naturelle de la dissolution : il s'est soustrait à la volonté de Dieu par la désobéissance, et par là séparé de lui: il ne lui reste plus qu'à subir la conséquence de la misère inhérente à sa nature.

      Le terme de mort ne s'applique ici qu'au corps, en tant que tir√© de la poussi√®re, non √† l'√Ęme, souffle de Dieu. Ce serait donc exag√©rer la port√©e de la sentence que d'y voir la condamnation de l'√Ęme √† la mort √©ternelle c'est encore ici la mis√©ricorde qui ch√Ętie¬†; ses ch√Ętiments sont destin√©s √† se transformer en gr√Ęces. Si la devise de l'homme innocent √©tait : de vie en vie, la loi qui r√©git d√©sormais l'homme coupable et la nature qui l'environne, peut se formuler ainsi : par la mort √† la vie. Le second Adam lui-m√™me a accept√© cette loi (Jean 12.21).

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      20-24. Les suites immédiates du jugement.

      Elles sont au nombre de trois : le nom prophétique donné par Adam à sa femme, les vêtements dont Dieu les couvre tous deux, et l'expulsion du paradis.

      Eve. Adam avait donné des noms aux animaux qui avaient passé devant lui, (2.20) ; il avait également donné un nom à la femme, d'une manière générale, comme compagne de l'homme (2.23). Le nom qu'il lui donne maintenant la désigne plus spécialement comme sa femme ; il exprime, de même que dans les cas précédents, l'impression que produit sur lui l'être qu'il désigne de la sorte.

      Le nom d'Eve (Havva) signifie proprement vie, et ce nom résulte certainement de ce que Dieu venait de déclarer à la femme qu'elle enfanterait des fils (verset 16) et qu'ainsi, malgré la puissance de la mort, elle conserverait l'existence de la race humaine. Adam comprend que, si lui et sa femme meurent, ils légueront cependant la vie au monde.

      Si la foi consiste à s'approprier les promesses de Dieu, on peut bien dire que ce nom donné par Adam est le premier acte de foi de l'homme déchu et signale sa première victoire sur la sentence de mort qui vient de frapper l'humanité.

      Parce qu'elle a été.... Explication du nom d'Eve donnée par l'auteur lui-même.

      21

      Les vêtements de feuilles de figuier sont remplacés maintenant par des vêtements plus durables. C'est là sans doute une marque de la sollicitude divine envers ces êtres coupables, Dieu a soin d'eux comme un père qui pourvoit aux besoins de ses enfants. Mais la manifestation de cette bonté porte la trace de la chute qui vient d'avoir lieu ; car c'est le péché qui rend maintenant le vêtement nécessaire pour atténuer la domination que le corps a prise sur l'esprit.

      22

      Comme l'un de nous. Il est naturel d'expliquer cette expression d'après les termes semblables 1.26. Mais il ne serait pas impossible de l'étendre ici à toutes les intelligences célestes.

      Quoique par un autre chemin que celui qu'avait tracé l'Eternel, !'homme était réellement arrivé à cette connaissance qui constitue la personne morale et à laquelle Dieu avait en tous cas décidé de l'élever.

      Et qu'il prenne aussi de l'arbre de vie. La transformation du corps terrestre en corps spirituel aurait suivi cette connaissance, s'il l'e√Ľt acquise l√©gitimement¬†; mais l'immortalit√© du corps √† la suite de la chute ne serait plus r√©ellement un privil√®ge¬†; ce serait le plus dur des ch√Ętiments¬†; le paradis serait chang√© en enfer.

      L'arbre de vie. D'après le sens simple du récit, la transformation du corps terrestre de l'homme en corps immortel aurait été opérée par la vertu vivifiante attachée aux fruits de cet arbre. S'il y a un détail, dans le récit de la chute, qui invite à l'interprétation allégorique, c'est assurément celui-ci.

      On est ais√©ment conduit √† supposer que ce fruit, avec l'arbre qui le produit, n'est autre chose que le symbole de la puissance de l'Esprit divin capable de transformer le corps humain en corps spirituel, Il n'y aurait rien d'√©tonnant √† ce que, dans la tradition isra√©lite qui nous a conserv√© le r√©cit de la chute, une repr√©sentation all√©gorique de ce genre e√Ľt pris place pour exprimer cette id√©e sublime.

      Si l'on refuse à admettre un élément symbolique dans ce récit (voir la conclusion), il faut supposer que Dieu avait réellement attaché aux fruits de cet arbre la vertu de raviver incessamment le corps, et même de le transformer, comme il a attaché à tant de plantes des vertus fortifiantes et curatives. On a comparé dans ce sens les fruits de l'arbre de vie aux sacrements de l'Eglise chrétienne.

      On peut se demander pourquoi jusqu'ici l'homme n'avait pas touch√© √† ce fruit, dont Dieu ne lui avait pas interdit l'usage¬†; car l'arbre de vie n'√©tait pas √©loign√© de l'arbre de la connaissance (2.9¬†; 3.3). On pourrait r√©pondre qu'il n'avait pas encore m√Ľri¬†; mais ne vaut-il pas mieux s'abstenir de pareilles subtilit√©s¬†?

