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Matthieu 6

    • 1 Chapitres 6 √† 7¬†:11 La R√©forme de la vie religieuse

      Le texte re√ßu porte votre aum√īne, au lieu de votre justice. Sin., B, D, l'Itala ont ce dernier terme, aujourd'hui g√©n√©ralement admis. En effet, il ne s'agit point encore de l'aum√īne, qui ne parait qu'au verset 2, comme l'une des manifestations de la vraie justice¬†; puis suivent, en ce m√™me sens, la pri√®re, (verset 5) et le je√Ľne. (verset 16)

      La justice du royaume de Dieu, ressortant de la vraie interprétation de la loi, c'est le sujet général du sermon sur la montagne ; (Matthieu 5.6,10,20 ; 6.33) ici ce terme désigne les actes qui constituent la vraie piété, le culte que Dieu réclame de ceux qui prétendent le servir. Jésus va en relever les manifestations diverses, afin d'opposer la vérité aux fausses pratiques des pharisiens.

      Avant tout, aucun des exercices de cette piété ne doit être fait devant les hommes dans le but d'être vu par eux, et d'attirer ainsi leur admiration et leurs louanges. (verset 2) Autrement point de récompense auprès de Dieu ! (Voir sur ce terme de récompense Matthieu 5.12, note ; Matthieu 5.46 ; 6.2,5,16)

      2 Faire l'aum√īne, c'est exercer la mis√©ricorde, telle est la signification √©tymologique du mot grec d'o√Ļ d√©rive notre mot aum√īne. Ce sens indique d√©j√† le motif int√©rieur d'o√Ļ doit proc√©der la bienfaisance.

      L'exercer en sonnant de la trompette devant soi, c'est-à-dire avec ostentation, c'est l'affaire des hypocrites.

      Quelques interpr√®tes pensent que chez les Juifs les riches faisaient r√©ellement sonner de la trompette en certains jours pour rassembler les indigents. Il n'est pas n√©cessaire de recourir a cet usage, qui d'ailleurs n'est point prouv√©, pour comprendre la m√©taphore qu'emploie le Sauveur. Ensuite, faire l'aum√īne dans les synagogues et dans les rues, n'est pas un mal en soi, mais ce qui en fait un mal, c'est ce but¬†: √™tre glorifi√© des hommes. C'est l√† la r√©compense que cherchent les hypocrites, ils l'ont d√©j√† (le verbe grec compos√© signifie qu'ils la tiennent d√©j√†, mise √† part) et n'auront plus rien √† r√©clamer. (Matthieu 6.,16,5.12, note.)

      Toutes les fois qu'on vous loue, craignez cette parole du Sauveur : En vérité je vous le dis, vous avez reçu votre récompense. Parole si importante que Jésus-Christ la répète à chaque action qu'il marque en particulier dans ce chapitre. Bossuet.

      3 Expression proverbiale qui symbolise bien la disposition recommand√©e¬†: que les bonnes Ňďuvres restent ignor√©es, inconnues, si possible, m√™me de celui qui les fait. Et si elles sont connues malgr√© tout, peu importe pourvu que leur but unique ait √©t√© de glorifier, non pas l'homme, mais Dieu. Ainsi se concilie une apparente contradiction entre ce verset et Matthieu 5.16.
      4 Le texte reçu ajoute : "te le rendra lui-même," (D,et quelques majuscules) publiquement (les majuscules plus récents).

      Si ces mots √©taient authentiques, ils marqueraient un double contraste¬†: d'abord, votre P√®re lui-m√™me, par opposition aux hommes¬†; (verset 2) puis, publiquement, au dernier Jour, √† la lumi√®re du jugement √©ternel, par opposition √† dans le secret. Mais la pens√©e reste la m√™me sans ces deux mots trop peu autoris√©s pour √™tre admis. Comparer verset 6 et 18, o√Ļ le texte re√ßu conserve aussi le mot publiquement.

      On trouve dans saint Augustin cette remarque¬†: "Plusieurs manuscrits latins portent¬†: te le rendra publiquement¬†; mais comme nous ne trouvons pas ce mot dans les manuscrits grecs les plus anciens, nous n'avons pas pens√© qu'il fall√Ľt s'en √©loigner."

      La critique moderne a confirmé ce jugement.

