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Luc 16

    • 1 Deux paraboles sur l'usage des biens de ce monde.

      Chapitre 16.

      1 à 13 La parabole de l'économe infidèle.

      Ses disciples¬†: ce terme ne d√©signe point les ap√ītres seuls, ni exclusivement les adh√©rents dont J√©sus √©tait suivi dans ce voyage √† J√©rusalem, mais bien les divers auditeurs qui ont entendu les paraboles du chapitre pr√©c√©dent.

      C'est ce que prouve déjà cette tournure si familière à Marc et à Luc : or il disait aussi, qui indique toujours une idée nouvelle, un enseignement nouveau, venant s'ajouter, dans le même discours, à ce qui a précédé. Jésus est donc encore entouré de ses disciples ordinaires, des pharisiens dont il a confondu les murmures (verset 14 ; comparez Luc 15.2), et des péagers qui s'approchaient de lui pour l'entendre. (Luc 15.1)

      C'est √† tout cet auditoire que J√©sus adresse deux paraboles sur l'emploi des biens de la terre. Cet enseignement √©tait n√©cessaire, soit aux pharisiens, qui, √† l'orgueil, joignaient l'avarice¬†; (verset 14) soit aux p√©agers dont plusieurs poss√©daient des richesses acquises d'une mani√®re plus ou moins injuste¬†; il pr√©sentait √† tous l'esprit de la vie nouvelle, qui r√©sulte de la r√©conciliation avec Dieu, dans son opposition avec une des principales tendances du pharisa√Įsme¬†: (verset 14) l'amour de l'argent. Les versets 14-18, qui se trouvent entre les deux paraboles, ne sont qu'une sorte d'introduction √† la seconde. (verset 19 et suivants)

      - La parabole de l'√©conome infid√®le qui va nous occuper d'abord, est, sans contredit, la plus difficile que J√©sus ait prononc√©e. L'application qu'en fait le Sauveur (versets 9-13) pr√©sente elle-m√™me des pens√©es dont le sens n'est pas √©vident. Aussi, si l'on en excepte l'Apocalypse, est-il peu de parties de l'Ecriture sur lesquelles les commentateurs aient √©mis des interpr√©tations plus diverses. Nous nous bornerons √† indiquer celles qui peuvent avoir quelque valeur, et √† exposer ce qui nous para√ģt √™tre la pens√©e de la parabole.

      Dans le sens littéral, le récit qui s'ouvre par ces mots est simple et clair. (Voir l'analyse.) Mais il en est autrement, dès qu'on cherche sa signification religieuse et morale.

      Ainsi, tout d'abord, que repr√©sente cet homme riche¬†? Selon tel interpr√®te, il n'est l√† que comme personnage de la parabole et n'a pas d'√©quivalent dans la vie r√©elle (de Wette, Ebrard, Weiss)¬†; selon tel autre, ce serait l'empereur ou les Romains, pour le compte desquels les p√©agers administraient les imp√īts (Schleiermacher). Olshausen voit dans ce personnage le diable, Meyer en fait Mammon lui-m√™me, dont l'√©conome doit quitter le service pour se donner au service de Dieu. (verset 13)

      Ces exemples suffisent. A quelle hauteur on s'√©l√®ve imm√©diatement, quel sentiment de responsabilit√© na√ģt aussit√īt dans le cŇďur, et quelle lumi√®re se r√©pand sur toute la parabole, si l'on voit, dans ce grand propri√©taire, Dieu lui-m√™me, la source et le dispensateur de tous les biens, celui √† qui tout homme doit rendre compte¬†!

      - Il n'y a pas alors à se demander qui est l'économe (administrateur, intendant). C'est chacun de nous, qui doit se considérer devant Dieu, non comme le possesseur, mais comme l'administrateur de tous les biens qui lui sont confiés.

      J√©sus ne dit pas de quelle mani√®re l'√©conome de la parabole dissipait les biens de son ma√ģtre¬†; cela importe peu¬†; mais ce qui n'est pas douteux, c'est que tout homme qui s'approprie les biens qui lui sont pr√™t√©s, qui les fait servir √† son √©go√Įsme, √† son orgueil, √† ses plaisirs, en oubliant Celui qui est le vrai propri√©taire, dissipe ce qui lui a √©t√© confi√© dans un tout autre but.

      2 Il n'est pas dit par qui l'√©conome fut accus√© d'infid√©lit√©. Son ma√ģtre sait tout, il le fait venir, lui demande (grec) le compte de son administration, et lui annonce sa destitution.