      23

      L'Eternel Dieu le fit sortir. Dès lors seulement il y eut un homme sur la terre pour la cultiver dans le sens de 2.5. En dehors du paradis le sol devait être labouré et arrosé pour devenir fertile.

      D'o√Ļ il avait √©t√© pris. Le s√©jour dans le paradis √©tait une gr√Ęce¬†; Adam est ramen√© maintenant √† la condition qui r√©sultait naturellement de son origine : tir√© de terre, il doit labourer la terre.

      24

      Il chassa l'homme. Ce terme ne peut être une simple répétition du précédent (Dieu le fit sortir) ; c'est un acte nouveau par lequel Dieu, après avoir conduit Adam et Eve hors du jardin, les en éloigne en les chassant vers l'orient.

      Et il plaça à l'orient : entre eux et le jardin.

      Les ch√©rubins et la flamme de l'√©p√©e tournoyante. Sur les ch√©rubins, voir Ez√©chiel 1.5, note. L'article les devant le mot ch√©rubins prouve qu'il s'agit aux yeux de l'auteur d'√™tres bien connus de ses lecteurs. Dans ce passage-ci, ils ne sauraient √™tre envisag√©s simplement comme une repr√©sentation symbolique des forces divines qui vivifient la nature. Ils apparaissent comme des √™tres r√©els, instruments de la justice et de la gr√Ęce divines, mais agissant par le moyen des forces de la nature.

      Il se passe quelque chose de semblable √† ce qui eut lieu sur le Sina√Į dans l'acte de la promulgation de la loi. Quand les √©crivains du Nouveau Testament nous disent que la loi a √©t√© donn√©e √† Isra√ęl par les anges, ils font √©videmment allusion √† ce qui est racont√© Exode 19.16, que le troisi√®me jour au matin il y eut des tonnerres, des √©clairs et une grosse nu√©e sur la montagne, avec un son de trompette dont tout le peuple √©tait √©pouvant√©.

      On peut comparer également ce qui se passa, lorsque, sur l'ordre des deux anges qui visitèrent Lot à Sodome, le feu du ciel tomba sur les villes coupables et changea en une fournaise, puis en une mer salée cette plaine de Siddim qui, auparavant, était comme un paradis.

      Les expressions de notre verset décrivent sans doute une intervention céleste analogue ; peut-être se manifesta-t-elle sous la forme d'un orage dont les éclairs sillonnaient le ciel en tous sens, et qui fit sur nos premiers parents un effet d'autant plus terrible que c'était la première fois qu'ils étaient témoins d'un tel phénomène.

      Dans le Psaumes 18.8 et suivants, o√Ļ l'intervention de l'Eternel qui vient d√©truire les ennemis de David est repr√©sent√©e aussi sous l'image d'un orage, l'Eternel appara√ģt mont√© sur un ch√©rubin, lan√ßant les √©clairs comme ses fl√®ches et r√©pandant par torrents la gr√™le et le feu.

      Comparez aussi Psaumes 104.4 : Il fait des vents ses anges et des flammes de feu ses ministres.

      Le paradis terrestre, comme tel, disparut dans cette catastrophe¬†; car s'il e√Ľt exist√©, comment f√Ľt-il rest√© enti√®rement cach√© aux hommes durant les si√®cles suivants jusqu'au d√©luge¬†? Ainsi l'acc√®s √† l'arbre de vie demeure ferm√© √† l'homme jusqu'au moment o√Ļ retentira la trompette de l'archange, o√Ļ les vivants seront transmu√©s et o√Ļ les morts ressusciteront glorifi√©s. (1Corinthiens 15.51-52¬†; 1Thessaloniciens 4.16-17)

      Conclusion

      Nous avons constat√© que l'homme avait √©t√© cr√©√© dans un √©tat d'innocence qui, sans √™tre la saintet√©, √©tait pourtant exempt de tout germe de p√©ch√©¬†; il ne saurait en √™tre autrement s'il est r√©ellement une cr√©ature de Dieu. Il suit de l√† que l'√©tat actuel de l'humanit√© et la disposition au mal dont elle est atteinte jusque dans ses meilleurs repr√©sentants ne peut √™tre que le r√©sultat d'un changement qui s'est op√©r√© chez elle. C'est ce que confirme le fait de la mort qui, avec ses angoisses morales et physiques, ne peut √™tre l'issue normale que Dieu avait destin√©e √† sa cr√©ature privil√©gi√©e. Ce d√©pouillement supr√™me fait reconna√ģtre dans le souverain de la cr√©ation un monarque d√©tr√īn√©.