      - La parole de J√©sus implique que nous recevrons une r√©tribution pour les aum√īnes que nous aurons faites, il ne faut cependant attacher √† celles-ci aucune id√©e de m√©rite et de propre justice. (Matthieu 6.1,2¬†; 5.12) Tout ce qui se fait par amour pour Dieu a sa r√©compense en Dieu m√™me.

      5 Prier en se tenant debout, m√™me dans les synagogues ou dans le temple, selon l'usage des Juifs, les regards tourn√©s, vers le lieu tr√®s saint 1Rois 8.22 ce n'est pas pr√©cis√©ment l√† ce que bl√Ęme J√©sus, mais bien encore ce mobile hypocrite, √™tre vu des hommes.

      Cependant le Sauveur ne parait pas approuver ce maintien dans la prière, il le marque ailleurs Luc 18.11 comme un trait de caractère du pharisien. Lui-même se prosternait devant Dieu. (Matthieu 26.39)

      Quant à prier debout dans les rues, selon un usage qui existe encore en Orient, lorsque sonne l'heure de la prière, il est probable qu'il le réprouvait absolument. - Le texte reçu, avec D et les majuscules, porte : "quand tu pries, ne sois pas ;" le pluriel est plus autorisé. (Sin., B, Itala, etc.)

      6 Comparer verset 4, note.

      - Le mot que nous rendons par chambre indique tout local clos dans l'intérieur de la maison, par opposition aux synagogues et aux rues. (verset 5)

      La pri√®re particuli√®re doit avoir lieu entre l'√Ęme et Dieu seul. Par sa toute-pr√©sence il est et il voit dans le secret.

      - Te le rendra¬†: cette expression, quand il s'agit non d'une bonne Ňďuvre, mais de la pri√®re, montre clairement ce que le Sauveur entend, dans les versets qui pr√©c√®dent, par ce mot de r√©compense qu'il ne craint pourtant pas d'employer. (versets 1,2,4 notes.)

      7 Le mot que nous traduisons par user de vaines redites (grec battologie, qui a passé dans le patois d'un canton suisse, battoiller, bavarder) signifie proprement bredouiller, le verbe grec est formé par onomatopée. Le même défaut est encore appelé polylogie (beaucoup de paroles).

      On sait jusqu'à quel point ce trait du paganisme a reparu dans une grande partie de l'Eglise chrétienne ! Du reste Jésus n'entend point fixer la durée de la prière comparez Philippiens 4.6

      Augustin commente ainsi ces paroles¬†: "Il n'y a pas dans l'oraison¬†: beaucoup de mots, mais beaucoup de pri√®res, si le cŇďur y pers√©v√®re avec ferveur."

      On a dit aussi avec justesse : "Prier Dieu, ce n'est pas le haranguer"

      8 La toute-science de Dieu, fondement de notre confiance en lui et de la pri√®re, suffit pour pr√©venir les vaines redites, mais elle doit aussi nous encourager √† lui ouvrir notre cŇďur et √† lui exposer tous nos besoins qu'il conna√ģt.
      9 Vous donc, par opposition aux pa√Įens, (verset 7) priez ainsi, par opposition aux vaines redites. Mais ce n'est pas seulement la bri√®vet√© de la pri√®re que J√©sus va enseigner, c'est surtout l'esprit dans lequel il faut prier, les gr√Ęces qu'il faut demander, et qui r√©pondent aux plus profonds besoins de toute √Ęme chr√©tienne.

      Il ne veut donc pas donner une formule de pri√®re √† laquelle ses disciples doivent se borner, mais d√®s qu'il condescend √† leur en retracer un si admirable mod√®le, n'y aurait-il pas de leur part autant d'orgueil que d'ingratitude √† l'exclure de leurs d√©votions¬†? On nous dit que les ap√ītres ne s'en servaient pas dans leurs pri√®res¬†: qu'en savons-nous¬†? Et qu'est-ce que cela prouverait¬†? Quand le Ma√ģtre a parl√©, attendrons-nous que les disciples confirment sa parole¬†? Cette pri√®re est si simple √† la fois et si profonde dans les pens√©es si humble et si sublime dans son esprit si riche dans sa bri√®vet√©, que tout ce que nous pouvons demander √† Dieu pour nous-m√™mes et pour l'Eglise s'y trouve compris. Les trois premi√®res demandes concernent tous les rapports de Dieu √† l'homme, les trois derni√®res toutes les relations essentielles de l'homme p√©cheur √† Dieu.