      Comme, pour produire ce compte, il faut à l'économe un certain temps, il va en profiter sans perdre un instant, pour se tirer d'embarras.

      4 Ce monologue est admirable de précision et de finesse. L'économe ne se laisse pas troubler, il réfléchit, se parle à lui-même, pèse et rejette les moyens dont il ne veut pas ; puis, tout à coup, il s'écrie : Je sais (grec j'ai connu).

      Sa pensée est tombée sur certaines gens qu'il désigne seulement par ils, qui pourront lui être utiles, et que la suite du récit va mettre en scène. Ce qui lui donne tant de savoir faire et d'énergie, c'est qu'il a pris au sérieux la destitution annoncée : quand je serai démis, ils me recevront dans leurs maisons.

      5 Grec¬†: "il fit venir un chacun des d√©biteurs de son propre ma√ģtre."

      Ces termes signifient d'une part qu'il les fit venir tous l'un après l'autre, bien que la parabole n'en mentionne ensuite que deux comme exemples de sa manière de procéder avec eux.

      D'autre part, le mot¬†: son propre ma√ģtre, fait sentir comment cet administrateur, apr√®s avoir d√©j√† fraud√© son propri√©taire, sut encore se tirer d'embarras √† ses d√©pens.

      6 Il s'agit du bath hébreu, égal au métrète attique, et qui contenait environ 40 litres. La remise de cinquante baths (2000 litres) était donc considérable.

      - Cette huile avait √©t√© achet√©e √† diverses reprises par le d√©biteur, qui en faisait commerce, et qui laissait un billet entre les mains de l'√©conome. Celui-ci rend son billet au d√©biteur en l'invitant √† changer le chiffre ou plut√īt √† faire un nouveau billet. Tout cela se fait promptement (grec aussit√īt).

      7 Grec : cent cors de blé.

      Le cor, mesure pour les matières sèches, équivalait à 10 baths.

      L'√©conome diminue de vingt pour cent cette valeur, au profit du d√©biteur. La diff√©rence qu'il fait entre celui-ci et le premier, montre qu'il avait √©gard aux circonstances de fortune o√Ļ pouvaient se trouver ces hommes, qu'il connaissait parfaitement. Partout se montre la m√™me habilet√©. (verset 8)

      8 Le ma√ģtre de la parabole loue son administrateur (grec l'√©conome de l'injustice), avec ironie, de son habilet√©.

      Ces derni√®res paroles sont une r√©flexion de J√©sus qui nous montre comment il entend la louange qu'il met dans la bouche du ma√ģtre de l'√©conome On pouvait admirer le savoir-faire et l'audace de l'√©conome, tout en ha√Įssant l'injustice.

      Voil√† pourquoi le Sauveur peut proposer sa conduite √† l'imitation de ses disciples. Il leur recommandait de m√™me ailleurs d'√™tre "prudents comme des serpents," (Matthieu 10.16) il invoquait l'exemple, par contraste d'un ami √©go√Įste, (Luc 11.8) ou d'un juge inique. (Luc 18.1 et suivants) Dans tous ces cas, l'essentiel est de bien saisir le point de comparaison.

      - Jésus motive (car) son exhortation à la prudence par une considération que l'expérience de tous les temps confirme, hélas ! c'est que ses disciples sont bien loin de déployer en vue de leurs intérêts éternels la même prudence que les gens du monde dans leurs affaires terrestres.

      Il appelle par un h√©bra√Įsme bien connu, (Matthieu 8.12) fils de ce si√®cle, ou de l'√©conomie pr√©sente, ou de ce monde, ceux qui y sont n√©s et qui se conduisent selon l'esprit et les maximes qui y r√®gnent¬†; (Luc 20.34¬†; Eph√©siens 2.2) et fils de la lumi√®re, ceux qui ont √©t√© √©clair√©s, p√©n√©tr√©s, r√©g√©n√©r√©s par la v√©rit√© divine. (Jean 12.36¬†; Eph√©siens 5.8¬†; 1Thessaloniciens 5.5)

      - Les mots : dans leur manière d'agir envers leur propre génération, se rapportent aux fils de ce siècle et désignent leur conduite, non à l'égard de leurs contemporains en général, mais à l'égard de ceux avec lesquels ils sont en relations d'affaires et qui sont animés des mêmes sentiments qu'eux. Avec d'autres et dans une sphère supérieure, leur habileté ne saurait les servir. (1Corinthiens 2.14,15)

      9 Grec : le mammon de l'injustice. (Voir, sur ce mot, Matthieu 6.24, note.)

      C'est ici proprement l'application de toute la parabole dont Jésus a déjà indiqué le sens moral par la déclaration qui précède. Il faut donc l'interpréter à ce point de vue : le vrai emploi des richesses.