      Or il en est de la chute comme de l'√©tat primitif d'innocence¬†; si elle est r√©ellement un fait historique, elle doit avoir eu lieu dans un moment et dans un endroit d√©termin√©s, sous l'empire de quelque tentation et sous une forme ext√©rieure quelconque. Une punition aussi s√©v√®re que celle de la mort suppose une d√©sob√©issance volontaire √† un ordre positif du Cr√©ateur¬†; c'est √† cette condition seulement qu'il peut y avoir peine capitale¬†; Comparez Romains 4.15. Et comme chez les enfants on remarque ordinairement que la premi√®re √©preuve √† laquelle ils succombent, a pour occasion un aliment, un fruit, une friandise, il est tout naturel de penser que, dans l'√©tat de simplicit√© enfantine o√Ļ se trouvaient nos premiers parents, ce soit √† une √©preuve de ce genre qu'ils aient √©t√© soumis.

      Nous ne trouvons donc dans le fond m√™me de ce r√©cit rien qui ne puisse avoir r√©ellement eu lieu conform√©ment √† la tradition qui nous a √©t√© conserv√©e. On pourrait sans doute en excepter certains √©l√©ments dont il est ais√© de reconna√ģtre la nature symbolique, c'est-√†-dire qui servent √† r√©v√©ler sous une forme ext√©rieure des faits ou des v√©rit√©s d'un ordre sup√©rieur : par exemple le serpent, embl√®me de Satan¬†; son genre de vie repoussant et ignoble, embl√®me du caract√®re de l'esprit d√©chu¬†; l'arbre de vie, embl√®me de cette v√©rit√©, que le corps terrestre de l'homme ne peut arriver √† l'immortalit√© que par la communication d'une vie sup√©rieure¬†; l'√©p√©e de feu, repr√©sentant aux yeux de l'homme le feu consumant de la col√®re divine. Mais il reste √† savoir si l'origine de tous ces symboles peut √™tre attribu√©e √† l'intelligence humaine √† une √©poque o√Ļ l'homme n'√©tait point encore en possession de plusieurs de ces v√©rit√©s sup√©rieures.

      Nous sommes donc disposés à penser que s'il y a ici des symboles, ils ont Dieu lui-même pour auteur, en ce sens qu'il a lui-même enveloppé sous une forme extérieure et très réelle les faits et les idées qui, dans cette épreuve de nature essentiellement morale, devaient être entrevus par l'homme, mais ne pouvaient encore être parfaitement compris par lui. Le paradis tout entier n'est-il pas un lieu divinement créé pour représenter sous une forme visible le bonheur de la communion avec Dieu, dont l'homme ne pouvait recevoir l'intuition que par ce moyen? C'est l'histoire elle-même qui revêt ici, dans un but pédagogique, le caractère symbolique.

      Les faits racont√©s dans ces deux chapitres trouvent presque tous des analogies dans les souvenirs retrac√©s par les mythologies des peuples anciens. Nous avons d√©j√† indiqu√© ce qui se rapporte au monoth√©isme primitif, √† l'arbre de vie et au serpent. Mentionnons encore l'id√©e d'un √©tat primitif de l'humanit√© plus heureux que l'√©tat actuel. Chez tous les peuples historiques de l'antiquit√©, la po√©sie s'est plu √† retracer les souvenirs d'un √Ęge d'or perdu o√Ļ la terre produisait tout d'elle-m√™me, o√Ļ les animaux √©taient inoffensifs, o√Ļ les hommes √©taient vigoureux et ne mouraient que dans une vieillesse avanc√©e, sans souffrances et sans infirmit√©s, apr√®s avoir v√©cu comme les dieux sans soucis, chagrin ni travail, o√Ļ l'on pratiquait la vertu sans effort et sans contrainte, o√Ļ les dieux habitaient sur la terre et s'entretenaient avec les hommes.

      L'existence de ces id√©es chez tous les peuples ne peut s'expliquer que par une tradition commune remontant aux premiers √Ęges de l'humanit√©. Or il n'est pas difficile de reconna√ģtre que notre r√©cit biblique reproduit cette tradition de la mani√®re la plus pure. Nous en avons la preuve dans l'absence compl√®te de pr√©occupations nationales que d√©note notre r√©cit. Tandis que les autres peuples racontent en g√©n√©ral dans leurs mythes leur propre origine, la tradition biblique raconte l'origine de l'humanit√© et s'abstient enti√®rement de confondre le peuple h√©breu avec le peuple primitif.

      Une seconde preuve du caractère vraiment historique de notre récit, c'est sa simplicité, sa sobriété, sa sainteté de fond et de forme, qui contrastent absolument avec les imaginations insensées dont les autres peuples ont surchargé le récit primitif. Après que les faits historiques racontés dans ces deux chapitres furent devenus l'objet d'une tradition, celle-ci se conserva pure dans la famille élue, de Seth à Noé et de Noé à Abraham, tandis que, sous l'influence du polythéisme, elle perdit ailleurs ces caractères de sainteté et de simplicité qui distinguent notre récit.

      Il serait inutile de chercher √† pr√©ciser le moment o√Ļ cette tradition a √©t√© fix√©e pour la premi√®re fois par l'√©criture. C'est dans tous les cas avant la composition de la Gen√®se, car ce livre suppose, selon toute probabilit√©, l'existence de documents plus anciens.

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