      Enfin ces requ√™tes r√©pondent √† la fois aux besoins de chaque √Ęme individuelle et aux esp√©rances des enfants de Dieu, r√©unis en Eglise dans une sainte et intime communion. Luc (Luc 11.1 et suivants) a donn√© l'oraison dominicale sous une forme incompl√®te et en lui attribuant une tout autre place. Au premier abord, il semble que l'occasion indiqu√©e par cet √©vang√©liste, c'est-√†-dire la demande d'un disciple¬†: "Enseigne-nous √† prier," est historiquement plus naturelle que celle du sermon sur la montagne, que Matthieu lui assigne. Telle est l'opinion de plusieurs interpr√®tes, qui pensent que notre √©vang√©liste aurait librement introduit ici ce formulaire, parce qu'il convient tr√®s bien √† l'instruction que J√©sus voulait donner sur l'esprit dans lequel on doit prier. (Voir sur cette question Luc 11.2, note.) Quoi qu'il en soit, c'est √† Matthieu seul que nous devons de poss√©der en son entier cette admirable pri√®re.

      P√®re, tel est le premier mot de cette pri√®re (grec P√®re de nous ou notre P√®re). Cette invocation renferme d√©j√† tout ce qui peut inspirer √† l'√Ęme qui prie la confiance et l'amour. Ce nom de P√®re donn√© √† Dieu est √† la fois la r√©v√©lation et l'Ňďuvre de J√©sus-Christ. Rarement il se rencontre dans l'Ancien Testament Esa√Įe 63.16¬†; comparez Psaumes 103.13, jamais dans la pl√©nitude de sa signification chr√©tienne. Et m√™me il nous faut √™tre r√©concili√©s avec Dieu par Christ et avoir re√ßu l'Esprit d'adoption, pour √™tre rendus capables de prononcer ce nom en v√©rit√©. Romains 8.15¬†; Galates 4.6

      "Prier ainsi, c'est la gloire des fidèles du Nouveau Testament. Quiconque dit à Dieu Père peut tout demander." Bengel.

      Il faut remarquer encore que J√©sus ne nous fait pas dire, en nous isolant chacun dans son √©go√Įste individualit√©¬†: mon P√®re, mais notre P√®re qui es aux cieux¬†! Quiconque est n√© de Dieu sur la terre est membre de cette immense famille des rachet√©s de Christ, avec laquelle nous sommes unis¬†; un lien nouveau d'une parent√© imp√©rissable embrasse les enfants de Dieu, depuis le plus obscur chr√©tien dont toute la science religieuse consiste √† savoir prononcer avec amour le nom de son P√®re c√©leste, jusqu'aux esprits des justes qui d√©j√† entourent le tr√īne de Dieu.

      - Qui es dans les cieux, n'exprime pas seulement la grandeur et la puissance de Dieu, mais, comme le montre le verset 10, l'id√©e que Dieu, bien que pr√©sent partout, r√©side et manifeste sp√©cialement sa pr√©sence et sa gloire dans un monde sup√©rieur, que les Ecritures nomment le ciel ou les cieux. Esa√Įe 66.1¬†; Psaumes 2.4¬†; 102.20¬†; 115.3¬†; Job 22.12 et suivants, Actes 7.55,56¬†; 1Timoth√©e 6.16

      Le Fils de Dieu est venu de l√† et y est retourn√© dans sa gloire¬†; c'est du ciel que vient l'Esprit divin et sur lui et sur les siens. Matthieu 3.16 Actes 2.1 et suivants C'est de l√† que la voix de Dieu retentit Matthieu 3.17¬†; Jean 12.28 et que les anges de Dieu descendent. Jean 1.51 Le chr√©tien qui, en priant, √©l√®ve ses yeux et son cŇďur vers le ciel, sait qu'il aspire vers sa patrie. Ni le panth√©isme ni l'astronomie ne lui √īteront ce privil√®ge.

      L'oraison dominicale se divise en deux s√©ries de trois demandes. Les trois premi√®res se rapportent √† Dieu et √† son r√®gne, les trois derni√®res √† l'homme et √† ses besoins. En donnant ainsi la priorit√© aux int√©r√™ts divins, contrairement √† l'instinct de son cŇďur qui le pousse √† penser √† soi d'abord, le chr√©tien renonce √† lui-m√™me, mais c'est pour se donner tout entier √† Dieu, en qui il se retrouve, non plus seul, mais uni √† ses fr√®res.