      Mais qu'est-ce que ces richesses injustes ? et quels sont les amis que nous devons nous faire par leur moyen ? La raison pour laquelle Jésus appelle injustes les biens de ce monde, a été expliquée de manières fort diverses.

      C'est, a-t-on dit, parce qu'il y a presque toujours, de près ou de loin, quelque injustice dans la manière dont ils ont été acquis, ou dans l'usage qu'on en fait.

      D'autres ont voulu donner au mot injuste le sens de biens faux, trompeurs. (Comparer "la tromperie, ou la séduction, des richesses" Matthieu 13.22)

      Ces interprétations sont étrangères au contexte. Le vrai sens du mot doit être demandé à la parabole elle-même. Or, le mammon de l'injustice correspond exactement à l'économe injuste. (verset 8)

      Comment donc cet √©conome a-t-il √©t√© injuste¬†? D'abord, en dissipant le bien de son ma√ģtre¬†; (verset 1) puis en en disposant pour son profit personnel. (versets 6,7)

      Voilà précisément comment la plupart des hommes rendent injustes les richesses que Dieu leur confie. Au lieu de se considérer comme des administrateurs qui lui en rendront compte, ils s'en constituent les vrais possesseurs et, oubliant leur responsabilité, ils accumulent ces biens dans leur avarice, en font étalage pour nourrir leur orgueil, ou bien les dissipent pour satisfaire passions.

      Quel est alors l'usage que le Seigneur leur conseille de faire de ces biens, devenus injustes dans leurs mains¬†? La parabole donne la r√©ponse. Le moment approche o√Ļ tout homme sera appel√© √† rendre compte de son administration¬†; (verset 2) il doit donc imiter l'√©conome, qui s'est empress√© de profiter d'un dernier sursis pour s'assurer des amis qui le recevront dans leurs maisons. Et moi je vous dis¬†: Faites-vous des amis.

      - Ici se pose notre seconde question : Quels sont ces amis ? On a répondu de manières fort diverses.

      L'un dit : l'ami suprême que nous devons nous assurer, c'est Dieu lui-même en employant à son service les biens qu'il nous confie.

      Un autre (Olshausen) : c'est le Seigneur Jésus, qui regarde comme fait à lui-même le bien que nous faisons au plus petit de ses frères. (Matthieu 25.40)

      Un troisième (Meyer) veut que ces amis soient les anges, que Jésus lui-même nous représente comme chargés d'introduire les justes dans le royaume de Dieu, (Luc 16.22 ; Matthieu 24.31 ; Marc 13.27) et qui s'intéressent avec amour à ceux qui le servent. (Luc 15.10 ; Matthieu 18.10)

      Mais l'interprétation la plus généralement admise consiste à entendre par ces amis, les hommes : ignorants à instruire, malheureux à soulager, pauvres à secourir. Il faut se les attacher par la bienfaisance, par une vraie charité chrétienne. Leur reconnaissance subsistera jusque dans le siècle à venir. (Voir la note suivante.)

      Le texte re√ßu porte¬†: lorsque vous manquerez, ou cesserez, c'est-√†dire quand vous mourrez. La variante de Sin., B, A, suppose que c'est "ce mammon de l'injustice" qui manquera, dispara√ģtra √† l'heure de la mort.

      Le sens des deux leçons est donc au fond le même, mais la dernière convient mieux à la parabole, puisque ce sont les biens qu'il administrait qui tout à coup manquent à l'économe.

      - C'est alors, dans ce jour solennel, que les amis que vous vous serez assurés vous recevront dans les tabernacles éternels.

      Ce mot de tabernacle ou tente est une allusion à la vie des patriarches qui, étrangers et voyageurs, plantaient leurs tentes pour un jour. Dans l'économie future elles seront éternelles ; ce seront les "demeures de la maison du Père," (Jean 14.2) "l'édifice qui n'a pas été fait de main d'homme, mais qui est l'ouvrage de Dieu." (2Corinthiens 5.1)

      - Comme ces amis sont des pauvres et des malheureux secourus, il ne faut pas entendre ce mot recevoir comme si c'étaient eux qui faisaient entrer dans le ciel leurs bienfaiteurs ; ils se bornent à les accueillir avec reconnaissance et avec amour. Dans certains cas aussi ces pauvres assistés peuvent devenir pour ceux qui leur viennent en aide les instruments de leur salut. C'est là certainement une douce et belle pensée, capable d'augmenter la joie du ciel elle-même.