      "L'esprit fraternel devient ainsi dans la seconde partie de la pri√®re le compl√©ment de l'esprit filial qui avait dict√© la premi√®re¬†; l'intercession fraternelle se confond avec la supplication personnelle. L'oraison dominicale n'est donc autre chose que le sommaire de la loi mis en action sous la forme de la pri√®re, le sommaire r√©alis√© d'abord dans l'intimit√© du cŇďur, pour passer de l√† dans la vie enti√®re." Godet.

      - Le nom de Dieu, c'est l'expression de son essence, de son être, tel qu'il s'est révélé à nous dans sa Parole. Jean 17.6 ; Romains 9.17

      Sanctifier ce nom, c'est reconna√ģtre Dieu, le confesser, le craindre, l'adorer comme saint¬†; c'est surtout l'avoir comme saint dans le cŇďur. 1Pierre 3.15

      Par cette prière, nous demandons à Dieu que tous les hommes arrivent à sanctifier son nom de cette manière.

      10 La connaissance et l'adoration du saint nom de Dieu est le principe sur lequel s'√©tablit son r√®gne, sa domination sur les √Ęmes. (Voir sur ce r√®gne ou royaume de Dieu¬†: Matthieu 3.2, note.)

      Ce r√®gne spirituel est d'abord cach√© dans le cŇďur des croyants Luc 17.21 implant√© en eux par la Parole et l'Esprit de Dieu¬†; mais il ne les laisse pas isol√©s, il les unit dans une sainte et vivante communaut√©. Demander √† Dieu que ce r√®gne vienne, c'est le supplier d'abord que ce r√®gne grandisse en puissance l√† o√Ļ il est, en sorte que rien ne se soustraie plus √† sa domination absolue¬†; c'est ensuite prier pour que ce r√®gne se propage, s'√©tende de proche en proche, d'√Ęme √† √Ęme, de peuple √† peuple, jusqu'√† ce qu'il ait p√©n√©tr√© l'humanit√© tout enti√®re, c'est enfin appeler de ses vŇďux le triomphe final de ce r√®gne, le jour o√Ļ celui qui en est le Sauveur et le Roi viendra le rassembler et l'√©lever √† la perfection. Romains 8.21-23¬†; 2.13¬†; 2Pierre 3.12-13¬†; Apocalypse 22.20

      L√† o√Ļ Dieu r√®gne, sa volont√© est faite, mais jusqu'√† la venue parfaite de son r√®gne dans la gloire, il y a pour ses enfants un long exercice d'ob√©issance par lequel ils doivent faire de continuels progr√®s¬†: ob√©issance active pour accomplir cette volont√© de Dieu dans les devoirs les plus difficiles¬†; ob√©issance passive pour accepter cette volont√©, alors m√™me qu'elle brise la n√ītre et nous impose les plus douloureux sacrifices.

      - La pri√®re s'√©tend¬†; ainsi jusqu'√† l'√©tat id√©al o√Ļ cette volont√© sera faite sur la terre renouvel√©e comme elle est faite au ciel par les anges Psaumes 103.20-22 et par les justes parvenus √† la perfection.

      "Le ciel est la norme de la terre." Bengel.

      11 Avant de demander √† Dieu les gr√Ęces spirituelles dont nous avons un si profond besoin, le Sauveur nous permet de nous d√©charger sur lui de nos soucis terrestres. 1Pierre 5.7.

      C'est ainsi qu'il faut entendre cette demande, sans la spiritualiser arbitrairement en lui donnant pour objet "le pain de vie." Pourquoi m√©conna√ģtre cette mis√©ricorde divine qui nous autorise √† nous attendre √† elle pour toutes choses¬†? Dans ce sens qui seul convient √† l'ensemble de cette requ√™te, chaque mot porte son enseignement¬†:

      - Donne, car tout vient de toi, est un don de ta libéralité ; le riche doit s'en souvenir aussi bien que l'indigent,

      - nous, dans la communauté de la charité, de sorte que tous sentent que Dieu veut exaucer la prière du pauvre par son frère à qui il a déjà donné ;

      - aujourd'hui, non des provisions pour un lointain avenir ;

      - notre pain, la nourriture et ce qui est nécessaire à cette vie terrestre, non la richesse et l'opulence.

      Reste ce mot que nous traduisons très imparfaitement, d'après l'ancienne version latine, par quotidien, ou de chaque jour. Il est difficile d'en bien déterminer le sens, parce que c'est, dans l'original, un mot composé qu'on peut expliquer par des étymologies diverses, et parce que, en dehors de cette prière, comparer Luc 11.3 il ne se retrouve ni dans le Nouveau Testament ni dans la littérature grecque.

      Il n'est pourtant que deux significations admissibles. On obtient l'une en faisant dériver cette expression d'un mot qui signifie : le jour qui vient : "Donne-nous aujourd'hui le pain du lendemain," ce qui est presque une contradiction dans les termes et peu en harmonie avec le verset 34 ; l'autre en cherchant la racine de notre vocable dans un mot qui signifie l'être, la substance ou subsistance :

      "le pain de notre subsistance, !" ce qui nous est nécessaire et nous suffit. Ainsi traduit Rilliet, d'accord avec presque tous les Pères de l'Eglise grecque et la plupart des interprètes modernes.

      On retrouve donc ici à peu près la belle pensée de la prière d'Agur : "Ne me donne ni indigence ni richesse, mais nourris-moi du pain de mon ordinaire." (Proverbes 30.8)

      12 Nos p√©ch√©s sont nos dettes devant Dieu, dettes √©normes que nul ne peut payer Matthieu 18.24,25¬†; Luc 7.41,42, qui doivent nous √™tre remises gratuitement. Cette pri√®re m√™me, enseign√©e par le Sauveur, est une d√©claration touchante que Dieu, dans sa mis√©ricorde, pardonne √† toute √Ęme repentante qui l'implore. Son pardon est m√™me beaucoup plus que la remise d'une dette √† un d√©biteur, car en √ītant la peine du p√©ch√©, il nous met en possession de tout son amour et de la vie √©ternelle. Et pourtant, le besoin du pardon se renouvelle sans cesse dans une conscience d√©licate, parce que journellement nous contractons quelque dette qui doit nous √™tre remise.

      - Quiconque souffre ainsi de ses p√©ch√©s et en demande le pardon, est tout dispos√© √† pardonner aux hommes qui l'auraient offens√©¬†; ou plut√īt, au moment de sa repentance et de sa pri√®re, il a d√©j√† pardonn√© au fond de son cŇďur. C'est ce qu'exprime le texte authentique¬†: comme nous avons remis (parfait ind√©fini qui exprime le fait accompli et la permanence de l'action). Le texte re√ßu a le pr√©sent¬†: nous remettons.

      Cette leçon est empruntée à Luc. Le mot comme exprime, non la mesure de notre pardon, qui ne peut jamais se comparer au pardon de Dieu, mais la présence en nous de la disposition qui correspond au pardon divin et permet à celui-ci de se manifester. Luc dit : "car nous-mêmes aussi nous remettons," ce qui exprime la même pensée.

      13 Après avoir reçu le pardon de son péché, le chrétien ne craint rien autant que d'y retomber. De là cette demande. Quel en est l'objet ? Non que Dieu ne nous tente point, "il ne tente personne" intérieurement Jacques 1.13 ; non seulement qu'il "ne nous laisse pas tomber dans la tentation" quand déjà nous y sommes ; mais qu'il ne nous y amène pas, c'est-à-dire que, puisque tous les événements de notre vie sont dans sa main, il ne permette pas que nous soyons placés dans des situations extérieures telles que nous y trouverions la tentation et des occasions de chute. (Matthieu 26.41) Mais comme de telles situations, de telles épreuves sont presque inévitables en ce monde, cette prière s'appuie sur des promesses divines. 1Corinthiens 10.13.

      Etre pr√©serv√© de la tentation, n'√©puise pas le besoin profond de l'√Ęme dans son √©tat d'√©preuve¬†; son ardente aspiration est d'√™tre d√©livr√©e du mal. On peut traduire ainsi, ou bien du malin, du d√©mon de qui proc√®dent les tentations. Le mot grec permettant l'un et l'autre sens, les opinions des interpr√®tes sont tr√®s divis√©es.

      Avec Luther et la version anglaise, nous préférons l'idée du mal comme plus générale, répondant mieux à tous les besoins et s'appliquant au tentateur lui-même. Etre délivré du mal sous toutes ses formes, mal physique, mal moral ; du péché et de toutes ses conséquences ; des tentations et de celui qui en est l'instigateur ; de la vanité sous laquelle soupire la créature : telle est la prière d'un exilé, d'un captif, d'un affligé qui implore son libérateur.