      - Dira-t-on que ce trait de la parabole ainsi interpr√©t√©, parait peu conforme √† l'Evangile, que ce r√īle attribu√© aux pauvres pourrait, d'une part, favoriser l'id√©e de l'intercession des saints, et d'autre part, celle du m√©rite des Ňďuvres pour le salut¬†?

      A cela on peut répondre qu'une parabole n'est pas un cours de dogmatique, que ce dernier trait répond incidemment à celui du verset 4, et que, du reste, cette morale n'est pas en désaccord avec celle que Jésus enseigne ailleurs. (Matthieu 25.34-46)

      10 Cette sentence, expression proverbiale d'une v√©rit√© d'exp√©rience, sert d'introduction au verset suivant, o√Ļ nous voyons que les plus petites choses sont les biens de la terre, et que les grandes sont les biens spirituels de l'√Ęme.

      Celui qui ne rapporte pas à Dieu les premiers, qui ne les fait pas valoir pour sa gloire, ne saurait administrer fidèlement les derniers. (Comparer Matthieu 25.21)

      11 Grec : fidèle dans le mammon injuste. (verset 9, note.)

      Ce verset confirme et explique le pr√©c√©dent. Les richesses v√©ritables (grec le bien v√©ritable) sont mises en opposition avec les richesses injustes¬†; elles sont v√©ritables, parce que c'est le don du salut et de toutes les gr√Ęces divines qui le constitue, qu'elles r√©pondent ainsi parfaitement √† tous les besoins de l'√Ęme et sont imp√©rissables. (Voir la note suivante.)

      12 On voit que dans chacune de ces sentences (versets 10-12) qui sont encore l'application de la parabole, le Seigneur a en vue l'√©conome infid√®le, dont la position √† l'√©gard de son ma√ģtre est exactement la n√ītre √† l'√©gard de Dieu. C'est ce que rappellent ces termes¬†: ce qui est √† autrui.

      Les biens qui nous sont confiés, comme ceux qu'administrait l'économe, ne sont pas à nous, mais à Dieu. Si, comme lui, nous ne sommes pas fidèles dans l'usage que nous en faisons, Dieu pourrait-il nous donner ce qui est à nous ?

      Ce dernier mot correspond aux richesses v√©ritables, (verset 11) mais avec une nuance importante, exprim√©e par le contraste entre ce qui est √† autrui et ce qui est n√ītre.

      Les biens de la terre sont à Dieu, qui les confie à qui il veut, pour un temps, et ils restent toujours pour nous des biens extérieurs.

      Le salut, au contraire, la vie éternelle, est à nous, parce qu'elle est un héritage qui nous a été légitimement acquis, (Actes 20.32 ; Romains 8.17 ; Matthieu 25.34) et surtout parce qu'elle nous est assimilée de manière à devenir une partie intégrante de notre nature spirituelle et immortelle.

      Cette parole remarquable nous ouvre une perspective inattendue sur la dignit√© que J√©sus attribue √† l'√Ęme humaine, et aussi sur l'√©tat des enfants de Dieu dans le ciel, o√Ļ tout ce qu'ils poss√©deront sera parfaitement identique √† leur √™tre et leur sera appropri√© pour toujours par un progr√®s sans fin dans la connaissance et l'amour de Dieu.

      13 Voir, sur ce dernier verset, Matthieu 6.24, note.

      C'est chez Matthieu qu'il se trouve √† sa v√©ritable place. Il se peut toutefois que J√©sus ait r√©p√©t√© cette sentence, qui cl√īt tr√®s convenablement l'application de la parabole.

      C'est une derni√®re r√©flexion sur la position de l'√©conome, qui pr√©tendait pouvoir (grec) servir deux seigneurs, son ma√ģtre et Mammon ou l'argent.

      Or Jésus déclare que cela est moralement impossible, et qu'ainsi, quiconque veut servir Mammon, s'exclut du service de Dieu.

      14 14 à 18 Reproches aux pharisiens.

      Les pharisiens, parce qu'ils étaient amis de l'argent, étaient bien décidés à ne pas abandonner le service de Mammon ; (verset 13) mais comme Jésus vient de déclarer que ce service les exclut de celui de Dieu, leur orgueil s'en irrite, et ils se vengent en se moquant de lui. (Voir sur ce terme, Galates 6.7, note.)

      La pauvreté de Jésus et de ses adhérents était sans doute le sujet de leurs moqueries. Ce trait nous montre quel degré d'incrédulité et de frivolité pouvait s'allier au grave caractère qu'affectaient ces hommes.

      La vraie réponse à leurs sarcasmes impies sera la parabole du mauvais riche, (verset 19 et suivants) l'une des plus sévères que Jésus ait prononcées ; mais il veut d'abord démasquer l'orgueilleuse propre justice de ses adversaires, (verset 15) et les convaincre qu'ils vivaient dans une continuelle transgression de la loi. (versets 16-18)

      Les versets qui suivent ne sont que des fragments de discours, que Luc a placés ici comme transition de la première à la seconde parabole.

      15 C'√©tait d√©j√† pour se justifier, ou para√ģtre justes, devant les hommes, que les pharisiens se raillaient de l'enseignement de J√©sus sur l'emploi des richesses, et toute leur vie avait cette m√™me tendance. (Matthieu 23.28)

      Mais aux yeux de Dieu qui conna√ģt les cŇďurs, et qui ne voyait sous leurs faux airs de vertu et de moralit√© que des vices recouverts par l'hypocrisie, leur pr√©tendue √©l√©vation √©tait une abomination.

      Il ne faut pas entendre cette sentence dans un sens absolu ni l'appliquer à toute élévation quelconque. Avec de la sincérité et de l'humilité, ce qui est grand aux yeux des hommes peut l'être aussi devant Dieu.

      17 Sur quoi se fondait Jésus pour prononcer un jugement si sévère contre les pharisiens ?

      Sur la loi et les prophètes, dont ils prétendaient être les zélés observateurs et défenseurs, tandis qu'ils accusaient Jésus de les rabaisser en annonçant (gr, évangélisant) le royaume de Dieu.

      Mais non ; la prédication de l'Evangile, l'ouverture d'une ère nouvelle, et le zèle violent avec lequel chacun se précipite dans ce royaume (d'autres traduisent, en prenant le verbe au passif : "chacun est vivement pressé d'y entrer," mais comparez Matthieu 11.12, note) ne diminuent en rien les saintes exigences de la loi, dont il n'est pas possible qu'un seul trait de lettre soit aboli. (Matthieu 5.18, note.)

      Cette loi dont vous vous glorifiez sera donc votre juge.

      18 Voir, sur le sens de cette déclaration, Matthieu 5.32 ; 19.9 ; Marc 10.11, notes.

      Quant à la place que Luc lui assigne, la plupart des interprètes renoncent à trouver une connexion quelconque entre cette parole et ce qui précède.

      Parmi ceux qui veulent en trouver une, les uns pensent que Jésus rappelle la prescription légale concernant le divorce et l'adultère, comme un exemple de la validité permanente de la loi, et pour montrer que dans la nouvelle économie la loi sera même plus sévèrement appliquée que dans l'ancienne.

      Les autres (Olshausen, Hofmann, Weiss) voient dans cette parole une all√©gorie semblable √† celle de Romains 7.1-3¬†: celui qui r√©pudie sa femme, c'est celui qui, s'autorisant du nouvel ordre de choses, rejette compl√®tement la loi¬†; celui qui √©pouse une femme r√©pudi√©e, c'est celui qui m√©connaissant la nouvelle, s'attache obstin√©ment √† l'ancienne √©conomie. Ce dernier m√©conna√ģt la sentence du verset 16, et le premier celle du verset 17.

      La première explication est plus admissible ; mais il est évident que la vraie place de cette déclaration est dans le discours sur la montagne.

      19 19 à 31 La parabole du riche et de Lazare.

      Un homme riche ; ce mot est assez fréquemment employé en un sens défavorable dans l'Ecriture. L'histoire de celui-ci va justifier d'une manière saisissante les sérieux avertissements que Jésus vient de donner aux pharisiens avares qui se moquaient de lui, (versets 14-18) et compléter l'application de la parabole précédente. (versets 9-13)

      - La pourpre dont se revêtait somptueusement ce riche, était la robe de dessus, le manteau, tandis que le fin lin, étoffe précieuse qui se fabriquait en Egypte, composait la tunique. Un seul trait peint sa manière de vivre : grec il faisait joyeuse chère chaque jour magnifiquement.