      D'autres interprètes, tout en traduisant du mal, limitent le sens de ce terme au mal moral, au péché. Les catholiques et les luthériens font de ce dernier soupir de l'oraison dominicale une prière distincte de la précédente, et obtiennent sept demandes, le nombre sacré des Ecritures.

      - Le texte re√ßu ajoute cette belle doxologie¬†: "Car √† toi est le r√®gne, et la puissance, et la gloire pour les si√®cles. Amen." Quoique tr√®s ancienne, elle n'appartient certainement pas au texte primitif, selon le t√©moignage des plus anciens manuscrits, des versions et des P√®res. Tous les critiques modernes l'excluent du texte. Dans les manuscrits o√Ļ elle se trouve, elle appara√ģt avec de nombreuses variantes. Son introduction dans le texte est due √† des copies qui servaient au culte public, o√Ļ elle √©tait bien √† sa place et o√Ļ l'on peut la conserver, car elle ne renferme que des expressions bibliques, propres √† inspirer une grande confiance en Celui qui exauce la pri√®re.

      15 Le texte re√ßu, avec B et la plupart des majuscules, ajoute leurs fautes apr√®s "aux hommes." Ces mots sont omis dans Sin., D. et des versions. Ces paroles sont une s√©rieuse application du verset 12 (car). Le pardon que nous accordons aux autres est-il donc la condition du pardon que nous demandons √† Dieu¬†? Il en est plut√īt l'effet¬†; mais l√† o√Ļ cet effet ne se trouverait pas, nous pouvons conclure que la cause n'existe pas non plus. (Comparer Matthieu 18.23-35)
      16 Apr√®s la pri√®re, le je√Ľne, autre manifestation de la pi√©t√©. Ici encore la justice pharisa√Įque (vers. l) √©tait m√™l√©e de cette hypocrisie qui veut para√ģtre.

      Cet air triste, ce visage d√©fait n'a pas d'autre but. Il y a en grec un contraste de mots qui rend la pens√©e plus frappante¬†: "Ils font dispara√ģtre leur visage (sous la cendre, etc.), afin qu'ils paraissent aux hommes comme je√Ľnant." Le je√Ľne s√©rieux, comme moyen de discipline morale, est tout autre chose. Psaumes 35.13¬†; Matthieu 17.21¬†; Actes 10.30¬†; 13.2,3¬†; 2Corinthiens 6.5.

      Comparer Matthieu 5.12, note ; versets 1-5 notes.

      17 C'est ce qu'on faisait alors pour para√ģtre en public ou √† un banquet. Ainsi, en je√Ľnant, reste dans ton √©tat ordinaire.
      18 Comparer verset 4, note ; verset 6.
      21 Dans la premi√®re partie de ce chapitre, (versets 1-18) la pi√©t√© √©tait envisag√©e dans ses manifestations ext√©rieures, qui sont les diverses formes du culte rendu √† Dieu¬†: l'aum√īne, la pri√®re et le je√Ľne. La seconde partie du chapitre (versets 19-34) nous pr√©sente cette pi√©t√©, ce culte, dans son essence intime, qui est la confiance en Dieu, l'absolue d√©pendance du P√®re, la recherche pr√©dominante du royaume de Dieu et des tr√©sors c√©lestes, et, comme cons√©quence, le renoncement aux soucis terrestres. J√©sus passe brusquement, sans transition apparente, de l'un des sujets √† l'autre, mais la liaison profonde des pens√©es ne saurait √™tre m√©connue.

      - Grec¬†: Ne th√©saurisez pas des tr√©sors¬†; car d'abord ils sont p√©rissables, et, ce qui est pire, vous y mettriez votre cŇďur. (verset 21)

      La teigne et la rouille (ou la vermoulure) d√©truisent (grec font dispara√ģtre) les objets auxquels elles s'attachent¬†; toutes les choses visibles sont destin√©es √† p√©rir.

      Les voleurs percent et d√©robent, c'est-√†-dire d√©robent avec effraction¬†; (Matthieu 24.43) mille autres causes peuvent faire dispara√ģtre les richesses de la terre.

      Mais il y a des richesses qui sont imp√©rissables¬†; celles de l'√Ęme amass√©es dans le ciel, la vie √©ternelle et ses saintes joies. (Matthieu 19.21)

      Ton cŇďur (ici le Seigneur individualise, ce que m√©conna√ģt le pluriel du texte re√ßu) sera donc tout entier, ou aux tr√©sors de la terre qui vont p√©rir, ou aux biens du ciel qui sont permanents et qui seuls peuvent te rendre heureux. Il faut choisir. Comparer Philippiens 3.18-20¬†; Colossiens 3.1-4¬†; 1Jean 2.15-17.

      23 Cette comparaison profonde est reproduite ailleurs Luc 11.34-36, sous une forme un peu différente. A-t-elle un rapport saisissable avec ce qui précède et ce qui suit ? Evidemment ; il suffit, pour le voir, de comparer les versets 19-21 avec le verset 24. Pour choisir entre les biens de la terre et ceux du ciel, il faut avoir une vue claire et nette des choses.

      Pour le corps, il n'y a qu'un organe de cette vue, c'est l'Ňďil qui en est la lampe.

      Si cet Ňďil est sain (grec simple, clair, pur et ne regardant pas de deux c√īt√©s √† la fois), tout ton corps, qui est en lui-m√™me une masse obscure, sera √©clair√© (grec lumineux).

      Mais si ton Ňďil est mauvais, malade, obscur (grec m√©chant, terme choisi √† dessein), tout ton corps sera t√©n√©breux.

      Il y a de m√™me en toi un organe qui re√ßoit la lumi√®re d'en haut, comme l'Ňďil re√ßoit celle du soleil¬†: c'est le cŇďur (verset 21) qui, √©clair√© par la v√©rit√©, par le vrai amour doit faire son choix entre les tr√©sors de la terre et ceux du ciel. Mais si, comme l'Ňďil mauvais, cet organe est t√©n√©breux, quelles ne seront pas tes t√©n√®bres ¬†! Il te reste peut-√™tre une illusion trompeuse, celle de concilier les deux objets de ce choix. Mais cela est impossible. (verset 24)

      24 Mamona signifie en chaldéen et syriaque richesse, en langue punique, selon saint Augustin, le lucre.

      Ce mot est ici personnifi√© et oppos√© √† Dieu. Le contraste est absolu¬†: aimer ou ha√Įr, s'attacher ou m√©priser. Vous ne pouvez servir l'un et l'autre. Seulement il faut laisser √† ce mot servir (grec √™tre esclave) son plein sens.

      "Avoir de l'argent et du bien n'est pas un p√©ch√©, mais ne le laisse pas devenir ton ma√ģtre¬†; qu'il te serve, et que tu sois son ma√ģtre", Luther.

      25 Cette partie du sermon sur la montagne, (versets 25-34) qui est dirig√©e contre les soucis de la vie mat√©rielle, est la cons√©quence n√©cessaire (c'est pourquoi) de l'incompatibilit√© qu'il y a entre le service de Dieu et celui de Mammon. (verset 24) La recherche inqui√®te de notre subsistance comme la possession des richesses nous emp√™che d'√™tre tout entiers √† notre seul Ma√ģtre l√©gitime. Son service implique une confiance absolue aussi bien qu'un complet d√©tachement. Cette id√©e se retrouve √©galement dans Luc (Luc 12.16 et suivants verset 22 et suivants), bien qu'il ait assign√© une autre place √† ces paroles du Sauveur.

      - Etre en souci ou s'inqui√©ter est la traduction d'un verbe grec qui signifie, par son √©tymologie, √™tre partag√©. Les inqui√©tudes qui tirent la pens√©e en sens contraire, sont l'effet d'un cŇďur partag√© entre le ciel et la terre, troubl√© par le doute au jour de l'√©preuve. Le rem√®de √† ce mal, c'est la confiance en Dieu que J√©sus veut inspirer √† ses disciples. C'est pour cela qu'il leur pr√©sente diverses consid√©rations aussi √©lev√©es que puissantes.

      Premier motif de confiance. Puisque la vie (grec l'√Ęme comme principe de la vie, ainsi en) (Matthieu 25.10.39¬†; 16.25,2.20) est plus que la nourriture qui l'entretient¬†; le corps plus que le v√™tement qui le couvre¬†; celui qui a donn√© et conserve le plus, ne donnera-t-il pas le moins¬†? Paul emploie un raisonnement pareil Romains 8.32, qui pourrait aussi s'appliquer ici.

      26 Second motif : les soins admirables de Dieu dans la nature, (versets 26-30) et ce Dieu est votre Père !

      - Les oiseaux du ciel, h√©bra√Įsme plein d'√©l√©gance. Dans leur vol l√©ger et gracieux, les oiseaux paraissent nager dans l'azur du ciel.