      Vivre dans le luxe, se livrer aux jouissances des sens, tout en restant √©go√Įstement indiff√©rent aux besoins et aux maux du pauvre, (verset 21) telle √©tait la conduite de ce riche. Il n'est pas mis d'autre p√©ch√© √† sa charge, il n'est pas dit qu'il men√Ęt une vie immorale. Sa fin est un avertissement d'autant plus universel et d'autant plus terrible pour les √©go√Įstes honorables gui se trouvent par milliers dans la soci√©t√© de tous les temps. (Matthieu 25.41-45)

      20 Lazare est l'abréviation d'Eleazare, qui signifie Dieu est le secours.

      Si le Sauveur donne un nom à ce pauvre tandis qu'il n'a point nommé le riche, c'est sans doute avec intention ; il voulait indiquer par là que ce Lazare cherchait et trouvait son secours en Dieu et qu'au sein de sa misère il était un pieux Israélite.

      - C'est la seule fois que Jésus donne un nom à un personnage de parabole. Des Pères de l'Eglise et Calvin en ont conclu qu'il racontait une histoire véritable. Cela n'est pas impossible, mais c'est peu probable. En tout cas, il ne parle pas du frère de Marthe et de Marie, qui possédait une demeure. (Luc 10.38)

      21 A l'indigence se joignaient, chez ce malheureux, la maladie, la souffrance.

      - La porte du riche désigne, selon le terme original, la porte d'entrée, le portail, qui, dans les grandes maisons, conduisait à la cour intérieure. On y avait jeté le pauvre ; cette expression trahit l'insouciance des gens qui, après l'avoir déposé là, l'abandonnaient ainsi dans sa misère.

      L'ambition du pauvre était bien modeste ; elle se bornait aux miettes qui tombaient de la table somptueuse du riche. Les lui donnait-on ? C'est ce que le texte ne dit pas, mais la phrase qui suit fait supposer le contraire ; non seulement on ne les lui donnait pas, mais même les chiens, etc.

      Ce dernier trait achève de peindre la misérable situation de cet homme. Il indique que ses plaies n'étaient pas même bandées, et que ces animaux immondes (dans les idées de l'Orient), en venant les lécher, ajoutaient à ses douleurs.

      Tel est bien le sens du contexte, et c'est par pure imagination qu'on a voulu attribuer à ces chiens plus d'humanité que n'en montraient les hommes.

      - Une variante de Sin. et B, admise par Tischendorf et d'autres critiques, supprime les miettes ; on suppose que ces mots ont été empruntés à Matthieu 15.27, et que le texte original portait : désirant de se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais les témoignages en faveur de leur authenticité sont nombreux et importants.

      22 Dans le sein d Abraham ; le sens de l'expression dans le sein, est le même que dans Jean 13.23.

      Le Sauveur représente ici, comme souvent ailleurs, (Matthieu 8.11 ; 26.29 ; Luc 13.28) le bonheur du ciel sous l'image d'un banquet célébré avec les patriarches, dans une communion pleine de joie.

      Or, comme on se mettait à table à demi couché sur un divan, on se penchait sur le sein de son voisin. L'ami le plus intime du père de famille, celui à qui il voulait faire le plus d'honneur, occupait cette place tout près de lui.

      Chez les Juifs, Abraham étant considéré comme le personnage le plus vénéré et le plus élevé de leur histoire, on conçoit quel honneur et quel bonheur ce trait de la parabole confère à Lazare. Quel contraste avec sa misère profonde sur la terre !

      - Il faut remarquer encore l'office assigné aux anges de Dieu. (Comparer verset 9, première note.)

      Il y a ici une opposition marquée à dessein entre le pauvre et le riche : Il arriva que le pauvre mourut ; et le riche aussi mourut ; sa richesse et son luxe ne retinrent pas la mort, qui, pour lui, fut d'autant plus terrible.

      Puis vient ce dernier acte de son existence terrestre : il fut enterré, sans doute avec grande pompe. Jésus ne parle pas de l'ensevelissement de Lazare : Il passa inaperçu comme le convoi des pauvres.

      23 Apr√®s les sc√®nes de la terre, les sc√®nes du monde invisible. Quel r√©veil pour ces deux √Ęmes, l'une dans le sein d'Abraham, l'autre dans les tourments¬†!

      Le mot grec hadès, que nous traduisons par séjour des morts, signifie littéralement le lieu invisible, sans forme, sans apparence, parce qu'il échappe aux regards des hommes.

      C'est par ce terme que la version des Septante rend le mot h√©breu sch√©ol, qui indique aussi le lieu o√Ļ se rendent indistinctement toutes les √Ęmes, √† l'heure de la mort.

      Nos versions ordinaires rendent ces deux termes, d'une mani√®re √©galement fausse, tant√īt par "enfer," tant√īt par "s√©pulcre," parce que le vrai mot n'existe pas dans notre langue.

      Ces deux expressions (had√®s et sch√©ol) n'indiquent nullement par elles-m√™mes s'il s'agit d'un s√©jour de bonheur ou de souffrance, car chaque √Ęme porte en elle les conditions de l'un ou de l'autre. (Comparer Actes 2.27,31, en grec.)

      Ainsi, dans notre verset, c'est le mot de tourments qui seul indique l'√©tat o√Ļ se trouvait le mauvais riche. Pour lui, voir Lazare (le pr√©sent, il voit) dans le sein d'Abraham, tandis que lui-m√™me √©tait tourment√©, fut toute une r√©v√©lation du monde invisible.

      - Le commencement de la parabole, qui nous montre Lazare souffrant et mourant à la porte du riche, sans que celui-ci se soucie de lui, et, plus encore, l'application de la parabole de l'économe injuste, (verset 9) ne laissent pas le moindre doute sur la question : pourquoi le mauvais riche est-il dans les tourments, tandis que Lazare est parmi les bienheureux ? (Comparer verset 19, note.)

      C'est donc sans fondement que l'exégèse rationaliste prétend que, d'après cette parabole, le riche est puni comme riche, et Lazare récompensé comme pauvre, attribuant à l'évangéliste l'hérésie ébionite, contraire à toute l'Ecriture. Pour qui sait lire, cette opinion se réfute d'elle-même.

      24 L'entretien qui va suivre rappelle les dialogues des morts chez les anciens. Tout y est image, mais ces images représentent des réalités.

      Le riche reconna√ģt Abraham et Lazare. Ce trait montre que la personnalit√© subsiste dans le monde invisible et que les √Ęmes ont des rapports entre elles. Du reste, le but de ce verset est de faire ressortir la transformation totale qui s'est op√©r√©e dans la situation des deux hommes¬†: le riche est devenu un mendiant, et c'est Lazare qu'il implore.

      - Il faut se garder de mat√©rialiser, comme on l'a fait trop souvent, ces flammes, qui ne sont que l'image de la souffrance morale. Les convoitises et les passions, jusque-l√† pleinement satisfaites, se changent en tourments, d√®s que tout aliment leur est √īt√©¬†; et tandis que le cŇďur est vide, le feu des regrets et des remords br√Ľle dans la conscience.

      25 Le malheureux avait dit : Père Abraham, (verset 24) se faisant peutêtre encore de ce beau nom un titre illusoire ; le patriarche lui répond : Mon enfant, parce qu'en effet il était un descendant d'Abraham selon la chair. Il veut peut-être aussi lui donner à entendre qu'il aurait l'être selon l'esprit. Il y a, en tout cas, dans ce terme la bienveillance de la charité, qui subsiste même envers un réprouvé.

      - "Le souviens-toi est le mot central de la parabole ; il forme le lien entre les deux scènes, celle de la terre et celle de l'hadès." Godet.

      La m√©moire est, dans le monde invisible, une cause de tourments pour les uns, pour les autres, une source de consolation et de joie. Ce dont le riche doit se souvenir, c'est qu'il a eu pendant la vie ses biens, ceux qu'il s'est appropri√©s, dont il a joui en √©go√Įste, les seuls qu'il ait d√©sir√©s et recherch√©s¬†; il en a fait son idole, son dieu¬†; c'est la cause de son tourment. Lazare a eu les maux, qu'il a support√©s comme un pieux Isra√©lite¬†; ils ont √©t√© son √©preuve, et le riche n'a pas song√© a les lui adoucir. Or maintenant, ici (vrai texte) il est consol√©.

      La rétribution, en bien ou en mal, ne sera que la conséquence rigoureuse de la vie de tout homme. Ce qu'il sème, il le moissonnera aussi. (Galates 6.7)

      26 Grec¬†: "un grand ab√ģme est affermi entre vous et nous."

      Ce terme, peu naturel dans une telle image, a √©t√© choisi √† dessein¬†; il signifie que les bords de cet ab√ģme ne peuvent se rapprocher, et que l'ab√ģme ne peut √™tre combl√©.