      Votre Père les nourrit : pensée tirée des Ecritures. Psaumes 104.27 ; 145.18.

      L'homme vaut plus qu'eux, par sa raison, par son √Ęme, par la facult√© qu'il a de conna√ģtre Dieu, de se confier en lui.

      27 Troisi√®me motif¬†: l'inutilit√©, l'impuissance des inqui√©tudes, qui ne font au contraire qu'√©nerver les forces de l'√Ęme. Nul ne peut, en s'inqui√©tant, (grec) ajouter une coud√©e √† son √Ęge, une heure au temps de sa vie, objet de ses soucis.

      Dieu en a déterminé la mesure, (Psaumes 39.5) nul n'y peut rien ajouter.

      - Bien que le mot grec signifie aussi la taille, la stature, c'est à tort que la plupart des versions le rendent par un de ces termes. L'image devient alors monstrueuse et n'a plus aucun rapport avec le contexte qui traite de l'entretien de la vie. (verset 26) Comment, s'il s'agissait d'un tel prodige, ajouter une coudée à sa taille, Jésus pourrait-il dire dans Luc 12.26 "Si donc vous ne pouvez faire la moindre chose ?"

      29 Voir sur ces lis des champs le voyage en Terre sainte de M. F. Bovet, 7e édit., p. 382 et suivants

      Le voyageur vit avec admiration, sur le plateau de la montagne des B√©atitudes, (Matthieu 8.1, note) au pied de l'√©minence d'o√Ļ il suppose que le Seigneur parlait "un magnifique tapis de ces an√©mones √©carlates...Ici encore sa parole sera une d√©monstration¬†: Observez les lis des champs¬†!" Que de po√©sie et de v√©rit√© dans cette comparaison entre la magnificence de ces fleurs et "toute la gloire de Salomon¬†!"

      30 La petite foi, ou plut√īt le manque de cette foi qui n'est pas autre chose que la confiance du cŇďur en Dieu, telle est la cause de toutes les inqui√©tudes.
      32 Les pa√Įens doivent rechercher ces choses, y mettre leur cŇďur ou √™tre en souci quand elles leur manquent, parce qu'au lieu du Dieu vivant ils adorent de fausses divinit√©s ou une froide et impitoyable fatalit√©.

      Mais vous qui connaissez votre Père céleste ! il sait vos besoins cela doit vous suffire pour dissiper vos inquiétudes.

      33 Premièrement : que ce soit là avant tout votre souci, le but de vos efforts, et quand vous aurez trouvé cette grande richesse, le royaume de Dieu (comparez Matthieu 3.2, note) et la justice de Dieu (Matthieu 5.6, note ; verset 1, note), alors votre Père céleste, qui voit que vous avez besoin de toutes ces autres choses vous les donnera par-dessus (grec elles vous seront ajoutées). Cette promesse ressemble au raisonnement du verset 25 : Celui qui donne de si grandes choses y ajoutera certainement les petites.

      - Encore ici, la justice est mise devant les yeux des disciples comme le but √† atteindre. Les d√©veloppements subs√©quents de l'Ňďuvre du Seigneur et de ses r√©v√©lations, leur montreront comment ils pourront y parvenir.

      34 Conclusion de toute cette partie du discours : paroles puisées dans l'expérience de la vie. Et d'abord pour le lendemain.

      On sait que toujours les inquiétudes se portent sur l'avenir. Or, le Seigneur aurait pu nous dire que cet avenir ne nous appartient pas, que nous ne le verrons peut-être jamais. Mais il dit autre chose. Non pas, selon nos versions ordinaires, que le lendemain prendra soin de ce qui le regarde, mais que le lendemain s'inquiétera de lui-même. C'est-à-dire (en conservant à ce verbe le même sens qu'aux versets précédents) que le lendemain aura, par la force des choses, dans cette pauvre vie, ses propres sujets d'inquiétudes.

      "Pourquoi veux-tu t'inquiéter au delà d'aujourd'hui et prendre sur toi le mal de deux jours ? Contente-toi de celui que ce jour t'impose, demain t'apportera autre chose." Luther

      Cette interprétation est seule en harmonie avec cette dernière parole : au jour suffit sa peine, ou son mal, sa misère. Oui, ce mal de chaque jour suffit ; il est même souvent bien lourd pour notre faiblesse. Quelle compassion Jésus met dans ce conseil de ne pas y ajouter le mal du lendemain !

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