      Abraham a allégué d'abord, pour refuser au riche sa demande, un motif de justice ; il montre ensuite l'impossibilité de l'exaucer.

      27 Le riche insiste et présente à Abraham une nouvelle demande.

      Cette seconde partie du dialogue n'est, comme l'observe tr√®s justement M. Godet (1re √©dit.), "que l'application pratique de la parabole qui, au lieu d'√™tre pr√©sent√©e aux auditeurs sous forme de le√ßon abstraite, l'est comme continuation de la sc√®ne elle-m√™me. Il en est exactement ainsi dans la parabole de l'enfant prodigue, o√Ļ le tableau du fils a√ģn√© met en sc√®ne les pharisiens avec leurs murmures, et la r√©ponse divine."

      En plaçant cette application dans la bouche du riche, Jésus ne la rend que plus frappante, et il complète la parabole par le trait le plus sérieux et le plus profond qu'elle renferme : la nécessite de la repentance et de la foi pour échapper a la condamnation.

      28 Le riche, on le voit par ses paroles, a fait une d√©couverte terrible¬†: c'est qu'une vie telle que la sienne sur la terre conduit n√©cessairement l√† o√Ļ il se trouve¬†; et comme il ne peut plus rien demander pour lui-m√™me, il se souvient de ses fr√®res, qui vivent comme il avait v√©cu¬†; il prie donc que Lazare leur soit envoy√© pour leur rendre t√©moignage des r√©alit√©s du monde invisible et du danger o√Ļ il se trouvent d'arriver, eux aussi, dans ce lieu de tourments.

      En parlant ainsi, il part d'un pr√©jug√© qui, s'il √©tait fond√©, serait son excuse¬†: c'est qu'il faut √† l'homme, outre les r√©v√©lations divines, des avertissements extraordinaires, miraculeux, (verset 30) pour l'amener √† la foi. Il n'ose pas dire qu'il en a √©t√© priv√© et que son malheur vient de l√†¬†; mais il sous-entend cette pens√©e dans sa requ√™te pour ses fr√®res, qui sont dans la m√™me condition o√Ļ il √©tait sur la terre. C'est ce qui explique la r√©ponse qui lui est faite (versets 29,31)

      29 Eclatant t√©moignage rendu par le Sauveur √† cette v√©rit√© que la r√©v√©lation, m√™me de l'Ancien Testament, suffit pour amener les hommes √† la foi¬†: Ils ont Mo√Įse et les proph√®tes¬†; qu'ils les √©coutent¬†!

      Ce verbe, dans la langue que parlait le Sauveur, ne signifie pas seulement entendre, mais ob√©ir. Tel est le discours que J√©sus tenait √† des Juifs¬†; son raisonnement n'est-il pas bien plus probant pour des chr√©tiens qui, non seulement ont Mo√Įse et les proph√®tes, mais J√©sus-Christ et les ap√ītres¬†!

      30 Se repentir, changer compl√®tement les dispositions les plus intimes de la conscience et du cŇďur, (comparez Matthieu 3.2, note) voil√† enfin la grande parole que J√©sus met dans la bouche de ce malheureux, pour faire sentir √† ses auditeurs que c'est ce qui lui avait manqu√©, et que telle avait √©t√© la cause de sa vie mondaine et de sa ruine.

      Mais le riche, tout éclairé qu'il est, persiste dans son erreur, en s'imaginant que si la vérité était annoncée à ses frères par un mort revenu à la vie, elle produirait en eux la repentance et la foi. Le Sauveur le nie.

      31 Etre persuadé, c'est croire à la vérité, à la justice, en d'autres termes, être convaincu de péché, se repentir. (verset 30)

      Or l'incr√©dulit√© et l'amour du monde, qui emp√™chent cette conviction de se produire, ont leur si√®ge dans le cŇďur¬†; de l√† vient que les preuves les plus √©videntes pour l'esprit ne persuadent nullement, aussi longtemps que le cŇďur n'est pas dispos√© √† s'humilier et √† croire.

      L'Evangile montre par des faits nombreux que des miracles éclatants ne peuvent vaincre l'incrédulité. (Luc 6.10,11 ; Jean 9.13 et suivants ; 11 : 46-53 ; 12 : 9, 10.)

      Nousmêmes, nous avons le témoignage que demandait ici le mauvais riche pour ses frères ; Jésus-Christ est ressuscité des morts et a mis en évidence les réalités du monde invisible ; et cependant, combien de ceux qui le savent ne sont point persuadés !

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